Actualités du marché des devises

Retrouvez les dernières informations sur le marché des devises telles que EUR/USD, EUR/GBP, USD/JPY, GBP/USD.

févr. 04, 2021 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Le seuil de 1,20 $ en danger face à la poussée du dollar / La livre sterling attentive à la réunion de la BoE

 

Tendance du jour

Après une séance asiatique baissière, les marchés européens devraient ouvrir en ordre dispersé, notamment en léger retrait pour l’indice allemand DAX 30. Hier, la chute de l’indice de volatilité VIX sous le niveau des 23 faisait redescendre un peu la nervosité ambiante et alimentait l’appétit au risque des intervenants. Ce matin, le pétrole continue sa tendance haussière et progresse de plus de 0,50% (contrat Brent) et touche un nouveau pic depuis février 2020 à presque 59 $. Les bons résultats d’entreprise en Europe et aux Etats-Unis assurent une certaine continuité de cet élan haussier des bourses néanmoins la remontée rapide des taux d’intérêt aux Etats-Unis (nouveau pic depuis mars 2020 pour le taux 10 ans) et l’inquiétude des régulateurs américains face au récent épisode de volatilité sur les marchés illustré par la hausse du titre GameStop invitent à rester vigilant.

Sur le marché des changes, la paire EUR/USD poursuit inlassablement sa glissade et menace ce matin de chuter sous le seuil symbolique de 1,20$. Cette barrière a d’ailleurs été touchée ce matin pour la première fois depuis le 1er décembre 2020, et si elle venait à céder cela occasionnerait certainement des pertes plus importantes pour le taux. Les divergences de dynamique de reprise entre les Etats-Unis et la Zone Euro sont l’un des facteurs majeurs à l’origine de ce repli.

On notera la progression de 0,40% du dollar australien face à l’euro (1,57 A$), laquelle est portée ce matin par de bons chiffres du commerce extérieur en Australie. Le pays affichait en décembre un surplus commercial à un pic de 6 mois grâce entre autres aux exportations de fer chez son partenaire chinois.

Le yuan enchaîne une 9ième séance consécutive de hausse face à l’euro pour un gain cumulé qui avoisine les 2%, et tape ce matin à la porte du seuil de 7,75 ¥ depuis le mois de mai 2020. La dépréciation continue de l’euro cette semaine est à l’origine de ce mouvement baissier de l’EUR/CNY.

Grâce à la forte hausse du pétrole cette semaine, le rouble russe progresse à nouveau ce matin face à l’euro de 0,8%, soit environ 1,5% depuis le début de la semaine. Les risques de sanctions européennes à l’égard de la Russie dans le dossier Navalny apparaissent toutefois comme une épée de Damoclès qui pourrait venir couper la devise russe dans son élan. Le taux EUR/RUB était observé ce matin à un plus bas depuis 2 semaines sous le seuil de 91,0 RUB.

Pour finir, la paire EUR/GBP rebondit légèrement de 0,1% et s’éloigne de la barrière de 0,88 £ contre laquelle elle bute depuis le début de semaine alors que les regards seront focalisés ce jeudi sur la décision de la Banque d’Angleterre (13h00).

Réunion monétaire de la BoE à 13h00 et en République Tchèque à 14h30

La Banque d’Angleterre (BoE) publiera aujourd’hui à 13h00 le compte rendu officiel de sa première réunion monétaire de l’année. Il s’agira également de la première réunion depuis la signature de l’accord de libre-échange entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne et également depuis le lancement des premières campagnes de vaccination outre-Manche. Cela nous laisse à penser que malgré la recrudescence de contaminations en janvier liée à la découverte d’un variant plus contagieux et le choix des autorités britanniques d’opérer en janvier un troisième confinement national, un soupçon d’optimisme devrait dominer la communication de la banque centrale. Dans ce contexte, un large consensus table sur le maintien ce jeudi d’un statu quo sur les taux directeurs ; déjà à un plus bas historique de 0,1% ; et sur le programme de rachat d’actifs qui s’élève à ce jour à 895 Mds£.

