Actualités du marché des devises

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mars 16, 2021 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Coup d’arrêt pour l’Europe en matière de vaccination & retour des tensions entre Bruxelles et Londres

Tendance du jour

Au lendemain d’une nouvelle séance record de la bourse américaine, on assiste à un début de séance plutôt calme au niveau de l’EUR/USD et de l’EUR/JPY qui se maintiennent respectivement au-dessus des niveaux de 1,19 $ et de 130 ¥.

Les tensions s’observent ce matin sur la livre sterling (-0,5% à 0,86 £) après l’annonce hier par l’Union Européenne de l’ouverture de deux procédures de sanction contre Londres qu’elle accuse à nouveau de ne pas respecter ses engagements pris dans l’accord de sortie.

Le dollar australien est également sur la défensive ce matin (-0,3% à 1,54 A$) après la publication ce matin des Minutes de la RBA dans lesquelles on peut y lire le peu de croyance des responsables australiens dans le spectre d’une remontée durable de l’inflation.

Le pétrole enchaîne ce matin une 3ème séance consécutive de repli (-2% en cumulé) et l’indice Brent retombe à 68 $. Cette contraction, bien que modeste au regard des récents gains (près de +30% sur le début d’année), ne laisse pas les devises pétrolières insensibles comme la couronne norvégienne, le dollar canadien ou encore le rouble russe qui affichent tous les trois un repli face à l’euro ce matin.

Alors que l’attention des marchés est concentrée sur les réunions monétaires successives de trois membres du BIG 4 – Fed mercredi, Banque d’Angleterre jeudi et Banque du Japon vendredi – il est possible que l’on assiste à des comportements quelque peu attentistes avant ces échéances. Toutefois, les marchés garderont un œil sur l’évolution des vaccinations en Europe, ainsi que sur les statistiques clés du jour, dont l’indice ZEW en Allemagne (11h00) et les ventes au détail aux Etats-Unis (13h30).

Coup d’arrêt pour la vaccination en Europe (EUR)

Vaccin déjà au cœur de plusieurs polémiques en Europe depuis le début de l’année – retard de livraison et tensions entre l’Union Européenne et Londres – le remède contre le COVID produit par l’entreprise britanno-suédoise AstraZeneca est à nouveau dans l’œil du cyclone. Ce sont plusieurs pays européens qui, à tour de rôle depuis le weekend dernier, viennent d’annoncer l’arrêt momentané de l’usage de ce vaccin après la découverte de cas de caillots de sang (thrombose) chez plusieurs patients ayant reçu une dose. Hier, ce sont l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne qui ont décidé de stopper les vaccinations avec ce produit par mesure de précaution. C’est un coup dur pour l’Union Européenne et ses membres qui accusent déjà un sérieux retard sur ses homologues britanniques et américains en matière de vaccination. Pour le moment, l’objectif fixé par Bruxelles d’atteindre 70% de personnes vaccinées d’ici la fin de l’été n’est pas remis en cause, néanmoins sa réalisation se complique de plus en plus au fil du temps.

Cela pourrait occasionner une réouverture plus tardive de l’économie et endommager davantage certains secteurs des services très dépendants de l’arrivée d’un vaccin comme la restauration, l’hôtellerie ou encore le tourisme. Ce n’est pas tant une question de ralentissement dans la distribution qu’une dégradation de l’image des vaccins qui est préjudiciable ici dans une région comme l’Europe où le scepticisme de la population contre ce remède est très élevé.

Si les perspectives restent on ne peut plus incertaine en Europe, la confiance générale autour d’une reprise qui s’accélèrerait au second semestre reste pour le moment intacte. C’est ce qui permet à l’euro de garder la tête haute face aux devises refuges comme le franc suisse et le yen, et de contenir les pressions baissières face au dollar américain. Lundi, c’est la Banque de France qui a affiché son optimisme à l’égard de l’économie française alors même que l’on reparle de possibles nouvelles restrictions dans l’hexagone, notamment dans la région Ile de France où les capacités hospitalières arrivent à saturation. Malgré ce contexte sanitaire toujours très fragile, l’institution monétaire a relevé ses projections de croissance pour cette année de 5,0% à 5,5%, et affiche désormais un objectif proche de celui du gouvernement français (6%) ou encore de l’OCDE (5,9%). La raison de ce souffle d’optimisme relève d’un espoir dans une vaccination massive qui prendra pleinement sur la seconde moitié de l’année et un taux d’épargne excessivement élevé qui devrait se reverser dans l’économie réelle une fois la pandémie passée.

