Actualités du marché des devises

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févr. 02, 2021 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Un mois de février qui débute sous les meilleurs auspices / décision surprise de la RBA en Australie

Tendance du jour

Le mois de février commence de la meilleure des manières grâce à un optimisme renouvelé. En Europe, l’espoir d’une accélération des vaccinations se dessine après les annonces coup sur coup des laboratoires AstraZeneca et Pfizer d’une augmentation conséquente de la livraison de doses au 1er et 2nd trimestre. Aux Etats-Unis, les négociations sur le plan de relance américain s’amorcent entre démocrates et républicains et un accord bipartisan peut être envisagé. Sortant de leur pire semaine depuis octobre, les marchés américains ont fortement rebondi lundi, bien portés par les valeurs technologiques (hausse de l’indice Nasdaq de 2,6%) et le pétrole (+2,6% pour le WTI américain). Le déplacement de la frénésie autour du titre GameStop sur les cours de l’once d’argent n’a pas réellement perturbé les marchés. Après une séance asiatique à la hausse, la séance européenne devrait débuter de manière positive. Autre indice, le baril de Brent qui progresse ce matin à un pic depuis 11 mois à 57 $.

Sur le marché des changes, l’euro profite de cette vague d’optimisme pour se reprendre face au dollar et s’écarter du seuil de 1,2050 $ qu’il a de nouveau tutoyé hier. Le taux EUR/CHF connait un petit coup d’arrêt après trois séances consécutives de hausse mais se maintient néanmoins toujours à plus de 1,08 ₣.

Les devises pétrolières telles que la NOK (10,3 NOK) ou le dollar canadien (1,5450 C$) progressent vivement face à l’euro ce matin et surfent sur la nouvelle hausse des prix du pétrole qui retrouvent ce matin leur plus haut niveau depuis février 2020. Le dollar australien (1,5850 A$) cède du terrain et pâtit de l’annonce surprise de la part de la Réserve bancaire australienne d’un doublement de son programme de rachat d’actifs de 100 Mds A$.

Ce matin, le yuan repart aussi de l’avant de plus de 0,30% et tutoie ce matin ses plus hauts niveaux depuis 2 mois face à l’euro à quelques encablures du seuil de 7,80 ¥, cela malgré les nouvelles injections de liquidité réalisées ce matin par la banque centrale chinoise (78 Mds¥) destinées à palier un risque d’assèchement sur les marchés du crédit. Les investisseurs jugent favorables l’action de la banque centrale qui vient atténuer la nervosité récente provoquée par la hausse de taux interbancaires 1 semaine (indice Shibor) à un pic de 6 ans. Le peso mexicain (24,5 MXN) poursuit ce matin sur son élan de la veille en progressant de 0,50% face à l’euro, ce qui porte ses gains à près de 2% en seulement deux jours.

Europe : après la pluie, le beau temps ?

Le scénario du pire n’a pas encore eu lieu en zone euro. Alors qu’une majorité des institutions financières ont dégradé les perspectives économiques de la zone, la douche froide n’a pas réellement eu lieu vendredi dernier lors de la publication des statistiques de croissance au 4ème trimestre 2020 en Allemagne, en France et en Espagne. L’Allemagne et l’Espagne ont ainsi évité de justesse une nouvelle contraction économique (+0,1% T/T et +0,4% T/T respectivement) alors que la France affichait une contraction bien moins forte que prévu (-1,3% T/T vs. consensus -4,0%). La révision à la hausse lundi de l’indice d’activité PMI dans le secteur manufacturier en Zone Euro, lequel indique un niveau d’activité très proche du pic de 2 ans 1/2 atteint en décembre dernier, renforce lui-aussi l’impression d’une certaine résilience des économies européennes face aux restrictions sanitaires. La publication ce mardi en fin de matinée (11h00) des premières estimations de croissance en zone euro au 4ème trimestre devrait à priori conforter cette idée si d’aventure le résultat se révélait lui-aussi supérieur aux attentes (consensus : -1,0% T/T).

Si l’économie résiste mieux que prévu, elle reste néanmoins sur le déclin face à la pandémie et aux lenteurs en matière de vaccination qui laissent augurer un possible maintien prolongé des restrictions sanitaires dans le temps. On peut tout de même espérer une accélération sur le second point sachant que Bruxelles fait son possible pour régler le problème d ’approvisionnement de vaccins en Europe. Sur ce dossier, on a eu lundi une bonne nouvelle. Après l’annonce dimanche de la société AstraZeneca de livrer 9 millions de doses supplémentaires à l’Union Européenne d’ici la fin du 1er trimestre, les laboratoires Pfizer/BioNTech ont indiqué lundi qu’ils respecteraient leurs engagements sur le 1er trimestre et qu’ils comptaient par la suite augmenter à hauteur de 75 millions de doses leur production pour le compte de l’UE au second trimestre. Après un retard à l’allumage qui fait que les européens sont clairement à la traîne en matière de vaccination, un rattrapage pourrait s’opérer dans les prochains mois.

