Actualités du marché des devises

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févr. 05, 2021 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

L'EUR/USD ne résiste pas à la poussée des taux américains, la livre confortée dans son rallye par la BoE

 

Tendance du jour

L’optimisme perdure et de nouveaux sommets ont été atteints jeudi par les indices boursiers américains S&P500 (3872 points) et NASDAQ (13778 points). L’or noir continue lui aussi à progresser (+0,65% hier sur le contrat Brent) et profite largement de l’appétit au risque des marchés, aiguisé par les perspectives de rebond économique dans le monde. La progression des campagnes de vaccination et le net ralentissement des nouvelles infections aux Etats Unis et en Europe favorisent aussi ce scénario du retour à la normale. La confiance des marchés pourrait néanmoins quelque peu s’effriter sur cette fin de semaine au regard des déclarations inquiètes formulées ce matin par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) concernant l’efficacité des vaccins. La publication cette après-midi des chiffres officiels de l’emploi aux Etats-Unis (14h30) pourrait occasionner également quelques secousses selon l’écart éventuel du résultat final avec le consensus (+50k).

Sur le marché des changes, l’euro se reprend légèrement au lendemain de sa chute sous le seuil de 1,20 $. Le taux EUR/CHF corrige légèrement et revient tester le seuil de 1,08 ₣ après la publication ce matin d’une contraction plus importante que prévu des commandes industrielles en Allemagne (-1,9 % M/M). Les regards sont également fixés sur l’Italie où Mario Draghi a débuté les consultations pour former un nouveau gouvernement. Selon toute vraisemblance, l’ancien président de la BCE devrait obtenir assez de soutien pour former une majorité stable et éviter à l’Italie de nouvelles élections.

Dans la continuité des séances précédentes, le rouble (89,8 RUB) poursuit sa revalorisation sur fond de hausse continue des prix du pétrole, tout comme la livre turque qui profite de ses rendements élevés pour poursuivre son rallye qui la conduit ce matin à un nouveau pic de 6 mois face à l’euro à moins de 8,50 TRY.

La livre sterling est stable ce matin et consolide ses gains de la veille acquise en marge de la réunion de la banque d’Angleterre. Grâce au report des spéculations de baisse de taux, la devise britannique a réussi à briser le seuil de 0,88 £ et s’échange actuellement à un pic de presque 9 mois face à l’euro.

La Banque d’Angleterre soutient le rallye de la livre sterling

Alors que la Banque d’Angleterre (BoE) a opté pour un statu quo sur son taux directeur (0,1%) et son programme de rachat d’actifs (895 Mds£), les perspectives de taux d’intérêt négatifs ont été repoussées de plusieurs mois. En marge sa première réunion de l’année, la BoE a dévoilé les résultats de l’enquête réalisée fin 2020 auprès des établissements bancaires et fait savoir qu’il faudrait un délai de 6 mois pour que ces derniers puissent se préparer à un tel changement de politique monétaire. Quand bien même si par ses déclarations la banque centrale britannique repousse le spectre de taux négatifs à court terme, elle précise par ailleurs qu’elle n’y est pas forcément favorable et que les consultations menées n’impliquent pas qu’ils seront forcément introduits.

Compte tenu de la pression sanitaire au Royaume-Uni sur ce début d’année, la BoE a indiqué qu’elle tablait sur une contraction de l’activité de -4% au premier trimestre et a du coup révisé à la baisse sa projection de croissance pour cette année à 5% contre 7,25% estimé en novembre dernier. Elle reconnait par ailleurs que cette perspective reste hautement incertaine au regard de l’inconnu concernant la situation sanitaire et ces développements. La semaine dernière, le premier ministre britannique, Boris Johnson, a indiqué que les mesures de confinement actuelles resteront en place au moins jusqu’au 8 mars puis le gouvernement évaluera si les conditions sont réunies pour rouvrir graduellement l’économie à partir de cette date. Il est vrai que le confinement porte ses fruits puisque la moyenne mobile 7 jours des nouveaux cas journaliers de contamination au COVID a reculé hier à son plus bas niveau depuis 7 semaines (21 250 cas), néanmoins le volume reste supérieur à 20 000 ce qui signifie que la propagation reste encore élevée sur le territoire.

Sur fond de report des spéculations de possible baisse de taux de la part de la Banque d’Angleterre au 1er semestre, la livre sterling a accéléré son rallye face à l’euro et bondi de +0,8% jeudi. Butant depuis le début de la semaine sur le seuil de 0,88 £, le taux EUR/GBP a cassé cette barrière pour chuter à un nouveau creux depuis presque 9 mois à moins de 0,8750 £. Toujours sur la défensive ce vendredi matin, la paire de change affiche à ce jour un repli de -4,5% sur les 8 dernières semaines et s’apprête désormais à faire face à l’obstacle des 0,87 £, ancien support observé au T2 2020 et seuil sous lequel le taux de change n’a plus évolué depuis mars 2020. Le maintien d’un sentiment d’appétit au risque sur les marchés financiers ainsi que les divergences de dynamique de vaccination entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne sont à ce jour les deux principaux catalyseurs du regain d’intérêt des investisseurs pour la devise britannique.

