Actualités du marché des devises

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mars 05, 2021 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Jerome Powell (FED) échoue à calmer les marchés et  ravive l'intérêt pour le dollar

Tendance du jour

La nouvelle lourde chute des indices américains hier s’est répercutée ce vendredi matin sur les autres places boursières mondiales. Après une séance nocturne mouvementée en Asie, les indices européens chutent de près de 1% ce matin. Ces derniers résistent toutefois beaucoup mieux que les indices américains à la nervosité ambiante générée par la remontée des taux longs et les craintes autour de l’inflation. Imperturbable, le pétrole enchaine sa 3ème séance de hausse consécutive et atteint de nouveaux sommets annuels à 67,60$ (contrat brent). En 3 jours seulement, le prix du baril progresse de plus de 8%.

Sur le marché des changes, l’EUR/USD chute ce matin à un nouveau point bas cette année sous le seuil de 1,1950 $ et semble mal vivre ce retour de la volatilité, mais aussi l’accroissement des spreads de taux longs entre les Etats-Unis et l’Europe résultant de stratégie monétaire à priori différente entre la Fed et la BCE. Si la première, par la voix du gouverneur central Jerome Powell, n’a pour le moment pas exprimé de velléités d’intervenir pour calmer la hausse récente des rendements souverains, le second cité ouvre la porte à une hausse de ses rachats d’actif pour calmer l’agitation actuelle sur les taux.

La nervosité des marchés actions se répercute également d’autres devises et notamment sur les devises cycliques. La paire EUR/NZD est notamment en hausse de 0,35% ce matin et pourrait bien continuer à accélérer si le niveau des 1,67 NZD est dépassé. La paire EUR/SEK (+0,10%) flirte également avec des sommets de plusieurs mois près de 10,2 SEK.

Les devises émergentes se portent toutefois plutôt bien ce matin. On relèvera la hausse de 0,75% du yuan face à l’euro que l’on voit rejoindre ce matin un pic depuis mai 2020 à 7,72 ¥. La roupie indienne se porte également on ne peut mieux avec une hausse de +0,75% ce matin, soit +2% sur la semaine. La correction des marchés américains a pour le moment peu de répercussions sur les devises émergentes que l’on sait pourtant très vulnérables en cas de hausse de la volatilité. Tant qu’il n’y a pas de panique, ces devises pourraient en effet bénéficier d’une rotation d’intérêt des marchés américains vers des marchés offrant des rendements plus rémunérateurs que l’on retrouver notamment en Asie.

L’inflation fait passer le plan de relance américain au 2nd plan

Les commentaires de Jerome Powell, président de la Réserve fédérale, sur l’inflation hier soir ont à nouveau provoquer d’importantes secousses sur les marchés financiers américains. Ne dérogeant pas de sa ligne de communication déjà observée les semaines précédentes, le banquier central américain a de nouveau réaffirmé l’existence d’un décalage entre les attentes des marchés et la réalité économique actuelle, notamment au sujet de l’inflation qui demeure aujourd’hui à un niveau encore très éloigné de l’objectif de long terme de 2% fixé par la banque centrale américaine. Il n’y avait rien de nouveau dans les propos du responsable américain, et c’est bien cela qui a gêné les investisseurs et provoqué de nouvelles turbulences sur les marchés actions et obligataires. En décidant de ne faire aucune référence à l’agitation récente observée sur les rendements souverains américains de long terme que l’on n’avait pas vu remonter aussi rapidement et significativement depuis 2016, Powell a laissé planer l’idée que la Fed n’avait aucunement l’intention d’intervenir pour calmer l’agitation ambiante. L’inaction présumée de la Fed pour enrayer la hausse des rendements souverains a eu pour effet de renforcer la dynamique haussière du moment et les bons du Trésor à 10 ans sont remontés hier à plus de 1,50%, non loin de leur plus haut de l’année et depuis un an. L’indice boursier de valeurs technologiques a enchaîné une 3ième séance consécutive de baisse pour une perte cumulée de -6% depuis mardi, et de presque -10% depuis environ 3 semaines. Alors que l’indice de volatilité VIX remonte à un pic d’un mois, le dollar retrouve les faveurs des marchés et rebondit vivement depuis hier face à l’euro. Le taux EUR/USD enregistre actuellement un repli en cours de -2% sur les 6 dernières séances et chute ce matin à un creux de 3 mois sous le seuil de 1,1950 $.

