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mai 06, 2021 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Un double enjeu monétaire et politique ce jeudi au Royaume-Uni

   

Tendance du jour

La séance de jeudi aura très vraisemblablement une consonnance britannique puisque les regards seront aujourd’hui braqués sur la Banque d’Angleterre qui publiera en début d’après-midi les conclusions de sa réunion monétaire de mai et ses nouvelles projections économiques, ainsi que la série de scrutins locaux et régionaux organisés ce jeudi au Royaume-Uni. Les résultats seront particulièrement scrutés en Ecosse où l’on craint que le résultat du vote d’aujourd’hui vienne réveiller des discours pro-indépendance. Orientée à la hausse depuis le début de semaine, la livre sterling (0,8650 £) perd un peu de terrain ce matin face à l’euro en attendant les conclusions des échéances du jour.

Sur la défensive hier, l’euro amorce la séance de jeudi en hausse, notamment face au yen (+0,3% à 131,4 ¥) alors que les titres des médias économiques et financiers évoquent ce matin un front de mécontentement au sein des pays du G7 contre la Chine et que dans le même temps Pékin indique avoir stoppé le dialogue avec l’Australie en raison de multiples contentieux commerciaux. Tout aussi paradoxal, le yuan est ce matin à l’équilibre face à l’euro (7,79 ¥) et en hausse face au dollar (+0,1% à 6,48 ¥). Le taux EUR/USD est assez stable au-dessus de 1,20 $.

La roupie indonésienne est l’un des meilleurs performeurs ce matin et affichent un rebond de +0,6% qui l’envoie à un pic d’un mois face à l’euro (~17 200 INR). Le réal brésilien est à l’équilibre ce matin à un peu plus de 6,40 BRL au lendemain de l’annonce au Brésil d’une hausse de taux de 75 pbs.

   

Les matières premières à un pic de 10 ans, la bourse américaine se reprend (AUD, ZAR)

Stimulés par la solide activité de l’industrie notamment dans des pays comme les Etats-Unis et la Chine mais aussi par un fort déséquilibre entre offre et demande en raison de goulot d’étranglement dans les chaines d’approvisionnement mondiales, les prix des matières premières ne cessent de progresser pour atteindre des sommets que l’on n’avait plus vu depuis au moins une décennie. C’est notamment ce que rapporte l’agence Bloomberg dans un rapport publié mardi (Lien), son indicateur traquant le prix de diverses matières premières vient d’atteindre un pic depuis 2011. Mais il ne s’agit probablement pas d’un plafond si l’on en croit la banque américaine Goldman Sachs qui table sur une progression des prix du pétrole et du cuivre dans les prochains mois quand bien même si le second cité a récemment été vu à son plus haut niveau depuis 10 ans. Le pétrole coté en Europe (indice Brent) flirte cette semaine avec ses plus hauts de l’année et depuis un an qui se trouvent localisés au niveau du seuil de 70 $. Le déclic d’une nouvelle hausse significative des prix de l’énergie pourrait être le redémarrage des voyages internationaux et du tourisme, possiblement dès cet été. C’est du moins le vœu des décideurs européens qui planchent ardemment sur le sujet. Le Royaume-Uni s’apprête à rouvrir ses frontières en mai mais devrait dans un premier temps le faire de manière très graduelle pour éviter de créer de nouveaux foyers de contamination dans le pays.

