Actualités du marché des devises

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févr. 08, 2022 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Dégonflement des tensions sur l'Ukraine & inquiétudes autour de la forte remontée des taux européens : l'euro pris entre deux feux

  

Tendance du jour : dans la continuité de la séance de lundi, l'euro poursuit sa correction face à l'ensemble de ses pairs, aussi bien d'économies développées qu'émergentes. Si la forte poussée des taux européens a été vu dans un premier temps comme un facteur de regain d'attractivité pour la devise européenne, la magnitude et la célérité de ce mouvement soulève néanmoins quelques inquiétudes et des risques crédit en Europe où le niveau d'endettement public et privé, déjà très élevé avant la pandémie, a fortement augmenté ces deux dernières années. L'euro retrace une partie des gains de la semaine dernière et revient à 1,14 $ face au dollar et 1,0550 ₣ face au franc suisse. Le dégonflement par ailleurs des tensions autour de l'Ukraine au lendemain de la tentative de médiation réalisée par le président française en Russie favorise la revalorisation de devises comme le dollar australien (1,60 A$) ou le loonie canadien (1,45 C$) qui ont subi d'importantes pertes la semaine dernière face à l'euro. Le rouble poursuit son rebond correctif et profite de la réduction des primes de risque en Russie. Il oscille ce matin à un pic de plus de 3 semaines et tente de glisser sous le seuil de 86 RUB. Après un solide rebond la veille, le zloty polonais cale (4,53 PLN) en amont d'une réunion monétaire programmée cet après-midi en Pologne durant laquelle une nouvelle hausse de taux de 50 pbs est anticipée par les marchés.

 
EUR/USD - Tentative de correction avortée mais dynamique toujours défensive pour l'EUR/USD (-0,0% hier) : si le taux EUR/USD a passé toute la journée de lundi sur la défensive en raison d'un effet de décompression naturelle après l'euphorie provoquée la semaine dernière par la BCE, il a réussi l'exploit de limiter les pertes et de se maintenir très largement au-dessus du seuil de 1,14 $. L'euro reste soutenu par une forte remontée depuis la fin de semaine dernière des rendements obligataires en Zone Euro où on observe un retour des taux souverains à 5 ans en territoire positif dans l'ensemble des pays émetteurs de dette, y compris en Allemagne. L'érosion du volume de dettes souveraines à taux négatif en Europe témoigne d'un changement progressif de conditions monétaires mais aussi d'état d'esprit des investisseurs qui semblent de plus en plus convaincus qu'une première hausse de taux depuis 2011 devrait s'opérer cette année en Zone Euro. Sur les marchés monétaires, on intègre désormais 5 hausses de taux de 10 pbs à horizon fin décembre, ce qui impliquerait un retour du taux de dépôt européen à un niveau nul (et plus négatif), ce qui n'est plus arrivé depuis 2014. Malgré ce nouvel atout, l'EUR/USD ne semble pas pour le moment être en capacité de casser la barrière de 1,15 $ qui n'a plus été franchie depuis maintenant près de 3 mois. En l'absence de catalyseurs justifiant une nouvelle accélération de l'euro pour le moment, la paire de change semble toujours en proie à des pressions baissières correctives eu égard son récent rebond. Les débats aux Etats-Unis autour d'une possible hausse de taux plus forte que prévu de la part de la Fed de 50 pbs au mois de mars contrebalance également la dynamique haussière de l'euro. Si ce scénario ne semble pas avoir les faveurs pour le moment des banquiers centraux américains, il pourrait néanmoins être reconsidéré sérieusement si jamais l'inflation américaine surprend à nouveau à la hausse ce jeudi. Le consensus mise sur une nouvelle accélération de la croissance des prix en janvier de 7,0% à 7,3%, ce qui constituerait un nouveau pic depuis 40 ans. Notons également que la menace américaine proférée hier par la Maison Blanche de bloquer l'oléoduc Nord Stream 2 entre la Russie et l'Allemagne en cas d'intervention militaire russe en Ukraine n'est pas une bonne nouvelle pour l'Europe dont les besoins énergétiques - en gaz et en pétrole - sont aujourd'hui très dépendants de la Russie. C'est notamment le cas pour l'Allemagne.