Autre bonne nouvelle, cette fois sur le volet politique. Les incertitudes politiques italiennes pourraient se lever dans les semaines à venir alors que le président Sergio Mattarella doit étudier aujourd’hui les différentes propositions de gouvernement. Si à ce jour, l’issue la plus probable reste celle d’une probable reformation de la même coalition à trois gouvernée par Giuseppe Conté et composée du Parti Démocrate, du Mouvement 5 Etoiles et d’Italia Viva de l’ancien première ministre Matteo Renzi, des tensions subsistent autour de la composition de la nouvelle équipe gouvernementale. Renzi ne serait pas favorable à la reconduite à leur poste des ministres des finances (R. Gualtieri) et de la Justice (A. Bonafede) alors qu’au contraire Conté souhaiterait le maintien d’une certaine stabilité et continuité sur les portefeuilles clés de son gouvernement. Si le conflit entre les deux responsables pourrait avoir raison de cet attelage politique, d’autres rumeurs évoquent la possibilité d’un gouvernement composé de technocrates avec à sa tête l’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi. La presse italienne a révélé hier que Renzi appuierait cette candidature, ce qui a immédiatement entraîné un recul des taux obligataires à 10 italiens. Les marchés y voient là des facteurs qui laissent à penser qu’une résolution est en bonne voie et qu’une élection anticipée est à ce jour peu probable.

Face à la levée progressive de ces incertitudes, la devise européenne poursuit sa revalorisation face au franc suisse amorcée vendredi dernier. Le taux EUR/CHF vient d’enchaîner trois séances consécutives de hausse pour un gain cumulé qui avoisine +0,5%. Le taux EUR/CHF oscillait encore ce matin à proximité de ses plus hauts niveaux depuis 3 semaines à plus de 1,08 ₣. Néanmoins le plafond de 1,09 ₣ apparaît encore une marche pour le moment trop haute à gravir comme le laisse suggérer l’affaissement des pressions haussières ce mardi. Il pourrait toute de même s’agir d’une embellie passagère car la paire n’est pas à l’abri de connaître de nouvelles déconvenues dans le futur au regard du contexte sanitaire qui reste toujours hautement incertain en Europe.

De nouvelles pressions inflationnistes aux Etats Unis ?

Hier, la publication de l’indice d’activité ISM du secteur manufacturier aux Etats Unis donne de nouveau du grain à moudre aux spéculations de possible hausse soudaine et significative des pressions inflationnistes en marge de la reprise. Si l’activité industrielle voit sa croissance légèrement ralentir par rapport au mois de décembre (58,7 vs. 60,7 en décembre), l’indice sous-jacent de prix a lui bondi sur le premier mois de l’année à un pic depuis 2011 (82,1 vs. 77,6 en décembre). Si la forte hausse des prix des matières premières et des coûts de fret maritime peut expliquer cette dynamique, ce résultat s’inscrit également dans une dynamique de forte reprise de la production industrielle à travers le monde depuis plusieurs mois cumulé à une forte baisse du dollar à un creux de plus de 2 ans face à ses principaux pairs tels que l’euro ou la livre sterling. Les anticipations d’inflation à 10 ans restent élevées à plus de 2%, tout proche du pic de 2 ans atteint en janvier dernier. Une hausse des pressions inflationnistes dans le temps pourrait avoir une influence majeure sur les futurs choix de la réserve fédérale américaine, et notamment possiblement provoqué de sa part un durcissement prématuré des conditions monétaires (ie. biais haussier sur le dollar).

La mesure phare du plan de relance américain proposé par Joe Biden qui prévoit de doubler le salaire minimum de 7,25 $ à 15 $ pourrait également, sous condition d’approbation du plan par le Congrès, favoriser une hausse des prix aux Etats-Unis dans les prochains mois. Si la présidence aimerait trouver un accord bipartisan pour faire voter cette nouvelle enveloppe d’aide au Sénat, l’exécutif fait actuellement face à une levée de bouclier dans le camp républicain de sénateurs opposés à une nouvelle hausse significative des dépenses. Un groupe de 10 sénateurs républicains modérés a toutefois été reçu lundi à la Maison Blanche pour proposer un plan alternatif d’un montant autour de 500-600 Mds $, soit trois fois moins que le plan initial soutenu par les démocrates (1900 Mds$). Aucun accord n’a été trouvé mais des négociations pourraient se poursuivre.

Le président américain a la possibilité de tenter de faire passer son plan en force via une procédure de réconciliation budgétaire qui lui permettrait de contourner toute tentative d’obstruction parlementaire et de faire voter le projet de loi à la majorité simple, néanmoins il risquerait avec une telle approche de brouiller sa relation avec l’opposition dès le début de son mandat, ce qui pourrait avoir des conséquences pénalisantes par la suite.

