Actualités du marché des devises

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janv. 22, 2021 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

L’euro porté par la BCE et des PMI meilleurs que prévu

 

Tendance du jour

L’optimisme des marchés plie mais ne rompt pas… du moins pas encore. Après une séance américaine peu volatile néanmoins ponctué par un nouveau record historique pour les indices S&P500 et Nasdaq, les indices asiatiques et européens accusent ce matin un repli notable (-1,6% pour la bourse de Hong Kong et -1% pour celle de Singapour). L’embellie des derniers jours relative à l’investiture de Joe Biden aux Etats-Unis a constitué un aparté temporaire sur les marchés financiers mais ce matin la pandémie reprend ses droits et revient heurter le sentiment des investisseurs. Alors que l’on s’attend ce matin à observer une forte contraction des économies européennes sur le début de l’année à travers la publication des premiers indicateurs PMI d’activité de 2021 en Zone Euro et au Royaume-Uni, les marchés réagissent vivement aux rapports dans les médias évoquant une réflexion des autorités britanniques à étendre le confinement jusqu’à l’été. En France, le spectre d’un nouveau confinement ne cesse de croître tandis qu’en Espagne on vient d’enregistrer un nouveau record historique de cas sur une journée (+41,6k). La perspective d’une prolongation des restrictions pourrait venir mettre en péril les anticipations de fort rebond très largement attendu pour cette année. Si les vaccinations suscitent beaucoup d’espoir, celles-ci pourraient ne pas avoir d’effet positif sur l’économie avant plusieurs mois. Si les bourses tremblent, le pétrole est aussi orienté à la baisse et les prix chutent ce matin de -1,5% en Europe (Brent à 55 $).

Dans ce contexte d’optimisme teinté d’incertitudes, ce matin l’euro tire son épingle du jeu face aux devises cycliques comme la couronne norvégienne (+0,7%) et le dollar australien (+0,6%) lesquelles avaient été aperçu cette semaine à des sommets depuis plusieurs mois face à l’euro (pic de 2 ans pour l’AUD et de 10 mois pour la NOK). Certaines devises émergentes sont elles aussi à la peine face à la devise européenne, comme le rouble russe (+0,9%) ou encore le peso mexicain (+0,8%). Plus surprenant, la paire EUR/USD connaît un rebond et s’envole vers le seuil de 1,22 $ malgré un contexte moins propice aux prises de risque. La publication de chiffres PMI allemands supérieurs aux attentes semble doper la paire de change. Enfin la livre sterling connaît un brutal coup d’arrêt dans son ascension et recule significativement ce matin sur fond d’inquiétude autour d’un possible confinement prolongé et de déception après la publication de ventes au détail décevantes. La paire EUR/GBP progresse de +0,5% ce matin et revient à hauteur de 0,89 £ au lendemain de sa chute à un creux de 8 mois.

Biden dévoile son plan d’action contre la COVID

Pour son premier jour plein à la présidence des Etats-Unis, Joe Biden s’est tout de suite attelé au dossier prioritaire du Covid-19 et dévoilé jeudi son plan d’action. La pandémie a déjà causé plus de 400 000 décès outre-Atlantique, soit plus que lors des deux grandes guerres mondiales de l’ère moderne, et pourrait en causer 100 000 de plus d’ici le mois prochain alerte le nouveau dirigeant américain. Il faut avoir en tête que les Etats-Unis pourraient vivre un « hiver noir », d’où l’urgence de prendre des mesures de protection mais aussi d’accélérer les campagnes de vaccination pour atteindre l’objectif ambitieux de 100 millions de doses distribuées en 100 jours.

Parmi les principales mesures annoncées entre mercredi et jeudi par la Maison Blanche, on a le port du masque rendu obligatoire dans les aéroports, les transports publiques ou encore dans les institutions fédérales. Une période de quarantaine sera appliquée à tous les voyageurs arrivant aux Etats-Unis par avion, lesquels devront préalablement présenter un test négatif au départ de leur vol. Le gouvernement souhaite également rapidement sur le plan de soutien de 1900 Mds$ qui offrira des ressources supplémentaires aux municipalités et Etats pour financer les campagnes de vaccination. Cependant, celui-ci provoque déjà quelques grincements dans le camp républicain, ce qui laisse occasionner de vifs débats à venir au Sénat où les démocrates disposent d’un court avantage. D’autant plus qu’actuellement dans le camp de l’opposition on pousse pour le maintien de la « flibuste », que les Démocrates souhaiteraient supprimer, qui impose d’obtenir au moins 60 voix (et non 51) pour stopper toute technique d’obstruction parlementaire visant à ralentir l’adoption d’une loi.

