Actualités du marché des devises

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févr. 09, 2021 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Un rallye boursier qui se prolonge mais qui suscite quelques  questions

Tendance du jour

Les craintes liées à la diffusion des variants du coronavirus et à l’efficacité des vaccins pour les combattre ne semblent pas avoir de prise sur l’optimisme des marchés. Ils vont de record en record, notamment aux Etats Unis où les principaux indices boursiers ont enchaîné une 3ième séance consécutive de hausse et sont actuellement sur un rallye de plus de 5%/7% (S&P 500 / Nasdaq) sur les 6 dernières séances. C’est aussi le toujours le cas pour le baril de pétrole qui enchaine aujourd’hui sa 8ème séance consécutive de hausse pour un gain total de +10% sur la période et des niveaux d’avant crise retrouvés à plus de 60 $. Cette nuit, l’indice de la bourse de Shangaï s’est envolé de 2% en amont des festivités du nouvel an et de la fermeture des marchés chinois pour une semaine à partir de ce vendredi. Malgré cette bonne performance de la bourse chinoise, la séance asiatique a été en demi-teinte, les investisseurs s’inquiétant de la continuité du rallye dans un contexte de hausse des anticipations d’inflation. Les indices européens devraient quant à eux également marquer le pas ce matin à l’ouverture.

Sur le marché des changes, la paire EUR/USD se refait une santé avec une progression de près de 0,30% ce matin, soit près de 1% depuis vendredi dernier. L’euro se redresse malgré le sentiment dégradé à l’égard de la zone euro et un différentiel de taux très conséquent avec les Etats Unis. Alors que les statistiques d’inflation seront le rendez-vous de la journée de demain et promettent une séance volatile, la présidente de la FED de Cleveland déclarait hier que la politique monétaire de la banque centrale américaine restera « très longtemps » accommodante. Ce matin le dollar repart clairement à la baisse, notamment face au yen (-0,38%). Pour la paire EUR/USD, le niveau des 1,21$ fait aujourd’hui office de test pour une plus ample progression.

Tout comme hier, l’euro corrige légèrement face au yen (-0,1% à 126,6 ¥) et au franc suisse (-0,1% à 1,0820 ₣). Alors que sa tendance est plus mitigée face aux devises cycliques, la devise européenne est clairement à la hausse ce matin face aux devises émergentes.

Elle rebondit notamment de plus de 0,20% face au yuan et retourne flirter avec le niveau des 7,80¥. La banque centrale chinoise a déclaré ce matin qu’elle ne comptait pas procéder à de changements rapides de sa politique monétaire. Ce discours conjugué aux tensions sur le marché de la dette et au ralentissement économique observé en ce début d’année laisse penser que la normalisation monétaire de la Chine ne se fera très probablement pas à court terme.

Après une séance de la veille agitée, la paire EUR/BRL progresse ce matin de 0,25%. La publication des statistiques d’inflation aujourd’hui à 13h00 au Brésil risque de provoquer à nouveau de la volatilité sur la paire. Une enquête de la banque centrale brésilienne publiée hier montre que les anticipations d’inflation des économistes sont au plus hauts depuis 1 an et se rapprochent de l’objectif de 3,75% visé par la banque centrale.

Pour finir, la couronne tchèque fait une légère pause dans son ascension face à l’euro et met fin ce matin à une série de 8 séances consécutives de hausse pour un gain cumulé de +1,5% et une valorisation que l’on n’avait plus vu aussi forte (25,7 CZK) depuis mars dernier. Les marchés semblent toujours anticiper une hausse de taux de la banque centrale avant la fin de l’année.

Des échéances politiques à risque

Le rallye boursier se poursuit inexorablement et de nombreux indices action, comme le DAX 30 en Allemagne, évoluent désormais sur des sommets historiques. En toile de fond de cette confiance retrouvée, on retrouve toujours les mêmes catalyseurs, à savoir l’anticipation d’une forte reprise de l’économie mondiale cette année rendue possible grâce aux campagnes de vaccination. Plusieurs facteurs récents viennent nourrir ce scénario optimiste comme l’espoir de vote d’un plan de relance massif aux Etats-Unis et la promesse faite par la secrétaire au Trésor (J. Yellen) de plein emploi vite retrouvé grâce à cette aide, mais aussi la stabilisation de la situation politique en Italie ou encore la décrue du nombre de nouvelles contaminations récemment observée en Europe et aux Etats-Unis. En apparence fort, ce sentiment d’optimisme pourrait s’effriter assez rapidement si jamais les choses venaient à ne pas se dérouler comme espéré.