 
EUR/GBP - La livre sterling se reprend et profite de la dissipation des effets de la BCE sur l'euro (-0,2% hier) : après un rebond de +1,7% en deux séances, il était normal que le taux EUR/GBP retrace légèrement, aussi nous n'avons pas été surpris de voir celui-ci corriger modestement hier. Toujours sur la défensive ce matin, la paire EUR/GBP se maintient néanmoins toujours très largement au-dessus du seuil de 0,84 £ pour le moment. La dissipation des effets de la BCE donne l'occasion à la livre sterling de regagner du terrain face à l'euro et de profiter de son avantage monétaire face à celle-ci. Si les marchés monétaires sont très optimistes quant à une remontée des taux directeurs européens d'ici la fin de l'année, ils le sont tout autant au sujet des taux britanniques. Les anticipations monétaires signalent en ce moment 5 nouvelles hausses de taux de 25 pbs d'ici la fin d'année, ce qui ramènerait le taux directeur britannique à 1,75%, ou son plus haut niveau depuis 2009. Si on peut légitimement questionner la crédibilité d'un tel scénario mais surtout ses impacts potentiels sur l'économie, ces anticipations procurent un avantage à la livre sterling dont elle profite amplement pour contenir toute tentative d'ascension de l'euro. Malgré son récent rebond, le taux EUR/GBP reste encore très largement en-dessous de sa moyenne des 12 derniers mois (0,8540 £) ou encore de sa moyenne 2021 (0,8595 £). En raison d'un calendrier économique très réduit sur ce début de semaine en Zone Euro et au Royaume-Uni, la paire EUR/GBP est surtout influencée par le sentiment général des investisseurs et les mouvements sur les marchés obligataires et monétaires.

 
EUR/JPY - Légère décompression et effet répulsif de la barrière de 132 ¥ (-0,2% hier) : si le taux EUR/JPY a bien tenté lundi de s'attaquer à la barrière de 132 ¥ qu'il n'avait plus franchi depuis 3 mois, la marche s'est avérée trop haute à gravir et la paire de change a retracé à la baisse dans la journée. Outre l'incapacité de l'euro à accélérer de nouveau, la paire EUR/JPY a été rattrapée par ailleurs par les incertitudes autour du dossier ukrainien alors que plusieurs rencontres officielles sur le sujet étaient programmées hier, dont une rencontre entre le chancelier allemand et le président américain à Washington et un entretien entre le président français et son homologue russe à Moscou. Si du côté américain on a renouvelé l'engagement à procéder à de fortes sanctions contre la Russie en cas d'intervention militaire en Ukraine, l'échange entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine laisse entrevoir une possible désescalade des tensions. Le président russe se dit prêt à faire un compromis et a évoqué durant la conférence de presse commune avec son homologue français que des points de convergence existaient. Les signaux de bonne volonté en provenance de Russie rassurent les marchés et viennent par ailleurs freiner la contraction du taux EUR/JPY. La menace de conflit militaire est réduite mais pas totalement éliminée, d'où le fait que la paire de change reste pour le moment coincée aux portes du seuil de 132 ¥.