Au regard du contexte sanitaire mais aussi économique qui reste très dégradé de l’autre côté de la Manche comme l’illustre la contraction en janvier de l’indice d’activité PMI ou encore la récente révision à la baisse des projections de croissance du FMI au Royaume-Uni pour 2021 (4,5% vs. 5,9% anticipé en octobre dernier), les banquiers centraux britanniques devraient réaffirmer leur engagement à maintenir des conditions de crédit accommodantes pendant une période prolongée. Un environnement de taux bas offre ainsi de la latitude au ministre des Finances, Rishi Sunak, pour emprunter à bas coût sur les marchés financiers et organiser la relance. Si le maintien des taux à leur niveau actuel paraît une moindre chose au regard des incertitudes actuelles, qu’en est-il de l’éventuel recours à des taux négatifs. Cette éventualité a été évoquée à maintes reprises par la Banque d’Angleterre l’année dernière d’où l’attention que porte les investisseurs à ce sujet et les différentes spéculations qui sont faites sur les marchés à terme. Il semblerait que pour le moment ce ne soit pas la priorité mais elle pourrait vite le devenir si jamais l’économie venait à souffrir davantage d’un confinement qui pourrait se prolonger au-delà du mois de février. Les conclusions de l’enquête que la banque centrale devrait prochainement rendre public sur le sentiment des établissements bancaires concernant l’application éventuelle de taux négatifs auront également une influence capitale dans le choix de considérer ou non cet outil monétaire dans un futur proche.

Il y a tout de même des motifs d’espoir comme la conduite des campagnes de vaccination dans laquelle le Royaume-Uni fait bien mieux que ses partenaires américains et européens. Hier le gouvernement britannique se félicitait d’avoir franchi la barre de 10 millions de personnes vaccinées outre-Manche (ie. personnes qui ont reçu au moins une dose), ce qui équivaut à près de 15% de la population totale de la région alors qu’au sein de l’Union Européenne le ratio avoisine seulement à ce jour le niveau de 3% (écart de 1 pour 5). La récente accélération de l’inflation au mois de décembre (0,6% contre 0,3% en novembre) est également un facteur qui laisse à penser que la BoE n’a pas de raisons de se précipiter à intervenir à nouveau et pourrait à cette occasion se montrer peu prolixe sur la question. Il n’est pas certain donc que les responsables monétaires viennent retirer le sourire présent sur le visage de la livre sterling depuis plusieurs semaines, à moins cependant qu’elle affiche un regard plus prudent que prévu sur les perspectives. On surveillera ainsi attentivement les nouvelles projections économiques de la banque publiées en marge de cette réunion et les éventuelles révisions opérées par rapport aux estimations réalisées en novembre dernier. Le taux EUR/GBP est sur une pente glissante qui l’a vu céder près de -4% sur les 8 dernières semaines jusqu’à atteindre un creux de 8 mois à 0,88 £. La paire de change peine sur ce début de semaine à franchir ce nouveau palier qui accréditerait davantage l’élan haussier de la livre sterling.

Les marchés n’auront pas uniquement à se focaliser sur la Banque d’Angleterre ce jeudi puisque son homologue tchèque dévoilera également dans l’après-midi (14h30) les conclusions de sa première réunion monétaire de l’année. La CNB ne devrait pas toucher à son taux directeur pour l’instant d’après les analystes sondés par l’agence de presse Reuters. Toutefois, les marchés anticipent une hausse de taux avant la fin de l’année. Récemment, le président de la banque centrale tchèque avait en effet déclaré que la banque centrale pourrait augmenter son taux directeur jusqu’à deux fois cette année.

Néanmoins, on peut questionner si les plans de la banque ne sont pas remis en cause par la recrudescence de la pandémie en Europe sur le début d’année mais aussi par la forte vigueur de la devise qui pénalise l’inflation. La couronne tchèque s’est appréciée de 7% face à l’euro depuis son point bas touché fin mars 2020 et oscille actuellement à son plus haut niveau depuis plus de 9 mois. Or parallèlement à cette appréciation de la devise, l’inflation tchèque n’a cessé de reculer en 2020 jusqu’à atteindre en décembre un creux de 2 ans à 2,3%. Si le niveau reste pour l’heure au-dessus de l’objectif de 2%, le fléchissement de la dynamique de croissance des prix pourrait pousser les banquiers centraux à prendre le temps avant de normaliser. Une approche plus prudente de la part de la banque concernant son orientation monétaire pourrait échauder les acheteurs de la couronne tchèque et à ce titre nous pourrions voir la paire EUR/CZK revenir se positionner au niveau du seuil de 26,0 CZK sous lequel elle a glissé au début du mois. Si la banque maintient au contraire son calendrier, la paire EUR/CZK pourrait alors poursuivre sa lente et continue glissade en direction du seuil de 25,5 CZK qui semble être le prochain niveau support majeur.

