Actualités du marché des devises

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avr. 29, 2022 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Rebond correctif de l'euro pour finir un mois d'avril cauchemardesque,  la PBoC continue de faire pression sur le yuan

  

Les titres du jour :

  • Contraction surprise de l'économie américaine, pas de panique pour les marchés : dans un contexte de tensions géopolitiques et fortes pressions inflationnistes, l'économie américaine s'est contractée de -1,4% en rythme annualisé au T1 2022 après un rebond de +6,9% le trimestre précédent. Il s'agit d'une surprise pour les observateurs puisque le consensus misait plutôt sur un rebond de +1,1% et que le modèle de prédiction de la Fed d'Atlanta tablait, dans ses dernières estimations, sur un rebond de +0,4%. La baisse des investissements privés et des dépenses publiques ainsi que la forte hausse des importations dans un contexte de flambée des prix de l'énergie et des matériaux sont à l'origine de cette contreperformance inattendue. Alors que les marchés obligataires pointent du doigt, via le phénomène d'aplanissement de la courbe de rendement de taux, un risque de récession aux Etats-Unis, les premières estimations de PIB publiées jeudi viennent renforcer cette thèse. On peut se rassurer en observant la résilience de la consommation domestique (+2,7% en rythme annualisé au T1, en progression par rapport au +2,5% observé au T4 2021) malgré une inflation actuellement à 8%. S'agit-il d'un coup de mou lié à des facteurs conjoncturels temporaires ou faut-il y voir là le signal d'un réel affaiblissement de l'économie américaine ? Là est la question que vont très certainement devoir se poser les banquiers centraux américains lors de leur réunion la semaine prochaine (3-4 mai). Pour les marchés, il n'y aucune raison pour le moment à ce que la réserve fédérale américaine fasse machine arrière dans son approche agressive en matière de normalisation monétaire. Les anticipations de marché actuelles intègrent un scénario de hausse de taux de 50 pbs en mai (probabilité estimée à 96,5%) et un scénario de hausse de taux de 75 pbs en juin (probabilité estimée à 84%). Au regard de ces anticipations, on peut craindre un risque de décalage possible entre ce qu'attendent les marchés et ce qui risque de se produire dans la réalité. Un resserrement monétaire plus graduel n'est pas à exclure si les banquiers centraux américains estiment qu'il y a un danger pour l'économie à remonter trop fortement les taux d'intérêt. Alors que le dollar a clôturé hier à son plus haut niveau depuis 2002 face à un panier de devises, la devise américaine pourrait tomber de son piédestal si jamais la Fed ne répond pas la semaine prochaine aux (hautes) attentes qui sont placées en elle.
  • L'inflation ne fléchit (toujours) pas en Europe : entre les données publiées hier et celles de ce matin, on fait le constat que les pressions inflationnistes ne dégonflent toujours pas en Europe. Pire encore, elles s'accentuent contre toute attente. En Allemagne, l'inflation grimpe à un nouveau record de 7,4% en avril contre 7,3% en mars alors que le consensus misait sur un léger ralentissement à 7,2%. En France, l'inflation progresse de 4,5% à 4,8% en avril alors que le consensus misait sur un niveau stable, et atteint ainsi son plus haut niveau depuis 1985 d'après l'INSEE. En Espagne, on observe un ralentissement des prix puisqu'après avoir tutoyé les 10% en mars (9,8% exactement), l'inflation générale redescend à 8,4% en avril, soit bien plus bas que le chiffre de 9,0% anticipé par le consensus. Face à des pressions sur les prix qui restent historiquement élevées deux mois après le début du conflit en Ukraine et qui pourraient encore grossir si jamais la Russie venait à mettre ses menaces à exécution et couper le gaz vers l'Europe (ie. hausse des prix comme impact direct), les regards sont plus que jamais tournés vers la Banque centrale européenne qui tarde à se lancer dans une politique de hausse de taux. Alors que les marchés monétaires anticipent depuis la semaine dernière une hausse de 25 pbs en juillet, un scénario de possible hausse de 10 pbs en juin est aujourd'hui évalué à 50/50. En perdition depuis la fin de semaine dernière, l'euro retrouve un peu le sourire ce matin à l'occasion de la dernière séance du mois d'avril.
  • La Banque du Japon affirme sa différence, au plus grand déplaisir du yen : l'affirmation hier de la banque centrale japonaise de poursuivre dans la durée sa politique ultra-accommodante mêlant taux négatif et contrôle de la courbe de taux via des rachats d'actif marque la singularité de la politique monétaire au Japon par rapport à celle menée actuellement par les autres économies développées qui sont quasiment toute lancée (sauf en Suisse) dans une stratégie de réduction, plus ou moins graduelle, des mesures de soutien. Ce choix pénalise hautement l'attractivité de la devise japonaise face à ses pairs, laquelle pâtit d'un élargissement, qui s'accroit de jour en jour, des spreads de taux entre le Japon et les autres économies développées. Après un bon début de semaine, très largement favorisé par un retour d'un sentiment d'aversion au risque sur les marchés financiers, le yen a lourdement chuté hier. Il a perdu plus de -1% de sa valeur face à la livre sterling (-1,2%), l'euro (-1,3%) et face au dollar australien (-1,4%). Face au dollar, la devise japonaise s'est dépréciée hier de presque -2% et enregistré à cette occasion sa pire séance depuis novembre 2020, chutant au passage à un nouveau point bas depuis 20 ans à plus de 130 ¥. Si le yen tente de rebondir ce matin, il reste plus que jamais l'un des plus gros contre-performeurs de l'année sur les marchés des changes.