En Italie, l’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, a la lourde tâche de former une nouvelle coalition gouvernante au sein d’un paysage politique très fragmenté. Après avoir reçu le soutien officiel de la Gauche (Parti Démocrate) et de la Droite modérée (Forza Italia) ainsi que de la formation de Matteo Renzi (Viva Italia), laquelle est à l’origine de la chute de la précédente administration, on apprenait hier que les extrêmes - la Ligue du Nord et le Mouvement 5 étoiles – allaient soutenir ce futur gouvernement que l’on pourrait qualifié de « circonstance ». Si ces forces politiques se réunissent aujourd’hui sous le signe de l’intérêt national, il n’est pas certain que la lune de miel opère lorsqu’il s’agira de gouverner et de définir la ligne de conduite du pays qui est un de ceux les plus fortement impactés par la pandémie au sein de l’Union Européenne. Si pour le moment les marchés sont soulagés de voir le spectre d’un nouveau scrutin en Italie se dissiper, il faudra tout de même rester vigilant et surveiller si la mayonnaise prend. En attendant, le spread de taux 10 ans entre l’Italie et l’Allemagne a de nouveau chuté lundi pour toucher un plus bas depuis 2015. Bien qu’à l’équilibre, le taux EUR/CHF en a profité pour clôturer hier à un pic d’un mois à presque 1,0830 ₣.

Aux Etats-Unis, les marchés anticipent très clairement l’adoption rapide du plan de relance proposé par la nouvelle administration dirigée par Joe Biden. Aussi, tout échec ou retard prolongé dans le processus de vote de ce nouveau programme de soutien conséquent viendraient vivement altérer le sentiment des intervenants de marché. Si en rattachant le plan de relance à un processus de réconciliation budgétaire les Démocrates s’évitent toute tentative d’obstruction parlementaire de la part de l’opposition, ces derniers ont peu de marges de manœuvre et doivent absolument obtenir l’adhésion intégrale des sénateurs de leur formation pour espérer faire voter le texte de loi. Ce n’est pas gagné puisque certaines voix dans le camp de la majorité n’hésitent pas à faire part de leur inconfort face au montant de l’enveloppe d’aide, deux fois supérieure à celle délivrée en décembre dernier, mais aussi certains points clés comme les critères de distribution du chèque de 1400 $ initialement prévue d’être distribué à tous les foyers américains. Si pour la secrétaire au Trésor, Janet Yellen, il est urgent de voter au plus vite ce plan, pour l’économiste Lawrence Summers, ancien secrétaire au Trésor sous la présidence de Bill Clinton, cette aide soulève des inquiétudes quant à l’apparition de potentielles pressions inflationnistes « qui n’ont pas été vues depuis une génération », avec d’importantes conséquences sur la valeur du dollar et la stabilité financière américaine.

Une chose est sûre, l’adoption de ce plan de relance et la mise sur pied d’un nouveau gouvernement italien seront des éléments essentiels pour que le sentiment d’optimisme des marchés perdure à court terme. Un tel scénario permettrait notamment à la devise européenne de continuer à surperformer face au franc suisse et au yen, des devises traditionnellement favorisées lors des stress de marché. Malgré une correction de -0,2% lundi, la paire EUR/JPY reste à proximité de ses sommets depuis plus de 2 ans et du seuil clé de 127 ¥. Des développements positifs sur le front politiques aux Etats Unis et en Italie pourraient permettre à ces deux paires d’accentuer leur tendance haussière.

La banque centrale polonaise doit s’expliquer sur sa politique sur le zloty

La politique monétaire de la banque centrale polonaise est dans le collimateur du Fonds Monétaire International (FMI) qui souhaite recueillir des explications sur de présumées tentatives d’affaiblissement du zloty. À la fin de l’année dernière, plusieurs médias ont rapporté une intervention de la banque polonaise sur les marchés des changes et la vente par cette dernière de l’équivalent de 5,8 Mds€ de zlotys (7 Mds$), ce qui avait entraîné un recul de la devise polonaise de près de 2% en deux séances face à l’euro. Avec un recul de -7% face à l’euro, le zloty sort en 2020 de sa pire année depuis 2011. Mais la banque ne compte pas s’arrêter là. Afin de soutenir la reprise de l’économie polonaise, le gouverneur central a déclaré la semaine dernière qu’il était prêt à intervenir davantage si nécessaire. Les autorités monétaires craignent en effet que des pressions haussières sur le zloty affaiblissent la compétitivité des exportations polonaises et ainsi freiner la croissance. D’après les données de la Banque Mondiale, les exportations de biens et services représentaient en 2019 en effet 55% du PIB polonais (47% pour l’Allemagne, 11,7% pour les Etats-Unis).

