Actualités du marché des devises

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mars 17, 2021 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Au tour de la Fed de jouer

Tendance du jour

Dans la lignée de la séance américaine et européenne de la veille, la volatilité lors de la séance asiatique ce matin a été très réduite. Et pour cause, les investisseurs ont adopté une approche passive et attendent les conclusions de la réunion de la Fed de ce soir (19h00) pour prendre des décisions.

Cette passivité des acteurs financiers se répercute sur les marchés des changes où la volatilité est très réduite. L’euro tente néanmoins de retracer ce matin une partie des pertes subies la veille lesquelles ont été provoquées par la montée d’un sentiment de défiance des investisseurs à l’encontre de l’Europe où tensions sanitaires et obstacles en matière de vaccination se cumulent. Le taux EUR/CHF a notamment subi mardi sa plus forte chute depuis près de 7 mois (-0,5%) pour retomber à un creux de 2 semaines au niveau de 1,10 ₣. L’EUR/USD est lui aussi sur la défensive mais s’accroche pour le moment au seuil de 1,19 $ pour ne pas couler.

Sous pression mardi, la livre sterling a très vite récupéré et affiche ce matin un visage rayonnant qui lui permet de toucher un nouveau pic d’un an à hauteur de 0,8540 £. Les rumeurs d’accord sur les services financiers entre l’Union Européenne et le Royaume-Uni couplées aux divergences d’efficacité entre les deux régions en matière de politique vaccinale font les affaires de la livre sterling.

À noter également le regain de forme de la livre turque qui profite de la faible volatilité financière pour se refaire la cerise après son importante chute en février (-10% face à l’euro). En amont de la réunion monétaire programmée ce jeudi en Turquie, la devise enregistre actuellement un rebond de +3% sur les 7 dernières séances et oscille ce matin à un pic de 2 semaines à hauteur du seuil de 9,90 TRY.

Décision monétaire aux Etats-Unis à 19h00 (USD)

Après la BCE la semaine dernière, c’est au tour de la réserve fédérale américaine de livrer ce soir (19h00) une actualisation de sa politique monétaire ainsi que ses nouvelles projections économiques trimestrielles dont les dernières données remontent à décembre dernier. Selon toute vraisemblance, aucun ajustement monétaire majeur ne devrait être opéré en marge de cette réunion sachant qu’il apparaît bien trop tôt dans le cycle de reprise pour procéder à un changement d’orientation monétaire. Néanmoins, c’est bien ce dernier point qui est actuellement questionné une semaine après le vote au Congrès d’un nouveau plan de soutien massif de 1900 Mds$. Aux yeux de beaucoup d’experts, ce nouveau « coup de pouce » de la Maison Blanche devrait soutenir un redémarrage rapide et significatif de l’économie américaine comme en témoigne la récente réévaluation à la hausse par l’OCDE de la projection de croissance aux Etats-Unis en 2021 de 3,2% à 6,5%, et en 2022 de 3,5% à 4,0%.

Ces anticipations de forte reprise ont déclenché ces dernières semaines un large débat sur un retour de l’inflation aux Etats-Unis, ce qui s’est matérialisé par une forte hausse des rendements obligataires de long terme depuis le mois de février. Remonté ce mois-ci à son plus haut niveau depuis 1 an à plus de 1,60%, le taux souverain 10 ans américain est soudainement revenu au centre de l’attention des acteurs de marché et ses mouvements ont désormais d’importantes répercussions sur les autres actifs dont la bourse ou encore le dollar. Ce n’est pas tant son niveau qui est questionné mais plutôt son ascension, laquelle n’avait pas été vu aussi rapide depuis les élections présidentielles américaines de 2016 et la victoire de Donald Trump sur la base d’un programme centré sur les baisses d’impôt et de larges investissements en infrastructure.

