Actualités du marché des devises

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juil. 15, 2021 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Jerome Powell échaude le dollar et revigore les devises émergentes /  Un PIB chinois décevant alimente les doutes sur la reprise

Tendance du jour : malgré les commentaires accommodants de la veille du gouverneur américain qui continue de repousser les spéculations de marché concernant un ajustement imminent de la politique de soutien aux Etats-Unis, on ne ressent guère d'optimisme ce matin sur les marchés des changes. Les chiffres de croissance en Chine au second trimestre sont moins bons que prévu et donnent du grain à moudre à la thèse d'une décélération de la reprise. L'annonce quant à elle du maintien des restrictions de voyage vers l'Europe aux Etats-Unis sonne comme un rappel qu'un retour à la normale n'est pas encore pour maintenant, d'autant plus avec la présence de plus en forte du variant Delta. Le dollar (1,18 $) et le yen (130 ¥) se renforce légèrement ce matin face à l'euro, tandis que la livre sterling (0,8550 £) recule. Sous l'impulsion d'un nouveau repli important des prix du pétrole (-1% ce matin, -3% depuis hier), des devises comme le dollar canadien (1,48 C$), la couronne norvégienne (10,36 NOK) ou encore le rouble russe (88 RUB) sont en retrait. Les devises émergentes, notamment asiatiques, sont globalement en hausse ce matin face à l'euro et se réjouissent des propos de Jerome Powell et d'un probable report dans le temps d'un changement de cap monétaire aux Etats-Unis.

 
EUR/USD - Jerome Powell (Fed) refroidit le dollar : à l'occasion de la première des deux séances d'audition au Congrès programmées cette semaine et destinées à rendre compte aux députés américains de la gestion de la politique monétaire, le gouverneur central américain Jerome Powell a balayé d'un revers de main les spéculations autour d'une possible réduction imminente des mesures de soutien déployées par la réserve fédérale américaine durant la pandémie. Selon lui, il est encore trop tôt pour considérer cette éventualité au regard des progrès qu'il reste à réaliser en matière d'emploi pour revenir sur des niveaux d'avant crise. Malgré un bon rebond des créations de 850k en juin, le marché du travail américain reste encore orphelin de 6,7 millions d'emplois détruits par la pandémie, et le taux de participation reste encore relativement bas (61,6% en juin Vs. 63,3% en février 2020). Simple tactique pour calmer l'emballement général provoqué par la publication mardi de chiffres d'inflation très largement au-dessus des attentes ou réelle conviction de la part de Powell ? Vivement interrogé par plusieurs représentants américains du Congrès sur la question de l'inflation qui commence à devenir virale aux Etats-Unis (sur les réseaux sociaux mais aussi dans l'hémicycle), le responsable monétaire a maintenu le cap de sa communication qui consiste à dire que les pressions inflationnistes sont transitoires - qualificatif que l'on retrouve dans le Livre Beige de la Fed publié mercredi soir - et vont finir par se dégonfler, et qu'il serait plus préjudiciable pour l'économie de resserrer les conditions monétaires trop tôt que trop tard. Pas de raisons donc de se précipiter pour Powell qui préconise plutôt une position attentiste de la part de la banque pour s'assurer d'avoir une bonne vision de la vue d'ensemble et de prendre les décisions adéquates. Cette approche prudente s'est soldée par un large repli des rendements obligataires 10 américains de presque -7pbs à moins de 1,35% et un rebond à Wall Street. Le dollar a lui cédé -0,5% face à l'euro, donnant l'occasion à l'EUR/USD de s'écarter de son plus bas niveau depuis 3 mois et de remonter au-dessus de 1,18 $. Le rebond correctif de la paire de change ne semble pas se prolonger ce matin alors que l'on assiste à nouveau à un contexte de marché plutôt averse au risque après la publication ce matin de chiffres de croissance en Chine en-dessous des attentes et l'annonce aux Etats-Unis du maintien des restrictions de voyage vers l'Europe. La journée sera à nouveau très largement rythmée par l'actualité en provenance des Etats-Unis avec au programme la publication d'une enquête d'activité de la Fed de Philly, les statistiques hebdomadaires sur les inscriptions aux allocations chômage, les statistiques de production industrielle et une seconde séance d'audition de la part du président de la Fed au Congrès. Il n'y a pas de raisons que ce dernier change son fusil d'épaule aussi il ne serait pas surprenant de voir la paire EUR/USD consolider sa position dans le couloir de 1,18-1,19 $.

