Actualités du marché des devises

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févr. 18, 2021 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Retour de la prudence : inflation & vaccins surveillés Tendance du jour

Au lendemain d’une séance plutôt baissière en Europe et aux Etats Unis, la séance asiatique a été négative. À l’occasion de la réouverture du marché chinois, l’indice de la bourse de Hong-Kong a cédé plus de 1,30%. Les marchés européens s’apprêtent également à ouvrir dans le rouge. Pour finir, après une hausse de 2,30% et avoir atteint le niveau des 65$ pour la première fois depuis plus d’un an, le prix de baril de Brent est légèrement en retrait ce matin. Les problèmes d’approvisionnement et de production d’électricité qui se poursuivent au Texas, où des millions d’américains en sont encore privés, continuent de d’être un catalyseur haussier majeur pour les prix de l’énergie (pétrole et gaz). Le dollar canadien (1,53 C$) ou encore le rouble russe (89 RUB) profitent pleinement de ces conditions (pour eux) favorables.

Les inquiétudes autour de la pérennité du rallye boursier se font plus vives ces derniers temps et dans le même temps les incertitudes sanitaires demeurent. Cette nuit, le laboratoire Pfizer a notamment annoncé que le variant sud-africain réduisait de manière significative la protection de son vaccin. Après une tendance à la détente du risque ces derniers mois, une correction de court terme n’est absolument pas à écarter d’ici la fin du mois.

Sur le marché des changes, l’euro retrouve un peu des couleurs ce matin. La devise européenne progresse toutefois très légèrement face aux devises refuges telles que le dollar, le yen et le franc suisse, signe peut-être que la prudence est de retour et a chassé l’optimisme ambiant des précédentes séances.

On notera le rebond de l’euro face au dollar néo-zélandais (+0,12%) et face à la couronne norvégienne (+0,25%). On notera, l’important rebond ce matin de la paire EUR/CNY de près de +0,6% à l’occasion de la réouverture des marchés actions chinois après une semaine de congé liée à la célébration du nouvel an lunaire. Les injections de liquidité réalisées par la banque centrale chinoise ce matin, ainsi que les récentes tensions apparues entre Pékin et Washington concernant les terres rares pèsent sur la devise chinoise. En amont de la réunion monétaire ce jeudi en Turquie, la livre turque poursuit son rallye face à l’euro alors que le consensus mise sur un statu quo.

Pressions inflationnistes & retard de livraison des vaccins en Europe : l’euro grimace

La séance de mercredi a été marqué par de vifs débats autour de l’inflation dont la hausse récente des anticipations nourrit les spéculations de possible réduction anticipée des mesures de soutien des banques centrales. Les regards sont actuellement principalement tournés vers les Etats-Unis où hier les anticipations à 10 ans ont bondi de près de 30% pour atteindre un pic historique de plus de 2,8% (plus haut depuis le début de la série statistique en 2004). L’appui de la politique très accommodante de la Fed via un volume de rachat d’actifs conséquent de 120 Mds$/mois, mais aussi l’espoir d’un nouveau stimulus fiscal de grande ampleur à travers le plan de de relance de 1900 Mds$ proposé par la Maison Blanche, la hausse significative des prix des matières premières depuis plusieurs mois et l’optimisme général autour d’une forte reprise de l’économie mondiale grâce à la distribution massive de vaccins font craindre de fortes pressions inflationnistes dans le pays. Interrogé sur la question hier, le président de l’antenne régionale de la réserve fédérale américaine à Boston, Eric Rosengren, a tenté de calmer les spéculations et laissé entendre qu’il ne voyait pas de remontée de l’inflation aux Etats-Unis vers l’objectif de 2% avant la fin de l’année prochaine. Faut-il penser que les anticipations de marché sont actuellement exagérées ? Dans les faits, les pressions inflationnistes ne s’observent pas encore dans l’économie réelle comme en témoigne les récentes statistiques officielles de croissance des prix à la consommation publiées la semaine dernière, ce qui permet à la Fed de temporiser les spéculations de marché sur la question du « tapering » ou un début d’une réduction des rachats d’actif que certains observateurs lui voient débuter d’ici la fin de l’année.