Le FMI expliquait hier que les rachats d’actifs devaient être privilégiés afin de soutenir l’économie du pays et que ce genre d’intervention devaient être clairement communiquées. Ces récents évènements font échos aux déclarations de nombreuses banques centrales durant le mois de janvier. Le mois passé, les banques centrales israélienne, suédoise ou encore chilienne avaient en effet détaillé leurs nouvelles politiques de change, visant à déprécier indirectement leurs devises. Dans un contexte d’affaiblissement du dollar et d’appétit au risque des marchés, de plus en plus de banques centrales s’inquiètent ainsi de l’appréciation de leurs devises alors que la crise économique fait toujours rage et que la reprise semble fragile.

À mesure que ces déclarations se multiplient, il faudra être attentifs à la réaction de la nouvelle administration américaine. Lors de son investiture à la tête du Trésor américain, Janet Yellen avait mis en garde les banques centrales qui seraient tentées d’utiliser leur politique monétaire à des fins purement économiques utilisant le change comme un vecteur d’attractivité. À la fin de l’année dernière, la Suisse et le Vietnam avaient été officiellement désignés par l’administration américaine comme des manipulateurs de leur monnaie.

En l’absence de mesures de représailles de la part des Etats Unis ou du FMI dans le cas de la Pologne, ces condamnations verbales ont peu d’impacts sur les devises concernées. Le zloty, par exemple, a bien débuté 2021 et semble s’être remis la tête à l’endroit après une fin d’année dernière agitée. La devise polonaise engrange actuellement un rebond de plus de 2% face à l’euro depuis son point bas touché dans les derniers jours de décembre et évolue actuellement à son plus haut niveau depuis 7 semaines sous le seuil de 4,50 PLN.

Des matières premières en hausse portent les devises des pays producteurs

Dans un contexte de marché où l’optimisme autour de la reprise économique et l’appétit au risque influence les prises de décision des investisseurs, les matières premières poursuivent inlassablement leur marche en avant. Lors de la séance d’hier, le prix du baril de Brent s’est apprécié de plus de 2% et ainsi enchaîné une 7ième séance consécutive de hausse pour un gain cumulé de +9% sur la série et de 17% depuis le début de l’année. Les devises sensibles à ses variations n’ont pas manqué de progresser significativement. La couronne norvégienne se rapproche du niveau clé des 10,20 NOK après une progression de 1% la semaine dernière face à l’euro. Le rouble russe s’appréciait quant à lui de +0,5% face à l’euro mais manque toujours de traction pour basculer durablement sous le niveau des 89 RUB face à la devise européenne, ou un seuil au-dessus duquel la paire EUR/RUB oscille de manière constante depuis plus de 4 mois. Les tensions géopolitiques et la faiblesse chronique de l’économie russe ne permettent pas pour le moment au rouble de s’éloigner significativement de son plus bas historique.

Dans la même dynamique que le pétrole, les contrats futures sur le cuivre flirtait hier avec un plus haut depuis 8 ans. Ce métal aux multiples propriétés industrielles est bien souvent considéré comme un indicateur avancé de la reprise économique. Or son prix progresse de plus 70% depuis le mois de mars dernier, indiquant que les marchés tablent sur une demande mondiale accrue pour le cuivre, signe de la bonne santé du secteur industriel. Assurant près de 28% de la production mondiale de cuivre, le Chili est le premier producteur mondial de cuivre. Avec une hausse de plus de 1% du prix du cuivre hier, le peso chilien s’est apprécié de +0,4% face à l’euro (890 CLP) et ainsi effacé une partie des pertes (-1,1%) subies vendredi dernier. Le peso chilien est en grande difficulté depuis le début de l’année et enregistre actuellement un repli de près de -4% face à l’euro depuis son récent point haut touché dans les premiers jours de janvier.

Publications statistiques

L’indice de sentiment des investisseurs en zone euro est retombé en février en territoire négatif durant le mois de février. Il ressort à -0,2 contre des attentes à 1,9.

En Allemagne, le surplus de la balance courante a augmenté de nouveau durant le mois décembre dernier, en partie grâce à un ralentissement important des importations (-0,1% M/M). La balance courante s’établit ainsi à 28,2 Mds€, soit une augmentation de 7 Mds€ du surplus durant le mois de décembre.

Aujourd’hui, les marchés seront attentifs aux statistiques d’inflation au Brésil et au Mexique publiées à 13h00 ainsi qu’à la publication du rapport JOLT d’ouverture de postes aux Etats Unis à 16h00.


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