Remonté à plus de 1,11 ₣ en fin de semaine dernière, le taux EUR/CHF a pris un petit coup dans l’aile lundi consécutivement au flux de mauvaises nouvelles concernant le programme de vaccination en Europe. Malgré cet écueil, la paire de change se maintient toujours à hauteur de ses plus hauts niveaux depuis juillet 2019. Même constat pour la paire EUR/JPY qui est valorisée à plus de 130 ¥ et qui elle se complaît du retour au calme sur les marchés financiers après le vote du plan de relance américain, ainsi que de la confiance intacte des investisseurs à l’égard d’une reprise forte à venir en Europe. La paire EUR/USD a enchaîné hier une seconde séance consécutive de repli, annihilant ainsi les espoirs d’un rebond après la déroute du début du mois qui l’a vu chuter de près de 3% en l’espace de 7 séances. Le taux se maintient pour le moment au-dessus de 1,19 $ mais reste sur la défensive à moins de 48 heures de la réunion de la réserve fédérale américaine (mercredi à 19h00) et en amont de la publication en fin de matinée de l’indice de sentiment ZEW des investisseurs allemands (11h00).

Retour du spectre des hausses d’impôts aux Etats-Unis

Après avoir réussi à faire voter son plan de relance de 1900 Mds$ au Congrès la semaine dernière, Joe Biden compte poursuivre ses efforts et réformes pour accompagner la reprise de l’économie américaine. La priorité était d’abord de subvenir aux besoins des ménages les plus impactés par cette crise, ainsi que d’offrir aux Etats et aux municipalités les fonds nécessaires pour financer les campagnes de vaccination à l’échelle locale. Cette bataille remportée, il est désormais l’heure pour le président américain de se concentrer sur de larges programmes d’investissement productif pour offrir à l’économie américaine les outils nécessaires à produire une croissance durable, mais aussi moins polluante et plus responsable. Or pour financer de tels projets, la Maison Blanche ne peut s’en tenir à l’unique émission de dettes sous peine d’aggraver les déficits et de fragiliser la situation financière du pays. Aussi, comme il l’avait été un temps évoqué durant la campagne électorale, la Maison Blanche songerait à augmenter les impôts, sous diverses formes, pour avoir les moyens de ses ambitions. Si rien n’est encore officiel, la volonté de Biden serait de détricoter la série de cadeaux fiscaux offerts par la précédente présidence en 2017.

Ainsi, les premières rumeurs évoquent une hausse de l’impôt sur les entreprises de 21% à 28%, du taux d’imposition des personnes dont le revenu annuel dépasse 400 000 $ et de la réintroduction d’une taxe sur les gains financiers sur des montants supérieurs à 1 million de dollar. Augmenter les impôts aux Etats-Unis, peu de présidents américains s’y sont risqués. Le dernier en date est le démocrate Bill Clinton en 1993, d’où le mini séisme que provoquerait une telle opération sur les marchés financiers. On pense notamment aux marchés actions américains qui ont pleinement bénéficié des allègements fiscaux réalisés sous la présidence de Donald Trump comme en témoigne le rebond de plus de 60% de l’indice principal S&P 500 entre l’annonce de l’élection du président républicain en novembre 2016 et janvier 2020 avant le début du crash boursier provoqué par la pandémie.

On en est qu’au stade embryonnaire du projet et une lourde bataille se prépare au Sénat où le camp de l’opposition a été échaudé par la manière dont l’exécutif à passer en force son plan de soutien sans vouloir négocier. On ne peut pas dire que Wall Street a réellement été décontenancé par ces annonces puisque l’indice S&P 500 a atteint un nouveau record historique hier à presque 4000 pts. Plus vulnérable ces dernières semaines, l’indice de valeur technologique Nasdaq a enchaîné lundi une 3ième séance consécutive de hausse qui lui a permis de clôturer à un pic de presque 2 semaines. Le dollar s’est étonnement bien comporté dans un environnement haussier de la bourse et gagné du terrain lundi face à ses principaux pairs dont l’euro, la livre sterling et le yen. Faut-il y voir un effet monétaire à l’approche de la Fed ? La hausse en fin de semaine dernière du taux souverain à 10 ans à nouveau pic de plus d’un an à presque 1,65% a très certainement occasionné des prises de position à l’achat qui se sont répercutées sur le dollar. La publication lundi par le CFTC d’une troisième consécutive de réduction des positions nettes vendeuses de dollar sur les marchés à terme américains a également dû jouer en faveur du billet vert. Celles-ci sont désormais à leur plus bas niveau depuis 13 semaines, ce qui témoigne de l’attractivité grandissante du dollar auprès des investisseurs et de l’argument monétaire qui ne les laisse pas insensibles. Il sera intéressant d’étudier la communication employée par la banque centrale américaine ce mercredi et voir comment elle se positionne dans le débat actuel autour d’un risque de hausse de l’inflation et les nombreuses spéculations autour d’un éventuel resserrement prématuré des conditions monétaires. Esquiver le sujet d’une éventuelle surchauffe de l’économie reviendrait à consentir avec l’idée que la prochaine action de la banque centrale sera très certainement un durcissement des conditions monétaires. Un tel positionnement viendrait adouber l’argument d’un retour de divergences monétaires sur lesquels le dollar pourrait surfer pour se refaire la cerise face aux devises contre lesquels il s’est le plus vivement déprécié ces derniers mois comme l’euro, la livre sterling ou le dollar australien.