Les intervenants de marché sont très vigilants à cet aspect d’inflation et par ailleurs de plus en plus sensibles aux mouvements sur les marchés monétaires. Derrière la hausse des anticipations d’inflation, on observe depuis le début de l’année une forte remontée des taux d’intérêt des obligations souveraines des économies développées. Pour le moment, les marchés actions ont peu été impactés par cette dynamique mais de plus en plus de voix s’élèvent contre un possible risque de correction en cas d’ascension prolongée et soutenue des rendements obligataires. Si on a tendance à beaucoup mettre en avant ces derniers jours la forte poussée des taux américains, ses homologues européens ne sont pas en reste et ainsi on a vu mardi le taux 10 ans allemand atteindre un pic de 8 mois (-0,35%) et le taux 10 ans français atteindre lui un pic de 5 mois (-0,12%). La volatilité en Zone Euro a significativement progressé depuis deux jours (+8%) et atteint mercredi un pic d’une semaine (volatilité implicite de l’indice européen Stoxx 50). Après avoir bondi à un pic de presque un an en début de semaine, l’indice Stoxx 50 vient de subir deux séances consécutives de repli pour une perte cumulée de -0,6%.

L’autre source de préoccupation côté européen relève des campagnes de vaccination et des écarts grandissants avec ses voisins américains et surtout britanniques en termes de distribution des doses. Les récentes statistiques publiées par le site OurWorldInData indiquent au 15 février un taux de vaccination au sein de l’Union Européenne de 5% contre 16% aux Etats-Unis et presque 24% au Royaume-Uni. À ce rythme, l’objectif défini par la Commission Européenne de vacciner 70% de la population adulte européenne d’ici la fin de l’été apparaît difficile à atteindre. D’autant plus que l’UE fait à nouveau face à des retards de livraison de ses vaccins. C’est ce que l’on a appris dans la presse hier au sujet des commandes faites au laboratoire américain Pfizer dont l’UE n’a reçu que deux tiers des commandes initialement prévues, soit un volume de 10 millions de doses qui manque à l’appel. Si on a appris en parallèle que Bruxelles avait quasiment doublé ses commandes de vaccin produit par le laboratoire américain Moderna pour cette année (150 millions de doses qui s’ajoutent aux 160 millions déjà commandées, plus une option sur 150 millions de doses supplémentaires pour 2022), les pays européens devront attendre le 3ième et 4ième trimestre pour recevoir ces nouvelles doses. Ce retard à l’allumage des européens sera-t-il préjudiciable sur la reprise ? Possible, en tout cas les investisseurs ne cachent pas leurs inquiétudes.

Hier, l’euro a connu une séance très compliquée face à l’ensemble de ses pairs, aussi bien face aux devises du G10 que face aux devises émergentes. Parmi les principaux mouvements de mercredi, on retiendra en premier lieu le mouvement correctif important de la paire EUR/JPY de -0,7% que l’on avait vu atteindre mardi un pic de 2 ans à plus de 128 ¥. Les divergences de politique (et résultat) vaccinale entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne continuent de participer à la glissade de la paire EUR/GBP qui a clôturé la séance de mercredi sous le seuil de 0,87 £ et à son plus bas niveau depuis presque un an. Le taux EUR/AUD a corrigé de -0,5% et chuté à un nouveau creux de 2 ans à presque 1,55 A$. Le taux EUR/CAD a lui clôturé à un creux de 7 mois sous le seuil de 1,53 C$. Au sein de l’univers émergent, on relèvera la bonne performance de l’ensemble des devises asiatiques face à l’euro mais aussi le fort rebond du peso chilien (+1,3% à 858 CLP) qui s’est appuyé sur la nouvelle hausse des prix du cuivre à un pic de plus de 8 ans (3,84 $).

Les statistiques américaines plombent l’EUR/USD

La paire EUR/USD a connu une nouvelle séance très compliquée hier. En marge des publications statistiques américaines, la paire a chuté de -0,60% (pire séance depuis 2 semaines) pour revenir se rapprocher du seuil symbolique de 1,20 $.

