Actualités du marché des devises

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févr. 04, 2022 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

La BCE ne ferme plus la porte à une hausse de taux en 2022, l'euro s'enflamme et grimpe à un pic annuel

 

Tendance du jour : dans l'élan de la séance d'hier durant laquelle l'euro a enregistré son plus fort rebond depuis mars 2020 face au dollar (1,1450 $) et au yen, (131 ¥) la devise européenne poursuit sur sa lancée et est tiré par le haut par les spéculations d'une possible première hausse depuis 2011 en Zone Euro. Avant hier, la présidente de la BCE était inflexible sur le sujet et estimait qu'il était hautement improbable que les taux directeurs européens soient réhaussés cette année, or hier elle a entre-ouvert la porte à un possible ajustement, cette dernière reconnaissant des inquiétudes à l'égard de la dynamique d'inflation qui ne cesse, mois après mois, de battre des records en Zone Euro. Si le volet monétaire focalise toute l'attention, les effets pourraient progressivement se dissiper pour laisser place à d'autres thématiques par forcément nouvelles : un retour du stress sur les marchés actions américains alimenté par une nouvelle contre-performance des valeurs technologiques (chute historique du titre Meta, ex-Facebook, de -26%), mais aussi des tensions géopolitiques toujours palpables entre la Russie et l'Ukraine. La livre sterling creuse ses pertes face à l'euro et recule ce matin à son plus bas niveau de l'année (0,84 £) au lendemain d'une hausse de taux de la BoE que certains observateurs interprètent de prudente. La devise australienne subit un double contrecoup avec la poussée de l'euro et la remontée de la volatilité financière et chute ce matin à un creux de presque 2 mois à plus de 1,61 A$. Les devises émergentes continuent de se déprécier face à l'euro, notamment les devises sud-américaines mais aussi la hryvnia ukrainienne (-1% ce vendredi à 32,2 UAH).

 
EUR/USD - Les inquiétudes de la BCE sur l'inflation alimentent les spéculations de hausse de taux cette année (+1,2% hier) : on ne l'avait pas vu venir, ou du moins on ne l'attendait pas forcément aussi tôt cette année, le pivotement de la communication de la Banque centrale européenne sur la politique de taux a totalement surpris hier les marchés et provoqué de vives réactions sur les marchés obligataires et monétaires. Dans les faits, la banque centrale n'a pas fait d'annonces majeures hier sinon confirmé le maintien des principaux taux directeurs à leur niveau actuel (0,0% et -0,5%), le projet d'arrêt du programme quantitatif d'urgence en mars et la conduite après mars d'une politique de rachat d'actifs avec un calendrier de réduction des volumes déjà préétabli (40 Mds€ au T2, 30 Mds€ au T3 et 20 Mds€ à partir du T4). Peu sensible aux annonces, l'euro s'est vivement emballé durant la conférence de presse de la présidente de l'institution monétaire Christine Lagarde. Contrairement à ses précédentes sorties, cette dernière n'exclut plus la possibilité d'une remontée des taux d'intérêt dès cette année, évoquant un sentiment d'inquiétude partagé au sein du conseil de gouvernance à l'égard de l'accélération continue de l'inflation en Zone Euro sur ces derniers mois. On avait évoqué précédemment que la position de la BCE défendant un scénario de hausse transitoire de l'inflation était de plus en plus difficilement tenable au regard des records battus chaque mois par la croissance des prix à la consommation (5,1% en première estimation au mois de janvier 2022), cependant on pouvait légitimement penser que la banque se laisserait encore un peu de temps avant de changer son discours, cette dernière nous ayant habitué dans le passé à avancer prudemment en matière de politique monétaire et être peu enclin aux changements de stratégie radicaux et soudains. La publication le mois prochain des nouvelles projections macroéconomiques de la banque centrale, et donc à cet égard des nouvelles estimations d'inflation à horizon 2024, servira de base de discussion aux banquiers centraux européens pour éventuellement considérer un réajustement de sa politique de sortie de crise dans les mois à venir. Sur les marchés monétaires, on ne va pas attendre la prochaine réunion pour commencer à spéculer sur un possible démarrage de cycle de hausse de taux en Zone Euro que l'on attend depuis 2011. L'analyse des taux de swap en euro indique que les marchés intègrent un scénario à quasiment 2 hausses de taux de +10 pbs cette année et 3 hausses d'une magnitude similaire en 2023. Les divergences monétaires, qui ont été si pénalisantes pour l'euro, pourraient ne plus se creuser dans les mois et trimestres à venir mais au contraire se réduire. Tiré par le haut par une forte poussée des taux courts européens - rebond du taux 2 ans allemand à un pic de 6 ans (-0,32%) - l'euro a engrangé presque +1,2% de gains face au dollar et réalisé hier sa meilleure séance depuis le mois de mars 2020. Le taux EUR/USD est remonté depuis hier au-dessus du seuil de 1,14 $ et il approche ce matin ses plus hauts niveaux de l'année situés à 1,1480 $. La barrière psychologique des 1,15 $ est à portée mais reste une marche importante qui n'a plus été franchi depuis presque 3 mois et qui pourrait calmer l'euphorie ambiante sur l'euro. Autre facteur qui pourrait faire dégonfler la paire de change qui il y a une semaine menaçait de chuter sous 1,11 $, il s'agit d'un possible sursaut du dollar qui sera très attentif cet après-midi aux chiffres de l'emploi aux Etats-Unis. Sachant que le consensus économique table sur un volume modeste de créations d'emploi sur janvier (+150k) et un statu quo sur le chômage (3,9%), la moindre surprise positive d'un des deux éléments pourrait constituer un prétexte à un rebond correctif du dollar.

