Actualités du marché des devises

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févr. 17, 2021 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Un dollar pas insensible à la hausse de la volatilité et des taux Tendance du jour

La séance asiatique de cette nuit est plutôt mitigée avec un retrait des indices bousiers au Japon, en Inde ou encore en Corée du sud. La bourse de Hong Kong est quant à elle dans le vert malgré la mise en garde de Joe Biden à la Chine concernant ses atteintes aux droits de l’homme. Les tensions sino-américaines sont encore montées d’un cran alors qu’on apprenait hier que la Chine envisageait réduire ses exportations de Terres rares en direction des Etats Unis, où elles servent en partie à l’industrie de la défense américaine. En Europe, l’ouverture des marchés s’est faite dans le rouge (-0,55% pour le DAX30).

Ce matin les rendements souverains américains de long terme marquent le pas mais se maintiennent sur des plus hauts depuis près d’un an. Le taux 10 ans reste notamment à proximité du seuil de 1,30% que l’on ne l’avait plus vu atteindre depuis la fin février 2020.

Sur le marché des changes, l’EUR/USD enchaîne une seconde séance consécutive de repli et s’aventure à nouveau ce matin sous le seuil de 1,21 $, soit un plus bas depuis une semaine. La paire EUR/JPY est sur la défensive également et vient ainsi stopper une série de 5 séances consécutives de hausse qui l’avait vu engranger +1,3% de gains et atteindre hier un pic de 2 ans à plus de 128 ¥. Le taux EUR/CHF est à l’équilibre et continue de faire le yo-yo autour du seuil de 1,08 ₣

Ce matin la livre sterling s’apprécie de 0,10% en réaction à des chiffres d’inflation un peu meilleurs que prévu au Royaume-Uni, lesquels viennent dissiper la menace d’un éventuel recours de la Banque d’Angleterre à des taux négatifs dans un futur proche. La paire EUR/GBP en profite pour passer sous le seuil de 0,87 £, un cap important qui, s’il est franchi durablement, pourrait venir accélérer la dynamique baissière.

Large regain de volatilité sur les marchés financiers, le dollar retrouve le sourire mais pas le yen

Hier, à l’occasion de la réouverture des marchés américains de retour d’un weekend prolongé de trois jours relatifs aux célébrations lundi de l’anniversaire du premier président américain George Washington, d’importants mouvements se sont observés, notamment sur les marchés obligataires. Signe d’une certaine frénésie spéculative et d’un appétit au risque très élevé actuellement, le prix du Bitcoin a dépassé hier pour la première fois la barre symbolique des 50.000 $. Les indices boursiers américains et européens ont légèrement marqué le pas non sans avoir pour le premier cité touché un nouveau pic historique en cours de séance. L’indice de volatilité VIX, aussi communément appelé « indice de la peur », a progressé de +7,5%. La forte remontée des taux d’intérêt américains mardi n’est pas étrangère à ce coup de mou des actions. Sous couvert d’une hausse continue des anticipations d’inflation, lesquelles se nourrissent actuellement de la vive décrue du nombre de nouveaux cas aux Etats-Unis et des efforts réalisés en matière de vaccination, le taux 10 ans américain a bondi de presque +10pbs et atteint un pic depuis presque 1 an à 1,30%. Le taux 30 ans a lui progressé d’un peu moins de +9pbs pour toucher un pic d’un an à presque 2,10%. On n’avait pas connu une telle hausse des taux d’intérêt depuis 3 mois.

Sur le marché des changes, la hausse des rendements souverains américains a favorisé l’appréciation du dollar. Après une hausse de 0,3% dans la matinée, la paire EUR/USD a finalement effacé ses gains et terminé la séance dans le rouge à son plus bas niveau depuis 1 semaine sous le seuil de 1,21 $. Cette hausse de la volatilité n’a pas empêché le yen de subir une 5ième séance consécutive de repli face à l’euro pour une perte cumulée de -1,3%. Portée par l’engouement des marchés pour les actifs dits risqués mais aussi la bonne surprise provoquée par le rebond de l’indice ZEW de sentiment des investisseurs allemands à un pic de 5 mois, la paire EUR/JPY a conquis un nouveau sommet depuis plus de 2 ans à plus de 128 ¥.