L’EUR/USD conforte ses pertes sous le niveau des 1,20$

Rien ne semble pouvoir arrêter pour le moment la glissade de l’EUR/USD, et ce n’est pas le franchissement hier du seuil symbolique de 1,20 $ qui allait changer la donne. Sous couvert de bons résultats économiques aux Etats-Unis et de hausse en parallèle des rendements obligataires de long terme américains, le dollar se refait une santé, lui qui a depuis des mois subi les foudres des investisseurs voyant l’arrivée de vaccins et la reprise de l’économie mondiale comme un environnement plus propice à l’achat d’euro que de dollar. Or en quelques semaines, les choses ont bien changé. L’Europe n’apparait plus aussi attractive qu’auparavant au regard de la pression sanitaire qui s’exerce et des difficultés à ce jour rencontrées en matière de vaccination. À l’inverse, les Etats-Unis, à la faveur du choix politique de maintenir l’économie ouverte malgré la vigueur de la pandémie et de l’espoir procuré par les plans de la Maison Blanche de mettre sur pied un nouveau plan de relance massif de 1900 Mds$, apparaissent mieux armés que son homologue européen à la reprise.

Les signaux de forte reprise de l’économie américaine que laissent sous-tendre les récents bons résultats observés outre-Atlantique (à voir si cela se confirme sur la durée) continuent de stimuler les anticipations d’inflation de long terme, lesquelles entraînent dans leur sillage les taux d’intérêt qui eux influencent directement l’attractivité du billet vert. Ainsi, les anticipations d’inflation à 10 ans sont désormais proches du seuil de 2,2% et tutoient ses plus hauts niveaux observés depuis 2014. Les taux d’intérêt à 10 ans ont progressé à leur plus haut niveau depuis mars 2020 (1,15%), tandis que le taux 30 ans approche de ses plus hauts depuis un an (1,90 %).

Quand bien même si les résultats économiques publiés cette semaine en Zone Euro se sont majoritairement révélés meilleurs qu’attendu (PIB, inflation, ventes au détail, PMI manufacturier) et qu’une sortie d’impasse politique est en bonne voie en Italie, c’est paradoxalement cette semaine que l’euro plie face au dollar. Comme on l’avait déjà observé sur la période 2014-2016, la paire EUR/USD est très sensible aux divergences monétaires et à l’évolution des écarts de rendements obligataires entre les Etats-Unis et la Zone Euro. Le regain d’attractivité du dollar alimenté par la hausse des rendements obligataires américains est fatal et pourrait occasionner encore davantage de dommages à la paire de change dans les prochaines semaines, mois et trimestres, si les divergences devaient s’accroître et les spreads de taux s’écarter davantage. Il est intéressant d’observer le contraste entre le repli de la paire EUR/USD et la stabilité des paires EUR/CHF (1,08 ₣) et EUR/JPY (126 ¥), ce qui nous confirme que l’on est moins face à une dynamique de fléchissement de l’euro que de renforcement du dollar.

Un affaissement de la pression sanitaire en Europe et une accélération des campagnes de vaccination dans la région, sous couvert du maintien d’un environnement de faible volatilité sur les marchés financiers, pourraient aider l’euro à contenir les pressions baissières qui s’exercent sur lui. Un support localisé au niveau de 1,19 $ pourrait à ce titre aider la paire EUR/USD – du moins temporairement – à ralentir la phase de repli en cours.

La livre turque séduit à nouveau

La politique monétaire de la banque centrale turque commence à s’avérer fructueuse. Pour faire face à une inflation galopante, la banque centrale a doublé en 6 mois à peine son taux d’intérêt directeur, de 8,25% en juin dernier à 17% aujourd’hui. Cette politique audacieuse aura permis de mettre un coup d’arrêt à l’effondrement de la livre turque. Après avoir cédé plus de 50% de sa valeur entre janvier et novembre 2020 jusqu’à toucher un creux historique à plus de 10,0 TRY, la livre turque enregistre actuellement un rebond de presque +20% sur les trois derniers mois et oscille sur ce début février à un plus haut depuis le mois d’août dernier au niveau de 8,50 TRY.

Les marchés font ainsi le pari que les rendements des actifs turques sont désormais suffisamment attractifs pour justifier la prise de risque dans un pays économiquement et politiquement instable, miné par une inflation à deux chiffres depuis maintenant 4 ans. Pour le moment, la hausse des taux d’intérêt n’a pas eu l’impact souhaité sur l’inflation puisque la croissance des prix a bondi en janvier à un pic de 17 mois à presque 15%. Un résultat qui conforte les investisseurs dans l’idée que la banque centrale devrait poursuivre sa politique de durcissement monétaire cette année, ce qui laisse augurer des rendements encore plus attractifs.

Il reste à savoir jusqu’à quand l’appât du gain sera plus important que le facteur économique et les risques financiers qui entourent la Turquie. Pour le moment, la livre turque en profite mais demain il pourrait en être tout autrement.