Après une frayeur survenue mardi, la bourse américaine s’est légèrement reprise ou du moins n’a pas donné de grains à moudre aux scénarios de possible correction significative. L’indice S&P 500 a fini la séance dans le vert tandis que l’indice de valeur technologie Nasdaq a enchaîné une seconde séance consécutive de repli mais a limité les pertes (-0,4% Vs. -1,9% mardi). Les propos de Janet Yellen concernant une probable hausse inévitable des taux aux Etats-Unis ont été rapidement digérés. Les marchés des changes ont été très sensibles à cette accalmie à Wall Street et surtout de ce nouveau « boom » des prix des matières premières. Ainsi, on a observé hier un fort rebond d’un grand nombre de devises liées au pétrole ou aux métaux de base face à l’euro. Le dollar australien a progressé de +0,6% et revient tester actuellement une résistance qui tient depuis plus de deux semaines située au niveau de 1,55 A$. Le dollar canadien a progressé de +0,4% mercredi et touché en séance un nouveau pic annuel et depuis un an face à l’euro à moins de 1,47 C$. Le rand sud-africain, sensible au prix du platine et du palladium, a engrangé +0,8% de gains hier et clôturé à son plus haut niveau depuis plus d’une semaine à un peu plus de 17,20 ZAR. Le taux EUR/USD a une nouvelle fois passé la journée sur la défensive mais a pu compter sur un effet répulsif émanant de la barrière psychologique de 1,20 $ pour limiter la casse et se maintenir au-dessus de ce seuil.

   

Une séance à double enjeu au Royaume-Uni (GBP)

La fin de semaine risque d’être agitée pour la livre sterling, et pour cause celle-ci sera au centre de l’attention à l’occasion de la publication ce jeudi des conclusions de la nouvelle réunion monétaire de la Banque d’Angleterre (13h00) et de l’organisation ce même jour de plusieurs élections locales au Royaume-Uni dont un vote pour renouveler la composition des parlements régionaux écossais et gallois.

En ce qui concerne l’aspect monétaire, l’enjeu est clair et repose sur l’orientation que la banque centrale britannique entend poursuivre dans un contexte de forte reprise outre-Manche et de probable réouverture totale du pays d’ici le mois de juin. Si personne ne s’attend à un ajustement monétaire à court terme (taux directeur à 0,1% et rachat d’actif de 150 Mds£ jusqu’à la fin de l’année), les marchés se positionnent déjà sur l’après crise et la future trajectoire des taux directeurs qui dans le contexte actuel a bien plus de chances d’être réhaussés que réduits. Cela n’était pas forcément évident il y a encore quelques mois quand le Royaume-Uni faisait face à une violente vague de contamination par un variant du COVID et n’avait pas encore procédé à une vaccination massive de la population. Alors que plus de 50% de la population a aujourd’hui reçu une dose de vaccin et que le pays envisage ce mois-ci de rouvrir ses frontières, il se pose évidemment la question de la durée de la période de transition avant que la banque centrale opère une réduction de son soutien monétaire. Les opérateurs de marché seront donc attentifs aux différent signaux et indices que la BoE voudra bien délivrer ce jeudi et n’hésiteront pas en retour de spéculer sur la date de la première hausse de taux, laquelle est à ce jour anticipé pour 2023. Les commentaires de la banque centrale à l’égard des nouvelles projections de croissance et d’inflation publiées ce mois-ci seront également très suivis.

Pour ce qui est du volet politique, l’enjeu des différents scrutins est double : 1) mesurer la popularité de Boris Johnson et de sa politique récente sur le Brexit et sur la gestion de la situation sanitaire, et 2) évaluer la cohésion des membres du Royaume-Uni alors qu’émerge à nouveau la menace de velléités autonomistes de la part de l’Ecosse. Beaucoup d’observateurs pointent en effet du doigt qu’une victoire écrasante du Parti National Ecossais (SNP en anglais) de la première ministre Nicola Sturgeon aux élections régionales pourrait alimenter de nouveaux débats concernant l’organisation d’un nouveau référendum réclamant l’indépendance de l’Ecosse à l’égard du Royaume-Uni. Le précédent organisé en 2014 avait vu le camp du « Non » l’emporter à 55% contre 45%.

Or depuis le Brexit est passé par là et l’on sait que l’Ecosse était vivement opposé à ce choix à l’époque (62% contre). L’organisation d’un nouveau référendum est inscrite dans le programme de campagne du SNP qui souhaite le réaliser d’ici la moitié de son nouveau mandat parlementaire de 5 ans, aussi d’ici fin 2023. Néanmoins celui-ci ne pourra se faire légalement sans l’autorisation du Parlement britannique où les conservateurs sont majoritaires. L’autre obstacle, et non des moindre, à l’organisation d’un nouveau référendum est le peu d’enthousiasme visible des Ecossais à l’égard de ce projet si l’on en croit les récents résultats des enquêtes d’opinion réalisées au mois d’avril dans lesquelles le vote en faveur du « Non » ressort très souvent gagnant.