Jusqu’à présent, la Fed et son gouverneur central Jerome Powell se sont montrés pas particulièrement inquiets face à cette remontée des taux longs, du moins pas au point de laisser planer une possible intervention destinée à calmer l’emballement général. C’est l’une des raisons qui explique la bonne dynamique du dollar sur ces dernières semaines. Les investisseurs voyant cette « non-décision » comme une preuve que la banque centrale américaine en a terminé avec son cycle d’assouplissement monétaire et se tourne déjà vers un nouveau cycle de durcissement des conditions monétaires dès lors que les conditions le justifieront. Justement sur ce point, il y a un grand écart entre ce que pense les marchés et la communication officielle de la banque. Pour les premiers, un premier resserrement monétaire pourrait arriver plus tôt que prévu si jamais les anticipations d’inflation se matérialisent, et une première hausse de taux aux Etats-Unis est actuellement anticipée sur les marchés à terme à horizon fin 2022.

Lors de ces dernières sorties, Powell a minimisé les risques d’inflation sous couvert de tensions toujours importantes sur le marché de l’emploi, et fait savoir (à qui veut bien l’entendre) que la Fed a l’intention de poursuivre sa politique de soutien pendant une période prolongée. Les projections monétaires officielles de décembre, aussi communément appelées Dot Plot, indiquaient qu’aucune action sur les taux ne serait envisagée avant fin 2023. Un ajustement ce soir de cette prévision ouvrant la porte à une action prématurée donnerait du grain à moudre aux spéculations actuelles et viendrait appuyer la dynamique haussière du dollar. À l’inverse, si Powell (conférence de presse à 19h30) arrive à éteindre l’incendie actuel et convaincre son auditoire d’une volonté appuyée de la banque centrale américaine de conserver une approche accommodante pendant longtemps, alors le billet vert pourrait faire la moue et retracer une partie de ses récents gains. Le taux EUR/USD est depuis le début de la semaine sur la défensive mais se heurte pour le moment à la barrière de 1,19 $. La paire pourrait être amenée à franchir ce palier et venir tester ses plus bas niveaux de l’année (1,1835 $) en cas de nouvelle poussée du dollar en marge de la Fed.

Dernier jour d’élection aux Pays-Bas & tensions sur les vaccins (EUR)

Après la décision lundi des principales économies européennes de stopper temporairement la distribution du vaccin produit par AstraZeneca, l’Agence européenne des médicaments (EMA) a tenté de calmer les inquiétudes en indiquant qu’elle était convaincue que les bénéfices étaient à ce jour plus importants que les risques et que les pays européens devaient continuer à utiliser ce vaccin. Pourtant, à en croire un récent sondage réalisé par l’institut Elabe pour BFMTV, le mal est fait et la côte d’amour des ménages pour le vaccin de l’entreprise britanno-suédoise est en chute libre. Selon l’enquête, seuls 20% des sondés disent avoir confiance en ce vaccin contre 52% en faveur de celui produit par Pfizer/BioNTech. Après ce nouvel épisode, il sera compliqué de raviver la cote d’amour d’AstraZeneca, laquelle avait déjà été écornée ces dernières semaines par toute une série de retard de livraison et de problèmes logistiques dans la distribution. En attendant le résultat attendu ce jeudi de l’enquête approfondie menée par l’EMA sur ce vaccin, cette dernière a annoncé hier la commande de 10 millions de doses supplémentaires auprès de Pfizer, comme quoi tous les moyens sont bons pour rassurer l’opinion.

À la traîne en matière de vaccination, l’Europe joue gros. C’est non seulement la reprise mais aussi l’unité de la région qui est en jeu à travers la problématique vaccinale. Face aux nombreux écueils rencontrés par Bruxelles dans la gestion des campagnes de vaccination, plusieurs pays européens pourraient être amenés à se tourner de leur propre chef vers d’autres candidats de vaccin, et ainsi outre-passer le rôle du régulateur européen. C’est actuellement le choix fait par la Hongrie et la Slovaquie qui ont tous deux décider de commander des doses auprès de la Russie du vaccin Sputnik V qui n’a pas à ce jour encore reçu l’aval de l’EMA.