Le coup de tonnerre de la séance d’hier est venu des indices de prix à la production (PPI) et des ventes au détail du mois de janvier. Les prix à la production du côté de la demande ont augmenté de 1,7% A/A, soit pratiquement le double des attentes de analystes (consensus médian à 0,9%) et un niveau également bien au-dessus des anticipations les plus optimistes (1,1%). La dynamique annuelle de l’indice PPI connait ainsi sa plus forte accélération depuis un an et poursuit une dynamique haussière croissante depuis le creux touché en avril dernier. Ce résultat n’a pas manqué de faire réagir les acheteurs de dollar, lesquels y ont vu ici un nouveau signal de pressions inflationnistes qui, si elles se maintiennent dans la durée, pourraient pousser les banquiers centraux à revoir leur plan et réviser leur politique de soutien (voir paragraphe précédent).

Les statistiques de ventes au détail ont-elles aussi créé la surprise. Le consensus tablait sur une hausse de +1,1% au mois de janvier, soit un net ralentissement par rapport au mois de décembre (+4,2%), or elles sont finalement ressorties à 5,3% M/M. Il s’agit tout simplement du plus fort rebond observé depuis le mois de juin dernier. On peut voir ici un possible effet « Biden » derrière cette performance qui reste néanmoins surprenant au regard des récents indicateurs Michigan indiquant une baisse de moral des ménages à un plus bas depuis 6 mois. La décrue de la pandémie aux Etats-Unis lors de la seconde moitié de janvier a peut-être également été un facteur positif. En tout cas c’est un résultat probant qui suggère une consommation domestique robuste malgré un contexte sanitaire toujours dégradé, ce qui est de bon augure pour la reprise. D’autant plus que le pouvoir d’achat des ménages pourrait à nouveau être renforcé par le large plan de soutien de 1900 Mds$ proposé par la Maison Blanche et qui pourrait être voté par le Congrès d’ici la fin du mois ou en mars. À travers ces résultats, on a une nouvelle preuve d’un possible différentiel de dynamique de reprise qui semble s’opérer entre les Etats-Unis et la Zone Euro, ce qui ne laisse pas le taux EUR/USD totalement indifférent.

Le billet vert a tout de même vu ses ardeurs calmées par les Minutes de la Fed à l’intérieur desquelles on a eu une confirmation d’un souhait de la banque centrale américaine de poursuivre sa politique de soutien de manière prolongée. Pas de « tapering » pour le moment, du moins c’est ce qui transparait en substance. Néanmoins, on peut tout de même voir dans les signes d’inquiétude affichés par certains membres du comité directeur de la Fed concernant la stabilité des marchés financiers un terreau propice à de possibles actions de la part de la banque centrale pour prévenir tout risque de fortes turbulences similaires à l’épisode du titre GameStop. Les régulateurs américains sont d’ailleurs en train de se pencher sur le sujet.

Alors que le dollar vient d’enregistrer la veille sa meilleure séance depuis 3 semaines face à un panier de devises (+0,5%), la séance d’aujourd’hui pourrait également apporter son lot de volatilité compte tenu d’un calendrier économique très chargé ce jeudi avec la publication des statistiques américaines d’inscriptions hebdomadaires aux allocations chômage, de l’indice Philly d‘activité économique et de mises en chantier à 14h30. Les analystes s’attendent notamment à un fort repli de l’indice Philly (consensus à 20 contre 26,5 en janvier), à voir si le pessimisme n’a pas lieu d’être une nouvelle fois.

Décision monétaire en Turquie & Minutes de la BCE

Aujourd’hui à 12h00 la banque centrale turque tiendra sa réunion monétaire. Elle devrait opter pour un statu quo sur son taux directeur actuellement à 17%. À ce jour, les banquiers centraux turques ne semblent pas avoir de raisons légitimes pour desserrer l’étau monétaire au regard des pressions inflationnistes toujours très élevées dans le pays. Si la hausse du taux directeur de 8,25% à 17% a réussi à stopper l’effondrement de la livre turque, la dynamique annuelle d’inflation a bondi de presque 15% en janvier dernier, un record depuis 17 mois. Ainsi il y a toutes les raisons de penser que la banque centrale conservera une politique monétaire restrictive dans les mois à venir. Elle avait d’ailleurs laissé la porte ouverte à une nouvelle hausse de taux si les pressions inflationnistes venaient à s’accentuer et s’éloigner de l’objectif de 5% visé par la banque centrale.

