Actualités du marché des devises

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janv. 19, 2021 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Des péripéties dans l'hémicycle : un œil sur Janet Yellen, un autre sur le vote de confiance en Italie

 

Tendance du jour

À la veille l’investiture de Joe Biden, les marchés sont optimistes alors qu’ils s’attendent à des  actions  rapides  de  la  part  de  du  prochain  président  sur  la  scène  internationale, comme le retour des Etats-Unis au sein de l’Accord de Paris sur le climat ou encore la volonté  de  restaurer  le  traité  de  Vienne  sur  l’encadrement  du  nucléaire  iranien.  Les indices boursiers progressent nettement après une séance asiatique positive, de +0,5% pour les futures CAC40 et de +1% pour les futures NASDAQ alors que l’on assistera cet après-midi au retour des  investisseurs américains  après un weekend prolongé de  trois jours. L’attention des marchés devrait rester très majoritairement focalisée sur les Etats- Unis où se déroulera l’audition au Sénat de Janet Yellen pour confirmer sa nomination au poste de secrétaire au Trésor au sein de la nouvelle administration de Biden.

Sur le marché des changes, la devise européenne est à l’honneur ce matin. Alors que le premier ministre italien Guiseppe Conte a gagné hier une première bataille, il défendra à nouveau son gouvernement devant le Sénat durant un second vote de confiance. L’optimisme ambiant se propage aussi à l’euro qui progresse de +0,3% face au dollar et revient s’installer ce matin au-dessus du seuil de 1,21 $. La paire EUR/JPY se détend et met fin à sept séances consécutives et s’écarte du seuil de 125 ¥ avec lequel elle a flirté hier pour la première en 6 semaines. Le rebond de l’euro est aussi généralisé face aux devises émergentes. Le rebond est d’autant plus important face aux devises asiatiques comme le baht thaïlandais, le won coréen ou encore la roupie indienne contre lesquelles l’euro avait cédé du terrain la semaine dernière. Pour finir, le rouble russe (89,5 RUB) reste sur la défensive ce matin après sa chute de la veille de -0,6% alors que la Russie fait face à de nouveaux risques de sanctions internationales après l’arrestation de l’opposant politique Alexei Navalny lors de son arrivée dimanche sur le territoire russe. La Lituanie a enjoint l’Union Européenne à prendre des mesures.

Dans cet environnement de détente du risque, les devises cycliques progressent elles- aussi. Les dollars néo-zélandais et australien sont orientés à la hausse face à l’euro, au même titre que la couronne norvégienne qui profite de la progression du prix du baril de Brent ce matin (+0,80%) pour s’apprécier de +0,3% à 10,35 NOK.

Audition de Janet Yellen au Sénat : le dollar et le plan de relance en point de mire

Après avoir été à la tête de la banque centrale américaine (FED) de 2014 à 2018, Janet Yellen s’apprête à devenir le nouveau secrétaire au Trésor au sein du gouvernement de Joe Biden qui entrera officiellement en fonction après son investiture programmée ce mercredi. Comme il est d’usage, sa nomination ne sera officielle qu’après un vote de validation au Sénat, ce qui à priori devrait être une formalité. À cette occasion, l’ancien gouverneur central sera auditionné ce mardi à 16h00 par le comité des finances du Sénat. Cette première confrontation devant les parlementaires américains sera aussi l’occasion pour Yellen pour poser les jalons de sa future politique économique, et très possiblement de délivrer quelques détails sur la mise en place et le financement du projet de plan de relance de 1900 Mds$ dévoilé par Joe Biden la semaine dernière.