Une économie américaine résiliente

Les statistiques économiques publiées hier aux Etats-Unis se sont avérées bien plus positives qu’attendu, pour le plus grand plaisir du dollar qui en a profité pour accentuer sa progression.

Tout d’abord, l’enquête ADP a indiqué la création de 174k emplois dans le secteur privé en janvier, soit un volume trois fois plus important que ce qu’anticipait le consensus (49k) et qui vient effacer la totalité des destructions de postes observées au mois de décembre (-123k). Si les volumes restent inférieurs à ceux que l’on a pu observer sur la seconde moitié de 2020 (moyenne de +350k créations/mois), on peut tout de même louer le rattrapage à l’heure de la montée de doutes sur la capacité de reprise des économies face à la recrudescence de la pandémie observée sur le début d’année. Pas d’enthousiasme outre-mesure donc mais néanmoins une bonne nouvelle à relever. Ce rapport laisse également augurer un solide rebond de l’emploi en janvier à moins de 48 heures de la publication des chiffres officiels ce vendredi (rapport NFP). En attendant, on pourra se sustenter ce jeudi avec d’autres données relatives à l’emploi et le traditionnel rapport hebdomadaire d’inscriptions aux allocations chômage (14h30). Depuis quelques semaines, on note une inflexion du nombre d’inscrits, aussi il faudra voir si cette dynamique se confirme et s’intensifie (consensus : 830k = plus bas depuis 4 semaines).

On l’attendait en baisse et finalement l’activité non-manufacturière du secteur privé a contre toute attente progressé au mois de janvier et ne s’était plus aussi bien portée depuis deux ans. L’indice PMI des services confirmait cette dynamique et a atteint hier un plus haut depuis 2015.

Malgré le regain de vigueur de la pandémie, l’économie américaine a affiché une solide dynamique en janvier comme le laisse suggérer les différentes enquêtes d’activité publiées à ce jour. Ce qui n’a pas été le cas d’autres régions comme la Chine ou bien l’Europe qui ont tous les deux pâti du retour des restrictions imposées par les autorités gouvernementales pour stopper la progression du virus. Les bons résultats récents de l’économie américaine portent néanmoins préjudices aux vœux de la Maison Blanche de faire adopter un nouveau plan de relance massif de 1900 Mds$, soit plus du double que le montant voté en décembre dernier (900 Mds$). Les démocrates semblent néanmoins prêts à se passer du soutien des républicains qui souhaiteraient réduire le montant de l’aide. Un premier vote au Congrès s’est tenu mardi pour lancer une procédure de réconciliation budgétaire qui permettrait aux démocrates de faire voter le plan de soutien à la majorité simple sans craindre d’obstruction parlementaire.

Les bonnes nouvelles sur l’économie américaine et l’optimisme imperturbable des marchés concernant la probable adoption prochaine du plan de relance de Joe Biden ont poussé les taux obligataires 10 ans à un nouveau pic depuis mars 2020 à 1,14%, lesquels ont entraîné dans leur sillage le dollar. Le taux EUR/USD a frôlé hier le seuil symbolique de 1,20 $ sans toutefois le toucher. C’est chose faite ce matin puisque la paire de change reste toujours sur la défensive et menace de se déprécier davantage. Elle cumule à ce jour -2,5% de pertes sur les 4 dernière semaines et oscille actuellement à son plus bas niveau depuis 2 mois après avoir un peu plus tôt cette année touché un pic de plus de 2 ans à 1,2350 $. Les divergences économiques et monétaires entre les Etats-Unis et la Zone Euro refont surface et menacent d’occasionner des pertes plus importantes au taux EUR/USD si elles devaient s’accroître davantage.

 

Un appétit au risque inassouvi qui profite aux devises émergentes

Les bourses mondiales gardent le sourire après un rallye haussier ininterrompu depuis 320 jours. Les principaux indices boursiers se maintiennent à des sommets de plusieurs années, voire des sommets historiques. L’appétit au risque des marchés se ressent aussi sur les matières premières telles que le pétrole, en hausse de plus de 200% en Europe depuis le creux d’avril dernier, ou encore les métaux tels que le minerai de fer ou le cuivre qui malgré un récent repli oscillent tous les deux sur leurs plus hauts niveaux depuis 2013. Dans un environnement de taux bas et de regain d’appétit au risque, les investisseurs ont alors tendance à se tourner vers les actifs émergents qui sont plus rémunérateurs.