Nouvelles tensions post-Brexit à craindre pour la livre sterling ?

Cela faisait trop longtemps que l’on n’avait pas eu le droit à un épisode de tensions politiques entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne. C’est chose faite depuis hier et l’annonce faite par Bruxelles de l’ouverture de deux procédures de sanctions à l’encontre de son partenaire britannique qu’elle accuse de vouloir à nouveau violer les engagements pris dans le cadre de l’accord de sortie signé l’année dernière. La pomme de la discorde porte cette fois sur la décision unilatérale du gouvernement britannique de prolonger jusqu’en octobre la « période de grâce » censée se terminer à la fin du mois durant laquelle les européens consentaient à ne pas réintroduire tout de suite de contrôles douaniers sur une série de produits arrivant en Irlande du Nord via la Grande Bretagne. Souhaitant ménager la chèvre et le chou, et surtout contenir le mécontentement des unionistes nord-irlandais du parti DUP qui considère ces contrôles comme l’introduction d’une frontière au sein même du Royaume-Uni, le gouvernement britannique réclame davantage de temps pour que les autorités et les entreprises s’adaptent à ce nouveau protocole. Le choix de Londres d’agir unilatéralement a été la goutte qui a fait déborder le vase et été considérée par les autorités européennes comme une nouvelle preuve de la mauvaise volonté démontrée par le camp britannique dans le respect de ses engagements. La mise en demeure envoyée par Bruxelles hier a davantage valeur de symbole qu’autre chose car une telle procédure pourrait mettre plus d’un an avant d’aboutir à d’éventuelles sanctions économiques et commerciales, selon plusieurs experts juridiques entendus hier sur le sujet. Cela laisse largement le temps aux décisionnaires de chaque camp de se retrouver à une table pour négocier comme ils en ont eu l’habitude pendant quatre ans. Ce nouvel épisode démontre néanmoins, si l’on en doutait encore, que la relation post-Brexit entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne est loin d’être un long fleuve tranquille. Surtout cela offre un argument de plus aux européens de ne pas faire de cadeau dans les dossiers en cours comme celui des négociations d’un cadre juridique sur les services financiers. Bruxelles n’a aucune raison de consentir au principe de reconnaissance mutuelle en matière de réglementation, ce qui risque de vivement réduire l’influence de la city londonienne sur les marchés financiers européens.

Après une séance muette hier, la livre sterling semble subir le contrecoup du retour de tensions politiques post-Brexit et le taux EUR/GBP remonte ce matin au-dessus du seuil de 0,86 £. La proximité avec la réunion de la Banque d’Angleterre ce jeudi. Selon toute vraisemblance, les responsables britanniques devraient marquer leur différence avec leurs homologues européens et ne pas se montrer inquiets outre-mesure à l’égard de la hausse récente des rendements obligataires de long terme. Une telle approche impliquerait que la banque centrale britannique n’a aucunement l’intention d’augmenter ses rachats d’actif dans un futur proche, et encore moins de réduire ses taux en territoire négatif. Dans ce contexte, la trajectoire de la livre sterling face à l’euro apparaît toujours davantage haussière que baissière. Même si on garde un œil sur l’aspect géopolitique et l’évolution des contours de la relation post-Brexit.

Publications statistiques

On suivra ce mardi la publication en fin de matinée de l’indice ZEW allemand (11h00), et dans l’après-midi les chiffres de ventes au détail (13h30) et de production industrielle (14h15) aux Etats-Unis.

Ce matin, la publication des Minutes de la réunion de la Réserve Bancaire Australienne de mars a indiqué que les banquiers centraux australiens ne voient pas la hausse des prix des matières premières se transformer en une hausse durable de l’inflation. En ce sens, elle éteint les spéculations misant sur un éventuel durcissement prématuré des conditions monétaires en Australie. Le dollar australien est en léger recul ce matin face à l’euro (1,54 A$).

Hier, les regards étaient principalement tournés sur les statistiques chinoises et le fort rebond observé en matière de production industrielle (35,1% A/A) et de ventes au détail (33,8% A/A) sur les deux premiers mois de l’année. Il s’agit bien sûr d’un effet de rattrapage qui néanmoins tend à donner du grain à moudre à la thèse d’une forte vigueur du redémarrage de l’économie chinoise qui devrait s’intensifier cette année. Le yuan reste orienté à la hausse face à l’euro mais se casse toujours les dents sur la barrière de 7,75 ¥.


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