  • La banque centrale suédoise remonte ses taux malgré une contraction de l'économie au T1 : l'enchaînement est étonnant, d'autant plus qu'il n'était pas le scénario attendu par le consensus. L'économie suédoise s'est contractée au 1er trimestre de -0,4%, soit un repli un petit peu moins fort que prévu (consensus -0,5%) mais qui est le premier observé depuis le T2 2020 et le 1er confinement en Europe. Dans la foulée, la banque centrale suédoise a annoncé une première hausse de taux de 25 pbs et ainsi officialisé la sortie définitive de sa politique de taux 0 ou négatif, justifiant au passage son choix par le fait que l'inflation en Suède est à son plus haut niveau depuis 30 ans (6% en mars). Cette décision n'était pas attendue si tôt cette année et seulement deux économistes sur les 18 sondés en amont de la réunion monétaire d'avril par l'agence d'information Bloomberg avaient envisagé une hausse de taux. La banque suédoise a par ailleurs indiqué qu'elle devrait procéder encore à deux à trois hausses d'ici la fin d'année et s'est engagée à réduire ses rachats d'actif au second semestre. Le timing de cette décision a de quoi étonner et on peut se demander si la banque centrale ne s'est pas trop précipitée dans ses choix compte tenu des incertitudes qui pèsent sur l'économie. La couronne suédoise a vivement rebondi à l'annonce de cette décision surprise et enregistré jusqu'à +1,3% de gains en séance face à l'euro mais a été finalement rattrapée par les doutes et a retracé en fin de journée pour clôturer la journée avec "seulement" +0,3% de gains sur l'euro à 10,36 SEK. Si le taux EUR/SEK reste sur la défensive ce matin, la présence d'un support majeur à 10,25 SEK semble constituer un obstacle bloquant une appréciation plus importante de la couronne suédoise. Les secousses que subissent cette semaine les marchés actions sont un autre élément qui plaide la thèse d'un potentiel baissier limité pour la paire EUR/SEK.
  • La banque de Russie va-t-elle continuer de desserrer l'étau ? : après une première baisse de taux surprise en début de mois de 20% à 17%, la banque centrale de Russie devrait à nouveau annoncer ce vendredi un abaissement de son taux directeur à 15% d'après le consensus économique. Les mesures de contrôle des capitaux et de défense du rouble adoptées postérieurement aux sanctions internationales ont eu une efficacité redoutable, même peut-être au-delà des attentes initiales des banquiers centraux russes puisqu'aujourd'hui la devise russe est bien au-dessus du niveau qui était le sien avant l'invasion de l'Ukraine et est même à un pic de 2 ans face à l'euro (76 RUB). La devise russe enregistre à ce jour une performance annuelle de +11% face à l'euro et +3% face au dollar américain. Jugeant que la stabilité financière est revenue, les banquiers centraux russes sont dans une démarche de desserrer progressivement l'étau monétaire dans un but d'éviter d'endommager une économie russe déjà largement endommagée par les répercussions directes et indirectes du conflit en Ukraine et qui est plus que jamais sous la menace d'une récession. Une réduction monétaire plus importante de la part de la banque centrale russe pourrait entraîner un mouvement baissier sur le rouble et un mouvement de retracement des récents gains acquis face à l'euro et au dollar.
  • La banque centrale chinoise continue de faire pression sur le yuan : si l'on cumule tous les ajustements réalisés cette semaine par la banque centrale chinoise, le taux pivot du yuan n'avait jamais été aussi abaissé depuis la dévaluation réalisée en août 2015. Au total, le yuan a été déprécié de -2,4% face au dollar cette semaine par la PBoC et est ce matin à son plus bas niveau depuis le mois de novembre 2020 à 6,62 ¥. Ce choix ne paraît pas anodin et semble préfigurer un changement d'orientation au sein de la banque centrale chinoise sur la devise chinoise dont la forte valorisation permettait jusqu'à présent de lisser les effets de la hausse des prix des matières premières. Sauf que face à la multiplication des signaux de ralentissement de l'économie chinoise et une consommation domestique heurtée par le retour des risques sanitaires en Chine, la banque centrale chinoise voit possiblement un intérêt à laisser le yuan glisser pour stimuler l'attractivité des exportations qui restent l'un des principaux catalyseurs de croissance en Chine. Malgré d'importantes pressions baissières sur l'euro cette semaine, la paire EUR/CNH a plutôt bien tenu le coup cette semaine et s'échangeait ce matin à hauteur de 7,0 ¥.
  • Coup de projecteur ce vendredi : alors que la journée devrait être rythmée par des mouvements de retracement eu égard aux prises de bénéfice régulièrement observées en fin de mois, l'attention se portera aujourd'hui sur la publication des premiers chiffres de croissance au 1er trimestre et les premières estimations d'inflation au mois d'avril en Zone Euro. On suivra également à la mi-journée une décision monétaire en Russie.