 
EUR/GBP - Le rebond de l'inflation au Royaume-Uni donne des ailes à la livre : il n'y a pas qu'aux Etats-Unis que le sujet de l'inflation agite les débats, c'est également le cas chez nos voisins britanniques. La publication hier d'une accélération nettement plus rapide que prévu de l'inflation britannique en juin a provoqué de vives réactions et offert l'occasion à la livre sterling de flirter avec le seuil de 0,85 £ pour la première fois en trois mois. La dynamique annuelle de l'indice général de prix a progressé de 2,1% à 2,5% et ainsi atteint un pic de presque 3 ans, (depuis août 2018) tandis que la dynamique annuelle de l'indice sous-jacent a progressé de 2,0% à 2,3% et atteint un pic de plus de 3 ans (depuis mars 2018). Pour la première fois donc depuis 2018, les deux indicateurs principaux d'inflation sont au-dessus de l'objectif de moyen-terme de 2% fixé par la Banque d'Angleterre (BoE). Un évènement qui ne laisse pas les marchés insensibles et nourrit les spéculations sur un scénario de première hausse de taux dès l'année prochaine. Celles-ci sont d'autant plus fortes qu'elles ont été alimentées hier par les propos du sous-gouverneur de la BoE Dave Ramsden qui s'inquiète d'une possible hausse de l'inflation à 4%, soit un niveau deux fois supérieur à l'objectif de la banque centrale britannique. Si on ne peut pas trop présager du futur calendrier monétaire de cette dernière, il est très fort probable que la question d'une diminution des mesures de soutien relatifs à la pandémie dans un contexte inflationniste risque d'être un des principaux sujets de débat, sinon le principal, lors de la prochaine réunion de la BoE programmée début août en marge de laquelle seront publiées les nouvelles projections de la banque. La livre sterling reste plus que jamais orientée à la hausse face à l'euro, d'autant plus dans un contexte de prolongation du rallye boursier. Toutefois la barrière de 0,85 £ reste toujours un cap psychologique difficile à franchir et il se pourrait qu'il faille attendre le mois d'août pour la voir enfin cassée. Les chiffres décevants de l'emploi publiés ce matin au Royaume-Uni - remontée surprise du chômage de 4,7% à 4,8% et création plus modeste que prévu de l'emploi de +25K contre +90k anticipé - viennent échauder les acheteurs de livre et offre un peu de répit à la paire EUR/GBP qui en profite pour s'écarter modestement du seuil de 0,85 £.