La paire EUR/TRY cède plus de 7,50% depuis le début de l’année et évolue désormais sur le niveau des 8,40 TRY, soit un plus bas depuis 6 mois. L’environnement global de taux bas et l’appétit au risque des marchés pourraient continuer à soutenir la livre turque dans les mois à venir. Toutefois après une baisse de plus de 16% depuis son pic de novembre dernier, la paire EUR/TRY pourrait connaitre un rebond correctif de court terme, notamment si la volatilité venait à remonter soudainement par le biais d’une forte remontée des taux obligataires aux Etats-Unis et en Europe. Hier, la banque d’investissement Citigroup annonçait qu’elle réduisait sa position à la vente de la paire EUR/TRY afin d’engranger une partie des profits réalisés.

Aujourd’hui à 13h30, la BCE publiera le compte rendu de sa réunion monétaire de janvier. Cette dernière avait été marquée par le discours optimiste de la part de la banque centrale concernant la reprise malgré un regain de vigueur de la pandémie en Europe sur le début d’année. Néanmoins, cette dernière n’envisage pas de retirer son soutien avant une longue période de temps au regard de la faiblesse des pressions inflationnistes anticipées par la banque qui ne devrait pas revenir vers l’objectif visé de 2% avant au moins 2024 (objectif de 1,4% à horizon 2023 d’après les projections macroéconomiques publiées par la BCE en décembre 2020). Il reste à savoir si cette approche est partagée par tous les membres, les mois derniers ayant en effet montré l’existence parfois d’importantes divergence au sein du directoire en ce qui concerne l’évaluation du contexte économique et les mesures à prendre. À titre d’exemple, la semaine dernière, le président de la Bundesbank, la banque centrale allemande membre de la BCE, s’inquiétait d’une hausse de l’inflation en Allemagne qui pourrait atteindre 3% cette année. Les marchés seront donc attentifs aux éventuels nouveaux signaux sous-entendant un conflit ou un possible changement d’orientation prématuré de la banque.

Publications statistiques

Au Canada, l’inflation accélère légèrement au mois de janvier. L’indice principal est ressorti hier en hausse de 1,6% A/A face à un consensus à 1,4%. L’indice CPI principal atteint ainsi un sommet depuis mars 2020.

Aux Etats-Unis, les ventes au détail accélèrent de nouveau de 5,3% M/M alors que le consensus tablait sur une hausse de 1,1% M/M au mois de janvier, soit un net ralentissement par rapport au mois de décembre (+4,20%). Elles connaissent en réalité leur plus forte accélération depuis le mois de juin dernier. La production industrielle ralentit quelque peu au mois de janvier. Elle s’établit à 0,9% M/M face à une progression de 1,6% M/M en décembre dernier. Pour finir, l’indice PPI a augmenté de 1,7% A/A, soit pratiquement le double des attentes de analystes (consensus médian à 0,9%). Il connait ainsi une accélération sans précédent depuis le mois de janvier 2020.

Cette nuit, les statistiques d’emploi en Australie ont offert des réactions mi-figue mi-raisin. Si l’économie australienne a créé au total moins d’emploi que ne l’anticipait le consensus en janvier (+29,1% vs. consensus +40k), elle a néanmoins créé plus d’emploi à temps plein que le mois précédent (+59k vs. 36k en décembre), et surtout le chômage a enregistré un 3ième mois consécutif de repli et est retombé en janvier à son plus bas niveau depuis 9 mois (6,4%). Le dollar australien est relativement stable ce matin et se maintient sur ses plus hauts niveaux depuis plus de 2 ans face à l’euro à quasiment 1,55 A$.

À 9h30, les marchés seront attentifs aux statistiques d’inflation en Suède, surtout qu’ils s’attendent à une importante accélération au mois de janvier. La banque centrale turque prendra également sa décision monétaire à 12h00. Aux Etats-Unis, les inscriptions hebdomadaires aux allocations chômage, l’indice Philly d‘activité économique et les mises en chantier seront publiées à 14h30.

Pour finir, en zone euro les Minutes de la BCE seront publiées à 13h30, suivies de l’indice de confiance des ménages à 16h00.


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