 
EUR/GBP - La Banque d'Angleterre remonte à nouveau ses taux pour contrer l'inflation mais demande de ne pas "s'emballer", la livre se rétracte à son plus bas niveau de l'année (+1,0% hier) : il n'a pas surpris grand monde de voir la Banque d'Angleterre opérer hier sa seconde hausse consécutive de ses taux d'intérêt (+25pbs hier à 0,5%) après celle réalisée en décembre, les marchés ayant très largement anticipé cette action. Cette hausse de taux aurait néanmoins être plus importante puisque la décision finale a mis en exergue des divisions au sein du conseil de gouvernance de la banque dont une frange importante (4 gouverneurs sur 9) militait pour une hausse plus conséquente de 50 pbs pour tenter de contenir une dynamique d'inflation qui devrait culminer à plus de 7% d'ici avril prochain selon les dernières projections publiées hier par la BoE. Alors que les marchés monétaires tablent sur quatre nouvelles hausses de taux d'ici la fin d'année et voient le taux directeur remonter à 1,5%, le gouverneur central britannique Andrew Bailey s'est montré plus réservé sur la question d'une anticipation générale d'une normalisation très rapide et agressive de la part de la Banque d'Angleterre sur 2022. Les mots du gouverneur central parlent d'eux-mêmes, il demande en effet de ne pas "s'emballer" sur la politique de taux et défend l'idée d'avancer pas à pas sur le sujet sachant que la remontée des taux d'intérêt n'est pas dictée par la forte cadence de l'économie mais avant tout par la forte poussée des prix de l'énergie. Après avoir testé ses plus hauts niveaux depuis près de deux ans et le seuil de 0,83 £ face à l'euro, la livre sterling a très vite cédé du terrain face à l'euro sous l'impulsion à la fois d'un renforcement de la devise européenne en marge de la conférence de presse de Christine Lagarde mais aussi d'une pointe de déception des acheteurs de livre sterling à la réception des commentaires teintés de prudence du gouverneur central britannique. Le volet monétaire mis à part, les turbulences politiques restent vives outre-Manche où l'on a appris la démission de quatre conseillers proches du premier ministre britannique Boris Johnson, lequel tente de se sortir de la tempête médiatique et politique dans laquelle il se trouve depuis les révélations faites sur une série de fêtes célébrées durant les confinements de 2020 et 2021 en procédant à une réorganisation de ses équipes. La menace d'une motion de censure à son encontre est plus que jamais d'actualité mais pour cela il faut que 54 députés conservateurs envoient une lettre au président du groupe parlementaire Tories de la Chambre des communes réclamant un vote de confiance dans l'hémicycle. Pour l'heure, seulement 7 députés ont publiquement fait savoir leur intention de le faire, ce qui offre un peu de sursis à Boris Johnson et inhibe nervosité parmi les acheteurs de livre sterling. Le taux EUR/GBP poursuit son rebond ce matin et oscille à son plus haut de l'année à plus de 0,84 £.

