Actualités du marché des devises

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avr. 16, 2021 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

La croissance chinoise conforte l’optimisme des marchés sur la reprise / Nouvelle menace de glissade de la livre sterling (0,87 £)

Tendance du jour

Au lendemain d’une nouvelle séance record à Wall Street, les marchés boursiers asiatiques sont dans le vert ce matin et réagissent plutôt positivement aux chiffres de croissance chinoise et au rebond historique de 18% sur un an recensé au 1er trimestre. Le fort rebond des ventes au détail donne l’impression d’une croissance plus homogène, ce qui est plutôt bien accueilli par les marchés, pourtant à regarder de plus près le rebond de l’économie chinoise sur le début d’année est relativement modeste (voir segment CNY).

Les prix du pétrole poursuivent leur ascension et cumulent désormais 10% de gain en moins de 4 semaines. L’indice Brent touche ce matin un pic d’un mois à plus de 67 $ et est désormais valorisé à moins de 5% du seuil de 70 $ qui fait figure de point culminant pour l’indice cette année et depuis plus d’un an.

Malgré l’euphorie ambiante sur les marchés boursiers, les incertitudes sanitaires persistent en Europe. On parle en France comme en Allemagne d’un possible prolongement des restrictions au moins jusqu’en mai compte tenu de la propagation toujours importante du virus et des pressions actuelles dans les services de réanimation. Au Royaume-Uni, les autorités sanitaires

Dans ce contexte, l’euro est stable ce matin face au dollar contre lequel la devise européenne échoue pour le moment à rejoindre le seuil de 1,20 $. Même constat face au yen contre lequel l’euro continue de s’échanger à plus de 130 ¥. La devise européenne cède par contre du terrain face au franc suisse et se rapproche du seuil de 1,10 ₣.

La livre sterling touche ce matin un nouveau point bas depuis 7 semaines face à l’euro à plus de 0,87 £ alors que le ministre britannique en charge des relations avec l’Union Européenne, David Frost, révèle ce matin que des obstacles subsistent en ce qui concerne le différend autour de l’application des règles douanières en Irlande inscrites dans l’accord de sortie.

Après un nouveau repli important en début de séance jeudi sur fond d’inquiétude autour de nouvelles sanctions américaines contre la Russie, le rouble russe efface progressivement ses pertes et revient se repositionner ce matin à la hauteur de 90 RUB. Le fait que Joe Biden ait annoncé vouloir une désescalade des tensions avec Moscou a rassuré les acteurs de marché.

Le yuan (7,81 ¥) peine à surfer ce matin sur les chiffres de croissance chinoise. La roupie indienne que l’on avait vu approcher en milieu de semaine ses plus bas niveaux de l’année face à l’euro (92 INR) a entamé depuis hier un rebond correctif. La devise indienne enregistre actuellement un gain cumulé de 1% depuis jeudi et est valorisée ce matin à 89 INR.

   

Une forte reprise qui se confirme aux Etats-Unis (USD)

De l’avis de tous les observateurs, les Etats-Unis devraient cette année connaître une très forte reprise, bien aidé pour cela par une campagne de vaccination massive et un double soutien budgétaire et monétaire de très grande ampleur de la part du gouvernement de Biden et de la réserve fédérale. Aussi bien l’OCDE que le FMI tablent dans leurs dernières projections publiées en mars et avril à un rebond de plus de 6% de l’économie américaine cette année, soit du jamais vu depuis presque 40 ans. Hier, plusieurs statistiques ont donné du crédit ce scénario de petit « boom » économique aux Etats-Unis. Une nouvelle qui s’est accompagnée par de nouveaux records à Wall Street, un repli des taux longs et une nouvelle glissade du dollar.

