Actualités du marché des devises

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mars 24, 2022 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Le pétrole flambe en attendant les sanctions de l'OTAN : ascension fulgurante de la couronne norvégienne et du réal brésilien

  

Les titres du jour :

  • La Russie veut être payé en rouble : face aux sanctions qui s'abattent contre la Russie et qui menacent le pays de récession dès cette année, le président russe Vladimir Poutine a annoncé hier qu'il allait réclamer aux "pays hostiles" à la Russie de payer leur gaz en rouble. Par ce biais, le chef d'Etat entend atténuer les effets des sanctions à l'origine de la forte dépréciation de la monnaie depuis le début du conflit en Ukraine. Principalement visés par cette mesure, les Européens sont face à un choix cornélien : 1) se passer du gaz russe sans avoir de garanties de pouvoir le remplacer à court terme via d'autres fournisseurs, ou 2) continuer à acheter du gaz russe et aider ainsi la Russie à soutenir sa monnaie, et donc indirectement son économie et son projet de guerre en Ukraine. Si l'on sait qu'un accord entre les Etats-Unis et l'Union Européenne sur le gaz est en bonne voie et pourrait être annoncée d'ici la fin de semaine, il est pour l'heure difficile de mesurer à combien se mesure l'engagement américain qui à lui seul ne pourra pas compenser les approvisionnements réalisés en Russie.
  • De nouvelles sanctions attendues contre la Russie, le pétrole flambe : en marge du sommet extraordinaire de l'OTAN qui se déroule ce jeudi et vendredi en Belgique, auquel participe en physique le président américain Joe Biden, de nouvelles sanctions contre la Russie devraient être annoncées. Du côté européen, on hésite à cibler le secteur de l'énergie qui est la principale source de financement de la Russie mais dont est aujourd'hui très dépendant les économies européennes. Alors que les avis divergent, le prix du brut a bondi hier de plus de +5% en Europe et est à un pic de 2 semaines à 120 $/brl. En l'espace d'une semaine, le pétrole a progressé de près de +25%, ce qui ne manque pas de faire frétiller les devises de pays exportateurs comme le dollar canadien qui oscille à hauteur de ses plus hauts niveaux depuis 2015 face à l'euro (1,38 C$) ou la couronne norvégienne qui passe ce jeudi sous le seuil de 9,50 NOK face à l'euro pour la 1ière fois depuis octobre 2018.
  • Un coup de pouce aux ménages insuffisant au Royaume-Uni ? :  comme il l'était pressenti, le secrétaire au Trésor britannique a dévoilé hier tout une série de mesures destinées à soutenir le pouvoir d'achat des ménages dans un contexte de forte hausse des prix de l'énergie et de pressions inflationnistes à un plus haut depuis 30 ans de l'autre côté de la Manche (6,2% en février). Parmi les principales mesures annoncées hier, l'Etat va réduire temporairement pendant 1 an les taxes sur les carburants jusqu'en mars 2023 (-5 pences/litre), supprimer la TVA sur les achats d'équipement d'isolation, relever le plafond à partir duquel les salariés participent aux cotisations sociales et ne pas modifier en revanche la hausse du taux d'imposition de 1,25% décidée à l'automne dernier, et entrouvre la porte à une première baisse en 16 ans du premier palier d'imposition sur le revenu de 20% à 19% à partir de 2024.  Malgré un allègement fiscal évalué à 6 Mds£, l'agence affiliée au Trésor en charge des prévisions (Bureau des responsabilités budgétaires, OBR) anticipe cette année la plus forte chute du revenu disponible réel des ménages depuis 1956. De ce fait, la projection de croissance pour cette année est largement revue à la baisse à 3,8% contre 6,0% anticipé à l'automne dernier.
  • Les marchés monétaires misent sur deux hausses de taux de 50 pbs aux Etats-Unis d'ici la fin du semestre : depuis l'intervention lundi du gouverneur central américain durant laquelle il a clairement indiqué qu'il pourrait soutenir un projet de resserrement monétaire de 50 pbs lors de la prochaine réunion monétaire en mai prochain, les marchés spéculent ardemment sur une normalisation accélérée aux Etats-Unis. Actuellement, les marchés monétaires évaluent à deux chances sur trois la probabilité d'un resserrement monétaire de 50 pbs en mai, mais aussi en juin. Les anticipations actuelles misent sur un taux directeur à 2,3%, soit un peu plus que le niveau de 2,1% observé dans les projections de la Fed en mars. Si cela se confirme, il s'agirait du cycle de normalisation le plus agressif observé depuis 1994 ! Il reste à savoir néanmoins si l'économie américaine aura les reins assez solides pour digérer un tel changement de conditions monétaires. Les marchés obligataires continuent d'alerter contre un risque de récession à venir par le biais d'un aplanissement de la courbe de taux. Le spread 30-5 ans poursuit son recul et chute ce matin à son plus bas niveau depuis juin 2007 (15 pbs) !
  • Une ascension fulgurante du réal brésilien : la devise brésilienne a bondi de près de +2% hier face à l'euro et ainsi enchaîné une 6ième séance consécutive de hausse pour un gain total de 6%. La hausse des prix des matières premières provoquée par la guerre en Ukraine tout comme la politique de durcissement monétaire opérée par la banque centrale brésilienne sont deux catalyseurs haussiers du réal. La rotation des investissements au sein de l'univers des émergents hors d'Europe de l'Est car trop exposé au conflit russo-ukrainien et hors de Russie favorise les devises sud-américaines, lesquelles restent pour la plupart d'entre-elles encore très largement décotées après deux ans de pandémie. Le retour du COVID en Asie est autre élément en faveur des devises sud-américaines. Le réal brésilien est l'un des meilleurs performeurs de l'année avec un gain de 16% face à l'euro et 13% face au dollar. Face à la devise européenne, il est désormais à un pic de 2 ans à moins de 5,3 BRL.
  • Coup de projecteur ce jeudi : l'évènement majeur de la journée sera la tenue du sommet extraordinaire de l'OTAN en Belgique en marge duquel on attend l'annonce de nouvelles sanctions contre la Russie. En parallèle, on aura un œil attentif sur les résultats ce matin et cet après-midi des premières enquêtes d'activité dans le secteur privé en Europe et aux Etats-Unis. Plusieurs réunions monétaires à suivre ce jeudi, notamment en Afrique du Sud, au Mexique et en Norvège où l'on attend une hausse de taux. En Suisse, on suivra ce matin si la banque centrale ajustera sa communication à l'égard d'un franc que l'on a vu approcher ce mois-ci le niveau de parité face à l'euro pour la 1ière fois depuis 2015.

