Actualités du marché des devises

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mars 04, 2021 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Une nervosité ambiante qui maintient l EUR/USD à la baisse

Tendance du jour

Les bourses mondiales sont décidemment déprimées depuis la semaine dernière. Les indices actions américains ont une nouvelle fois chuté hier, notamment l’indice technologique NASDAQ en repli de -2,9%, ce qui port ses pertes totales à -8% sur les 12 dernières séances. La raison de cette nervosité reste inchangée, à savoir des inquiétudes sur la remontée des taux souverains et des questionnements sur la forte valorisation de certains titres. Cette nuit, les indices asiatiques ont enregistré d’importantes pertes, et en première ligne les bourses chinoises qui poursuivent leur phase corrective en amont de l’organisation ce jeudi et vendredi des conférences annuelles du Parlement chinois. Dans ce contexte déprimé, les indices européens chutent logiquement à l’ouverture des marchés ce matin, néanmoins les variations restent pour l’heure très modestes. L’indice parisien CAC 40 ouvre en baisse après avoir clôturé la veille à un pic d’un an.

Après avoir frôlé de nouveaux sommets de plus d’un an hier, les rendements obligataires américains à long terme marquent légèrement le pas ce matin. L’intervention de Jerome Powell, président de la Réserve Fédérale américaine, aujourd’hui à 18h05 sera attendue alors que les marchés continuent de spéculer sur une flambée des prix qui pourrait obliger la banque américaine à réduire plus tôt que prévu sa politique de soutien. Alors que plusieurs banques centrales, dont la BCE, a évoqué la possibilité d’intervenir et accroître ses rachats d’actifs pour calmer les tensions sur les marchés obligataires (cf. président de la Bundesbank Jens Weidmann mercredi), il sera intéressant de voir si la Fed envisage la même chose.

Sur le marché des changes, La tendance de l’euro face aux devises refuges est encore incertaine pour la journée. Les paires EUR/JPY (129 ¥) et EUR/CHF (1,11 ₣) sont à l’équilibre, pendant que l’EUR/USD recule très légèrement de -0,10%. Si l’EUR/JPY et l’EUR/CHF restent sur une pente ascendante et proche de leur pic de l’année, l’EUR/USD au contraire reste sous pression baissière juste au-dessus de 1,20 $.

Malgré un retour de la nervosité sur les marchés actions et un indice de volatilité VIX qui reste orienté à la hausse, cela n’empêche pas les devises cycliques et émergentes de rebondir ce matin. Soutenu par de bons résultats économiques depuis quelques jours (surplus commercial record en Australie en janvier), le dollar australien rebondit de +0,5% face à l’euro et revient osciller à proximité de ses plus hauts niveaux de la semaine non loin de la barrière de 1,54 A$. Surfant sur le rebond depuis la veille des cours du pétrole, la couronne norvégienne (10,2 NOK) et le dollar canadien (1,52 C$) oscillent tous les deux à proximité de leur plus haut niveau de l’année et suivront avec attention les réactions en marge d’une réunion technique des membres de l’OPEP concernant l’évolution de la politique de quota de production. Au sein des marchés émergents, on note depuis hier une tentative de rebond du réal brésilien après avoir touché hier en séance un creux historique face à l’euro à presque 7,0 BRL.

La zone euro se porte mieux que prévu, l’emploi américain sous pression

L’activité du secteur privé de la zone euro a finalement été moins impacté que prévu en février, c’est ce qui ressort de la publication cette semaine des résultats finaux des enquête d’activité PMI. Alors que lundi on a eu la bonne surprise d’avoir une confirmation d’un pic de 3 ans enregistré par le secteur manufacturier européen le mois dernier, les statistiques hier ont montré que les services ont moins souffert que prévu du maintien des restrictions sanitaires en Europe. Si le segment a tout de même enregistré une nouvelle contraction de son activité en février – la 5ième d’affilée – celle-ci s’est révélée moins prononcée que ne le suggéraient les estimations préliminaires publiées deux semaines auparavant. Ces résultats confirment néanmoins une dynamique de reprise en forme de « K » en Europe caractérisée par une dichotomie de performance entre une industrie qui tourne fort et des services qui restent encore très fortement impactés par la situation sanitaire. Une contraction de l’économie au premier trimestre semble inévitable (consensus), néanmoins à la lecture des résultats des indicateurs économiques avancés elle pourrait se révéler modeste et de ce fait ne pas entacher les espoirs autour d’une forte reprise dans la région.

Aux Etats-Unis, les indicateurs économiques publiés mercredi ont déçu et ont confirmé la thèse d’une économie américaine à deux visages, handicapée par des tensions sur l’emploi. Les créations d’emploi dans le secteur privé au mois de février sont ressorties bien en-dessous des attentes (117K vs. consensus 177k) et du niveau observé en janvier dernier (174k) a mis en lumière hier l’enquête réalisée par le cabinet ADP. Le secteur des services a enregistré un net ralentissement en février et enregistré sa plus faible activité sur les 9 derniers mois a révélé mercredi l’enquête ISM, une performance à laquelle ne s’attendaient pas les marchés et qui a du coup fortement déçu. Le livre beige de la Fed publié en début de soirée est venu calmer les spéculations d’une forte dynamique de reprise en cours aux Etats-Unis et a plutôt évoqué un rebond modeste de l’économie sur les deux premiers mois de l’année avec une hausse tout de même de l’optimisme parmi les dirigeants d’entreprise face à l’arrivée des vaccins.