Ainsi, l’indice action MSCI des marchés émergents tutoie actuellement son record historique et de nombreuses devises émergentes profitent de ces mouvements de capitaux à la faveur des actifs « risqués ». Le yuan face à l’euro a par exemple touché un sommet de 8 mois à 7,7584¥. Dans la même dynamique, la livre turque progresse de plus de 15% face à la devise européenne depuis le creux de novembre dernier. Dans cette ruée généralisée vers le risque, les devises d’Amérique du sud retrouve le sourire et revient se positionner à hauteur de ses plus hauts niveaux observés depuis mars à hauteur du seuil de 18,0 ZAR. Les devises sud-américaines ont depuis quelques jours le vent en poupe et surperforment en ce moment ses homologues asiatiques. La décote et la rémunération de ces devises se révèle plus intéressante, d’où cette dynamique. Le réal brésilien a enchaîné hier une 3ième séance consécutive de rebond face à l’euro pour remonter à un pic de 2 semaines non loin du seuil de 6,40 BRL.

Ce rallye des actifs « risqués » génère toutefois quelques appels à la prudence au sein même de la communauté financière. Certains professionnels s’inquiètent en effet d’un scénario de bulle spéculative qui risquerait de déstabiliser les marchés financiers et l’économie si celle-ci venait à éclater. Les autorités américaines de régulation s’inquiètent elles aussi de la volatilité qui s’est récemment emparée de certains actifs comme le titre Gamestop. La nouvelle secrétaire au Trésor américaine, Janet Yellen, s’est d’ailleurs emparée du sujet, preuve s’il en est que ce regain de volatilité significatif ne laisse pas indifférent.

Ces événements anecdotiques pourraient bien renforcer la conviction de la nouvelle administration américaine que de nouvelles règlementations du secteur financier sont nécessaires. Un choix qui paradoxalement pourrait refroidir les intervenants de marché et générer quelques mouvements correctifs.

Publications statistiques

L’indice PMI final du secteur des services en zone euro s’élève à 45,4 au mois de janvier, soit une légère accélération de la contraction de l’activité par rapport à décembre (46,4). Pour le cinquième mois consécutif, l’activité des services se contracte en zone euro.

La tendance est semblable au Royaume Uni où l’indice des services chute sur des niveaux de mai 2020 à 39,5. Globalement, les chiffres britanniques et européens sont toutefois légèrement supérieurs aux attentes.

En zone euro, la statistique d’inflation a créé la surprise. Avec une hausse de 1,4% A/A, l’indice CPI excluant les prix de l’énergie et de la nourriture est à un sommet d’un an et connait une accélération sans précédent depuis de nombreuses années. Cette remontée des prix pourrait enlever un peu de pressions sur les épaules de la BCE à intervenir de nouveau.

L’enquête ADP du marché de l’emploi a montré que l’économie américaine a créé durant le mois de janvier 174k emplois, une dynamique de création d’emplois supérieure aux attentes (49k). Ce chiffre est d’autant plus positif qu’en décembre 78k emplois avaient été détruits. L’indice ISM non manufacturier qui signe ainsi un 4ème mois consécutif d’expansion, est ressorti à 58,7 au mois de janvier contre des attentes à 56,8 et un résultat à 57,7 en décembre dernier. L’indice PMI des services (58,3) confirme aussi cette dynamique et frôle hier un plus haut depuis 2015.

En Pologne, la banque centrale a laissé son taux directeur inchangé au plancher historique de 0,10%.

Aujourd’hui, les marchés seront attentifs à la publication des statistiques de ventes au détail en zone euro à 11h00, le rapport hebdomadaire d’inscriptions aux allocations chômage aux Etats Unis à 14h30, ainsi que les commandes d’usine toujours aux Etats Unis à 16h00.

Les banques centrales britanniques (13h00) et Tchèque (14h30) publieront leur premier communiqué monétaire de l’année.


Recevez les dernières actualités sur le marché des devises

Publié cinq fois par semaine, ce bulletin d'information présente au quotidien des tendances et des activités qui touchent le marché sous forme d'actualités faciles à comprendre.