Poursuivant habituellement une dynamique inverse à celle des valeurs refuges, les devises dites cycliques étaient pourtant également sur la défensive mardi. Pas insensibles au rebond de la volatilité des marchés actions que l’on avait vu chuter vendredi dernier à un plus bas depuis presque 1 an, des devises comme la couronne norvégienne (-0,2% à 10,2 NOK), le dollar canadien (-0,2% à 1,54 C$) ou encore le dollar australien (-0,1% à 1,56 A$) ont accusé quelques pertes face à l’euro. Même constat pour les devises émergentes dont l’attractivité a perdu un peu de son éclat face à la forte remontée des rendements obligataires américains. Ainsi le peso mexicain (­0,7%), le peso colombien (-0,7%), le peso philippin (-0,6%) ou encore le rand sud-africain (-1,2%) se sont vivement dépréciés hier face à l’euro.

Bulle ou pas bulle ? Des marchés divisés sur la question

Au regard de la longueur et surtout de la magnitude du rallye boursier ces derniers mois qui a envoyé plusieurs indices à des niveaux records que l’on avait plus vu depuis des décennies voire jamais dans l’histoire, nombreux sont les observateurs qui évoquent la crainte de bulle spéculative. En effet, et principalement aux Etats-Unis, les niveaux de valorisation sont excessivement élevés, aussi bien d’un point de vue historique que lorsqu’on le met en corrélation avec les fondamentaux économiques actuels. Toujours aux Etats-Unis, les projections de croissance des bénéfices d’entreprise pour cette année sont actuellement à des niveaux records et s’appuient sur la projection optimiste d’un large mouvement de rattrapage favorisé par une dissipation des risques sanitaires et un maintien renforcé des mesures de soutien des gouvernements et banques centrales. Trop de confiance peut être pénalisant et donner lieu à des mouvements de déception lorsque les choses ne se déroulent pas comme on le souhaite, d’où le risque de correction boursière qui n’est pas à négliger. Pour autant, ce risque se matérialisera-t-il ? Sous quelle forme ? Quand ? Les avis divergent sur la question.

Dans une récente note, les stratégistes de la banque américaine Citi qualifient un scénario de correction des marchés actions de -10% comme « très plausible » mais réfutent néanmoins l’idée d’une bulle spéculative et l’éventualité d’un crash de -50% des cours. Même constat à la lecture des derniers résultats de l’enquête de sentiment réalisé chaque mois par la banque américaine Bank of America auprès de gestionnaires de fonds d’investissement. Parmi les principales conclusions de l’édition de février, on retiendra que la part d’action au sein des allocations d’actif n’avait jamais été aussi élevée depuis 10 ans, preuve s’il en est d’une histoire d’amour qui tend à se prolonger entre les professionnels de la finance et les marchés actions. Il y a deux chiffres marquants qui illustrent bien ce contexte. Le premier est que 90% des gestionnaires sondés anticipent une amélioration de l’économie cette année, et le second est que seulement 13% d’entre eux estiment que l’on est en présence d’une bulle spéculative sur les marchés actions. L’enquête indique également qu’aux yeux des investisseurs l’achat de valeurs technologiques est à nouveau la stratégie la plus « encombrée » du moment, et suivent après l’achat de bitcoin, la vente de dollar et l’achat de titres répondant aux critères ESG.

Il n’y a donc pas de craintes à avoir tant l’optimisme prédomine ? Pas certain. Une autre enquête, cette fois menée par la banque allemande Deutsche Bank, montre que 90% des investisseurs sondés estiment qu’il y a en ce moment des bulles spéculatives sur les marchés. Les principales se situent selon eux au niveau des valeurs technologiques américaines et sur le Bitcoin. Un avis finalement pas si différent des investisseurs américains, sinon que la qualification du risque n’est pas la même. L’existence même d’un débat sous-tend l’idée que l’environnement actuel interpelle et donc en soi qu’un risque existe. Si l’attention se concentre davantage actuellement sur le succès des campagnes de vaccination et les tensions sur les marchés de la dette, une forte correction des marchés actions pourrait être une conséquence très dommageable d’un mal-fonctionnement observé au niveau des deux premiers thèmes cités. Un retour de la nervosité sur les marchés financiers ferait la part belle aux valeurs refuges telles que le yen ou encore le dollar, et à l’inverse viendrait infliger de nouveaux maux profonds aux devises liées aux matières premières et aux devises émergentes. En gros, une volatilité contraire à celle dont nous sommes témoin actuellement.

Comment la Fed va réagir à la stratégie du Trésor ?

La Réserve fédérale (FED) doit s’attendre à un « tsunami » de liquidités sur les marchés monétaires alors que le Trésor américain entend utiliser ses réserves stockées au sein de la banque centrale afin de soutenir la reprise économique. La banque américaine craint que l’injection de plus de 1000 Mds$ de liquidités dans l’économie et sur les marchés puisse mettre sous pression les rendements des obligations américaines à court terme, ce qui pourrait les conduire en territoire négatif et créer de nouvelles pressions baissières sur le dollar. Or des taux négatifs à court terme pourraient déstabiliser certaines institutions financières et une nouvelle baisse du dollar pourrait également créer des pressions inflationnistes supplémentaires non désirables aux Etats Unis.