Les ventes au détail ont enregistré en mars un rebond bien plus important que prévu de 9,8%, les assouplissements sanitaires dans le pays et les nouvelles aides substantielles déployées par la Maison Blanche (chèque de 1400 $ adressé à un grand nombre de citoyens) déclenchant un fort regain de consommation des ménages aux Etats-Unis. Les ventes d’automobile ont progressé plus modestement, la faute à une situation de pénurie mondiale de semi-conducteurs et de matériaux qui freine significativement la production. La production industrielle (+1,4% M/M) et manufacturière (+2,7% M/M) ont accusé un rebond un peu moins fort que prévu, néanmoins le secteur revient progressivement sur ses niveaux d’avant crise comme le prouve le rebond de la dynamique annuelle de la production industrielle en territoire positif (+1,0% A/A) pour la 1ière fois depuis août 2019. L’indice d’activité de la Fed de Philly a également nourri l’optimisme ambiant autour de l’économie américaine. Bien qu’accusant un léger repli, il reste à proximité du pic de presque 50 ans touché le mois dernier. Sur le front de l’emploi, après deux semaines consécutives de hausse les statistiques hebdomadaires des inscriptions aux allocations chômage sont ressortis à leur plus bas niveau en 13 mois (+576k vs. +769k la semaine précédente). Si l’on est toujours sur un volume hebdomadaire toujours bien plus important que ceux observés avant le début de la pandémie (autour de 200k), c’est la première fois en un an que le nombre d’inscriptions est inférieur à 600k, ce dont était loin de se douter le consensus économique (700k).

Les solides statistiques économiques et les premiers bons résultats trimestriels ont envoyé jeudi les indices boursiers vers de nouveaux sommets historiques (encore une fois). Le taux souverain 10 ans a lui enregistré son plus fort repli en 5 mois et chuté de plus de -10pbs à 1,53%, clôturant ainsi à son plus bas niveau depuis un mois. Le dollar a de nouveau été sur la défensive une grande partie de la journée et n’a pas été insensible au repli des taux longs. Heureusement pour la devise américaine, le seuil de 1,20 $ auquel la paire EUR/USD s’est approchée tout près jeudi (pic de 6 semaines recensé en séance à 1,1994 $) a parfaitement joué son rôle d’ « épouvantail » et freiner l’ascension du taux de change (clôture à 1,1965 $).

   

Un déversement du surplus d’épargne « COVID » comme clé de la reprise en Europe (EUR)

Hasard ou non du calendrier, deux grandes institutions en Allemagne et en France ont évoqué hier la question du surplus d’épargne lié à la pandémie dont le niveau de reversement dans l’économie réelle sera un élément clé de la reprise en Europe. Les principaux instituts de recherche économique d’Allemagne ont publié jeudi leur estimation d’une contraction de -1,8% de l’activité au 1er trimestre et ajusté en conséquence à la baisse leur projection de croissance pour cette année de 4,7% à 3,7%. Ils restent néanmoins optimistes et misent sur un début d’accélération de l’économie allemande au 3ième trimestre une fois que l’ensemble des restrictions sanitaires sera retiré. Les grands instituts ont révisé à la hausse significativement la projection de croissance pour 2022 de 2,7% à 3,9% et font le pari d’un déversement massif de l’épargne des ménages en marge d’un retour progressif à la normale. Selon l’institut RWI, les ménages allemands auraient cumuler 200 milliards d’euros d’épargne durant la crise, soit l’équivalent de 6% du PIB national en 2019.

Dans le même temps, l’Observation français des conjonctures économiques (OFCE) a publié un rapport jeudi dans lequel il indique que la croissance française pourrait atteindre 6% en 2022 si jamais les ménages venaient à dépenser 20% des 160 milliards d’euros d’épargne contrainte accumulée depuis l’année dernière. Dans le cas contraire, la croissance serait « seulement » de 4,3%. L’institution mise cette année sur un rebond de 5% dans l’hexagone, en ligne avec les dernières projections du gouvernement, et mise sur un retour de l’économie sur ses niveaux d’avant crise à horizon premier trimestre 2022. Interrogé cette semaine sur le sujet, le président de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, estime que la confiance sera le principal facteur qui dirigera l’utilisation de l’épargne des ménages. Cela présuppose donc une vaccination de la quasi-totalité de la population et le maintien prolongé des aides publiques et monétaires pour assurer une transition en douceur vers ce nouveau monde post-pandémie.