  

Volatilité des devises :

  

EUR/USD - Les spéculations sur la politique énergétique européenne et la hausse des prix du pétrole pèsent sur l'euro (-0,2% hier) : rien de nouveau sous le soleil pour un euro qui affiche toujours une mine déprimée et qui menace depuis le début de semaine d'une rechute sous 1,10 $. Les débats autour d'un possible embargo européen sur le pétrole russe semblent affecter la devise européenne, et cela pour deux raisons. Malgré une volonté clairement affichée de réduire sa dépendance énergétique à l'égard de la Russie, les Européens ne peuvent pas compenser à court terme la perte de son premier fournisseur de gaz, de pétrole et de houille. Par ailleurs, la nouvelle hausse des prix du pétrole (retour hier du Brent à 120 $/brl) implique une hausse de la facture énergétique pour les économies européennes importatrices nettes de brut, et plus particulièrement pour les ménages qui voient leur pouvoir d'achat abaissé. Des divergences existent au sein des 27 membres de l'UE sur la question de cibler ou non le secteur de l'énergie dans les nouvelles mesures de sanction contre la Russie. Sur la question de l'encadrement des prix de l'énergie par les Etats européens, là encore des divergences sont observées entre les nations du "Sud" (Italie, France, Espagne) et celles du "Nord" (Allemagne, Autriche, Pays-Bas) qui préfèrent maintenir un système de libre-concurrence. En ce temps de crise, les signaux de manque de coopération et de coordination actuellement envoyés par l'Europe ne sont pas de bonnes nouvelles pour l'euro. Celui-ci reste sur la défensive ce matin et glisse à nouveau sous la barrière de 1,10 $. Si la devise européenne ne parvient pas comme les deux précédentes séances à retracer et revenir au-dessus de ce seuil, alors les pressions baissières pourraient s'accentuer et laisser libre champ à une nouvelle glissade de la devise européenne.

