Actualités du marché des devises

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mars 09, 2021 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Des tensions palpables sur les marchés émergents :  devises d’Europe de l’Est & livre turque sous pression

  • La hausse du dollar pénalise les devises émergentes (USD) : le dollar a surfé ces dernières semaines sur la remontée des taux longs pour remonter hier à un pic de 3 mois. Le regain de forme du billet vert se répercute sur l'euro (1,19 $) mais aussi sur la performance de nombreuses devises émergentes comme le ZAR (18,3 ZAR) ou encore la TRY (9,1 TRY).
  • La livre sterling continue de séduire les acheteurs (GBP) : les positions acheteuses de livre sont à un plus haut de 3 ans, encouragées par l'effet "vaccination". Le taux EUR/GBP reprend sa glissade et est repassé depuis lundi sous le seuil de 0,86 £
  • Une 3ème vague de contamination plombe les devises d’Europe de l’Est (CZK - HUF - PLN) : la forte recrudescence de la pandémie ces dernières semaines au sein des pays de l'ex-bloc soviétique met sous pression les devises de ces régions. Le forint hongrois (367 HUF) est à nouveau proche de ses plus bas historiques, tandis que le zloty polonais (4,60 PLN) a récemment glissé tout près de ses plus bas niveaux observés l'année dernière.

Tendances du jour : 

Ces dernières séances de bourse auront été marquées par une forte rotation sectorielle et géographique entre les principaux indices mondiaux, dans un contexte de hausse des taux longs. Premièrement, on observe une rotation entre les valeurs technologiques du NASDAQ, et les valeurs plus industrielles et cycliques du Dow Jones. Lorsque ce dernier clôturait hier en hausse de 1% après avoir momentanément dépassé son sommet historique (nouveau record à 32147 points), le NASDAQ cédait quant à lui -2,5%. Les GAFAM, poids lourds de l’indice NASDAQ, sont en fort retrait depuis quelques semaines. Le titre Apple, première capitalisation boursière des Etats-Unis, est en chute de presque 20% depuis son sommet historique.

La rotation géographique s’observe quant à elle entre les indices américains et les indices européens. Ces derniers performent plutôt bien dans cet environnement de hausse des rendements souverains qui profitent aux acteurs du secteur bancaire dont la pondération dans les indices européens est plus importante qu’aux Etats-Unis. Ainsi, les indices allemand et français ont vivement rebondi lundi, le premier atteignant un nouveau pic historique tandis que le second a clôturé à un nouveau pic d’un an. Cette surperformance momentanée des indices européens offre l’opportunité aux taux EUR/JPY (129 ¥) et EUR/CHF (1,11 ₣) de se maintenir à proximité de leur plus haut de l’année, cela n’a néanmoins pas empêché une nouvelle chute importante hier de l’EUR/USD à un creux de 3 mois. Cette dernière s’appuie ce matin sur le fort repli des taux longs américains (-5pbs pour le taux 10 ans à 1,55%) pour tenter de remonter à 1,19 $.

La bourse chinoise continue de broyer du noir et enregistre ce matin un nouveau fort repli de presque -2%. L’indice de Shanghai accumule désormais -9% de pertes en un peu plus de 2 semaines et a clôturé la séance de mardi à son plus bas de l’année. Cela n’a pas de réelles répercussions sur le yuan qui se maintient toujours à hauteur de ses plus hauts de l’année face à l’euro au niveau de 7,75 ¥.

Les devises cycliques sont globalement haussières en ce début de journée. On relèvera ce matin le creux d’un an touché par la paire EUR/NOK à moins de 10,10 NOK consécutivement à la publication ce matin de chiffres de croissance moins mauvais que prévu en Norvège au mois de janvier (-0,2% M/% vs. consensus -0,5%). Observé la veille à un creux d’un an à presque 1,50 C$, le taux EUR/CAD relève légèrement la tête ce matin alors que les prix du pétrole marquent une pause après un rebond de 10% sur la semaine dernière.

La pression est globalement baissière sur les devises émergentes ce matin. On notera toutefois la hausse de la roupie indienne de +0,15% et son nouveau record de plus de 4 mois face à l’euro à 86,80 INR. Depuis le début de l’année, la roupie est en hausse de plus de 3%, soit une des meilleures performances parmi les devises émergentes. Récemment, la hausse des taux longs aux Etats-Unis et le réveil du dollar ont poussé certaines banques d’investissement à revoir à la baisse leurs prévision pour les devises émergentes. La banque d’affaire Morgan Stanley anticipe notamment une baisse de 4 à 5% de ces devises.