Si l’Europe semble connaître un peu de retard sur son voisin américain en matière de reprise, elle a néanmoins les moyens de le rattraper. Une réalité qui ferait les affaires de l’euro et favoriserait une revalorisation plus ample face à des devises comme le yen ou le franc suisse. Hier, la devise européenne a connu une séance de consolidation qui a confirmé les difficultés actuelles des paires EUR/CHF et EUR/JPY à franchir un cap, celui de 1,11 ₣ pour le premier et de 130,5 ¥ pour le second.

   

Une croissance plus homogène en Chine ? (CNY)

Les chiffres de croissance chinoise publiés ce matin laissent une impression mitigée mais semblent néanmoins indiquer un début d’homogénéisation de la reprise chinoise qui jusqu’à présent était principalement influencée par les exportations et la production industrielle. Or la bonne nouvelle est que la Chine a enregistré en mars une très forte hausse de la consommation domestique illustrée par le rebond des ventes au détail de 34,2% en dynamique annuelle, soit un niveau quasi similaire à celui entrevu en février (33,8%). Le taux de chômage en zone urbaine recule de 5,5% à 5,3% en mars après une hausse soudaine en février. Le point de comparaison avec 2020, période où la pandémie a frappé la Chine et son économie, explique l’amplitude exceptionnelle des performances aussi il faut apporter un peu de nuance dans l’interprétation des résultats. La production industrielle reste solide mais sa dynamique se révèle tout de même bien moins importante que le pic historique de 35% enregistré en mars, et surtout inférieure aux attentes du consensus (+14,1% A/A vs. consensus +17,2%). Si on regarde la vision complète de la situation, il est vrai que l’on observe ce matin un rebond historique de +18,3% en dynamique annuelle de l’économie chinoise au T1 2021 (sur la base d’une série historique débutant en 1992) néanmoins cette performance résulte simplement d’un effet de base. À regarder de plus près, les résultats ne sont pas si exceptionnels et la Chine a enregistré une progression de moins de 1% (0,6% exactement) de sa croissance par rapport au dernier trimestre 2020 et une performance deux fois moins importantes que celle anticipée par le marché (consensus 1,5% T/T). Le retour du virus en Chine sur le début de l’année a pénalisé l’activité du pays, notamment durant la période de célébration du nouvel an lunaire où les déplacements étaient restreints. Le choix des autorités monétaires de limiter leur soutien en encadrant les crédits est un autre facteur qui rentre en ligne de compte pour expliquer cette performance que l’on qualifiera de très modeste au regard de celles entrevues les mois précédents.

À la lecture des résultats de ce matin, les regards se tournent vers la banque centrale chinoise et sa ligne de conduite récente qui est de limiter les injections de liquidité et la création de nouveaux crédits jusqu’à la fin de l’année. Ce qui semble certain c’est qu’il est difficile d’imaginer une hausse de taux de sa part à court terme malgré ses velléités de normaliser progressivement les conditions monétaires pour éviter un risque de surchauffe. Or pour l’heure, cette « surchauffe » ne s’observe absolument pas, notamment au niveau de la consommation domestique qui est toujours en phase de rattrapage.

   

Publications statistiques

Pour son premier baptême du feu, le nouveau gouverneur central de la banque centrale turque a fait le choix de la stabilité et décidé de maintenir les taux directeurs inchangés, le taux principal restant à 19%. En marge de cette décision, la livre turque a bondi de +0,8% jeudi face à l’euro et clôturé la séance à un plus haut depuis plus d’une semaine à 9,60 TRY.

Les chiffres de détail et de production industrielle publiés jeudi aux Etats-Unis (voir segment USD) et les chiffres de croissance publiés ce matin en Chine (voir segment CNY) étaient les principales données macroéconomiques suivies par les marchés sur les dernières 24 heures.

On aura néanmoins un œil ce vendredi sur les estimations finales d’inflation en Zone Euro au mois de mars (11h00), les statistiques de construction aux Etats-Unis avec les données de permis de construire et de mises en chantier en mars (14h30) ainsi que les premières estimations en fin d’après-midi de l’indice Michigan de confiance des ménages américains (16h00).


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