 
EUR/GBP - Les aides budgétaires du Trésor n'ont pas convaincu la livre (+0,2% hier) : après trois séances consécutives de hausse face à l'euro et un retour à proximité du seuil de 0,83 £, la livre sterling a marqué le pas et a corrigé hier. Les mesures de soutien au pouvoir d'achat annoncées hier par le secrétaire au Trésor britannique Rishi Sunak n'ont pas surpris les marchés, pas plus qu'elles ne les ont convaincus de leur efficacité à compenser les dommages causés par une inflation actuellement à un pic de 30 ans et qui devrait encore accélérer dans les prochains mois. Cela renforce l'idée que la Banque d'Angleterre devrait désormais agir de manière très prudente dans son cycle de rehaussement de ses taux d'intérêt afin d'éviter de fragiliser davantage l'économie. Le taux EUR/GBP est stable et consolide sa position à plus de 0,83 £ en attendant la publication ce matin des premières enquêtes d'activité du secteur privé de la Zone Euro et au Royaume-Uni au mois de mars. Des divergences visibles de dynamique entre les deux régions pourraient orienter la direction de la paire de change.

 
EUR/JPY - Le yen toujours sur la défensive (+0,1% hier) : la devise japonaise n'y arrive pas. Malgré un regain de volatilité hier et une correction assez significative des bourses américaines (-1,2%) et européennes (-1,0%), la devise japonaise a échoué dans sa tentative de rebond. Ce matin, elle reprend même sa marche en arrière face à l'euro et oscille sur ses plus bas niveaux depuis 9 mois autour du niveau de 133,5 ¥. La hausse des prix des matières premières combinée aux vives variations observées sur les rendements obligataires (forte remontée cette semaine) pénalise la devise japonaise. Malgré la poursuite des combats en Ukraine, les marchés semblent avoir maintenant intégré l'idée d'une prolongation dans le temps de ce conflit, d'où finalement le peu de réactions de leur part à l'actualité sur le front. La menace nucléaire ou le risque d'extension du conflit en-dehors des frontières ukrainiennes sont les deux véritables facteurs qui pourraient sortir les marchés de leur flegme actuel.

 
EUR/CHF - Rebond du franc sur fond de regain de volatilité en Europe (-0,5% hier) : le nouveau fort rebond des prix du pétrole hier et les nouvelles fractures politiques observées en Europe sur la question des sanctions contre la Russie et la réponse commune à apporter à l'envoler des prix de l'énergie ont plombé la confiance des investisseurs. Pour la 1ière fois en près de 2 semaines, les marchés actions européens ont corrigé de -1%. En retour le franc suisse a rebondi de +0,5%, ce qui porte maintenant à +1,5% ses gains depuis vendredi dernier. Le taux EUR/CHF est de retour depuis hier sous le seuil de 1,03 ₣ alors que les regards étaient braqués sur la Banque Nationale Suisse qui tenait sa première réunion monétaire de l'année. Malgré la forte revalorisation de la devise helvète en marge du conflit en Ukraine (seuil de parité approché pour la 1ière fois en 7 ans), la banque centrale ne procède à aucun changement ce trimestre, aussi bien au niveau de ses outils monétaires que dans sa communication. Les taux restent à un plus bas historique de -0,75% et la banque s'autorise à intervenir sur les marchés des changes pour réguler un franc qu'elle considère comme "hautement valorisé". Si le taux EUR/CHF rebondit ce matin au-dessus du seuil de 1,0250 ₣, il n'est pas à l'abri d'un nouveau dérapage si les inquiétudes autour des approvisionnements énergétiques européens s'accentuent ou si les pressions sur les prix du pétrole et du gaz accélèrent très fortement.

 
EUR/NOK - Rebond de la couronne norvégienne à un pic depuis octobre 2018 (-1,0% hier) : la forte hausse du pétrole et les anticipations de nouvelle hausse de taux ce matin en Norvège (consensus : 0,75% vs. 0,5% actuellement) donnent des ailes à la devise norvégienne. Celle-ci enregistre près de 2% de gains entre hier et ce matin face à l'euro et franchi à cette occasion le seuil symbolique de 9,50 NOK pour la 1ière fois depuis octobre 2018. Depuis le début du conflit ukrainien, la devise norvégienne cumule 7% de gains et fait figure pour le moment de grand "gagnant" de ce conflit.


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