Aux Pays-Bas, aujourd’hui est le dernier jour de vote des élections générales. Selon toute vraisemblance, le libéral-conservateur Mark Rutte devrait rester au pouvoir et ainsi rempiler pour un 4ième mandat consécutif, lui qui dirige le pays depuis 2010. Tous les sondages d’opinion le donnent vainqueur avec plus de 20% des suffrages, bien loin devant son principal rival Geert Wilders de la formation d’extrême-droite le Parti pour la liberté dont les intentions de vote sont actuellement entre 10 et 15%. La stabilité est généralement appréciée par les marchés, ainsi l’euro devrait à priori s’éviter des frayeurs supplémentaires en provenance du Bénélux.

La tendance sur le début de semaine est plutôt baissière sur l’euro et il est légitime de penser que les tensions autour des vaccins dans la région pèsent lourdement sur le sentiment des investisseurs. D’autant plus que la région semble faire face actuellement à une troisième vague de contamination qui oblige certaines régions à reconfiner, ou du moins durcir les restrictions. La découverte par ailleurs de nouveaux variants en France dans la région de Bretagne est également une source d’inquiétude supplémentaire qui s’ajoute à la liste d’arguments justifiant une réduction des intérêts pour les actifs européens, et en particulier l’euro. Le taux EUR/CHF a notamment enregistré hier son plus important repli depuis le mois d’août dernier (presque 7 mois) et cédé -0,5% pour retomber à un creux de deux semaines au niveau de 1,10 ₣. Le taux EUR/JPY est descendu de son piédestal et est retombé hier sous le seuil de 130 ¥ malgré la résilience des marchés actions. Parmi les autres principaux mouvements observés au sein du G10, l’euro a particulièrement sous-performé face au dollar canadien (-0,4%) contre lequel il a touché un nouveau point bas depuis un an à 1,48 C$, mais aussi face à la couronne suédoise (-0,4% à 10,11 SEK).

Publications statistiques

L’indice ZEW de sentiment des investisseurs allemands a rebondi plus que prévu au mois de mars (76,6 vs. 71,2 en février / consensus à 74,0) sur fond d’optimisme général autour de la reprise et d’anticipation que 70% de la population allemande sera vaccinées d’ici l’automne. Le moral est sur un niveau très proche du pic atteint en septembre dernier (77,4), lequel était le plus haut niveau jamais atteint depuis l’année 2000. Ce haut niveau d’optimisme maintient l’euro à flot malgré les incertitudes qui s’accumulent en Europe.

Les marchés tablaient sur une contraction des ventes au détail aux Etats-Unis en février en raison du mauvais temps à cette période. Finalement, la chute a été bien plus importante que prévu et est ressortie à -3% contre -0,5% anticipé. On peut y voir un effet de base relatif à une très forte performance enregistrée au mois de janvier (+7,6% M/M en seconde lecture vs. +5,3% initialement estimé). À la surprise générale, la production industrielle s’est également vivement contractée de -2,2% M/M en février, ce qui présuppose un possible impact plus important que prévu des pénuries de composants qui touchent actuellement le secteur automobile. À l’orée de la nouvelle réunion de la Fed programmée ce mercredi, ces données offrent des arguments aux banquiers centraux américains pour justifier une approche prudente en matière d’orientation monétaire, et surtout de ne pas se presser à resserrer trop rapidement les conditions monétaires.

Le chiffre de la nuit c’est la contraction bien plus importante que prévu des exportations japonaises (-4,5% A/A vs. consensus -0,8%) que les économistes expliquent par la période du nouvel an lunaire en Asie et le mauvais temps aux Etats-Unis qui ont tous les deux pesé sur la demande.

L’attention aujourd’hui se portera principalement sur la réunion de la Fed dont les conclusions seront rendues en fin de journée (19h00). En attendant, les marchés auront un œil sur les chiffres d’inflation publiés en fin de matinée en Zone Euro (révision, 11h00) et dans l’après-midi au Canada (13h30), ainsi que sur les statistiques du secteur de la construction aux Etats-Unis (permis de construire & mises en chantier à 13h30).


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