Actualités du marché des devises

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mars 18, 2021 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Un répit de très courte durée pour l’EUR/USD après la Fed / La livre sterling surveille la Banque d’Angleterre

Tendance du jour

Les marchés actions ont été confortées hier par les annonces faites par la Fed de vouloir maintenir sa politique de soutien de manière prolongée. Néanmoins si officiellement la banque indique qu’elle ne procèdera pas à un resserrement monétaire avant fin 2023, on observe de plus en plus de voix au sein du comité directeur qui considèrent possibles un premier resserrement monétaire entre 2022 et 2023. Après un répit de courte durée hier soir, l’EUR/USD efface ce matin une partie de ses gains de la veille et s’écarte du seuil de 1,20 $ qu’il avait approché hier.

L’euro est assez stable ce matin et plutôt orienté à la hausse face aux devises refuges comme le yen et le franc, or de possibles secousses pourraient intervenir en cours de journée alors que l’on attend ce jeudi les résultats de l’enquête de l’EMA sur le vaccin AstraZeneca et que de possibles nouvelles restrictions pourraient être annoncées en France.

L’attention se portera principalement ce jeudi sur les réactions en marge des réunions monétaires en Norvège (10h00), en Turquie (12h00) et au Royaume-Uni (13h00). Se heurtant à un support situé au niveau de 0,8550 £, le taux EUR/GBP pourrait être amené à tester cette barrière aujourd’hui.

Parmi les principaux mouvements à observer sur les marchés de change, le dollar australien tutoie ses plus hauts niveaux de l’année ce matin face à l’euro (1,53 A$) après les bons chiffres de l’emploi en Australie. Le zloty polonais a chuté hier à son plus bas niveau de l’année à plus de 4,60 PLN après l’annonce de nouvelles restrictions hier en Pologne. Le réal brésilien (6,67 BRL) n’a pas vraiment réagi à l’annonce hier d’une hausse plus importante que prévu des taux directeurs par la banque centrale brésilienne (+75 pbs à 2,75%). L’annonce d’un nouveau pic de contamination au Brésil (plus de 90k) compense les effets supposément bénéfiques de la hausse de taux sur la devise.

Une Fed plus optimiste mais pas pressée de normaliser

Comme l’on pouvait s’y attendre la réserve fédérale américaine a maintenu ses taux directeurs inchangés hier au sein d’une borne historiquement basse de 0,00-0,25% et maintenu son rythme de rachat d’actifs à hauteur de 120 Mds$ par mois. Reflétant les progrès réalisés ces trois derniers mois en matière de vaccination mais aussi le vote successif de deux plans de relance pour un montant total cumulé avoisinant les 3000 Mds$, les projections économiques réalisées par la banque centrale ont été significativement révisées à la hausse par rapport aux précédentes estimations réalisées en décembre. L’institution monétaire table désormais sur un taux de croissance de 6,5% cette année et 3,3% pour 2022 contre respectivement 4,2% et 3,2% anticipé auparavant. Le taux de chômage devrait reculer plus que prévu et retomber à 4,5% cette année, soit un niveau inférieur au 5% préalablement anticipé.

Quant à l’inflation qui fait l’objet d’un vif débat sur les marchés financiers, la Fed estime qu’elle devrait remonter au-dessus de l’objectif de long terme de 2% cette année pour atteindre 2,4% (vs. 1,9% estimé en décembre) avant de retracer à 2% en 2022.

Malgré un optimisme plus prononcé à l’égard du contexte économique, le gouverneur central américain a tenu à calmer les spéculations de marché actuelles autour d’une éventuelle normalisation prématurée des conditions monétaires aux Etats-Unis. Selon lui, il est bien trop tôt pour envisager et évoquer aujourd’hui une réduction des rachats d’actif (« tapering ») au regard des incertitudes sanitaires qui persistent mais aussi des tensions sur le marché de l’emploi américain. Malgré les bons chiffres officiels du chômage que l’on a vu fortement reculer aux Etats-Unis ces derniers mois, le taux passant d’un pic de 14,8% en avril à 6,2% en février dernier, le gouverneur central a rappelé que ces résultats étaient biaisés et que près de 10 millions d’américains étaient à ce jour sans emploi. Une réalité qui laisse à penser que la menace d’un retour de l’inflation est possiblement exagérée et que les pressions haussières sur les prix ne devraient pas perdurer dans le temps. Il ne semble donc pas avoir d’envie pressante, ni de contrainte apparente au sein de la réserve fédérale pour envisager un retrait du soutien monétaire dans les prochains mois. Au contraire, un ajustement réalisé aussi tôt dans le cycle de reprise pourrait être préjudiciable. Ainsi comme en décembre dernier, les projections monétaires officielles de la banque indiquent aucune hausse de taux avant la fin d’année 2023. Néanmoins, dans les détails on observe désormais plus de voix au sein du comité directeur tablant sur un premier resserrement monétaire courant 2023 (7 voix contre 5 en décembre) mais aussi de nouvelles voix anticipant une première hausse de taux l’année prochaine (4 voix contre 0 en décembre).

