Actualités du marché des devises

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févr. 23, 2021 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Un euro impassible face à la remontée des taux américains, le franc suisse à un creux depuis 2019

Tendance du jour

Etonnement, les marchés asiatiques ont plutôt bien résisté cette nuit au lendemain d’une séance américaine volatile marquée par la hausse des rendements obligataires longs américains et la chute de l’indice NASDAQ de -2,6%. À noter que cette séance a été marquée par une surperformance des indices européens (Eurostoxx 50 à -0,2% contre S&P500 à -0,8%) et des valeurs industrielles listées au Dow Jones (+0,09%). Dans le même temps, certains actifs parfois considérés comme surévalués, à l’instar des valeurs technologiques, ont également lourdement chuté. C’est le cas du Bitcoin qui a cédé hier en séance plus de 16% (contrat CME futures). Si la volatilité est en hausse sur les marchés (indice VIX +6,35%), cela n’a pas d’effet sur les prix du pétrole qui enregistrent en Europe une hausse de plus de 5% depuis le début de la semaine. À l’ouverture du marché européen ce matin, les principaux indices boursiers sont en hausse (CAC40 +0,35%).

Sur le marché des changes, l’euro poursuit son ascension face aux valeurs refuges que la devise européenne a amorcé en fin de semaine dernière. Le taux EUR/CHF oscille actuellement à un pic de plus d’un an à plus de 1,09 ₣ tandis que la paire EUR/USD bute une nouvelle fois sur la barrière de 1,2180 $, dernier rempart à franchir pour rejoindre le seuil de 1,22 $. La paire EUR/JPY reste aux portes du seuil de 128 ¥ mais, là encore, semble rencontrer quelques difficultés à franchir à nouveau ce cap après avoir déjà réalisé cet exploit un peu plus tôt dans le mois. Le dollar est peu sensible pour le moment aux pressions haussières sur les rendements obligataires et surveille attentivement les commentaires que fera le gouverneur central américain Jerome Powell lors de son audition ce mardi au Congrès. Les marchés attendent un commentaire de la part du président de la FED sur la récente hausse des anticipations d’inflation.

La devise européenne est également en hausse de 0,15% face au yuan, pour la quatrième séance consécutive (gain cumulé de 1,30%). La semaine dernière, en publiant un taux pivot du yuan à la baisse (-0,2%, plus fort repli au mois de février), la banque centrale chinoise avait envoyé un signal baissier aux marchés. Les devises les plus impactées lors de la séance d’hier sont très légèrement en hausse ce matin. Le rand s’apprécie de 0,20% quand le rouble russe progresse très légèrement de 0,10% face à la devise européenne. Le peu de volatilité du dollar offre un peu de répit aux devises émergentes qui apparaissent très sensibles à l’environnement de remontée des taux longs américains car craintives d’un déficit d’attractivité face à un dollar au profil moins risqué mais de plus en plus rémunérateur.

Les espoirs de reprise aux Etats Unis plombent les devises émergentes

Alors même que les Etats-Unis franchissaient hier la barre symbolique (et morbide) des 500 000 décès liés au COVID, l’administration américaine a revu ses ambitions à la hausse sur le front de la vaccination et prévoit de mettre les bouchées doubles dans les prochaines semaines/mois afin de parvenir à vacciner la population d’ici la fin de l’été. En assurant vendredi dernier le doublement des capacités de production des usines Pfizer/BioNTech qui délivrent actuellement environ 5 millions de doses par semaine, Joe Biden a, sur le papier, planifié assez de doses en cumulant les commandes faites également aux laboratoires pharmaceutiques américains Moderna et Johnson & Johnson pour atteindre l’objectif fixé (400 millions de doses d’ici l’été pour environ 300 millions d’américains). Les principaux risques se concentrent désormais sur les chaînes d’approvisionnement comme l’a démontré la semaine dernière le retard de livraison de vaccins dans l’Etat du Texas, théâtre actuel de conditions climatiques extrêmes.

Aux promesses d’une accélération des campagnes de vaccination s’ajoutent celles de nouvelles mesures de soutien. Le plan de relance de 1900 Mds$ proposé par la Maison Blanche s’apprête à être voté en fin de semaine au Congrès. Si le passage devant la Chambre des représentants, très largement majoritaire aux démocrates, nourrie peu d’inquiétudes, son passage au Sénat où l’équilibre du pouvoir est parfait (50-50) en inspire davantage. Il reste peu de temps aux parlementaires américains pour faire approuver ce texte avant l’échéance du 14 mars, date de fin de plusieurs programmes de soutien à l’emploi. En marge d’un webinaire organisé par le journal The New York Times à laquelle elle participait avec le gouverneur central Jerome Powell, la secrétaire au Trésor Janet Yellen a réaffirmé la nécessité d’adopter au plus vite ce plan afin de ne pas laisser à l’économie des cicatrices trop profondes sur le long terme, cette dernière argumentant sa conviction par le fait que le taux de chômage réel devrait être actuellement plus haut et davantage proche des 10% que des 6% actuels.