Les résultats de la veille viennent donner du crédit au récent message délivré par la réserve fédérale américaine concernant l’idée qu’on est encore loin des objectifs de plein emploi et d’inflation à 2% fixés par la banque centrale contrairement à ce que laisse présumer les anticipations de marché actuelles qui tablent sur une forte accélération des prix et questionnent la possibilité d’une réduction prématurée de la politique de soutien de la Fed. On retrouvera d’ailleurs le gouverneur central Jerome Powell ce jeudi (18h05) à l’occasion d’une conférence virtuelle organisée par le Wall Street Journal. Il aura à nouveau l’occasion de discuter du décalage entre les perspectives actuelles et les anticipations de marché qui se matérialise actuellement dans le niveau des rendements souverains. Le taux 10 ans américains a encore enregistré une poussée mercredi qui l’a fait toucher brièvement le seuil de 1,50 %, provoquant au passage un nouveau repli des marchés actions et notamment de l’indice de valeurs technologiques Nasdaq qui a clôturé hier à son plus bas niveau depuis 2 mois. Cette nervosité ambiante sur les marchés financiers laisse des traces sur l’EUR/USD qui reste toujours sur la défensive mais parvient pour le moment à se maintenir au-dessus de 1,20 $.

La décision de l’OPEP attendue dans la journée

Comme il l’a été convenu pour chaque mois de cette année, les pays membres de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) se réuniront aujourd’hui en visioconférence pour réévaluer leur politique de quota de production de pétrole et éventuellement considérer un rehaussement de l’offre. En marge de la pandémie de coronavirus et de la lourde chute des cours du brut l’hiver dernier (-75%), l’OPEP et ses alliés ont significativement restreint leur production afin de soutenir des prix qui étaient retombés en avril dernier en Europe à leur plus bas niveau depuis 18 ans.

Les efforts réalisés ont été payants et le pétrole a retrouvé sur ce début d’année ses niveaux d’avant crise, l’indice Brent ayant été observé en février à un pic de plus de 67 $ tandis que l’indice WTI américain est lui remonté au-dessus du seuil symbolique des 60 $. L’accélération des campagnes de vaccination à travers le monde soutient la thèse d’une forte reprise de l’économie mondiale, et par conséquent d’une probable hausse de la demande en énergie. Dans ce contexte, plusieurs Etats poussent pour relever progressivement les quotas de production pour répondre à cette supposée offre croissante. C’est là que le nœud du problème réside puisqu’une trop forte hausse de l’offre pourrait venir enrayer la progression des prix du pétrole qui enregistrent une progression de +25% depuis le début de l’année. Plusieurs incertitudes persistent autour de ce fameux scénario de reprise, en premier lieu d’ordre sanitaire mais aussi financier. La forte hausse des rendements souverains observée depuis le début d’année fait craindre un mouvement correctif de grande ampleur des marchés boursier, ce qui le cas échéant pourrait avoir des répercussions néfastes sur les prix de l’énergie.

Un retour de volatilité sur le pétrole aura sans aucun doute un impact sur les devises des principaux pays producteurs d’or noir. Parmi les plus sensibles aux variations des prix de l’énergie, on pense à la couronne norvégienne, au dollar canadien, au peso colombien ou encore au rouble russe. Toutes ont connu d’importantes pertes en fin de semaine dernière face à l’euro consécutivement à l’épisode de volatilité qui a frappé les marchés boursiers lors des dernières séances de février. Ce matin, l’indice Brent est en légère hausse et remonté à 64,5 $, ce qui reste un niveau 4% en-dessous de son pic de l’année touché fin février. Le taux EUR/RUB (89 RUB) reste sur une dynamique baissière mais ne trouve pas pour le moment les ressorts pour casser le support de 88,5 RUB qui tient depuis septembre dernier. Le taux EUR/CAD flirte actuellement avec ses plus bas de l’année non loin du seuil de 1,52 C$ et continue de surfer sur les bons résultats économiques publiés cette semaine au Canada (croissance au T4 au-dessus des attentes). Quant à la paire EUR/NOK, elle est très stable ce matin et oscille à hauteur de sur ses plus bas niveaux depuis un an au centre du couloir de prix 10,20-10,30 NOK.