Hier,  le  quotidien  américain  The  Wall  Street  Journal  a  révélé  des  bribes  de  notes  de préparation réalisées en marge de cette audition. Durant son intervention, Yellen devrait affirmer qu’au regard de l’ampleur de la crise et des conditions monétaires extrêmement favorables, il est nécessaire d’agir fortement et de ne pas lésiner sur le soutien à apporter à l’économie. Elle devrait également faire un commentaire sur le dollar et indiquer à cette  occasion  que  son  administration  ne  cherchera  pas  à  favoriser  un  dollar  faible comme outils de la relance, mais au contraire laissera les forces de marché décider de la valeur de la monnaie. Fort de son expérience, on peut y lire en filigrane un souhait de l’ancien banquier central de ne pas faire de sa nomination un évènement perturbant les  marchés,  l’ambition  est  au  contraire  de  les  rassurer  en  cette  période  où  les incertitudes sont légions. Elle marque immédiatement sa différence avec l’administration précédente qui n’a eu de cesse que de militer en faveur d’un affaiblissement du dollar pour   rendre   l’économie   américaine   plus   compétitive.   Un   vœu   qui   ne   s’est paradoxalement réalisé qu’à la fin du mandat de Donald Trump.

Il est relativement aisé pour Janet Yellen de défendre une telle approche sachant que la devise américaine est sur une pente descendante depuis des mois et a chuté sur ce début d’année à un plus bas depuis plus de 2 ans face à ses principaux pairs dont l’euro et la livre sterling et qu’en fin d’année dernière un large consensus s’accordait à penser que la devise américaine devrait continuer à se dégrader en 2021. Qu’en sera-t-il si l’inflation grimpe subitement et massivement, entraînant avec elle une forte remontée des taux d’intérêt américains ? Le dollar connaît depuis deux semaines un petit regain d’intérêt sur les marchés des changes (+1,5% face à un panier de devises) mais reste pour l’heure toujours très éloigné de ses points hauts visibles l’année dernière. L’absence hier sur les marchés des investisseurs américains en raison d’un jour férié célébrant Martin Luther King (MLK day) n’a pas permis de réellement capter les réactions aux commentaires de la future secrétaire au Trésor sur la devise américaine. Cela pourrait n’être que partie remise aujourd’hui. Après 7 séances de repli sur les 8 derniers jours ouvrés et un repli cumulé de -2,2%, le taux EUR/USD connait un rebond ce matin et surfe sur les anticipations de hausse des marchés actions ce mardi pour tenter de revenir s’installer au-dessus du seuil de 1,21 $. 

Un impact à minima des actions de la BCE sur l’économie ?

Alors que les autorités allemandes ont avancé cette semaine la réunion initialement programmée en fin de mois pour décider de l’évolution des mesures sanitaires et réfléchit à un durcissement des restrictions, cela pourrait avoir d’importantes répercussions sur l’économie. Malgré des signes encourageants de résilience affichés en fin d’année dernière, la première économie européenne risque de subir « un recul important » en cas de prolongation longue des mesures de confinement a averti hier la banque centrale allemande (Bundesbank). Dans quelle mesure cette déclaration aura un impact sur les futures décisions prises par la chancellerie allemande qui apparaît décider à agir rapidement et significativement pour stopper la pandémie ? Si les autorités publiques ne sont peut-être pas sensibles au nouveau risque de récession en Europe au 1er trimestre, les investisseurs financiers y sont plus attentifs. À cette occasion, la publication aujourd’hui en fin de matinée (11h00) de l’indice allemand ZEW donnera un aperçu du sentiment des investisseurs allemands à l’égard des perspectives en Allemagne.

Les perspectives de fort rebond de l’économie européenne en 2021 sont déjà après deux semaines d’activité clairement remises en cause, ou du moins sérieusement revues à la baisse. La nouvelle enquête de projections économiques réalisée par l’agence de presse Reuters en janvier, dont les résultats ont été publiés lundi, indiquent une forte révision à la baisse de la projection de croissance au T1 en Zone Euro de 1,1% à 0,6%, mais également de la projection annuelle de 5,0% à 4,5%. Si jamais la situation sanitaire devait encore s’empirer, ou au moins se prolonger dans le temps et ainsi forcer les responsables politiques à maintenir un certain nombre de restrictions sur une longue période de temps, alors les projections pourraient à nouveau être réduites.