Le cocktail levier fiscal et vaccin nourrit depuis plusieurs semaines les anticipations d’inflation, lesquelles tirent les rendements obligataires vers le haut, et cela de manière spectaculaire. Le taux 10 ans américain a bondi hier à un pic d’un an à presque 1,40% tandis que le taux souverain à 30 ans a bondi à un pic de 13 mois à quasiment 2,20 %. La hausse soudaine et significative des taux longs fait craindre des conditions de financement moins favorable dans le futur, ce qui ne manque pas de soulever quelques inquiétudes au sein des entreprises du secteur de la Technologie dont le modèle de croissance se base sur d’importants investissements pour financer la Recherche & Développement (R&D). D’où la correction lundi de l’indice Nasdaq qui a abandonné -2,6% et clôturé à un creux de 3 semaines à un peu plus de 13 000 pts. Ces nouvelles tensions sur les marchés, Yellen et Powell les déplorent et ont indiqué hier y être très attentifs. On aura donc à cet égard une oreille attentive aux remarques faites ce mardi et demain par le président de la réserve fédérale américaine lors de sa double audition au Congrès. Interrogé par les parlementaires sur le rapport monétaire semestriel de la banque centrale, Powell pourrait revenir sur les conditions de marché actuels et la manière dont la Fed compte gérer la montée des pressions inflationnistes si celles-ci venaient à s’intensifier dans les prochaines semaine/mois.

La forte poussée des taux longs américains a fait quelques malheureux. Contrairement à ce que l’on aurait pu penser, le dollar ne profite pas pour le moment de ces conditions et du retour de la nervosité sur les marchés boursiers comme en témoigne la poursuite hier de la remontée du taux EUR/USD en direction de 1,22 $, sous l’influence très probable du bon accueil fait à la hausse des indices de sentiment des entreprises allemandes mais aussi des réflexions entendues outre-Rhin concernant une stratégie de déconfinement. Les devises émergentes ont connu une séance pour le moins compliquée. Le peso mexicain a notamment chuté de près de -2% face à l’euro pour atteindre un creux de plus de 4 mois à 25,20 MXN. La livre turque, qui signe une des meilleures performances depuis le début de l’année, a également cédé un peu plus de -1% face à l’euro pour clôturer à un plus bas depuis une semaine à plus de 8,50 TRY. En Asie, le won coréen (-1%), la roupie indonésienne (-0,7%), le peso philippin (-0,7%) et le yuan offshore (-0,5%) sont les devises qui ont le plus souffert face à l’euro.

La stratégie de déconfinement dévoilée au Royaume Uni

Le gouvernement britannique a détaillé hier sa stratégie de déconfinement qui débutera à partir du 8 mars en Angleterre. Sans surprise la levée des restrictions se fera de manière progressive et corrélée à l’évolution de la situation sanitaire dans le pays. La feuille de route fixée par l’exécutif comprend 4 étapes, et chacune d’entre elles sera espacée de 5 semaines. Les écoles seront les premières à rouvrir début mars, puis le 29 mars seront autorisés les regroupements jusqu’à 6 personnes ou deux foyers maximum dans les lieux extérieurs. Sous condition d’une évolution favorable de la pandémie outre-Manche, l’ensemble des commerces et magasin, ainsi que les pubs et restaurants, les gymnases, les piscines et l’ensemble des lieux culturels extérieurs seront rouverts à partir du 12 avril. À partir du 17 mai, les hôtels mais aussi les cinémas pourront rouvrir, les stades pourront à nouveau accueillir du public selon une jauge bien précise et les vols internationaux pourront à nouveau être considérés. Si tout se passe comme prévu, un dernier assouplissement est programmé au 21 juin, lequel lèvera les dernières interdictions qui concernent les boites de nuit ainsi que les recommandations à solliciter le télétravail quand cela est possible. D’ici cette date, le gouvernement britannique a assuré que les mesures de soutien aux entreprises seront maintenues. Davantage de détails concernant les dépenses publiques devraient nous être livrés la semaine prochaine par le ministre des finances, Rishi Sunak, à l’occasion de la présentation du nouveau budget.

Les autorités britanniques ont donc fait le choix de la prudence pour sa stratégie de déconfinement, ce qui est considéré comme une bonne tactique pour près d’un britannique sur deux (46%) d’après les résultats d’une enquête d’opinion préliminaire réalisée par l’institut YouGov sur 3900 personnes adultes. Les marchés n’ont guère été impressionnés par les décisions prises, comme le suggère le peu de volatilité observé sur la paire EUR/GBP que l’on a vu lundi osciller sans tendance dans un couloir de prix très étroit de 0,8630 – 0,8660 £ (+/- 0,3%). L’ouverture très graduelle de l’économie britannique pourrait conduire à une activité encore quelque peu heurtée au second trimestre, soit une perspective qui n’a pas favorisé de nouvelles prises d’achat mais au contraire provoquer une pause dans l’ascension de la livre sterling qui avant la séance de lundi venait d’enchaîner 6 séances consécutives de hausse face à l’euro pour un gain cumulé de +1,5%.