Une livre sterling sans voix après les annonces budgétaires

Verre à moitié plein ou verre à moitié vide ? C’est un peu le sentiment qui domine au lendemain des nouvelles annonces budgétaires faites par le ministre britannique des finances Rishi Sunak. Comme on pouvait s’y attendre sachant que plusieurs éléments avaient déjà filtré dans la presse quelques jours auparavant, le gouvernement va prolonger et renforcer son soutien à l’économie. Ainsi, le dispositif de chômage partiel est prolongé jusqu’au mois de septembre avec une participation de l’Etat de 80% qui sera progressivement réduite à partir de juillet au moment où le pays sera supposé être totalement déconfiné. Parmi les autres annonces phares, on note la confirmation d’une enveloppe de 5 Mds£ d’aide directe aux entreprises sans contrepartie, la mise en place d’un nouveau programme de prêts garantis par l’Etat pour venir en aide aux entreprises, une extension de la réduction de la TVA de 12,5% à 5% jusqu’à la fin du mois de septembre, des déductions d’impôt pour les entreprises à hauteur de 130% du montant investi.

Grâce à cette politique de soutien et à une campagne de vaccination massive, le Trésor britannique table désormais sur une croissance de 4% pour cette année, soit une performance inférieure à l’estimation de 5,5% réalisée en novembre dernier. Un nouveau confinement au Royaume-Uni étant passé par là, la reprise devrait donc être décalée dans le temps et un rebond plus important que prévu de 7,3% est anticipé en 2022 (vs. 6,6% estimé en novembre dernier). Des perspectives réjouissantes qui n’ont néanmoins pas eu de répercussions positives sur la livre sterling. Car comme on pouvait s’y attendre, au milieu de ces annonces de nouvelles aides se cache de premiers éléments d’une cure d’austérité à venir au Royaume-Uni destinée à assainir les finances. Et pour cause, le déficit budgétaire sur l’année fiscale se terminant en mars a atteint un niveau historique de 17% du PIB et il devrait être encore très important sur l’année fiscale 2021. Celui-ci est estimé à 10% par le bureau pour la responsabilité budgétaire (OBR). Ainsi, pour rembourser la dette du COVID le gouvernement a d’ores et déjà annoncé que le taux d’imposition sur les sociétés allait être remonté de 19% à 25% à horizon avril 2023. Les paliers d’imposition sur le revenu des ménages seront gelés ce qui, avec la hausse attendue des salaires, devrait conduire davantage de foyers à payer plus d’impôts dans les années à venir. Grâce à ces mesures, le gouvernement espère amorcer à partir de 2023-2024 une dynamique de fléchissement de la dette publique qui d’ici cette date devrait continuer à progresser pour atteindre ses plus hauts niveaux depuis près de 60 ans (~110 % du PIB).

Les annonce de Rishi Sunak ont finalement laissé la livre sterling sans voix. Attentiste depuis le début de la semaine, cette dernière a été incapable après les annonces du Trésor de reprendre sa dynamique haussière face à l’euro. Une grande partie des nouvelles mesures de soutien du gouvernement avait déjà filtré dans la presse aussi elles n’ont pas constitué une surprise pour les marchés, tout comme d’ailleurs les mesures de hausse d’impôt à venir que beaucoup d’observateurs avaient également pointé du doigt. Les investisseurs semblent néanmoins soulagés du choix du Trésor de temporiser avant de remonter les impôts, ce qui était une des craintes principales avant le dévoilement du nouveau budget. Clôturant la séance de mercredi en léger repli (-0,2%), la paire EUR/GBP se maintient toujours dans un couloir étroit de 0,86-0,87 £ (+/- 1,2%), et cela depuis une semaine. Les révélations ce matin de nouvelles tensions entre Bruxelles et Londres concernant la gestion de la frontière en Irlande ont peu de résonnance ce matin sur la paire de change qui amorce la séance de jeudi en léger recul.

Publications statistiques

En zone euro, l’indice PMI final des services s’établit à 45,7 contre des estimations préliminaires à 44,7. Malgré les mesures de confinement, le secteur des services s’est révélé moins impacté qu’initialement prévu. Aux Etats Unis, l’indice PMI ressort à 59,8 contre une première estimation à 58,9, soit un sommet de 6 ans. L’ISM non-manufacturier propose quant à lui une lecture différente : la dynamique du secteur non-manufacturier recule violemment au mois de février. De 58,7 en janvier (un pic de près de deux ans), il retombe à 55,3, soit son plus bas niveau depuis le mois de juin dernier. L’enquête ADP du marché de l’emploi n’est pas plus positive : le secteur privé a créé 117k nouveaux emplois en février, contre 174k en janvier alors que les analystes s’attendaient à une accélération à 177k emplois.

Sans surprise, la banque centrale polonaise a maintenu son taux directeur sur le niveau record de 0,1%. La paire EUR/PLN rebondit significativement depuis deux semaines (+1,50%) et retourne au-dessus du niveau des 4,5 PLN. Ces derniers mois, la banque centrale polonaise était dans le collimateur des marchés alors qu’elle était intervenue sur le marché afin d’affaiblir le zloty polonais.

Aujourd’hui, les marchés seront sensibles à la publication des statistiques de ventes au détail et de chômage en zone euro (11h00). La journée sera également marquée par les chiffres d’inscriptions aux allocations chômage à 14h30, puis par les commandes d’usine à 16h00. En fin de journée à 18h05, Jerome Powell, président de la Réserve fédérale américaine, prendra la parole publiquement, une intervention très attendue dans un contexte de tensions sur les marchés obligataires.


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