Ironie du sort, le regain de forme du dollar intervient en amont de l’ouverture des premiers débats au Sénat sur le plan de relance de 1900 Mds$ et de la publication ce vendredi de nouveaux chiffres de l’emploi aux Etats-Unis (14h30) qui ne devraient pas soulever les foules. Les démocrates ont présenté hier une nouvelle version du programme d’aide, lequel n’inclut plus désormais la proposition de doublement du salaire horaire minimum, et obtenu hier grâce à la voix de la vice-présidente Kamala Harris l’organisation ce weekend d’un vote du texte. On est certain que les républicains s’opposeront en bloc contre ce nouveau plan d’aide jugé trop dispendieux aussi il sera impératif pour le camp de la majorité de subir aucune défection lors du vote final pour espérer que les nouveaux financements puissent entrer en vigueur avant l’échéance du 14 mars, date de fin de plusieurs programmes d’aide à l’emploi.

JPY et CHF au tapis face à l’euro

L’étau se desserre progressivement autour de la première économie européenne. Dès lundi prochain, les commerces et les lieux publics rouvriront dans les régions allemandes qui présentent un taux d’incidence inférieur à 100 cas positifs pour 100k habitants. Toutefois, si ce niveau est dépassé, les restrictions seront automatiquement restaurées. La plupart des restrictions resteront cependant en vigueur jusqu’au 28 mars dans les régions les plus touchées. En parallèle de ces annonces, l’Allemagne mise sur les campagnes de test et de vaccination massive. Afin d’accélérer la vaccination, le gouvernement s’apprête notamment à autoriser l’administration du vaccin AstraZeneca aux personnes de plus de 65 ans.

En plus de l’examen en cours du vaccin Johnson & Johnson dont un verdict final sera rendu le 11 mars, l’Agence Européenne du Médicament a déclaré hier qu’elle allait se pencher sur le controversé vaccin russe Sputnik V. La Commission européenne est sous pression afin d’accélérer la campagne de vaccination alors que l’Union européenne est à la traine, loin derrière les Etats-Unis et le Royaume Uni.

Dans ce contexte d’éclaircie sanitaire, le yen et le franc suisse continuent de se déprécier vivement face à l’euro et oscillent sur des niveaux que l’on avait plus vu depuis 2-3 ans. Les deux devises refuges étaient sur le reculoir hier face à l’euro mais ont fini par retracer une grande partie de leurs pertes de la journée en marge du nouvel épisode de volatilité provoqué par les déclarations du président de la FED Jerome Powell. En l’espace de trois semaines, l’EUR/CHF a progressé de 3% et a été observé hier en séance à un pic depuis juillet 2019 à hauteur de 1,1150 ₣. La tendance haussière de l’EUR/JPY semble décélérer depuis quelques jours à l’approche du seuil de 130 ¥, lequel n’a plus été franchi depuis le mois d’octobre 2018. La recrudescence de la volatilité des marchés financiers ne semble pas pour le moment impacter ces devises mais cela pourrait néanmoins changer au regard de leur faible valorisation actuelle.

CNY : La grand-messe du Parti Communiste Chinois sous surveillance

Le Parti Communiste Chinois a dévoilé cette nuit son nouveau plan quinquennal lors du « Congrès du Parti du Peuple ». Lors de cet exercice de communication, le PCC a confirmé son virage vers un modèle de croissance plus durable, moins dépendant de l’extérieur et focalisé sur le développement du marché intérieur.

Alors que la croissance chinoise devrait progresser d’au moins 8% cette année (projection FMI) et figurer parmi les meilleures performances mondiales attendues sur 2021, le gouvernement s’est donné comme objectif cette année d’atteindre une croissance plus modeste de 6%. Si la reprise économique semble désormais assurée, la stabilité du système financier chinois est une nouvelle source de préoccupation pour la deuxième économie mondiale. Le principal objectif de la politique économique chinoise sera de stabiliser le niveau de dette suffisamment habilement pour ne pas impacter les marchés financiers et l’économie « réelle ». Cette semaine, le régulateur chinois a notamment averti des répercussions des politiques monétaires ultra-accommodantes sur la volatilité des marchés financiers chinois. Les marchés y ont vu là un nouveau signe d’une probable réticence des responsables chinois à assouplir davantage les conditions monétaires dans le futur et au contraire amorcer un durcissement graduel du crédit.