Face à ces répercussions négatives potentielles, les regards se tournent vers la FED et sa réaction face à cet afflux massif de liquidités. Parmi les options envisageables, cette dernière pourrait décider d’augmenter certains taux de court terme ou ajuster à la baisse son programme de rachat d’actifs. Le risque sous-jacent d’une telle stratégie est d’envoyer des signaux contradictoires au marché sachant que la banque s’est évertuée depuis le début d’année à calmer les spéculations autour d’une phase de normalisation qui pourrait intervenir de manière prématurée. La décision de remonter certains taux courts pourrait être interprétée par les marchés comme une première étape d’un nouveau cycle de durcissement des conditions monétaires. La Fed est donc attendue au tournant et pourrait d’ailleurs s’exprimer sur le sujet à l’occasion de sa prochaine réunion monétaire programmée en mars prochain.

Le compte rendu de la réunion de janvier dévoilé ce soir à 20h00 ne devrait pas apporter d’éléments de réponse sur la manière dont la Fed va gérer l’ambition du Trésor américain d’agir « avec force » en matière de relance. Toutefois, la lecture de ce rapport sera l’occasion de voir les débats monétaires en cours et l’approche de la banque centrale face à la dynamique de reflation qui entraîne depuis plusieurs mois une forte remontée des taux d’intérêt nominaux. Par ailleurs, le gouverneur central américain avait clairement fait savoir en janvier qu’il était trop tôt pour envisager une réduction du soutien monétaire à court terme au regard des incertitudes sanitaires qui prédominent, aussi il sera intéressant de voir si cet avis est partagé par tous les membres du comité directeur. Des divergences d’opinion sur l’orientation monétaire de la banque pourraient nourrir de nouvelles spéculations, et offrir l’occasion au dollar de se renforcer et pourquoi pas de retenter une percée sous 1,20 $ face à l’euro. En amont des Minutes de la Fed, le billet vert sera sensible cette après-midi à la teneur des statistiques de ventes au détail (14h30) et de production industrielle (15h15) au mois de janvier.

Publications statistiques

Hier, l’indice allemand ZEW de sentiment des affaires s’est redressé au mois de février à la surprise des analystes. Ces derniers tablaient sur une baisse par rapport au mois de janvier à 59,6, or l’indice est ressorti à un pic de 5 mois à 71,2, signant au passage son troisième mois consécutif de hausse. C’est plutôt positif de voir les investisseurs optimistes à l’égard des perspectives malgré les désagréments du début d’année, aussi bien concernant les pressions sanitaires liées aux variants que les écueils rencontrés en matière de vaccination.

Dans le même temps, la révision du PIB de la zone euro a permis de mettre en lumière une contraction à peine un peu moins forte que prévu de l’économie lors du dernier trimestre 2020. Le PIB s’est contracté de -5,0% A/A et non pas de -5,1% A/A comme le laissait supposer les premières estimations.

Aux Etats-Unis, l’indice manufacturier de la Fed de New York a connu un rebond bien plus important qu’anticipé au mois de février. Ressorti à 12,1, l’indice remonte à un niveau deux fois plus important que l’estimation de 6,00 faite par le consensus et un niveau trois fois plus important que celui de 3,50 enregistré au mois de janvier.

Au Japon, le déficit de la balance commerciale s’est avéré moins important que prévu en janvier. Il s’élève à 323,9 Mds¥, soit un niveau deux fois moins important que celui observé en décembre. Cela relève d’une accélération des exportations (+6,4% A/A vs. +2,0% en décembre) et d’une contraction prolongée et significative des importations (-9,5% A/A vs. -11,6% en décembre)

La contraction anticipée des prix en janvier au Royaume-Uni s’est avérée moins importante que prévu révèlent les statistiques publiées ce matin. La contraction de l’indice principal est deux fois moins importante que prévu (-0,2% M/M vs. consensus -0,4%), ce qui conduit à une accélération de la dynamique annuelle de 0,6% à 0,7% qui revient à son plus haut niveau des 6 derniers mois (niveau déjà atteint en octobre dernier). Un tel résultat pourrait conforter la Banque d’Angleterre à ne pas solliciter l’usage de taux négatifs, du moins pas pour le moment.

Cet après-midi à partir de 14h30, les marchés seront attentifs à la publication des statistiques d’inflation canadiennes, de ventes au détail et de production industrielle (15h15) aux Etats Unis. La publication des Minutes de la FED ce soir à 20h00 clôturera la journée.


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