Actualités du marché des devises

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avr. 13, 2021 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Le dollar attentif aux chiffres d’inflation aux Etats-Unis / La roupie indienne approche ses plus bas de l’année

   

Tendance du jour

Une fois n’est pas coutume, avant de grande échéance, le début de séance sur les marchés des changes est relativement calme. L’ouverture de la saison des résultats d’entreprise aux Etats-Unis mais aussi la publication cet après-midi des nouvelles statistiques d’inflation américaine maintiennent les marchés en haleine et freinent pour le moment les prises de décision.

Le regain de traction observé depuis hier sur les taux longs américains, et tout particulièrement le taux 10 ans que l’on voit remonter ce matin à un pic d’une semaine à presque 1,70%, redonne un peu de vigueur à un dollar qui vit ce début du mois d’avril sur la défensive. La devise américaine devrait être très attentive aux mouvements sur les marchés monétaires et aux spéculations autour de la future orientation de la Fed que provoqueront (ou pas) les chiffres de l’inflation. En attendant, l’EUR/USD tente de glisser sous le seuil de 1,19 $ et observe une volatilité réduite.

La livre sterling essaye également de reprendre le dessus sur l’euro. Déjà orientée à la hausse hier, la devise britannique tente de s’éloigner du seuil de 0,87 £. Pour l’y aider elle peut compter sur deux catalyseurs : 1) le Royaume-Uni a rempli son objectif de distribuer une dose de vaccin à l’ensemble des personnes âgées de plus de 50 ans, et 2) les publications économiques de ce matin indiquent un rebond modeste de l’économie britannique en février malgré les mesures de confinement. Seule ombre au tableau, la balance commerciale qui se dégrade vivement et subit de plein fouet le contre-coup cumulé de la pandémie et du Brexit.

Les statistiques commerciales chinoises ont créé peu de remous ce matin sur les marchés des changes. Pas sur le yuan (7,79 ¥) malgré des exportations en-dessous des attentes du consensus, et pas plus sur le dollar australien (1,56 A$) en dépit d’un pic de 4 ans des importations chinoises. L’annonce dans plusieurs médias du retrait à venir du statut délivré par les Etats-Unis à la Chine de manipulateur de sa monnaie questionne néanmoins sur une éventuelle intervention des autorités chinoises pour affaiblir le yuan.

Parmi les principaux mouvements observés ce matin, on note la poursuite de la glissade de la roupie indienne qui approche ses plus bas niveaux de l’année face à l’euro à presque 90 INR. Les devises d’Europe de l’Est (PLN, CZK et HUF) sont sur la défensive ce matin en amont de la publication de l’indice ZEW de sentiment des investisseurs en Allemagne (11h00).

   

Assouplissement des restrictions & objectif de vaccination atteint au Royaume-Uni (GBP)

Après avoir enregistré la semaine dernière sa pire performance depuis près de 7 mois face à l’euro (-2,1%), la livre sterling retrouve quelques couleurs sur ce début de semaine. L’officialisation lundi de la seconde étape de déconfinement au Royaume-Uni avec la réouverture des bars, restaurants et autres commerces dits non-essentiels a redonné un peu de baume au cœur aux acheteurs de la devise britannique. Après près d’un trimestre de restrictions, cet assouplissement devrait s’accompagner d’une forte reprise de la consommation des ménages, et ainsi poser les bases à un solide rebond de l’économie au T2.

Autre bonne nouvelle, le gouvernement britannique vient d’atteindre l’objectif qu’il s’était lui-même fixé de distribuer au moins une dose de vaccin aux personnes les plus vulnérables et à toutes celles âgées de plus de 50 ans ainsi qu’au personnel de santé avant la mi-avril. Les Britanniques âgés de plus de 40 ans sont désormais invités à se faire vacciner dès cette semaine. Cette annonce vient un peu compenser les inquiétudes récentes autour d’AstraZeneca et les risques de thrombose liés à ce vaccin.

Sur le volet politique, la situation semble également s’apaiser en Irlande du Nord, théâtre depuis plusieurs jours de mouvements de contestation sociale violents. Le journal financier britannique The Financial Times a révélé dans son édition de dimanche qu’un accord serait en bonne voie entre l’Union Européenne et le Royaume-Uni concernant l’application des règles commerciales du Brexit en Irlande. Les deux camps ont prévu de se rencontrer cette semaine pour évaluer les progrès réalisés. Il reste à savoir si le point d’entente trouvé suffira à éteindre le sentiment eurosceptique qui monte et le mécontentement qui monte chez les unionistes nord-irlandais les plus attachés à leur racine britannique.