 
EUR/JPY - La poussée de l'euro plus forte que les tourmentes de Méta (+1,7% hier) : comme l'EUR/USD, la paire EUR/JPY a enregistré hier sa meilleure séance depuis le mois de mars 2020 et engrangé +1,7% de gains sous l'impulsion d'une large revalorisation de l'euro en écho aux commentaires de la présidente de la BCE Christine Lagarde. La perspective d'un démarrage de cycle de hausse de taux en Zone Euro dès cette année participe à creuser les divergences monétaires avec le Japon où la banque centrale reste l'une des plus accommodantes du monde et où l'on ne recense pas de problématique inflationniste pour le moment. Ces divergences - ou du moins l'anticipation qu'on en fait - se matérialisent sur les marchés monétaires où l'on a vu hier le spread de taux souverain 2 ans Allemagne-Japon bondir vivement et atteindre son plus haut niveau depuis juillet 2016 (-0,28%). Le taux EUR/JPY a été poussé hier par ces mouvements monétaires et est de retour sur ses plus hauts niveaux de l'année à plus de 131 ¥. Le taux de change prolonge ce matin son rebond et se rapproche à grand pas du seuil de 132 ¥, lequel n'a plus été atteint depuis 3 mois. Si le volet monétaire est dominant et demeure sur ces dernières 24 heures le principal catalyseur de volatilité de la paire de change, on garde un œil sur les marchés actions américains qui ont connu hier de nouveaux tourments. Sous l'influence de la lourde chute du titre Meta (ex-Facebook) qui a connu hier sa pire chute de son histoire (-26%) et perdu plus de 250 Mds$ de capitalisation boursière en l'espace de 24 heures après la publication de résultats trimestriels décevants, la bourse américaine a connu hier une forte contraction de plus de -2% (indice S&P 500). Une seconde séance de correction ce vendredi pourrait asséner un coup de frein à l'ascension de la paire EUR/JPY, les marchés répondant généralement à une hausse de la volatilité financière par une demande plus accrue en yen.

 
EUR/CHF - La BCE renvoie l'EUR/CHF à plus de 1,05 ₣ (+1,3% hier) : la forte revalorisation de l'euro en marge de la réunion de la BCE hier a envoyé le taux EUR/CHF à un nouveau pic annuel et depuis mi-novembre 2021 à plus de 1,05 ₣. Les marchés ont vu dans la communication de Christine Lagarde un possible tournant de stratégie qui laisse espérer cette année une première hausse de taux en Zone Euro depuis 2011. Le taux EUR/CHF poursuit son ascension ce matin et tutoie le seuil de 1,0550 ₣. Une petite décompression dans les jours à venir n'est pas impossible surtout si les marchés actions se retrouvent à nouveau gagnés par une vague de stress ou bien si les tensions géopolitiques autour de l'Ukraine s'intensifient. Le déploiement de troupes américains en Europe de l'Est a vivement fait réagir Moscou qui accuse le gouvernement américain d'alimenter les tensions autour de l'Ukraine. Les Européens continuent de jouer le rôle d'arbitre sur ce dossier et s'évertuent à éviter qu'un conflit militaire éclate. On apprend ce matin que le président français Emmanuel Macron va se rendre en Russie lundi prochain et en Ukraine le mardi pour y rencontrer les dirigeants des deux pays et tenter de trouver un terrain d'entente pour que les négociations se poursuivent dans le calme.

