Actualités du marché des devises

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avr. 08, 2021 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

La prudence de la Fed égaye les devises émergentes / La livre sterling en passe de perdre son totem d’immunité ?

  

Tendance du jour

On assiste à un début de séance en ordre dispersé très largement influencé par les réactions aux Minutes de la Fed dont le contenu n’a finalement surpris peu de monde mais confirmé une volonté unanime des banquiers centraux américains de faire preuve de patience et de ne pas se précipiter à retirer leur soutien au regard des nombreux progrès à faire en matière d’emploi et d’inflation.

Le sentiment de prudence qui se dégage de cette publication ne crée pas l’étincelle nécessaire à enflammer de nouveau les taux obligataires américains. De ce fait, le dollar reste sur la défensive face à l’euro mais parvient à limiter les pertes grâce à la présence d’une résistance située à 1,19 $.

Après deux séances consécutives de repli, les devises océaniennes se reprennent. Le dollar australien que l’on a vu titiller mercredi ses plus bas niveaux depuis plus de 5 semaines face à l’euro et le seuil de 1,56 A$ retrace légèrement ses récentes pertes.

Le yen rebondit vivement ce matin pour ce qui s’apparente être un rebond technique face à l’incapacité de la paire EUR/JPY à franchir le cap de 130,5 ¥.

Les meilleurs performeurs du début d’année connaissent un sérieux coup de pompe. La livre sterling (0,86 £) perd pied face aux premiers couacs rencontrés par le Royaume-Uni sur les vaccins. La devise a cédé plus de -1,5% en deux séances face à l’euro, soit du jamais vu depuis presque 8 mois. La paire EUR/CAD connaît un rallye de +1,4% depuis le début de la semaine qui l’a fait clôturer mercredi à un pic de presque 4 semaines aux portes du seuil de 1,50 C$. La hausse des infections au Canada et le manque de vigueur du pétrole ces derniers jours expliquent cette perte de vitesse de la devise canadienne que l’on avait vu fin mars monter à un pic d’un an (1,47 C$).

La prudence de la Fed et la relative stabilité des taux longs américains favorisent les devises émergentes. Ainsi on observe un rebond ce matin du rand sud-africain (17,25 ZAR) et du peso mexicain (24,0 MXN).

  

Une Fed unanimement prudente, statu quo sur le dollar (USD)

Le compte rendu de la réunion monétaire de mars de la réserve fédérale américaine n’a livré aucun nouvel indice quant à une possible réduction prématurée de la politique de soutien. Au contraire, ce rapport n’a fait que confirmer le message délivré le mois dernier par Jerome Powell en conférence de presse, à savoir que malgré une amélioration des perspectives le maintien d’incertitudes sanitaires et les progrès encore à faire en matière d’emploi et d’inflation obligent la banque centrale à considérer le maintien de sa politique de soutien pendant une période prolongée de temps. Le gouverneur central américain avait à l’époque indiqué qu’il était encore trop prématuré de « discuter d’éventuelles discussions sur une réduction des rachats d’actif ». À la lecture hier des Minutes dans lesquelles les banquiers centraux américains reconnaissent unanimement le fait que l’économie américaine est encore loin de ses objectifs de plein emploi et d’inflation, cette phrase fait de nouveau écho. Pour ceux qui espéraient glaner des informations clés venant accréditer la thèse actuellement intégrée sur les marchés monétaires d’une première hausse de taux à horizon second semestre 2022, ils ont dû être déçus par la communication d’hier. En réaction à cette publication qui sonne comme un non-évènement sur les marchés, les taux souverains 2 et 5 ans ont essuyé une nouvelle séance de repli tandis que le taux 10 ans a clôturé tout proche de son niveau de la veille à un peu plus de 1,65%.