On avait vu en fin de semaine dernière le taux EUR/GBP flirter avec le seuil de 0,87 £ pour la première fois depuis 6 semaines mais très vite on a compris que cette barrière allait se révéler une marche trop haute à gravir. Quand bien même si les positions acheteuses nettes de livre sterling ont reculé la semaine dernière à un creux de 9 semaines - signe peut-être ici que l’euphorie du début d’année observé sur la livre sterling est en train de s’éteindre – la devise britannique est orientée à la hausse sur ce début de semaine. Après un premier échec lundi à revenir s’installer sous le seuil de 0,8650 £, le taux EUR/GBP retente sa chance ce matin sous l’impulsion de meilleurs chiffres que prévu de l’industrie en février et d’un rebond de l’économie quasiment en ligne avec le consensus (+0,4% M/M vs. consensus +0,6%). C’est un vrai test que passe la livre qui si elle devait échouer à rebondir plus nettement pourrait connaître alors de nouveaux désagréments.

   

Le dollar sensible aux débats sur l’inflation et à la direction des taux (USD)

Lors de ces dernières sorties – la dernière en date dimanche – le gouverneur central américain, Jerome Powell, a excellé dans le rôle de celui de rassurer les marchés sur le fait que la réserve fédérale ne voit pas l’inflation remonter durablement et du coup n’envisage pas de réduire sa politique de soutien monétaire à court ou moyen terme. À force de répéter le même message, les spéculations sur les marchés monétaires autour d’un scénario de première hausse de taux aux Etats-Unis à horizon second semestre 2022 se sont quelque peu atténuées, et l’ascension observée sur les taux souverains de long terme a marqué une pause. Ainsi le taux 10 ans ; grand catalyseur ces dernières semaines du regain de flamme des investisseurs pour le dollar ; a glissé la semaine dernière à un creux de 2 semaines et emmené avec lui dans son sillage la devise américaine. Le manque de traction sur les taux longs américains couplé à un environnement de marché très optimiste et marqué par de nouveaux records aux Etats-Unis et en Europe ont offert un terreau propice à un rebond de l’EUR/USD de 1,17 à 1,19 $ sur ce début du mois d’avril.

Le taux de change a réussi à consolider ses gains lundi et a clôturé la séance au-dessus du seuil de 1,19 $ pour la seconde fois sur les trois dernières séances lundi. Néanmoins, on observe un regain de traction des taux souverains américains sur ces dernières heures en amont de l’émission par le gouvernement américain de nouveaux bons du Trésor à 3, 10 et 30 ans mais aussi de la publication cet après-midi des nouvelles statistiques d’inflation aux Etats-Unis (14h30). Le consensus économique table sur un fort rebond de la dynamique annuelle de l’indice de prix général de 1,7% à 2,5% en mars, ce qui serait tout simplement le plus haut niveau atteint depuis 14 mois. L’indice sous-jacent devrait connaître une accélération plus mesurée de 1,3% à 1,5%. Bien que les résultats de l’inflation devront forcément dans leur analyse être nuancés en raison du facteur énergie et de la forte hausse des prix du pétrole sur un an, ils pourraient malgré tout relancer les débats autour de l’orientation monétaire de la Fed et de l’éventualité d’une réduction prématurée de sa part de son large soutien monétaire.

Les rendements obligataires 10 ans américains sont en nette hausse et remontent ce matin à un pic d’une semaine à presque 1,70%. Ceux à 30 ans connaissent un rebond plus modeste mais atteignent également ce matin un pic d’une semaine à 2,36%. Porté par les taux, le dollar retrouve un peu d’entrain ce matin et tente de revenir s’installer sous le seuil de 1,19 $ face à l’euro.