La publication hier des dernières statistiques hebdomadaires du CFTC indiquant un pic de 11 mois atteint par les positions nettes acheteuses de livre sterling sur les marchés à terme américains n’a pas suffi à égayer les acheteurs de livre. Cela a toutefois le mérite de nous confirmer, si encore le besoin s’en faisait ressentir, d’un véritable regain d’intérêt des marchés en 2021 pour la devise britannique depuis que la page du Brexit est officiellement tournée. La stratégie de vaccination de masse opérée par les autorités britanniques est particulièrement louée par les investisseurs.

Si le potentiel haussier de la livre sterling face à l’euro reste encore important puisqu’à ce jour nous sommes sur l’EUR/GBP encore bien éloigné des niveaux observés avant le début de la pandémie (0,83-0,84 £), on est néanmoins curieux de voir si la devise parvient à conserver ses gains, voire les accroître, si jamais l’environnement de marché venait à se dégrader subitement. La récente nervosité observée au sein des marchés financiers ces derniers jours à l’aune de la vive remontée des taux longs américains soulèvent des questions dont les réponses pourraient nous parvenir très vite.

Sanctions en Russie et menaces sur le libéralisme économique au Brésil

Les ministres européens des affaires étrangères ont donné hier leur feu vert à de nouvelles sanctions à l’égard de hauts dirigeants russes dans l’affaire Navalny, opposant russe victime d’une tentative d’empoisonnement et emprisonné depuis cette année à son retour en Russie. Cette décision revêt une portée davantage symbolique qu’économique car en réalité aucun fonctionnaire ou oligarque proche du pouvoir n’est ciblé, tout comme aucune entreprise d’ailleurs. Dans son bras de fer avec Moscou, Bruxelles s’est bien gardée en temps de pandémie d’amorcer un bras de fer avec son principal fournisseur d’énergie (pétrole & gaz). Frapper sans néanmoins heurter les sensibilités pour ne pas se tirer une balle dans le pied, ou telle semble être la posture prise par les européens dans cette affaire. Un moindre mal pour le rouble russe ? On peut le penser même si ce dernier est sous pression depuis la fin de semaine dernière et vient d’enregistrer un repli de près de -2% sur les 3 dernières séances face à l’euro. La devise russe a même été aperçue lundi en séance à un creux de plus de 2 semaines à 91 RUB avant de retracer en fin de journée vers le seuil de 90 RUB. Le rebond lundi de presque 4% des prix du pétrole en Europe, intervenant après deux séances consécutives de recul, a probablement aidé le rouble à freiner sa chute et se reprendre.

Au Brésil, la décision surprise vendredi soir du président Jair Bolsonaro de remplacer le président de l’entreprise d’Etat Petrolea Brasileiro (ou Petrobras) a généré hier beaucoup de volatilité sur les marchés financiers, et le real n’a pas été épargné par ces tumultes. La décision intervient quelques jours après des critiques de l’exécutif envers le patron de l’entreprise pétrolière brésilienne et son choix d’augmenter les prix de l’essence pour la quatrième fois cette année en corrélation avec la hausse de près de 30% des prix du baril de brut cette année. Résultat, le cours du titre Petrobras a chuté de -21% lundi à la bourse de Sao Paulo, ce qui porte les pertes à presque -27% depuis vendredi. Les marchés accueillent très mal cet interventionnisme de la part du pouvoir, surtout lorsqu’il répond à des logiques davantage politiques qu’économiques. Pas insensible à ces turbulences qui se sont ajoutées à un contexte de marché de hausse des rendements obligataires américains plutôt défavorables aux devises émergentes, le réal brésilien a cédé lundi près de -2% face à l’euro et -1,5% face au dollar américain. Le taux EUR/BRL a enregistré jusqu’à 3% de gains en séance lundi et été aperçu à un pic de presque 4 mois à hauteur de 6,72 BRL, avant de retracer en fin de journée sous le seuil de 6,65 BRL.

Publications statistiques

Grosse surprise ce matin au niveau des chiffres de l’emploi britannique où on l’observe sur période octobre-décembre bien plus de destructions de postes que ne l’anticipait le consensus (-114k vs. consensus -30k). Le taux de chômage progresse comme anticipé pour le 6ième mois consécutif et atteint un nouveau pic depuis mars 2016 à 5,1%. Autre point étonnant, l’accélération de la dynamique annuelle de croissance des salaires qui non seulement est bien plus forte que prévu mais qui atteint en décembre son plus haut niveau depuis 2008 (4,7% A/A).

Aujourd’hui, les marchés seront très attentifs à la publication des estimations finales d’inflation en zone euro qui devraient confirmer un important rebond des prix en janvier(11h00), mais aussi à la décision monétaire de la banque centrale hongroise (14h00), ainsi qu’à la publication de l’indice Conference Board de confiance des ménages américains et à l’audition de Jerome Powell, président de la FED, au Congrès (16h00). Pour finir, les acheteurs de dollar canadien seront soucieux d’entendre le discours du président de la Banque du Canada (18h30) et le résultat de la rencontre bilatérale entre Joe Biden et le président canadien Justin Trudeau.


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