Actualités du marché des devises

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févr. 03, 2021 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

L’arrivée probable de Draghi en Italie permet à l’euro de souffler

 

Tendance du jour

Le contexte global de reprise économique, favorisée ces derniers jours par une baisse notable des contaminations au coronavirus dans le monde et depuis des mois par les mesures de soutien budgétaires et monétaires, continue à soutenir l’appétit au risque des marchés.

On a assisté cette nuit à une séance asiatique mitigée, avec notamment des indices chinois en recul face aux niveaux signaux de ralentissement de l’économie chinoise illustrés par le repli de l’indice d’activité Caixin du secteur des services à un plus bas depuis mai. Néanmoins, dans l’élan de la remontée hier des indices boursiers américains proche de leur pic historique, la séance européenne devrait ouvrir dans le vert. Outre l’influence américaine, les acteurs européens se réjouissent ce matin de bonnes nouvelles en provenance d’Italie et d’une éventuelle résolution de l’instabilité politique actuelle. Les marchés applaudissent le choix du président italien Sergio Mattarella de proposer à Mario Draghi, l’ancien gouverneur centrale de la BCE, de former un nouveau gouvernement majoritaire après l’échec des négociations autour d’une nouvelle coalition dirigée par Giuseppe Conté. Selon toute vraisemblance, Draghi devrait faire l’unanimité et obtenir assez de soutien, aussi bien de la gauche que de la droite, pour diriger la 3ième économie de la Zone Euro. Le spread de taux 10 ans entre l’Italie et l’Allemagne chute fortement ce matin et retombe à un plus bas depuis plus de 3 semaines, ce qui a le mérite de pousser légèrement à la hausse les paires EUR/JPY (126,5 ¥) et EUR/CHF (1,08 ₣), et de freiner au passage le repli en cours de l’EUR/USD (1,2050 $).

Les devises cycliques repartent quant à elle de l’avant face à une devise européenne déprimée. Le dollar néo-zélandais bondit ce matin de plus de 0,40% et franchit le niveau des 1,67 NZD pour la première fois depuis 1 an.

Alors  que  l’euro  limite  globalement  la  casse  ce  matin  face  aux  devises  émergentes,  à  la différence de la séance d’hier, le rand sud-africain titille ce matin ses plus hauts de l’année et le seuil support de 18,0 ZAR. La livre turque reste orientée à la hausse et remonte ce matin à un pic depuis le mois d’août à 8,60 TRY.

Après avoir tutoyé ses plus hauts niveaux depuis le mois de mai face à l’euro matérialisés par le seuil de 7,75 ¥, le yuan est à l’équilibre ce matin et voit son ascension stoppée par les signaux de ralentissement de la reprise en Chine.

L’euro en danger ? L’EUR/USD menace de chuter sous les 1,20 $

Le début de séance positif de l’euro nous a fait mentir. Le sentiment des marchés à son égard reste en effet résolument dégradé comme en témoigne hier le nouveau mouvement correctif généralisé de la devise européenne. Comme déjà évoqué depuis plusieurs semaines, les perspectives économiques en Zone Euro apparaissent plus détériorées que dans les autres régions développées, en raison à la fois des restrictions sanitaires strictes qui y sont actuellement imposées et qui pourraient se prolonger sur la fin du premier trimestre (prolongation du confinement aux Pays-Bas jusqu’à début mars), mais aussi de la lenteur rencontrée dans la distribution des vaccins causée par des soucis de production.

Alors qu’on avait loué en fin de semaine dernière la résilience des économies européennes et leur haute capacité d’adaptation à l’environnement de restriction, les investisseurs n’ont guère été surpris, ni même soulagé à la lecture mardi des premières estimations de croissance en Zone Euro au 4ième trimestre 2020 qui se sont révélées un peu mieux que ne l’anticipait le consensus. Un peu mieux, il est vrai, mais rien non plus d’enthousiasmant. L’activité s’est contractée de -0,7% dans la région sur les trois derniers mois de l’année dernière, et non pas de -1%. Une maigre consolation qui ne permet cependant pas de dissiper le risque d’un scénario de nouvelle récession au 1er trimestre de cette année. La publication ce mercredi de l’estimation finale des indices d’activité dans le secteur des services en janvier (10h00) ne devrait à priori pas changer la donne mais au contraire confirmer la vulnérabilité de cette branche d’activité aux restrictions sanitaires.