La hausse du dollar pénalise les devises émergentes

Le dollar ne s’est plus aussi bien porté depuis le mois de novembre dernier. Les rendements souverains américains à long terme se maintiennent sur des sommets de plus d’un an et redonnent ainsi de l’attractivité à un billet vert qui avait vivement été délaissé au seconde semestre 2020 et qu’une majorité d’acteurs de marché voyaient continuer de reculer en 2021 (une des recommandations les plus partagées fin 2020 par les banques d’investissements et gérants de portefeuille). Sous couvert d’un retour dans la lumière du thème des divergences monétaires et d’un élargissement des écarts de taux de long terme entre les Etats-Unis et la Zone Euro, la paire EUR/USD a subi de nouvelles pertes importantes lundi (-0,5%) et enchaîné une 4ième séance consécutive de repli pour une perte cumulée de -2% sur la période. Clôturant lundi à 1,1840 $, le taux a amorcé cette nouvelle semaine placée sous le signe de la BCE à un plus bas depuis fin novembre dernier. Le rebond des marchés actions américains hier et le recul important ce matin des taux souverains 10 ans américains (-5pbs à 1,55%) apaisent les mœurs et offrent l’opportunité à l’EUR/USD de panser ses plaies. Celui-ci tente ce matin de rejoindre le seuil de 1,19 $ et s’appuie sur la bonne impression laissée par la publication inattendue ce matin d’un rebond des exportations allemandes en janvier (+1,4% M/M vs. consensus -1,2%).

La hausse des rendements souverains américains et le regain de forme du dollar n’impactent pas uniquement l’euro mais a également aussi des répercussions sur les actifs émergents. Après avoir grandement bénéficié sur le début d’année de mouvements dits de « carry yield » rendus possibles par une faible volatilité financière, plusieurs devises se retrouvent à nouveau sous pression depuis quelques semaines face à la revalorisation du dollar. C’est notamment le cas de la livre turque et du rand sud-africain qui effacent tous les deux depuis la fin février une grande partie des gains accumulés sur le début d’année. Le taux EUR/TRY a rebondi de +2,5% lundi, ce qui porte ses gains à presque +10% en moins de 3 semaines, et a clôturé à un pic annuel à plus de 9,20 TRY. Le taux EUR/ZAR a enregistré un gain plus modeste hier (+0,4%) mais maintient néanmoins une dynamique haussière qui l’a vu bondir de près de +5% en 3 semaines jusqu’à atteindre hier un pic de 5 semaines à presque 18,50 ZAR. Ces deux devises enregistrent ce matin un rebond correctif et profite de la baisse des tensions la veille à Wall Street et du repli des taux longs américains ce matin. On aura un œil très attentif sur le rand ce matin et notamment ses réactions en marge de la publication des chiffres de croissance au 4ième trimestre en Afrique du Sud (11h00).

La livre sterling imperturbable séduit les acheteurs

Imperturbable, la livre sterling a toujours la côte sur les marchés et poursuit sa tendance haussière face à l’euro. Si officiellement le taux EUR/GBP n’a pas touché hier son plus bas niveau de l’année recensé le 24 février dernier en séance à 0,8540 £, la paire de change a tout de même clôturé à son plus bas niveau depuis un an à hauteur du seuil de 0,8570 £ en marge de la publication lundi des nouvelles statistiques hebdomadaires de l’organisme CFTC indiquant que les positions acheteuses de livre sterling sur les marchés à terme américains ont bondi la semaine dernière à un pic de presque 3 ans.

La livre sterling bénéficie toujours d’un effet « vaccination » et de l’avance que semble avoir pris le Royaume-Uni sur ses voisins européens dans le cycle de reprise. En effet, les britanniques ont amorcé hier la première étape de la stratégie de déconfinement qui, sauf nouvelle dégradation sanitaire, devrait mener à une réouverture totale du pays au 21 juin prochain. Après les écoles hier, on attend désormais la réouverture des bars et restaurants prévue le 12 avril prochain. En avance en matière de déconfinement, les britanniques le sont également en matière de vaccination puisque les autorités ont distribué l’équivalent de 34% de sa population en nombre de doses contre seulement 9% au sein de l’Union Européenne (et un peu moins de 9% en Allemagne et en France à ce jour, Source OurWorldInData).

Malgré les apparences, tout n’est pas tout rose au Royaume-Uni et l’ascension de la livre sterling pourrait rencontrer quelques obstacles l’empêchant de revenir rapidement sur ses niveaux d’avant crise situés autour de 0,83 £. Le coût du Brexit est pour l’heure minimisé par les marchés et relégué au second plan en l’absence pour l’heure de données tangibles pour l’évoluer mais aussi parce que l’attention est pour le moment focalisée sur des problématiques plus court-termistes comme la pandémie, les vaccins et bien entendu l’inflation. À ce sujet, la banque centrale britannique, par la voix hier de son gouverneur central Andrew Bailey, a minimisé le risque de retour de l’inflation au Royaume-Uni au regard des tensions actuelles sur l’emploi, lesquelles vivement les responsables monétaires. Aussi, il y a peu de chance que la Banque d’Angleterre envisage tout projet de normalisation à court et moyen terme, et au contraire celle-ci pourrait intervenir sur les marchés pour calmer une éventuelle hausse continue des rendements souverains. On aura un peu plus de détails sur la position et la stratégie de la banque centrale lors de sa nouvelle réunion monétaire programmé jeudi prochain (18 mars).