  

Volatilité des devises :

EUR/USD - Un rebond sur fond de prises de bénéfice ? (-0,6% hier) : avant la séance de vendredi qui sera la dernière du mois d'avril, l'EUR/USD enregistrait une perte mensuelle de -5% ce qui en faisait sa pire performance depuis le mois de janvier 2015. L'EUR/USD vient d'enchaîner 6 séances consécutives de repli pour une perte cumulée de plus de -3%. Malgré des chiffres de croissance au 1er trimestre en Europe mi-figue mi-raisin (résultats en-dessous des attentes en France et en Espagne, en ligne avec le consensus en Italie et légèrement supérieure aux attentes en Allemagne), l'euro rebondit vivement ce matin. On peut y voir des prises de bénéfice avant la réunion de la Fed de la semaine prochaine et à l'occasion de la clôture des résultats du mois d'avril sachant que la valorisation de la paire a clôturé hier à un nouveau creux de 5 ans à 1,05 $. Un retour à 1,06 $ peut être envisagé au regard de la dynamique observée ce matin. Il faudrait pour cela éviter d'observe de nouvelles turbulences sur les marchés boursiers américains après le fort rebond engrangé la veille.

 
EUR/GBP - Une tentative ratée de retour sous 0,84 £ (+0,1% hier) : le taux EUR/GBP a échoué hier dans sa tentative de repli sous le seuil de 0,84 £. La publication de chiffres d'inflation plus élevés que prévu en Allemagne hier, et ce matin en France, accrédite la thèse d'une hausse de taux qui s'annonce imminente en Zone Euro. Le taux reste assez stable, bien au-dessus de son cours moyen annuel (0,8360 £), mais ne montre pas de signaux suggérant une accélération vers le seuil de 0,85 £ qui constitue un plafond sur la paire de change en 2022.

 
EUR/JPY - Nouveau coup de blues pour le yen (+1,3% hier) : après un net repli de -2,7% sur le début de semaine, le taux EUR/JPY a repris son ascension grâce à l'appui (indirect) de la Banque du Japon dont la confirmation d'une approche accommodante dessert lourdement le yen. Le taux EUR/JPY a également profité hier du net rebond des marchés boursiers pour accélérer son rebond. Celui-ci poursuit sa remontée ce matin en direction du seuil de 138 ¥.

 
EUR/CHF - La barrière de 1,02 ₣ maintient l'EUR/CHF à flot (-0,2% hier) : comme évoqué hier on surveillait avec une grande attention le test de la barrière de 1,02 ₣, laquelle si elle flanchait aurait pu initier un mouvement baissier sur le taux EUR/CHF. Si elle a bien été testée hier, elle a tenu bon. Ce matin, le taux EUR/CHF profite d'un rebond correctif de l'euro en cette dernière séance du mois d'avril pour respirer et s'écarter de cette barrière. Un retour à 1,03 ₣ apparaît compliqué au regard des inquiétudes qui persistent à l'égard des économies européennes après la publication ce matin des premières estimations de croissance en Europe.


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