Aujourd’hui, les marchés seront également attentifs à la publication des statistiques préliminaires d’inflation dans la zone euro à 11h00. Hier, l’inflation française au mois de janvier est ressortie à 0,8% A/A contre 0,0% au mois de décembre. Une dynamique inflationniste plus forte qu’attendu pourrait venir dissiper les risques de nouvelles mesures de soutien de la BCE à court-terme, et ainsi redonner un peu d’allant à l’euro qui en manque cruellement sur ce début de semaine.

Le taux EUR/USD a subi mardi une nouvelle séance de repli et chuté à cette occasion à un plus bas depuis 2 mois sous le seuil support de 1,2050 $. La paire reste légèrement sur la défensive ce matin mais limite les pertes pour le moment sur fond de lueurs d’optimisme en provenance d’Italie autour d’un nouveau gouvernement dirigé par l’ancien président de la BCE Mario Draghi. Un repli sous le seuil symbolique de 1,20 $ enverrait un signal fort au marché et pourrait à cet égard accroître un peu plus les pressions baissières s’exerçant sur l’euro. Le taux EUR/CHF a vu son ascension stoppée nette mais a néanmoins réussi à se maintenir au-dessus du seuil de 1,08 ₣. Le taux EUR/JPY, que l’on avait vu remonter la semaine dernière tout proche de ses plus hauts depuis 2 ans à plus de 127 ¥, est retombé sous ce niveau.

Des statistiques pour confirmer le ralentissement économique américain

Au cours de cette journée chargée en statistiques économiques, les Etats Unis publieront notamment coup sur coup l’enquête ADP sur l’emploi dans le secteur privé (14h15) et l’indice d’activité ISM non-manufacturier (16h00).

Les analystes s’attendent à +49k créations d’emplois durant le mois de janvier dans le secteur privé. La dynamique devrait certes repasser en territoire positif (destruction de 123k emplois durant le mois de décembre) mais accuse un net fléchissement depuis le mois de juillet. Après avoir détruit 19,5 Mls d’emplois entre le mois de mars et le mois d’avril, l’économie américaine n’a depuis absorbé moins de la moitié de ses pertes.

L’indice d’activité ISM non-manufacturier devrait lui aussi montrer une légère inflexion en janvier par rapport au mois de décembre. Les analystes sondés par l’agence de presse Reuters tablent en effet sur un résultat à 56,8 contre 57,7 en décembre. Il s’agirait d’une dynamique similaire à celle entrevue en novembre dernier et en ligne avec les résultats observés depuis le mois de juin (indice relevé entre 56,2 et 57,7). Un résultat en-dehors de ce couloir marquerait un petit signe d’essoufflement de la reprise en raison de la recrudescence de contaminations sur le début d’année aux Etats-Unis, et pourrait à cette occasion entamer la bonne conduite du dollar depuis le début de semaine.

On suivra également aux Etats-Unis les développements autour du plan de relance alors que les démocrates  ont  ouvert  la  procédure  de  réconciliation  budgétaire  qui  devrait  leur  permettre d’assurer un vote du plan de relance au Sénat sans craindre une procédure d’obstruction de la part des républicains. Malgré la main tendue par un groupe de sénateurs républicains modérés proposant un plan de relance au montant réduit (600 Mds$ vs. 1900 Mds initialement souhaité par Joe Biden), le camp de la majorité semble être décidé à avancer rapidement sur ce dossier, d’où le sursaut d’optimisme observé sur les marchés boursiers cette semaine.

L’important repli observé sur le titre GameStop aux Etats-Unis ou encore sur les cours de l’argent après la frénésie des derniers jours participe également au regain de confiance des intervenants de marché, laquelle a tendance à favoriser les devises cycliques et émergentes au détriment des valeurs dites refuges telles que le yen et le franc suisse. Le dollar échappe à cette tendance et marque un regain d’intérêt parmi des investisseurs qui en très large majorité pariaient sur sa baisse en fin d’année dernière. Le niveau record des positions nettes de ventes de dollar face aux autres devises sur les marchés à terme américains (source CFTC) témoigne d’une certaine unilatéralité des acteurs financiers à parier à la baisse sur le dollar. Or cette vision tend peu à peu à se fracturer sur ce début d’année sachant que l’on voit une reprise qui semble s’accélérer plus rapidement aux Etats-Unis que dans les autres pays/régions développées.