Alors que l’on voit percer un semblant de divergences en matière de dynamique de reprise entre les Etats-Unis et la Zone Euro, les données publiées hier ravivent également les spéculations de possibles divergences monétaires à venir si jamais la Fed venait à réduire son soutien monétaire bien avant son homologue européenne et ainsi engendrer un élargissement des spreads de rendements obligataires entre les deux régions. Ainsi, le dollar a débuté le mois de février dans le vert face à l’euro et l’EUR/USD est retombé sous le seuil de 1,21 $ pour revenir tutoyé ses plus bas niveaux depuis 2 mois à proximité du seuil de 1,2050 $. Le franchissent de ce support pourrait ouvrir la porte à une baisse plus importante de la paire en direction des 1,20$.

Le peso mexicain profite du rebond de l’argent

La frénésie spéculative observée depuis plusieurs jours sur les marchés financiers depuis deux semaines se répercute désormais sur les matières premières. Après l’épisode du titre GameStop dont le cours a bondi de plus de 1000 % en l’espace d’une semaine (sur la base du point haut touché jeudi 28 janvier), une communauté de petits porteurs très actifs sur le réseau social Reddit avait décidé ce lundi de porter leur intérêt ce lundi sur l’once d’argent dont le prix apparaissait décoté. En hausse depuis la fin de semaine dernière, le prix du métal précieux s’est envolé lundi et progressé jusqu’à 11% en séance lundi pour atteindre un pic de près de 8 ans à plus de 30 $ avant de finalement retracer en fin de journée.

Le peso mexicain, devise du premier producteur et exportateur mondial d’argent, n’a pas été insensible à cette flambée des prix du métal. Celui-ci a en effet progressé hier de +1,6% face à l’euro, et ainsi effacé une large partie des pertes subies vendredi dernier (-1,7%). Le peso mexicain reste orienté à la hausse ce matin et revient se repositionner au niveau de 24,5 MXN après avoir conclu la semaine dernière à un creux de 3 mois à presque 25,0 MXN.

Décision inattendue de la RBA

La banque centrale australienne (RBA) qui tenait sa première réunion monétaire cette nuit a décidé de laisser son taux directeur inchangé au niveau record de 0,1%. De manière inattendue, la RBA a toutefois annoncé une augmentation de son programme de rachat d’actifs de 100 Mds A$ - il double ainsi son programme initial arrivant à échéance en avril - afin de soutenir la reprise économie du pays et indiqué au passage son intention de ne pas relever ses taux directeurs avant 2024.

La RBA s’est engagée à maintenir des conditions de financement très avantageuses afin de parvenir à l’objectif de 4,5% de taux de chômage en Australie (actuellement à 6,6%) et une inflation entre 2 et 3% (indice CPI à 0,9% A/A). Ces objectifs ne seront probablement pas atteints avant au moins 2024 d’après Philip Lowe, président de la RBA, malgré la réouverture de l’économie australienne qui a pu maitriser la pandémie de coronavirus. Ce vendredi, la RBA publiera ses projections de croissance trimestrielles, ce qui permettra de jauger le rythme de reprise conjoncturelle anticipé par la banque.

La décision de la RBA a douché les spéculations d’une normalisation monétaire rapide en Australie. La reprise économique est en effet forte en Australie, notamment grâce à l’effet d’entrainement de la Chine et de la forte hausse des métaux de base utilisés par l’industrie dont l’Australie est le principal exportateur.

Néanmoins, au regard de l’incertitude encore très élevée autour de la reprise économique mondiale, qui reste exclusivement liée à l’efficacité des vaccins et leur distribution massive, mais également aux signes de surchauffe observés sur le marché immobilier australien, les banquiers centraux devraient prendre leur temps avant de normaliser les conditions monétaires. Il s’agit de ne pas provoquer de chocs susceptibles de mettre en péril la reprise, ni même de favoriser un renforcement de la devise sous peine de perdre en attractivité au niveau des exportations.

Le choix de la banque centrale australienne d’appuyé son soutien pénalise le dollar australien, lequel cède du terrain face à l’euro pour s’échanger à 1,5850 A$. Les pressions baissières restent pour le moins modérées ce matin et le taux EUR/AUD ne semble pas en mesure d’égaler les récents sommets touchés la semaine dernière à presque 1,5950 A$ à l’occasion de la forte correction des marchés boursiers américains. L’espoir autour de la reprise, notamment matérialisé par le rebond des prix du pétrole à un pic de 11 mois ce matin en Europe (Brent à 57 $) ou encore le rallye ce matin des bourses asiatiques, tend à soutenir la valeur de la devise australienne qui est sensible au sentiment des marchés.


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