 
EUR/CAD - Le rebond de l'euro plus fort que la remontée des prix pétrole après l'OPEP (+1,3% hier) : porté par un fort rebond de l'euro en marge de la réunion de la BCE, le taux EUR/CAD a grimpé à un nouveau pic annuel à plus de 1,45 C$ et restait ce matin orienté à la hausse (pointe à 1,4565 C$). Malgré ce fort rebond, l'ascension de la paire EUR/CAD se voit freiné par le retour de pressions haussières sur les prix du pétrole, lesquels ont bondi hier de presque 2% au lendemain de la réunion de l'OPEC. La réunion mensuelle du cartel pétrolier n'a offert aucune surprise, celui-ci décidant de relever le plafond de quota de production journalière de 400k barils comme il s'est engagé à le faire chaque mois jusqu'au mois de septembre prochain afin d'éliminer graduellement les restrictions de production introduites par l'organisation durant la pandémie pour stimuler les prix du pétrole. Alors que certains observateurs comme la banque américaine Goldman Sachs évoquaient en début de semaine une possible hausse plus importante du volume de production autorisé au regard des prix élevés actuels (plus haut depuis 2014), finalement l'OPEP a maintenu sa stratégie inchangée. Cette décision a été accueillie par des doutes de la part des acteurs de marché quant aux réelles capacités de l'organisation à augmenter sa production à court terme. Les statistiques de janvier ont montré que les pays exportateurs ne produisent pas autant de pétrole que ne leur autorise les quotas en place, à cause notamment d'un problème de capacité de production lié à un manque d'investissement depuis plusieurs années et des difficultés logistiques. Les tensions géopolitiques qui subsistent autour de l'Ukraine et des potentielles sanctions internationales dont pourrait faire l'objet la Russie pèsent sur l'offre pétrolière et contribuent à tirer les prix du baril vers le haut. Alors que le pétrole grimpe ce matin en Europe à un nouveau pic de plus de 7 ans à presque 92 $/brl, le loonie canadien tente de freiner un rebond de l'EUR/CAD en direction de ses plus hauts niveaux de décembre dernier situés à 1,4650 C$. Le dollar canadien aura l'occasion de se reprendre cet après-midi à l'occasion de la publication des chiffres de l'emploi au Canada et des résultats de l'indice d'activité économique Ivey. De bons fondamentaux pourraient soutenir un rebond de la devise.

 
EUR/CZK - La couronne tchèque grimpe furtivement à un pic de 10 ans en écho à la remontée des taux directeurs en République Tchèque à leur plus haut niveau depuis 10 ans (+0,6% hier) : la couronne tchèque a furtivement grimpé à un pic de 10 ans face à l'euro à 24,08 CZK en amont de la décision monétaire de la banque centrale tchèque. Comme prévu, cette dernière a remonté son taux directeur de 75 pbs à 4,5%, soit son plus haut niveau depuis 10 ans. Depuis octobre dernier, la banque tchèque procède à une politique agressive de remontée de ses taux directeurs et les a ainsi réhaussé de 375 pbs. La couronne tchèque a retracé la totalité de ses gains face à l'euro et subi une contraction de -0,6% sous l'impulsion d'une forte poussé de l'euro en marge de la conférence de presse de Christine Lagarde. Le taux EUR/CZK a clôturé hier à 24,3 CZK et restait orienté à la hausse ce matin.

 
Devises sud-américaines - Large correction des devises d'Amérique du Sud face à l'euro après la BCE : figurant parmi les meilleurs performeurs des marchés des changes sur 2022, les devises sud-américaines ont vivement corrigé hier face à la poussée de l'euro. Le peso chilien, qui est la devise sud-américaine qui a engrangé le plus de gains en janvier (+7%), a chuté de plus de -2% hier face à l'euro (935 CLP), le peso colombien a cédé -1,8% (4518 COP), le réal brésilien a reculé de -1,6% (6,04 BRL), le sol péruvien de -1,2% (4,40 PEN) et le peso mexicain de -1,1% (23,48 MXN). Ce dernier oscille d'ailleurs depuis hier à un creux de 7 semaines face à l'euro.


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