Le dossier hongkongais est également à l’agenda du jour. Alors que la Chine ne semble pas près de relâcher sa mainmise sur l’île, quitte à s’attirer les foudres de ses partenaires occidentaux, la promulgation l’année dernière de la « Loi de sécurité nationale » continue de faire couler beaucoup d’encre. Cette nuit, un dignitaire a annoncé de nouvelles mesures afin de renforcer l’emprise de la Chine sur le processus électoral de l’île.

Dans un contexte d’incertitude économique et sanitaire les annonces du PCC sont attentivement suivies par les marchés. Alors que les bourses chinoises sont en repli de près de 5% depuis 2 semaines (Indice de la bourse de Shangaï), le yuan s’en sort plutôt bien face à l’euro et évolue sur ce début mars à proximité de ses plus hauts de l’année non loin du seuil de 7,73¥. La paire EUR/CNY est en baisse de plus de 3% depuis le 1er janvier et maintient une trajectoire baissière depuis le mois d’août 2020. Les perspectives de croissance et de normalisation progressive de la politique monétaire chinoise pourraient continuer à jouer en faveur de la devise chinoise, surtout face à un euro fragilisé depuis quelques jours par la hausse de la nervosité sur les marchés financiers et les incertitudes économiques provoquées par les retards en matière de vaccination. Ce matin, le yuan est en hausse de +0,50% face à l’euro.

Le pétrole en hausse de 5% après la réunion de l’OPEP+

L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et ses alliés, dont la Russie fait partie, ont décidé conjointement de prolonger la plupart des mesures de quota de production au mois d’avril. Malgré la nette baisse des contaminations à l’échelle mondiale au cours des dernières semaines, le cartel de producteur pétrolier a décidé de jouer la carte de la prudence au regard de la hausse en parallèle de propagation de variants dont certaines formes apparaissent plus résilientes aux vaccins. Les membres se donnent désormais rendez-vous le mois prochain pour éventuellement réajuster les positions si le contexte le permet. De toute évidence, la normalisation de la production se fera de manière de manière graduelle pour éviter de créer un choc d’offre et un effondrement des prix.

En décidant de ne rien faire, l’OPEP et ses alliés a déclenché d’importantes réactions positives sur les marchés qui se sont matérialisées par un rebond d’un peu moins de 5% des prix du brut en Europe, lesquels reviennent tutoyer leur plus haut niveau de l’année à 67 $. Les devises des pays exportateurs de pétrole ont très largement surfé sur cette hausse significative des prix de l’énergie comme le rouble russe, le peso colombier ou encore le dollar canadien. Ce dernier a d’ailleurs profité de l’occasion pour bondir à un pic de 8 mois face à l’euro à moins de 1,52 C$.

Publications statistiques

En Zone Euro, les ventes au détail ont lourdement chuté en janvier dernier et subi une contraction de presque -6% sur la période, soit une performance bien en-dessous des attentes du consensus qui misait sur une contraction de -1,1%. Le retour de nouvelles mesures de restriction dans la région sur le début d’année explique facilement ce résultat. Bonne nouvelle par contre sur le front de l’emploi puisque le taux de chômage au mois de janvier recule à 8,1% contre 8,3% le mois précédent. Ce matin en Allemagne, les commandes de biens industriels accélèrent de 1,4% M/M au mois de janvier après une contraction de -1,9% M/M en décembre.

Les inscriptions aux allocations chômage aux Etats-Unis se sont élevées à 745k la semaine dernière, alors que les analystes tablaient sur le chiffre de 750k. La publication du rapport sur l’emploi NFP à 14h30 donnera de plus amples indices sur la santé du marché du travail américain. Plus réjouissant, les commandes d’usines ont progressé pour le 9ème mois consécutif. Elles accélèrent même en janvier par rapport aux mois précédent grâce à une hausse de +2,6% M/M.

Aujourd’hui, les marchés seront également attentifs à la publication de la balance commerciale américaine et canadienne (14h30).


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