La hausse des barils de brut entraine les pétro-devises dans son sillage

Dans un contexte global de détente du risque lors de la séance d’hier, le prix du baril de Brent a progressé jusqu’à +3% en cours de séance. En atteignant le niveau des 58 $, le baril de Brent a atteint son plus haut niveau depuis février 2020 et a désormais quasiment effacé la totalité des pertes subies à l’hiver dernier au moment de la première vague de contamination et des tensions sur les prix entre l’Arabie Saoudite et la Russie. Aux Etats-Unis, le prix du pétrole (indice WTI) est actuellement à un plus haut depuis un an et surfe sur l’optimisme général autour du plan de relance américain qui pourrait être voté par les démocrates dans les prochains jours sans l’appui des républicains, ainsi que sur la forte dynamique de reprise de l’industrie américaine.

À la base de cette remontée des prix de l’or noir, il y a bien sûr l’optimisme général autour d’une forte reprise de l’économie mondiale cette année grâce au déploiement massif de vaccins, mais aussi  l’anticipation  d’un  maintien  prolongé  de  restrictions  en  matière  de  production  lors  des prochains mois. Si l’organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) a déjà procédé à deux reprises, en décembre et en janvier, à un rehaussement des quotas de production, à chaque fois le volume de barils réintroduit s’est révélé relativement modeste, marquant ainsi la prudence des membres du cartel à réintroduire une trop forte offre sur les marchés compte tenu des incertitudes sanitaires  persistantes.  Une  enquête  publiée  par  Reuters  mardi  a  indiqué  une  hausse  moins importante qu’anticipé de la production pétrolière par les membres de l’OPEP, et ainsi confirmé aux marchés une réelle volonté chez les pays exportateurs à ne pas trop produire.

En maintenant une offre réduite face à une demande qui, à priori, ne devrait faire que remonter au gré de l’accélération des campagnes de vaccination à travers le monde, les prix du pétrole devraient continuer à progresser graduellement, et potentiellement revenir assez rapidement en Europe sur ses plus hauts niveaux de 2020 à hauteur de 70 $. Le rebond du baril, qui s’élève sur le Brent à 13% depuis le début de l’année, ne laisse pas les marchés des changes insensibles. Surtout pas les devises de pays exportateurs de cette ressource naturelle qui voient dans des prix élevés une nouvelle manne de revenue potentielle.

Les devises les plus sensibles aux gains du pétrole ont été les devises sud-américaines, lesquelles sont victimes sur le début d’année d’un certain désamour des investisseurs en raison de la recrudescence de la pandémie sur le continent sud-américain. Ainsi, le peso colombien et le real brésilien ont tous les deux bondi de plus de 1% face à l’euro et clôturé à un pic depuis 8 séances. Le dollar canadien a lui aussi vivement rebondi mardi et enchaîné une 3ième séance consécutive de hausse face à l’euro (gain cumulé de +1%) pour clôturer à son plus haut niveau depuis 8 séances sous 1,54 C$. La couronne norvégienne a enregistré un gain modeste de +0,2% (10,36 NOK) tandis que le rouble russe a conclu la séance à l’équilibre (91,7 RUB) en raison des risques de sanction qui pèsent sur la Russie à propos de la détention du dissident politique Alexei Navalny.

Publications statistiques

Hier, la contraction de l’activité durant le dernier trimestre 2020 en zone euro s’est limitée à -0,7% T/T alors que les analystes tablaient sur une contraction de -1,0% T/T. Cette résilience de la croissance de la zone euro n’aura pas permis à la devise européenne de se redresser, bien au contraire.

Cette nuit, l’indice PMI des services chinois montre un net ralentissement de ce secteur d’activité au mois de janvier. L’indice ressort ainsi à 52,0 contre 56,3 le mois précédent et retombe à un plus bas depuis le mois de mai.

Aujourd’hui, les marchés seront attentifs à la publication des indices PMI finaux des services en zone euro (10h00), au Royaume Uni (10h30) et aux Etats Unis (14h45). La zone euro publiera aussi à 11h00 ses statistiques préliminaires d’inflation. Aux Etats Unis, l’enquête ADP du marché de l’emploi à 14h15 et l’indice ISM non-manufacturier à 16h00 clôturera une journée chargée en statistiques économiques.


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