Des statistiques d’emploi attendues aujourd’hui aux Etats Unis et au Canada

Après le rapport ADP mercredi, les chiffres hier d’inscriptions hebdomadaires aux allocations chômage aux Etats-Unis ont donné une image plus rassurante de la situation actuelle sur le marché de l’emploi américain. Si la situation reste tendue, on observe néanmoins un recul du nombre de nouvelles demandes d’aide à l’emploi pour la 3ième semaine consécutive, lequel se révèle être le volume le moins élevé observé sur les 9 dernière semaines (779 k). Le consensus (830k) ne tablait pas sur un repli aussi important aussi ce résultat a été favorablement accueilli par les investisseurs, et notamment les acheteurs de dollar. Si l’on reste sur des niveaux encore très élevés par rapport à ceux observés avant le début de la pandémie, ce sont les signes d’amélioration qui sont loués ici.

Il sera encore question d’emploi aujourd’hui côté américain à l’occasion de la publication du rapport NFP (14h30) qui dévoilera les statistiques officiels de création d’emplois non-agricoles au mois de janvier. Après les destructions observées en décembre (-140k), les économistes tablent sur un volume médian de création modeste de 50k sur ce début d’année. Cette médiane relève en réalité d’importantes divergences des avis sur la question comme l’illustre l’éventail large des projections des économistes sondés en amont du rapport (Min : -250k Vs. Max : +400k). Les chiffres publiés un peu plus tôt cette semaine via le rapport ADP des emplois dans le secteur privé laissent à penser que la probabilité penche plus pour une surprise positive et un volume plus important que prévu… ce qui conforterait la dynamique actuellement haussière du dollar.

Au Canada également, la situation de l’emploi sera décortiquée avec attention par les marchés (chiffres officiels du mois de janvier publiés à 14h30). Le taux de chômage au Canada devrait à nouveau augmenter d’après le consensus économique. Après avoir chuté à un plus bas de 8 mois à 8,5% au mois de novembre, le taux de chômage canadien était remonté à 8,6% en décembre et devrait à nouveau augmenter en janvier à 8,9% à la faveur de nouvelles destructions d’emploi pour le second mois consécutif (consensus : -47,5k vs. -62,6k en décembre). Le regain de vigueur de la pandémie n’est pas étranger à ces nouvelles détériorations attendues au niveau de l’emploi, lesquelles si elles persistent pourraient heurter la reprise au Canada.

Le dollar canadien a profité ces derniers jours de la faiblesse passagère de l’euro et du fort rebond des prix du pétrole de retour à leur plus haut niveau depuis un an pour se renforcer. La paire EUR/CAD enregistre actuellement un repli de près de -1,5% sur les 6 dernières séances et approche à nouveau à grand pas de ses plus bas de l’année et de la barrière de 1,53 C$ qui fait office de support du taux depuis le mois de juillet 2020. De mauvais chiffres de l’emploi pourrait donner un coup d’arrêt à la glissade de la paire de change et la faire remonter au-dessus du seuil de 1,54 C$.

Publications statistiques

En zone euro, les ventes au détail ont accéléré durant le mois de décembre. En progressant de 2% M/M (et 0,6% A/A), elles s’avèrent supérieures aux attentes des analystes (1,6% M/M et 0,3% A/A) et se redressent fortement en comparaison avec le mois précédent (-5,7% M/M et -2,2% A/A).

La Banque d’Angleterre a opté pour un statu quo sur son taux directeur (0,1%) et son programme de rachat d’actifs (895 Mds£). Elle a aussi repoussé dans les temps les perspectives de taux d’intérêt négatifs en déclarant qu’il faudrait 6 mois de délai aux banques pour s’y préparer.

Aux Etats Unis, le nombre d’inscriptions aux allocations chômage a augmenté de 779k la semaine dernière contre 812k la semaine auparavant (chiffre révisé à la baisse) et signe ainsi une troisième semaine de baisse consécutive.

Hier, sans surprise la banque centrale de République Tchèque a maintenu inchangé son taux directeur à 0,25%. Elle a aussi revu à la hausse ses prévisions de croissance pour 2021. Elle devrait ainsi s’élever à 2,2% contre des précédentes prévisions à 1,7%, favorisant les spéculations autour d’une hausse de taux dès cette année. La banque centrale table aussi sur un cours moyen de 25,8 CZK face à l’euro en 2021, soit le niveau actuel de la paire EUR/CZK.

Cette nuit, la banque centrale indienne a maintenu son taux directeur au niveau record de 4% afin de maintenir le soutien de la politique monétaire à la reprise économique. À l’avenir, la banque centrale n’aura plus d’autres choix que de devoir hausser les taux à nouveau, d’après le président de l’institution.

Les statistiques de commandes industrielles en Allemagne sont légèrement décevantes pour le mois de décembre. Elles se contractent de de -1,9% M/M, contre une progression de 2,7% M/M en novembre et des attentes des analystes à -1% M/M.

Pour finir, les marchés seront attentifs cet après-midi aux rapports sur l’emploi publiés au Canada et aux Etats Unis à 14h30.


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