Le taux EUR/GBP reste ce matin sur la défensive (0,8560 £) mais limite les pertes. Le contexte de rebond hier des marchés actions américains et de réduction de la volatilité se révèle également favorable à la livre sterling. Il faudra voir si cela sera suffisant pour emmener la paire de change sous son plancher annuel de 0,8540 £ et lui faire tester le seuil de 0,85 £.

HUF – CZK : La 3ème vague plombe les devises d’Europe de l’est

Alors que l’on voit ces dernières semaines la situation sanitaire se dégrader à nouveau en Europe, la région de l’Est est particulièrement touchée par ce regain de vigueur de la pandémie relatif à la propagation de variants. En Pologne et en Hongrie, la moyenne mobile 7 jours du nombre de nouvelles contaminations journalières de COVID est actuellement à son plus haut niveau depuis 3 mois, tandis qu’en République Tchèque et en Roumanie on est actuellement sur des plus hauts depuis 2 mois. En Hongrie, pays où le taux de mortalité lié au COVID est parmi les plus élevés au monde (8ième ratio mondial lorsque rapporté au nombre de décès pour 1Mln d’habitants, Source Université John Hopkins), le gouvernement a introduit lundi de nouvelles restrictions sanitaires incluant la fermeture des commerces non-essentiels pendant deux semaines et la fermeture des écoles jusqu’au 7 avril. En Pologne, on estime que le pic n’est pas encore passé et qu’il devrait être atteint entre mars et avril.

Si cette recrudescence de la pandémie met sous pression les hôpitaux, les pays de l’ex-bloc soviétique tentent d’enrayer la dynamique via une campagne de vaccination massive. La Hongrie figure par exemple parmi les pays de l’Union Européenne ayant distribué le plus de doses en proportion de sa population (13% contre 9% au sein de l’Union Européenne, Source OurWorldInData), tout comme la Pologne d’ailleurs (10,4%). Cet écart s’explique en grande partie par le choix des autorités hongroises de recourir à d’autres types de vaccin que ceux actuellement approuvés par l’Agence européenne des médicaments (EMA), comme par exemple le vaccin russe Sputnik V ou encore le vaccin développé par le laboratoire chinois Sinopharm. Si la Pologne n’a pas encore franchi le cap, les autorités ont récemment amorcé des discussions avec Pékin pour obtenir de nouveaux vaccins et ainsi endiguer cette 3ième vague. La Slovaquie vient quant à elle de commander 2 millions de vaccin à la Russie et devient le second pays de l’UE à se tourner vers Moscou pour combattre la pandémie. Cette stratégie des pays de l’Est met en lumière les difficultés d’approvisionnement en vaccin au sein de l’UE et marque également une nouvelle fracture marquant le manque de cohésion politique dans la région sur un sujet aussi sensible que la vaccination.

L’aspect sanitaire, tout comme la dégradation du sentiment de marché en marge de la vive remontée des rendements souverains au sein des principales économies développées ont vivement impacté les devises d’Europe de l’Est sur ces dernières semaines. Ainsi, le zloty polonais a cédé plus de -2,5% sur les deux dernières semaines face à l’euro et s’échange désormais à un plus bas depuis 4 mois à presque 4,60 PLN. Le taux EUR/PLN est valorisé actuellement environ 1% en-dessous de son pic de 2020 atteint en octobre à 4,6450 PLN, lequel est également le plus haut niveau observé sur la paire de change depuis mars 2009. Le forint hongrois accuse également une perte de plus de 2,5% face à l’euro sur les deux dernières semaines et même de presque 4% depuis son dernier pic touché début février. Le taux EUR/HUF évolue actuellement à un pic de 4 mois à 367 HUF et est actuellement à moins de 1% de son pic historique atteint en avril dernier à 369,5 HUF. La couronne tchèque accuse quant à elle un repli de près de -3% face à l’euro sur les 3 dernières semaines et est actuellement valorisée à son plus bas niveau depuis 3 mois à 26,35 CZK. Ce rebond du taux EUR/CZK relève à la fois d’un mouvement correctif relatif au fait que la couronne était quasiment revenue début février sur ses niveaux d’avant crise à moins de 25,7 CZK.


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