Pour résumé, le risque sécessionniste écossais apparaît surestimé dans le contexte actuel – et difficilement réalisable pour le moment – et la banque centrale pourrait amorcer un début de réflexion sur l’après crise et le calendrier d’ajustement de sa politique de soutien. Ce sont autant d’arguments qui apparaissent, de prime abord, plutôt favorables à la livre sterling, d’où très probablement son regain de forme sur ce début de semaine et l’enchainement de trois séances consécutives de hausse face à l’euro (+0,8%) avant la journée de jeudi. Retombé hier sous le seuil de 0,8650 £, le taux EUR/GBP est à l’équilibre ce matin et semble attendre les conclusions des échéances de la journée. Une glissade plus importante de la paire de change pourrait s’opérer et le seuil de 0,86 £ clairement testé en cas de communication positive de la BoE et de résultats moins importants que prévu pour le SNP en Ecosse. D’humeur plutôt optimiste, les investisseurs pourraient vivement réagir si la journée venait à ne pas se dérouler comme ils l’entendent.

   

Le Brésil remonte ses taux... et se prépare à le refaire en juin (BRL)

Comme il l’était anticipé par le consensus de marché, la banque centrale brésilienne a décidé à l’unanimité hier soir de relever de 75pbs son taux directeur de 2,75% à 3,50% et laissé entendre par la même occasion qu’elle devrait procéder à un ajustement d’une magnitude similaire au mois de juin. Par ce moyen, la banque veut s’attaquer à une inflation galopante dans le pays que l’on a vu atteindre en mars un pic de 4 ans à 6,1%. La hausse récente des coûts de l’énergie et des produits alimentaires combinée à la forte dépréciation du réal brésilien depuis le début de la pandémie ont fait bondir les prix à la consommation au-dessus des objectifs de la banque centrale. Celle-ci a un objectif d’inflation de 3,75% à horizon 2021 et 3,5% à horizon 2022 avec une tolérance permise de plus ou moins 1,5%. Or à plus de 6% on est déjà aujourd’hui clairement au-dessus de ce niveau et le consensus économique table sur une probable accélération des prix à presque 8% d’ici la fin du second trimestre. Une action s’imposait donc néanmoins ce combat contre l’inflation risque de laisser des traces et d’endiguer l’effort de reprise dans un pays qui reste encore très largement impacté par la pandémie. Le durcissement rapide et significatif des conditions de crédit menace pourrait en effet peser sur la dynamique d’investissement.

Pour l’heure le choix des banquiers centraux brésiliens a été plébiscité par les marchés et déclenché à cette occasion un fort rebond du réal. Celui-ci a engrangé mercredi près de 2% de gains face à l’euro et ainsi clôturé à son plus haut niveau depuis plus de 3 mois à un peu plus de 6,40 BRL. La proximité de cette barrière a possiblement freiné la glissade de la paire de change mais si cette dernière venait à la casser alors elle verrait se dresser devant elle l’obstacle de 6,30 BRL qui fait figure actuellement de seuil plancher en 2021.

   

Publications statistiques

À suivre ce jeudi les conclusions des réunions monétaires en Norvège (10h00), en Turquie (13h00), au Royaume-Uni (13h00) et en République Tchèque (14h30).

Au programme du jour également, l’organisation de plusieurs élections locales et régionales au Royaume-Uni, notamment dans la ville de Londres mais aussi en Ecosse et aux Pays de Galles, ainsi que la publication des statistiques de vente au détail du mois de mars en Zone Euro (11h00), les estimations finales des enquêtes d’activité des services au Royaume-Uni en avril (10h30) et les traditionnelles statistiques hebdomadaires d’inscription aux allocations chômage aux Etats-Unis (14h30).


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