 
EUR/CHF - Une hausse des primes de risque en Europe surveillée par les investisseurs (-0,3% hier) : la forte remontée des rendements souverains européens provoquée par la hausse depuis la semaine dernière des anticipations de hausse de taux en Zone Euro redonne une certaine attractivité à l'euro, autant qu'elle soulève quelques interrogations parmi les investisseurs. En effet, une remontée rapide des taux d'intérêt européen alimente des risques crédit sachant le très haut niveau d'endettement des Etats et des entreprises européennes, lequel s'est significativement accéléré durant la pandémie. Une forte hausse des coûts du crédit pourrait raviver une problématique de solvabilité et des risques de faillite au sein d'une région qui a été relativement épargnée par cela durant la crise du COVID grâce à un soutien exceptionnel des pouvoirs publics. En France notamment, le niveau de faillite était en décembre 2021 inférieur de 13% à celui observé en décembre 2020 et de -47% à celui observé en décembre 2019 d'après les statistiques de la Banque de France. La remontée des primes de risque en Europe exprimée par l'écartement du spread de taux 10 ans entre l'Italie et l'Allemagne, lequel est aujourd'hui à un pic de presque 20 mois, témoigne de la montée des inquiétudes des investisseurs européens face à cette forte poussée des rendements obligataires européens. Dans ce contexte, il n'est pas surprenant de voir le franc se redresser et s'écarter du seuil de 1,06 ₣ touché la semaine dernière. Ce matin, le taux EUR/CHF restait sur la défensive et tentait de repasser sous le seuil de 1,0550 ₣.

 
EUR/CAD - Un pétrole élevé et un euro moins flamboyant font les affaires du loonie canadien (-0,8% hier) : après un bond la semaine dernière à un pic de 4 mois à plus de 1,46 C$, le taux EUR/CAD a naturellement retracé lundi sous l'impulsion d'une baisse des pressions haussières sur l'euro mais aussi d'un maintien de prix du pétrole sur des plus hauts depuis 7 ans, à plus de 90 $/brl en Europe et aux Etats-Unis. Après avoir enchaîné 6 séances consécutives de hausse qui lui a permis de revaloriser de près de 3%, le taux EUR/CAD poursuit ce matin sur son élan baissier de la veille et confirme son retour sous le seuil de 1,45 C$. Le loonie pourrait être toutefois freiné dans sa tentative de rebond par un coup de frein potentiel des prix du pétrole en réaction à la baisse des primes de risque en Russie après la rencontre hier entre Vladimir Poutine et Emmanuel Macron en Russie.

 
EUR/AUD - Une baisse de la volatilité offre l'occasion à l'Aussie dollar de se redresser (-0,7% hier) : comme son homologue canadien, le dollar australien a profité hier d'une baisse de vigueur de l'euro mais aussi d'une réduction générale de la volatilité sur les marchés boursiers américains et européens pour se refaire une santé et s'écarter des points bas atteints en fin de semaine dernière. Observé la semaine dernière à un pic de plus de 4 mois à 1,62 A$, le taux EUR/AUD corrige vivement depuis hier et tutoie ce matin le seuil de 1,60 A$. La baisse temporaire des tensions sur le dossier ukrainien favorise par ailleurs cette revalorisation de la devise australienne. Attention tout de même, ce retour au calme auquel on assiste en ce moment pourrait n'être que temporaire. La remontée rapide des rendements obligataires, notamment en ce moment en Europe, pourrait susciter de nouveaux coups de stress sur les marchés actions.

 
EUR/PLN - Anticipations monétaires et réduction des risques géopolitiques à l'Est au soutien du zloty (-0,6% hier) : la devise polonaise a fortement rebondi hier face à l'euro et tutoie désormais ses plus hauts niveaux depuis 2 semaines à presque 4,53 PLN alors que se profile cet après-midi une réunion monétaire en Pologne. Les marchés monétaires anticipent une 5ième hausse de taux depuis octobre et un resserrement de 50 pbs qui ramènerait le taux directeur polonais à son plus haut niveau depuis 2013 à 2,75%. Ces anticipations mêlées au dégonflement depuis hier soir des risques de conflit militaire en Ukraine en écho aux signaux de bonne volonté de la part du président russe à vouloir trouver un compromis sur ce dossier ont appuyé le rebond de la devise polonaise. Pour le moment, le taux EUR/PLN se casse les dents sur la barrière de 4,53 PLN mais celle-ci pourrait être cassée dans l'après-midi si jamais la banque centrale polonaise venait à surprendre les marchés en remontant plus fortement que prévu ses taux.


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