Actualités du marché des devises

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avr. 07, 2021 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

L euro n a pas dit son dernier mot / En manque de carburants le dollar jette un regard vers les Minutes de la Fed

   

Tendance du jour

Après une séance asiatique en ordre dispersée marquée par le repli des indices chinois et hongkongais et le rebond des indices japonais et indiens, la volatilité sur les marchés des changes reste globalement réduite et les regards se tournent vers la Fed dont la publication ce soir des Minutes du mois de mars pourrait secouer à nouveau les marchés obligataires. Le dollar est en manque cruel de « carburant » et pâtit pleinement de la baisse cette semaine des taux longs américains, mais aussi des taux courts. Malgré les récents bons résultats économiques observés aux Etats-Unis, on n’observe pour le moment aucun signe créditant la thèse d’une flambée des prix qui justifierait une action de la banque centrale américaine et une réduction prématurée de sa politique de soutien.

L’euro profite de l’optimisme ambiant pour se refaire la cerise et poursuivre sa période de convalescence après un mois de mars cauchemardesque. Si la Zone Euro a concentré une large part des mauvaises nouvelles ces dernières semaines, des motifs d’espoir subsistent. L’anticipation par la Commission Européenne d’une accélération des vaccinations au second trimestre, au point que l’objectif de vacciner 70% de la population adulte pourrait être atteint dès la fin juin, est un argument qui dissipe l’horizon européen. La devise européenne en profite pour opérer en ce moment un large mouvement de revalorisation face à de nombreuses devises, et plus particulièrement les devises liées aux matières premières contre lesquelles l’euro s’est vivement déprécié depuis près d’un an. Ainsi, on observe cette semaine un important rebond en ce moment des paires EUR/AUD (1,56 A$) et EUR/CAD (1,50 C$). Il faut dire aussi que le manque de vigueur des prix des matières premières, et notamment du pétrole en ce moment, participe à nourrir ce mouvement.

Au lendemain de sa plus forte hausse depuis près de 4 mois (+1,1%), le taux EUR/GBP reste en phase ascendante mais se heurte pour le moment au seuil de 0,86 £. Même constat pour la paire EUR/USD qui reste pour le moment aux portes de 1,19 $. Le taux EUR/JPY tutoie toujours ses plus hauts de l’année mais montre des difficultés à franchir le seuil de 130,5 ¥.

Rattrapé par le volet géopolitique et les craintes de sanctions américaines contre la Russie, le rouble cède -0,9% face à l’euro ce mercredi et plus de -4% depuis une semaine. La paire EUR/RUB remonte ce matin à un pic de 5 mois à presque 92,5 RUB.

La roupie indienne cède plus de -1% face à l’euro ce matin en écho à la baisse de taux surprise opérée par la banque centrale indienne. La devise se déprécie de plus de 2% depuis hier et oscille à un creux d’un mois face à l’euro à plus de 88 INR.

   

Une immunité collective en Europe attendue en juin, la livre sterling victime de prises de profit (GBP)

L’une des informations de la journée à l’origine de cette nouvelle poussée de l’euro nous est venue de l’agence d’information Bloomberg qui dans un rapport a révélé des informations officielles selon lesquelles la Commission Européenne a indiqué aux gouvernements européens que l’objectif de vacciner 70% de la population adulte d’ici la fin de l’été pourrait être atteint plus tôt que prévu. Dans une note datant du 1er avril que les journalistes de Bloomberg ont pu se procurer, Bruxelles prévoit la distribution de 360 millions de doses de vaccin au second semestre - soit près de quatre fois plus que sur les trois premiers mois de l’année (100 Mln) - et voit plusieurs pays dont les quatre plus gros en termes de PIB (Allemagne, France, Italie, Espagne) réussir à inoculer des doses à plus de 55% de sa population (~70% de la population adulte) d’ici le mois de juin. Après des débuts catastrophiques, l’Union Européenne compte bien rattraper son retard sur ses voisins et ainsi favoriser un redémarrage fort de l’économie au second semestre.

Quelques divergences risquent de s’observer néanmoins dans la course à la vaccination au sein même de l’Union Européenne. Si le Danemark et Malte sont en bonne voie pour atteindre un seuil d’immunité collective avant tout le monde, des pays comme l’Autriche, la Croatie ou la République Tchèque devraient à l’inverse accuser quelques retards.