Le dollar a passé toute la journée de mercredi sur la défensive et a même touché un creux de 2 semaines à plus de 1,19 $ dans l’après-midi au début de la séance américaine avant de retracer vers son niveau de clôture de la veille en fin de journée (+0,0% à 1,1870 $). La publication des Minutes a sans grande surprise provoqué peu de réactions. On peut néanmoins penser que le visage prudent unanimement démontré hier par les membres de la Fed et leur volonté commune à ne pas se précipiter à normaliser les conditions de crédit devraient nourrir le rallye boursier actuellement observé mais aussi dessiner un terrain favorable à un renforcement des devises émergentes. La perspective du maintien d’une politique de taux bas pendant une période prolongée de temps aux Etats-Unis (au moins jusqu’en 2023 d’après les dernières projections de la Fed) devrait contenir la hausse des rendements souverains américains et par effet corolaire stimuler la demande pour des devises ayant un profil de risque plus élevé mais offrant également des rendements plus attractifs. Ce jeudi matin, on observe de modestes pressions haussières sur le rand sud-africain (17,25 ZAR) et sur le peso mexicain (24 MXN).

  

Premier couac sur les vaccins au Royaume-Uni, la livre baisse la tête (GBP)

Jusqu’à présent, le Royaume-Uni faisait office de modèle en matière de vaccination jusqu’à probablement susciter un peu de la jalousie parmi ses voisins européens voyant la campagne de distribution massive de vaccins se dérouler sans accroc. Alors que les autorités britanniques ont quasiment fini de distribuer une première dose à l’ensemble de la population de plus de 50 ans et planifient actuellement l’ouverture de la vaccination à d’autres tranches d’âge, ces derniers voient leurs plans chamboulés par de premier couacs. En cause, encore et toujours le vaccin AstraZeneca, lequel est celui sur lequel s’est majoritairement appuyé le Royaume-Uni dans sa campagne de vaccination. Plusieurs cas de thromboses ont été détectés outre-Manche chez des patients ayant inoculé une dose de vaccin (79 au total), et certains ont conduit au décès de patients. Soucieuses de limiter les risques, quand bien même si le discours général se veut rassurant avec un équilibre bénéfices/risques jugé positif, les autorités sanitaires britanniques ont annoncé hier limiter la distribution du vaccin AstraZeneca aux personnes âgées de plus de 30 ans. Si l’arrivée sur le marché britannique du vaccin de l’américain Moderna pourrait compenser, on a là un premier obstacle dont la région se serait bien passée. D’autant plus que les britanniques enregistrent en ce moment un manque cruel de doses comme en témoignent les récentes statistiques (voir graphe ci-dessous). C’est un caillou dans la chaussure du gouvernement britannique qui a entamé depuis le 8 mars un processus de déconfinement en quatre étapes qui prévoit la réouverture intégrale de l’économie au 21 juin. Une nouvelle étape décisive sera opérée lundi 12 avril avec la réouverture des bars, restaurants et commerces dits non-essentiels.

Bénéficiant depuis le début de l’année d’un totem d’immunité grâce à un effet « vaccin » procuré par le statut de pionnier et à l’avance du Royaume-Uni en matière de vaccination sur ses partenaires américains mais aussi et surtout européens, la livre sterling déchante cette semaine. Après avoir subi mardi sa pire séance depuis presque 4 mois face à l’euro (-1,1%), la devise britannique a de nouveau reculé vivement hier (-0,6%). En deux jours, le taux EUR/GBP a enregistré un rebond de +1,6%, soit son plus fort rallye depuis presque 8 mois. Remonté à plus de 0,86 £, le taux de change fait actuellement face à une résistance située au niveau de 0,8650 £ qui fait office de « plafond » depuis un peu plus d’un mois.

La livre sterling a-t-elle perdu la « flamme » ? Remontée le mois dernier à un pic de plus d’un an à 0,85 £ face à l’euro, la livre sterling s’est appréciée de plus de 7% en moins de 4 mois face à son homologue européen. Au regard des récents mouvements observés sur les marchés à terme et la réduction depuis plusieurs semaines des positions acheteuses en livre sterling (face au dollar), on est en droit de se demander si le rallye de la devise britannique observé sur ce premier quart de 2021 n’est pas terminé, ou au moins momentanément sur pause. Le flux de bonnes nouvelles en provenance de la Zone Euro – retour de la croissance dans le secteur privé au mois de mars (indices PMI) et accélération attendue des vaccinations au second semestre (objectif de 360 Mln de doses administrées ce trimestre d’après la Commission Européenne) – vient rééquilibrer le rapport de force entre l’euro et la livre sterling. Un rebond correctif plus important de la paire EUR/GBP vers son cours moyen annuel calculé à 0,8720 £ est clairement envisageable.