   

Des exportations chinoises inférieures aux attentes mais un cadeau bienvenu des Etats-Unis pour le yuan (CNY)

Ce matin, les nouvelles statistiques commerciales chinoises ont laissé un goût mitigé aux investisseurs. Les exportations ont connu une forte progression en mars mais néanmoins moins importante que prévu (+30,6% sur un an Vs. consensus +35,5%). Quant aux importations, elles ont enregistré un pic de 4 ans de 38,1% sur un an, soit au passage leur second plus fort rebond sur les 9 dernières années. À l’aune de ces résultats, on peut y voir une forte hausse de la demande d’intrants pour l’industrie mais aussi de la demande intérieure, signe que la consommation domestique se renforce. Si cette dynamique se confirme, ce serait une bonne nouvelle pour les autorités chinoises qui tentent de faire évoluer l’économie vers un modèle de croissance davantage centré sur l’intérieur que l’extérieur. Encore faut-il que la consommation des ménages soit suffisamment importante pour compenser les revenus des exportations, ce qui est loin d’être encore le cas d’où la sensibilité toujours importante de la part des acteurs de marché à la lecture des statistiques sur le commerce en Chine. Malgré des exportations décevantes et une forte accélération des importations, la Chine tire tout de même un surplus commercial de plus de 13 Mds$ en mars. Un fait loin d’être anodin pour la devise chinoise et ses observateurs.

Le yuan peut aussi se targuer de très prochainement ne plus être désigné par les Etats-Unis comme une devise « manipulée » par l’Etat chinois. Cette information a été révélée hier soir par plusieurs médias sur la base de sources proches du Trésor américain qui publiera ce jeudi son nouveau rapport semestriel sur les politiques de change. Contrairement à son prédécesseur, Janet Yellen va retirer cette étiquette à la devise chinoise sous prétexte d’une trop forte pondération donnée au déficit commercial comme outil d’évaluation des devises. S’il est vrai que la désignation de ce statut en décembre dernier avait provoqué peu de remous sur la devise chinoise, elle plaçait néanmoins sous les radars américains les prises de décision de Pékin en lien direct ou indirect avec la devise.

Les annonces coup sur coup du retrait à la Chine du statut de manipulateur de sa monnaie et des exportations moins vigoureuses que prévu vont-elles convaincre les autorités chinoises à intervenir pour amoindrir le yuan et le rendre plus compétitif ? Il ne faut jamais dire jamais. Il faudra néanmoins peut-être attendre vendredi la teneur des chiffres de croissance en Chine au premier trimestre avant d’observer une potentielle intervention. Le taux EUR/CNH observe une légère correction depuis vendredi dernier et le pic d’un mois touché à plus de 7,80 ¥. Les pressions baissières restent néanmoins pour le moment très modestes. Les investisseurs ont possiblement compris que quelque chose se préparait.

   

Publications statistiques

Les ventes au détail recensées au mois de février en Zone Euro se sont révélées bien plus fortes que prévu (+3,0% M/M vs. consensus +1,5%). Cette surperformance est tirée entre autres par l’Italie où des assouplissements de restriction sanitaire avaient été opérés en février.

Dans sa nouvelle note de conjoncture, la Banque de France indique tabler sur une légère croissance en France au 1er trimestre. L’économie fait preuve d’une bonne résilience aux restrictions mises en place. La preuve, l’économie a tourné « seulement » 4% en-dessous de son niveau d’avant crise en mars, soit un peu mieux qu’en février (-5%) ou en novembre 2020 (-11%) lors de l’introduction de nouvelles mesures sanitaires.

Ce matin, le Royaume-Uni a publié une large salve de données économiques. On retiendra le rebond de l’économie en février de +0,4% M/M et la révision à la hausse de l’estimation de janvier de -2,9% à -2,2% M/M. Malgré un nouveau confinement introduit en janvier, l’économie britannique a résisté. Sans surprise, l’industrie performe bien outre-Manche et la production industrielle a enregistré en février un rebond deux fois plus important qu’anticipé (+1,0% M/M vs. 0,5%). La construction a également enregistré une performance au-dessus des attentes (+1,6% M/M vs. 0,6%). La seule véritable ombre au tableau nous vient de la balance commerciale qui reste globalement handicapée par la pandémie et les effets du Brexit qui amoindrissent les échanges avec l’UE. Le Royaume-Uni a creusé son déficit et enregistré la plus forte contraction mensuelle depuis 2 ans de sa balance commerciale (-16,44 Mds£).

Les statistiques commerciales chinoises publiées ce matin indiquent une forte hausse des importations et un rebond moins vigoureux des exportations (voir segment sur le CNY).

À suivre ce mardi, la publication en fin de matinée de l’indice ZEW de sentiment des investisseurs en Allemagne (11h00) qui est généralement très suivi par investisseurs européens. Dans l’après-midi, l’attention se portera sur les chiffres d’inflation aux Etats-Unis (14h30) et les réactions à l’émission par les Etats-Unis de bons du Trésor 30 ans.


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