L’espoir d’un possible rattrapage de la part de l’UE en matière de vaccination a déclenché d’importantes prises de bénéfice sur la paire EUR/GBP qui depuis le début de l’année est très sensible au volet sanitaire et aux divergences entrevues entre britanniques et européens sur le sujet. Ainsi, après avoir enregistré sept séances de baisse sur les 8 derniers jours ouvrés et une perte cumulée de -1,6%, la paire EUR/GBP a enregistré mardi sa meilleure séance depuis presque 4 mois et clôturé avec un gain de +1,1% à presque 0,86 £. Il s’agit tout bonnement du plus haut niveau observé sur les 8 dernières séances. L’intérêt des investisseurs pour la livre sterling pourrait se réduire si d’aventure le Royaume-Uni venait à voir son avantage sur l’Union Européenne en matière de vaccination progressivement fondre. Tirée par le haut en 2021 par un effet « vaccin » et un profil de pionnier des britanniques en matière de vaccination, la devise britannique s’est revalorisée de plus de 7% depuis la mi-décembre face à l’euro jusqu’à atteindre en mars un pic d’un an à 0,85 £. Un retracement vers le haut de la paire EUR/GBP n’est donc pas à exclure si jamais les livraisons de vaccin accélèrent au sein de l’UE et les tensions sanitaires diminuent dans la région. Le prochain seuil majeur à franchir pour la paire de change se situe à 0,8650 £, il n’a plus été franchi depuis plus d’un mois.

   

Le FMI plus optimiste sur la reprise, l’euro en profite et poursuit sa convalescence (EUR)

L’optimisme a de nouveau dominé les échanges mardi sur les marchés financiers, et très largement influé sur la volatilité des marchés des changes. La publication des nouvelles projections semestrielles de croissance du FMI ainsi que les échos d’une immunité collective potentiellement atteinte dès juin en Europe ont porté les actions européennes sur des niveaux records. L’indice européen Stoxx 600 et la bourse allemande ont tous les deux atteint un pic historique tandis que l’indice parisien CAC 40 a clôturé à son plus haut depuis 2007. Aux Etats-Unis, les indices boursiers ont marqué le pas mais restent à proximité des niveaux records entrevus lundi. L’indice de volatilité VIX aux Etats-Unis reste stable et sur ses plus bas niveaux depuis plus d’un an, d’où un appétit au risque plus prononcé de la part des investisseurs et l’observation de mouvements correctifs significatifs sur les marchés des changes. Grand acteur du mois de mars, le dollar connaît un début de mois d’avril très compliqué, la faute à une inflexion des taux souverains américains dont on sait que la devise s’est grandement nourrie au cours des précédentes semaines pour regagner le cœur des investisseurs.

Hier, le Fonds Monétaire International (FMI) a publié ses nouvelles projections de croissance pour 2021 et 2022, et le moins que l’on puisse dire est que l’organisation est plus optimiste qu’elle ne l’était en octobre 2020 et en janvier dernier en ce qui concerne la reprise. Celle-ci a révisé à la hausse de +0,5% à 6% sa projection de croissance pour cette année, et de +0,2% à 4,4% sa projection pour l’année prochaine. Le déploiement de nouveaux stimulus fiscaux (notamment via le plan de soutien américain de 1 900 Mds$) et l’accélération des campagnes de vaccination à travers le monde sont les deux facteurs évoqués par le FMI pour justifier ces ajustements. Sans grande surprise, les projections de croissance en 2021 aux Etats-Unis et au Canada (un des principaux bénéficiaires indirects du plan Biden) ont été significativement révisées à la hausse par rapport à janvier dernier, de respectivement +1,3% à 6,4% et de +1,4% à 5,0%. L’Inde et la Chine sont les deux pays qui affichent le plus fort potentiel de croissance pour cette année avec une croissance estimée respectivement à 12,5% pour le premier cité et 8,4% pour le second. Les perspectives de la Zone Euro ont été très modestement révisées à la hausse de +0,2% en 2021 et 2022 à respectivement 4,4% et 3,8%. L’Espagne (6,4%) et la France (5,8%) devraient surperformer cette année leurs voisins italiens (4,2%) et allemands (3,6%). Le FMI relève dans son rapport d’importantes divergences de dynamique de reprise que l’on retrouve dans les projections, mais qui finalement n’étonnent pas grand monde tant celles-ci sont débattues depuis des semaines sur les marchés financiers.

L’euro n’a pas été réellement sensible à ce nouveau rapport soulignant l’écart de dynamique de reprise entre les Etats-Unis et la Zone Euro. Au contraire, s’appuyant sur les prévisions d’une accélération du rythme de vaccination en Europe, les investisseurs veulent croire qu’une bonne surprise est encore possible niveau européen alors que la région concentre depuis plusieurs semaines les mauvaises nouvelles. Portée par ce regain d’optimisme des marchés, l’euro a poursuivi mardi sa convalescence et a rebondi face à une majorité de ses pairs contre lesquels la devise avait enregistré d’importantes pertes en mars. Ainsi, la devise européenne s’est vivement reprise face aux deux devises nord-américaines, à savoir le dollar et le loonie canadien, mais aussi face aux devises asiatiques comme le yuan chinois et la roupie indienne.

Le taux EUR/USD a enchaîné mardi une seconde séance consécutive de hausse (+0,5% hier et +1% sur le début de semaine) et revient taper à la porte de 1,19 $. Le taux EUR/CAD a enregistré hier son plus fort rebond depuis presque 5 mois (+0,8% mardi) et clôturé à un pic de 2 semaines à 1,49 C$. Le taux EUR/CNH a lui aussi terminé la séance mardi à un pic de 2 semaines à presque 7,75 ¥.