Ces bonnes nouvelles en provenance d’Europe ont non seulement consolidé les récents gains acquis par l’euro face au dollar (1,19 $) et au yen (130 ¥) mais également déclenché un rebond des devises d’Europe de l’Est comme le zloty polonais (+0,5% à 4,57 PLN), le forint hongrois (+0,5% à 359 HUF) ou encore la couronne tchèque (+0,6% à 25,85 CZK). Les pays de l’ex-bloc soviétique sont très économiquement dépendants de la demande en provenance de ses voisins européens situés à l’Ouest, et plus particulièrement de l’Allemagne qui est le premier partenaire commercial de la Pologne, de la Hongrie ou encore de la République Tchèque. Le rebond observé de l’indice d’activité du secteur privé allemand à un pic de plus de 3 ans en mars n’a ainsi pas laissé les marchés des changes insensibles.

Malgré les bonnes nouvelles en provenance d’Europe, les prix des matières premières peinent à rebondir sur ce mois d’avril et avancent en ordre dispersé. Que ce soit le pétrole ou bien les métaux de base utilisés dans l’industrie manufacturière, la tendance générale est plutôt légèrement baissière depuis la fin du mois de mars. La faute au regain de vigueur de la pandémie dans certaines grandes régions du monde (Inde, Canada) mais aussi des obstacles rencontrés en matière de vaccination consécutivement à la découverte d’un lien entre les cas de thromboses et le vaccin AstraZeneca. Les 27 membres de l’UE n’ont pas réussi à s’entendre hier sur une position commune concernant l’usage de ce vaccin, mais le moins que l’on puisse dire est que son utilisation fait débat, ce qui ne manque pas de heurter la confiance des ménages à son encontre. Le manque de vigueur des prix des matières premières occasionne des mouvements correctifs sur les devises qui sont les plus sensibles à ce « catalyseur ». C’est le cas du dollar australien ou encore de son homologue néo-zélandais qui ont connu mercredi une seconde séance consécutive de repli face à l’euro de respectivement -0,6% chacun. Le taux EUR/AUD a vu son ascension se heurter au seuil de 1,56 A$ qui fait office de résistance depuis plus de 5 semaines.

  

Publications statistiques

Hier, les principales publications ont été la révision à la hausse des estimations PMI en Zone Euro au mois de mars. Le secteur privé renoue avec la croissance après quatre mois consécutifs de contraction et enregistre son plus fort rebond depuis 2 ans et demi. En Allemagne, l’indice composite ressort à un pic de plus de 3 ans tandis qu’en France l’indice composite ressort à 50, ce qui met fin à la série de 7 mois consécutifs de contraction.

Au Royaume-Uni, l’indice final PMI composite est légèrement révisé à la baisse par rapport aux estimations préliminaires (54,4 vs. 54,6) mais ressort néanmoins à son plus haut niveau depuis 6 mois.

Les Etats-Unis ont recensé en février un déficit commercial record de 71,1 Mds$, la faute à une baisse moins prononcée des importations par rapport aux exportations ce mois-ci. Au Canada, on observe en février un surplus commercial pour le second mois consécutif, lequel est recensé en février à un peu plus de 1 MdsC$.

Bonne nouvelle ce matin en provenance d’Allemagne où les commandes industrielles enregistrent en février un second rebond consécutif mais aussi d’une amplitude plus importante que prévu (1,2% M/M vs. 0,8%). En France, la balance commerciale enregistre en février son plus important déficit en 5 mois (5,3 Mds€).

À suivre ce jeudi, les Minutes de la BCE de la réunion de mars (13h30) et un peu plus tard dans l’après-midi les résultats des inscriptions hebdomadaires aux allocations chômage aux Etats-Unis (14h30). On surveillera également les commentaires du gouverneur central américain Jerome Powell en marge d’un évènement organisé par le FMI (18h00).


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