Dans un tel scénario, les regards risquent très vite de se tourner vers la banque centrale européenne (BCE) qui nous a (trop ?) fortement habitué dans le passé à venir au chevet de l’économie européenne lorsque celle-ci flanchait. Malgré les nombreux efforts déployés par cette dernière, dont notamment le choix en décembre d’augmenter de 500 Mds€ l’enveloppe totale programme d’urgence de rachat d’actifs et de relancer un programme de prêts longs à taux préférentiel auprès des banques européennes, cela risque de ne pas être suffisant pour permettre à l’économie d’échapper au marasme de cette crise sanitaire. En effet, ils sont une très large majorité d’économistes (28 sur 39), d’après l’enquête mensuelle réalisée par Reuters, à estimer que les actions monétaires de décembre ont peu d’impacts sur l’économie. Selon eux, les conditions monétaires étaient déjà très favorables aussi cette nouvelle action n’a pas eu de réelle influence sur la consommation et les investissements qui restent très dépendants de l’évolution de la situation sanitaire.

Si les politiques monétaires et budgétaires permettent de soutenir l’économie au sens de minimiser les pertes et atténuer les dommages causés par la pandémie, le succès des campagnes de vaccination reste à ce jour le principal (et seul) espoir d’un retour à la normale à moyen et long terme. Or, à peine quelques semaines après leur lancement en Europe, les risques de pénurie de vaccins sont déjà très importants et menacent de freiner le rythme de distribution des doses aux citoyens les plus menacés. Vendredi dernier, le laboratoire américain Pfizer a averti les européens de retards de livraison dans les prochaines semaines et qu’il ne sera pas à même de fournir jusqu’à début février le volume de doses hebdomadaires qu’il s’était engagé de tenir. La principale raison est la nécessité d’apporter des modifications dans sa chaîne de production de son usine en Belgique, ce qui devrait nécessiter des approbations réglementaires. À titre d’exemple, la France devrait ainsi recevoir 140 000 vaccins de moins cette semaine.

Un retard dans la campagne de vaccination pourrait signifier une prolongation plus longue que prévu des restrictions en raison d’un décalage dans le temps de la date d’atteinte d’un seuil d’immunité collective fixée à 60%. Cela pourrait avoir des conséquences sur le degré de confiance que les investisseurs portent en l’euro. Rien n’est pour le moment ancré dans le marbre puisqu’il existe un véritable sentiment d’urgence et volonté collective à accélérer sur les vaccins comme le démontre l’annonce hier de la Commission Européenne d’un objectif de vaccination d’au moins 70% de la population d’ici l’été. Il reste à savoir les mesures qui seront pris et les moyens mis pour atteindre ce seuil. La mise sur le marché de nouveaux vaccins dans les prochaines semaines – décision de l’EMA sur le vaccin AstraZeneca/Oxford attendue fin janvier et sur le vaccin de Johnson & Johnson en février – pourrait permettre une accélération du processus. Pour l’heure, l’euro est resté durant la séance de lundi sur la défensive face aux valeurs refuges. Ainsi la devise européenne a enchaîné une 7ième séance consécutive de repli face au yen et le taux EUR/JPY a reculé hier à un plus bas depuis le 1er décembre tout proche de 125 ¥. Le dollar (1,21 $) et le franc suisse (1,0760 ₣) restaient orientés à la hausse face à l’euro mais ont néanmoins engrangé des gains modestes lundi. Ce matin la dynamique est tout autre. La devise européenne rebondit en effet franchement face à ces devises refuges. 

Publications statistiques

À 11h00 les marchés seront attentifs à la publication de l’indice allemand ZEW. L’intervention de Janet Yellen sera elle aussi attentivement écoutée par les acheteurs (et vendeurs) de dollar. Pour finir, l’ouverture des marchés américains à 15h30 sera probablement génératrice de volatilité en raison du retour des investisseurs américains après un week-end prolongé de trois jours en raison des célébrations lundi de l’anniversaire de naissance de Martin Luther King.


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