  

En manque de « carburant », le dollar se tourne à nouveau vers la FED (USD)

Après un très bon mois de mars durant lequel l’indice dollar DXY a enregistré son plus fort rebond depuis novembre 2016 (+2,6%), la devise américaine connaît un début de mois d’avril plus compliqué. La principale cause de ce manque d’entrain repose sur l’absence du « carburant » qui a très largement alimenté le regain d’intérêt des marchés pour le billet vert, à savoir la hausse significative et continue des taux souverains de long terme depuis le mois de février. Remontés sur des plus hauts depuis plus d’un an sur fond de spéculations de fort rebond de l’inflation aux Etats-Unis en marge de la reprise et possible réduction dans la foulée des mesures de soutien monétaire de la Fed, les taux longs américains marquent le pas ces derniers jours. Le plus emblématique, le taux souverain 10 ans a chuté hier à un plus bas depuis une semaine à moins de 1,66% et continue de glisser ce matin en direction du seuil de 1,6%. Le taux 30 ans oscille ce matin à hauteur de ses plus bas niveaux depuis 3 semaines au niveau de 2,3%. Les taux courts également reculent également comme le taux 2 ans qui après avoir touché lundi un pic depuis juin 2020 à 0,1940% s’échange ce mercredi à moins de 0,16%. Ces variations reflètent l’émergence de doutes à l’égard d’un scénario central actuellement intégré sur les marchés monétaires d’une hausse prématurée de taux dès 2022 et d’une possible réduction des rachats d’actif dès cette année.

Malgré les spéculations de marché, la Fed a toujours communiqué sur son intention de conserver une politique de taux bas pendant une période prolongée de temps jusqu’à que l’inflation et l’emploi s’améliorent considérablement. Or pour le moment les améliorations observées ne sont pas assez significatives pour obliger la banque centrale à revoir ses plans. Les pressions inflationnistes dont on parle depuis plusieurs semaines ne se matérialisent pas encore. La contraction des salaires observées dans le rapport de mars malgré presque 1 Mln de nouvelles créations de poste invite à reconsidérer les anticipations de flambée des prix. Si des facteurs exogènes tels que la hausse des coûts de production causée par le prix des matières premières et/ou des tensions sur les chaînes d’approvisionnement mondiales peuvent entraîner des pressions inflationnistes, elles ne devraient pas être durables. D’où la stratégie attentiste déployée par la réserve fédérale américaine qui préfère observer les facteurs structurels plutôt que les facteurs de marché quand il s’agit d’analyser les perspectives d’inflation.

Ce soir, tous les regards seront tournés vers les Minutes de la réunion de la Fed au mois de mars (20h00) en marge de laquelle ont été publiées les nouvelles projections économiques et monétaires de la banque centrale. Les acheteurs de dollar aimeraient y lire des indices indiquant que la FED pourrait considérer l’idée de relever ses taux avant 2023 mais il est peu probable que les banquiers centraux américains leur offrent ce plaisir. Dans tous les cas, la devise américaine sera à nouveau sensible aux variations monétaires qui découleront de la publication de ce rapport.

   

Publications statistiques

Le taux de chômage en Zone Euro est resté stable à 8,3% en février. Il s’agit néanmoins d’un chiffre révisé à la hausse par rapport aux estimations préliminaires qui indiquaient un taux de chômage à 8,1% en janvier.

L’indice de sentiment Sentix des investisseurs européens a progressé de plus de 8pts en avril pour atteindre un pic de 32 mois. La confiance revient progressivement et les espoirs de reprise restent intacts parmi les investisseurs malgré les récentes restrictions. Un constat de bon augure pour l’euro qui ne semble pas avoir dit son dernier mot.

Le nombre d’ouverture de postes aux Etats-Unis a atteint un pic de plus de 2 ans en février d’après le rapport mensuel JOLT. Cela confirme une amélioration de la situation économique aux Etats-Unis, notamment sur le marché de l’emploi où les entreprises embauchent à nouveau. Néanmoins, malgré le nombre élevé de postes à pourvoir (7,37 Mln), le pays recense toujours près de 10 millions de chômeurs.

Ce matin, la banque centrale indienne a réduit à la surprise générale un de ses taux directeurs de 50 pbs (taux de réserve réduit de 3,5% à 3,0%) pour répondre aux incertitudes que soulève la nouvelle vague de contamination (nouveau record d’infections de 115k mardi) dans le pays.

À suivre ce mercredi les estimations finales des enquêtes PMI des services en Zone Euro (10h00) et au Royaume-Uni (10h30), les statistiques de la balance commerciale américaine et canadienne en février (14h30), ainsi que les Minutes de la Fed du mois de mars (20h00)


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