 
EUR/JPY - La déception du PIB chinois nourrit la poussée du yen : orienté à la hausse face à l'euro depuis mardi et les vives réactions de marché qui ont accompagné la publication des chiffres d'inflation aux Etats-Unis, le yen poursuit, doucement mais surement, son rebond. La vive recrudescence de la pandémie à travers le monde et la montée des pressions inflationnistes pèsent sur la dynamique de reprise de l'économie mondiale. Celle-ci pourrait en effet se révéler plus modeste que prévu, d'autant plus si les locomotives habituelles commencent à ralentir. Cette thèse trouve écho ce matin dans la publication des chiffres de croissance en Chine qui se révèlent un peu moins bons que prévu. La dynamique annuelle du PIB au second trimestre recule de 18,3% à 7,9% alors que le consensus tablait plutôt sur 8,1%. Le mouvement de recul est trompeur car il est principalement le fruit d'une performance exceptionnelle réalisée au T1 grâce à un effet de base avec la période 2020 durant laquelle la Chine avait souffert de la pire contraction de son histoire. Cependant en regardant de plus près les autres indicateurs macroéconomiques chinois publiés ce matin, on se rend compte que la dynamique dans l'industrie ralentit, tout comme la consommation des ménages. Le yen est en hausse ce matin et enregistre en ce moment sa 3ième séance consécutive de hausse face à l'euro qui lui permet de venir tester ce jeudi le seuil de 130 ¥ qui constitue un support majeur depuis la fin du mois d'avril. Alors que l'on a vu ce matin les marchés boursiers japonais enregistrer un repli de plus de -1%, on va surveiller attentivement le comportement des bourses européennes et américaines, lesquelles restent très sensibles aux risques sanitaires et inflationnistes. Le soutien apporté hier par les propos accommodants du gouverneur central américain limite toutefois le risque à priori d'un large mouvement correctif.

 
EUR/CAD - la Banque du Canada réduit ses prévisions pour 2021, le loonie grimace : la banque centrale canadienne a publié mercredi ses nouvelles projections économiques, lesquelles montrent une révision à la baisse des projections de croissance pour 2021 de 6,5% à 6,0% mais une révision à la hausse des projections pour 2022 de 3,7% à 4,6%. Sans surprise, la banque a maintenu son taux directeur inchangé à 0,25% et réitéré sa projection qu'elle ne le relèvera pas tant que l'économie ne sera pas suffisamment robuste pour la digérer, c'est à dire pas avant la seconde moitié de l'année 2022. Alors que la BoC a de nouveau réduit - seconde fois cette année - son rythme de rachat d'actifs de 3 à 2 MdsC$ par semaine, les marchés ont plutôt été déçus hier de la réduction des projections pour cette année et ont sanctionné le dollar canadien. Celui-ci a également été sensible à la chute hier de plus de -2% des prix du pétrole en réaction aux statistiques sur les stocks américains et aux rumeurs de possible accord trouvé au sein de l'OPEP sur une hausse des quotas de production. La devise canadienne a ainsi cédé -0,5% mercredi face à l'euro et le taux EUR/CAD a fait son retour au niveau de 1,48 C$. La paire de change poursuit son ascension pendant que le pétrole continue de glisser (-1% pour le Brent à 74 $), et oscille ce matin à proximité de ses plus hauts niveaux depuis 2 mois et demi.

 
EUR/NZD - La RBNZ surprend les marchés en stoppant son programme quantitatif : le kiwi dollar fut l'un des meilleurs performeurs de la journée sur les marchés des changes, du moins au sein de l'univers du G10. La devise néo-zélandaise s'est revalorisée de +0,7% face à l'euro mercredi et clôturé la séance de mercredi à un pic d'une semaine à moins de 1,69 NZ$. La raison de ce sursaut relève de l'annonce surprise de la part de la banque centrale néo-zélandaise qui en marge de sa réunion monétaire de juillet a annoncé qu'elle stoppait son programme de rachats d'actifs. Il n'en fallait pas davantage pour faire émerger des spéculations d'une possible première hausse de taux en Nouvelle Zélande dès cette année. Les marchés monétaires évaluaient même à environ 70% la probabilité d'un resserrement monétaire dès le mois d'août. Il est fort probable que la banque se laisse plus de temps avant de procéder à une telle action, d'autant plus que son homologue australienne communique sur un projet de statu quo monétaire au moins jusqu'à 2024. Un tel décalage risquerait de provoquer une forte appréciation du kiwi dollar, notamment par rapport à la devise australienne, et de ce fait dégrader l'attractivité de l'économie néo-zélandaise dont le modèle est très largement tourné vers l'extérieur (premier producteur et vendeur de lait et produits laitiers).


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