Si l’on en doutait encore, il apparaît très clair que la prochaine décision de la banque centrale américaine portera plus probablement sur une normalisation que sur un assouplissement des conditions monétaires. Les marchés l’ont bien compris, aussi à défaut de les alimenter cette réunion monétaire à valider les spéculations en cours sur la date à laquelle la Fed va relever ses taux. En communiquant distinctement sur le fait que la Fed n’avait pas l’intention de réduire son soutien à court terme, Jerome Powell a calmé les tensions sur les taux obligataires américains observés en amont de la publication des conclusions de la réunion monétaire de mars. Après avoir touché un pic à presque 1,69% en séance, le taux souverain 10 ans a retracé au niveau de 1,64%. Le dollar s’est quant à lui repli et donné l’occasion à l’EUR/USD de remonter à proximité du seuil de 1,20 $. La paire de change ne confirme pas son rebond de la veille ce matin et reste aux portes de cette barrière qui n’a plus été franchie depuis deux semaines. Dans les faits, les Etats-Unis semblent bien plus avancés que la Zone Euro dans son cycle de reprise, mais aussi dans son cycle monétaire qui aboutira vers une normalisation des conditions de crédit. Après une pause hier, les taux longs américains remontent ce matin, d’où cette impression de voir l’EUR/USD caler et ne pas parvenir à rebondir. Si on y ajouter les tensions sanitaires qui s’exercent actuellement en Europe sous la forme d’une troisième vague de contamination, les risques sont davantage baissiers qu’haussiers sur la paire de change.

La Banque d’Angleterre se penche sur les perspectives britanniques (GBP)

Après la BCE la semaine dernière et la Fed hier, c’est au tour ce jeudi de la Banque d’Angleterre de se réunir et d’actualiser sa politique monétaire (conclusions de la réunion publiées à 13h00). Selon toute vraisemblance, la BoE devrait prendre le contre-pied de son homologue européenne et décider de ne pas intervenir dans le débat autour de la hausse récente des rendements souverains, laquelle est considérée comme naturelle par plusieurs responsables monétaires qui y voient là le reflet d’une amélioration des conditions économiques au Royaume-Uni.

Il y a matière à être optimiste du côté britannique si l’on en juge par l’efficacité des campagnes de vaccination massive réalisée outre-Manche, mais aussi le début de la procédure de déconfinement débuté le 8 mars et qui laisse espérer une réouverture totale du pays courant juin. Le choix du gouvernement de conserver plusieurs dispositifs de soutien, notamment à l’emploi, pendant une période prolongée de temps et de repousser la cure d’austérité à 2023 (première hausse des impôts sur les sociétés) est également un facteur important dans la phase de reprise qui s’amorce. Dans son dernier programme budgétaire publié en début de mois, le Trésor britannique mise sur une croissance de 4% cette année en raison des effets prolongés du confinement sur le premier semestre et un rebond significatif de 7,3% en 2022. Beaucoup de promesses donc qui ne devraient pas laisser les banquiers centraux insensibles, même si plusieurs zones d’ombre subsistent comme les variants ou encore les effets économiques du Brexit.

Au regard du contexte actuel, on peut s’attendre à un discours teinté d’optimisme de la part de la Banque d’Angleterre et un projet de taux négatifs, un temps évoqué l’année dernière, désormais rangé au placard. S’il n’apparaît pas opportun d’assouplir davantage les conditions de crédit au regard du contexte actuelle – et surtout pour se laisser de la latitude en cas de nouveaux troubles – la banque centrale britannique devrait néanmoins réaffirmer sa position actuelle de maintenir sa politique de soutien de manière prolongée pour accompagner la reprise. Il est bien trop prématuré de parler de normalisation monétaire, mais en même temps les conditions actuelles ne justifient pas une prudence extrême. Un probable statu quo devrait faire les affaires de la livre sterling et accompagner son ascension actuelle. Butant depuis plus d’une semaine sur le seuil de 0,8550 £, la paire EUR/GBP pourrait à nouveau tester ce support ce jeudi à condition néanmoins que la BoE ne cause pas de frayeurs aux acheteurs de livre sterling.

Ces derniers gardent également un œil attentif sur le volet géopolitique et la relation entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne qui est sujette à des tensions depuis quelques jours. En proie à une troisième vague de contamination, l’UE menace de bloquer les exportations de vaccins produits sur son territoire sous couvert de non-réciprocité des pays voisins. Bruxelles a en ligne de mire le Royaume-Uni et l’entreprise AstraZeneca qui accuse de nombreux retards dans ses livraisons de vaccin commandées par l’UE. Une dégradation des relations diplomatiques sur fond de relent du Brexit pourrait venir secouer la livre sterling et la faire descendre de son piédestal.

Résultats sur le vaccin AstraZeneca et nouvelles restrictions attendues en Europe (CHF, P I N)

C’est possiblement une nouvelle séance difficile qui se profile pour l’euro ce jeudi alors que l’on attend les résultats de l’enquête menée par l’Agence européenne des médicaments (EMA) sur les éventuels risques de santé liés au vaccin AstraZeneca, mais également de possibles annonces de nouvelles restrictions sanitaires en France.