Pour ainsi dire rien n’est gagné et l’optimisme général autour de la présidence de Biden pourrait vite se retourner si d’aventure le nouveau locataire de la Maison Blanche ne délivre pas ce que les marchés ont anticipé qu’il délivre. Autre possible source de stress pour la bourse américaine, qui a de nouveau connu jeudi une séance record, la perspective de hausses d’impôt sur les ménages les plus aisés et les sociétés qui été défendue hier par la future secrétaire au Trésor dans des notes écrites adressées au Sénat.

Durant la campagne électorale, Joe Biden avait inscrit à son programme une hausse assez significative du taux d’imposition sur les sociétés de 21% à 28% en tant que levier pour financer un large plan d’investissement destiné à accompagner la reprise économique. Le dollar, que la nouvelle administration ne souhaite pas influencer dans le futur, a clôturé en baisse jeudi à son plus bas niveau depuis 7 séances face à un panier de devises et reste pour l’heure peu prisé dans un environnement où l’appétit au risque domine les prises de décision. La lune de miel entre Biden et les marchés est en marche mais attention à ce qu’elle ne se finisse pas subitement avec fracas, auquel cas le retour du stress pourrait occasionner une remontée du billet vert. Des signes de nervosité s’observent sur les marchés qui semblent peu à peu revenir sur terre après l’embellie liée à l’investiture américaine. Les prix du pétrole sont en net recul ce matin et les devises cycliques (AUD) et émergentes enregistrent d’importantes pertes.

Un soupçon d’optimisme des banquiers centraux alimente les spéculations de normalisation monétaire

À défaut d’annoncer de nouvelles mesures, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, n’a cessé de répéter l’engagement de la banque centrale à maintenir des conditions de financement favorables en Zone Euro, condition essentielle pour espérer atteindre l’objectif d’inflation de 2%. Le programme exceptionnel de rachat d’actifs de 1850 Mds€ (PEPP) sera ainsi maintenu au minimum jusqu’en mars 2022 et la banque n’hésitera pas à utiliser la totalité de l’enveloppe à sa disposition si les conditions le nécessitent, précise le gouverneur central européen. Dans la continuité de ses propos tenus la semaine dernière en marge d’un évènement organisé par Reuters, Lagarde a renouvelé sa confiance à l’égard des perspectives d’un rebond de l’économie européenne cette année malgré un début d’année heurté par le regain de vigueur de la pandémie en Europe. Elle a par ailleurs renouvelé ses remarques de la semaine dernière sur l’euro dont la valorisation est surveillée de près par la banque centrale, ce qui n’a finalement provoqué que peu de réactions sur les marchés en l’absence de nouveaux détails de sa part.

L’optimisme affiché par la BCE hier a donné un petit coup de fouet à l’euro qui en a profité pour clôturer à un pic d’une semaine face au dollar à plus de 1,2150 $ mais aussi effacer la quasi-totalité des pertes subies mercredi face au yen et ainsi se repositionner à hauteur du seuil de 126 ¥. Le taux EUR/CHF a fait un peu le « yo-yo » toute la journée entre 1,0750 et 1,0800 ₣ mais a finalement clôturé tout proche de son niveau d’ouverture à presque 1,0770 ₣.

La banque centrale norvégienne a sans surprise maintenu son taux directeur au niveau historique de 0%. Face au maintien pour le moment d’un certain nombre de risques et d’incertitudes liés à la pandémie, la banque maintient officiellement son objectif qu’elle n’opèrera pas de hausse de taux avant au plus tôt début 2022. Toutefois, les marchés ont cru lire dans les commentaires faits hier par la Norges Bank des signaux qu’un processus de normalisation monétaire pourrait débuter plus tôt que prévu et qu’un premier relèvement des taux d’intérêt pourrait intervenir avant la fin de l’année. Sur les marchés à terme, les investisseurs tablent actuellement sur première hausse de taux en décembre, un fait auquel la banque norvégienne a étonnement fait allusion hier.

Ces spéculations ont donné des ailes à la couronne norvégienne qui a enchaîné jeudi une 3ième séance consécutive de hausse face à l’euro et atteint à cette occasion un nouveau pic depuis 10 mois à presque 10,20 NOK. Sur une pente descendante depuis le début du mois décembre, la paire de change a enregistré un repli de plus de 4% en l’espace de 6 semaines. Ce matin, celle-ci corrigeait à la hausse très certainement en partie dû au repli de plus de -1% des prix du pétrole.

La banque centrale turque a elle-aussi opté pour un statu quo et décidé de maintenir son taux directeur principal à 17%. La banque centrale n’a pas néanmoins pas écarté la possibilité de procéder à de nouvelles hausses de taux à l‘avenir si jamais l’inflation ne dégonfle pas, voire pire s’accélère alors que celle-ci est déjà près de trois fois supérieur à l’objectif fixé par les banquiers centraux turcs. Cette annonce a généré quelques pressions haussières sur la livre turque mais celles-ci n’ont pas perduré tout au long de la séance. Le taux EUR/TRY continue d’évoluer sans tendance autour du seuil de 9,0 TRY qui fait office de support majeure réfrénant les tentatives de repli de la paire de change depuis près de 4 mois.

En Afrique du sud, la banque centrale sud-africaine a maintenu son taux directeur inchangé à 3,5% mais envoyé clairement le signal qu’une première hausse de taux pourrait intervenir plus rapidement que prévu. Son modèle de prévision trimestriel signale deux hausses de taux de 25pbs au second et troisième trimestre de cette année, soit un calendrier de normalisation monétaire légèrement plus avancé par rapport ce qui était précédemment anticipé en novembre dernier. Ces prévisions peuvent quelque peu détonner au regard des conditions sanitaires et économiques actuelles en Afrique du Sud. La découverte récente d’un nouveau variant dans le pays a d’ailleurs soulevé pas mal d’incertitudes sur les perspectives sud-africaines cette année. D’ailleurs, au sein du comité directeur les avis restent toujours très partagés entre la nécessité de maintenir les taux stables ou bien de … les baisser à nouveau ! Comme en septembre et en novembre dernier, deux membres sur cinq ont voté hier en faveur d’une baisse de taux, preuve que la perspective d’une première hausse de taux apparaît encore très loin. Les marchés sont plutôt sceptiques comme l’illustre le repli affiché hier par le rand face à l’euro, lequel s’accroit vivement ce matin (-1%). Après avoir échoué à casser durablement le seuil de 18,0 ZAR, la paire EUR/ZAR oscillait ce matin à plus de 18,3 ZAR.

Coup de projecteur sur l’impact économique des restrictions en 2021

La publication ce vendredi des indices PMI préliminaires d’activité du secteur privé en janvier en Zone Euro (10h00) et au Royaume Uni (10h30) sera à nouveau l’occasion de jauger l’impact économique des nouvelles restrictions imposées sur le début d’année pour faire face à une nouvelle recrudescence de la pandémie. Selon toute vraisemblance, le secteur manufacturier devrait afficher une bonne résilience et permettre de compenser en partie les dommages subies par les services qui sont les plus affectés par les mesures de confinement. Pour le 3ième mois consécutif, le consensus table sur une contraction de l’économie européenne en janvier, laquelle devrait être supérieure à la dynamique observée en décembre mais inférieure à celle du mois de novembre. L’économie britannique devrait également connaître une forte contraction après un rebond modeste le mois dernier et ainsi connaître sa pire performance depuis 8 mois d’après les anticipations du consensus.

S’il personne ne sera surpris d’observer de telles répercussions sur l’économie, les marchés ne manqueront pas de réagir sur les effets négatifs du confinement se révèlent plus importants que prévu ou bien moins importants. L’euro en premier lieu, lequel a jouit d’un petit déficit de confiance des investisseurs la semaine dernière en raison de la révision à la baisse des perspectives de croissance européenne par certaines banques, sera vigilant à ces résultats. Il pourrait pousser un ouf de soulagement et remonter à plus de 1,22 $ si jamais il s’avère que le pessimisme des derniers jours apparaît exagéré à la lecture des données de ce matin, ou bien corriger à nouveau et tester le seuil de 1,21 $ si effectivement les données confortent la thèse d’une possible « récession en double creux » au premier trimestre. La livre sterling que l’on a vu hier bondir à un pic de 2 ans face au dollar (1,3750 $) et de 8 mois face à l’euro (0,8830 £) pourrait connaître un brutal coup d’arrêt dans son ascension si jamais comme il l’est craint l’économie pâtit lourdement du confinement.

Ce matin, la devise britannique corrige assez significativement et le taux EUR/GBP se dirige tout droit vers le seuil de 0,89 £ alors que les médias publient ce matin sur une réflexion du gouvernement britannique d’une possible prolongation du confinement général jusqu’à l’été.

Dans l’après-midi, on aura également un œil attentif sur les indices préliminaires d’activité PMI aux Etats-Unis (15h45) qui pourraient montrer un léger ralentissement de l’activité en janvier, mais rien de très significatif d’après le consensus.

Publications statistiques

Aux Etats-Unis, 900k nouveaux américains se sont inscrits aux allocations chômage la semaine dernière. Ce résultat préoccupant est cependant compensé par le bon résultat de l’indice d’activité de Philly qui rebondit au mois de janvier à un pic de 11 mois.

On observe ce matin un rebond très décevant des ventes au détail au Royaume-Uni qui se révèle quatre fois moins important que prévu (+0,3% M/M vs. consensus +1,2%). Au Japon, la déflation s’installe et la dynamique annuelle de la croissance des prix accentue sa contraction en décembre de -0,9% à -1,2% pour chuter à son plus bas niveau depuis plus de 10 ans (avril 2010).

Aujourd’hui, les marchés seront attentifs à la publication des indices PMI à 10h00 en zone euro, à 10h30 au Royaume Uni et à 15h45 aux Etats-Unis. La publication des statistiques de ventes au détail au Canada à 14h30 sera aussi suivie avec attention.


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