Cela fait maintenant plusieurs jours que les rumeurs courent quant à un possible reconfinement de la région Ile de France, cœur économique et région la plus peuplée de l’hexagone, alors que les services hospitaliers sont proches de niveau de saturation. Lors de son traditionnel point hebdomadaire, le gouvernement pourrait annoncer en fin de journée de nouvelles mesures de restriction dans cette région. On parle d’un confinement le weekend end ou total pendant quelques semaines. La France n’est pas un cas unique puisqu’une partie de l’Italie (10 régions) est depuis lundi totalement reconfinée, et cela jusqu’au 6 avril prochain. Hier, c’est la Pologne qui a annoncé de nouvelles restrictions à l’échelle nationale pour endiguer la progression de la pandémie. Les centres commerciaux, hôtels et cinémas seront ainsi fermés dans le pays jusqu’aux vacances de Pâques. Cette troisième vague qui se matérialise en Europe inspire de larges craintes, et surtout vient obscurcir les espoirs de reprise attendue cette année en Europe. Le maintien prolongé des restrictions pourrait en effet occasionner des dommages sur le long terme.

Face à la pandémie, la meilleure arme reste les vaccins. Or l’épisode récent AstraZeneca pourrait créer un précédent et ralentir une campagne de vaccination plus lente en Europe qu’ailleurs. Si jamais il s’avère que le vaccin produit par l’entreprise britanno-suédoise présente des risques pour la santé, cela pourrait provoquer un sentiment de défiance parmi les populations européennes à l’égard de ce produit, et des vaccins en général.

Sur les marchés des changes, le taux EUR/CHF affiche une bonne dynamique depuis la veille et a repris le chemin en direction du seuil de 1,11 ₣. La bonne performance des marchés actions en écho au discours de la Fed de maintenir une politique de soutien prolongée a très certainement influencée positivement la paire de change, tout comme les résultats des législatives au Pays Bas où non seulement le premier ministre Mark Rutte a été reconduit pour un 4ième mandat et la formation europhile D66 a devancé à la surprise générale l’extrême-droite en deuxième position de ce scrutin. Attention tout de même aux secousses qui pourraient survenir sur la paire EUR/CHF si jamais l’horizon s’obscurcit en Europe. Le zloty polonais a touché hier un nouveau point bas face à l’euro en 2021 à presque 4,62 PLN en marge des annonces de nouvelles restrictions en Pologne. Si le taux a retracé après avoir atteint ce pic, il reste néanmoins orienté à la hausse ce matin à hauteur du seuil de 4,60 PLN.

Publications statistiques

Pas de surprises hier observées dans les chiffres d’inflation en Zone Euro qui ont confirmés les estimations faites en première lecture. L’indice d’inflation générale reste stable à un pic d’un an de 0,9% en février, tandis que l’indice sous-jacent recule de 1,4% à 1,1%.

Au Canada, les indices de prix à la consommation ont enregistré un rebond moins important que prévu en février (+0,5% M/M vs. consensus +0,7%), provoquant ainsi une hausse moins prononcée de la dynamique annuelle de l’indice général de1,0 % à 1,1%. Après avoir atteint un pic de 10 mois en janvier, la dynamique annuelle de l ’indice sous-jacent de prix recule significativement en février de 1,6% à 1,2%. Ces résultats viennent nuancer les débats actuels autour d’une flambée des prix en marge de la reprise économique globale. Le dollar canadien a légèrement reculé hier face à l’euro mais se maintient toujours à hauteur de ses plus hauts sommets depuis un an (1,48 C$).

Résultats désastreux pour le secteur de la construction aux Etats-Unis, lequel a très certainement été victime en février des mauvaises conditions climatiques qui ont frappé le pays. Les permis de construire et les mises en chantier ont tous les deux reculer de -10% le mois dernier.

La banque centrale brésilienne a remonté plus que prévu son taux directeur hier soir de 75 pbs à 2,75% alors que le consensus misait sur un rehaussement de 50 pbs. Le réal brésilien n’a pas réellement bénéficié de cette annonce, les effets ayant été compensés par le nouveau record de cas de contamination recensé au Brésil (plus de 90 k).

Ce matin, les chiffres de l’emploi en Australie se sont révélés bien meilleurs qu’attendu et le taux de chômage chute vivement en février pour atteindre son plus bas niveau depuis presque un an (5,8% vs. 6,3% en janvier). Stimulé par ces résultats, le dollar australien tutoie ce matin ses plus hauts niveaux de l’année face à l’euro (1,53 A$).

On suivra ce jeudi les conclusions de trois réunions monétaires en Norvège (10h00), en Turquie (12h00) et au Royaume-Uni (13h00). Si la première et la troisième citée devraient opter pour un statu quo, la banque centrale turque pourrait procéder à une hausse de taux de 100 pbs à 18% d’après le consensus. Aux Etats-Unis, on aura un œil sur les résultats des inscriptions hebdomadaires aux allocations chômage et l’enquête d’activité de la Fed de Philadelphie (13h30).


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