Actualités du marché des devises

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janv. 14, 2021 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Joe Biden dévoile les contours de son plan de relance : catalyseur ou frein à la hausse du dollar ?

 

Tendance du jour

Alors que Donald Trump fait l’objet pour la seconde fois de son mandat d’une seconde procédure de destitution, les regards seront davantage tournés vers son successeur Joe Biden qui doit dévoiler ce jeudi les contours de son programme de relance économique qui selon certains médias pourrait avoisiner les 2 000 Mds$. Cette nouvelle vient nuancer la morosité ambiante marquée par le reconfinement progressif des pays européens et la montée des inquiétudes au sein de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) concernant la multiplication de variants du coronavirus. Après la mutation britannique et sud-africaine qui serait à l’origine du regain de vigueur de la pandémie sur ce début d’année, une troisième mutation est observée au Brésil.

La séance asiatique de ce matin a été quelque peu mitigée et marquée par le différentiel de performance entre la bourse à Hong Kong (gain de +0,9% de l’indice Hang Seng) et celle des indices chinois (repli de -0,9% de la bourse à Shanghai). Au Japon et en Australie, les indices boursiers ont clôturé dans le vert avec un gain modeste ce qui laisse présager d’un début de séance relativement calme en Europe ce matin.

Sur les marchés des changes, la paire EUR/USD reste orientée à la baisse et teste à nouveau le support de 1 mois situé au niveau de 1,2150 $. Le taux EUR/CHF est également sur la défensive et enchaîne ce matin une 5ième séance consécutive de repli qui le voit osciller à un plus bas depuis un mois à hauteur de 1,0780 ₣. La multiplication des restrictions sanitaires en Europe – possibles nouvelles mesures annoncées ce soir en France – due à la vive propagation du virus dans la région accentue les convictions d’une possible nouvelle contraction des économies européennes au T1. Surfant sur la stabilité des marchés actions, la paire EUR/JPY progresse légèrement de 0,10% et consolide sa position au-dessus de 126 ¥. Face aux devises cycliques comme le dollar australien (EUR/AUD : -0,4%) ou néo-zélandais (EUR/NZD : -0,3%), l’euro continue de souffrir. La paire EUR/AUD atteint même ce matin un point bas depuis fin 2018 à 1,5650 A$. Pour finir, on notera l’orientation baissière de la paire EUR/CNH – 6ième séance consécutive de baisse – qui pâtit ce matin de meilleurs résultats que prévu du commerce extérieur chinois. La paire oscille actuellement à un creux de 6 semaines à hauteur de 7,86 ¥.

L’optimisme de Christine Lagarde ne parvient pas à freiner la baisse de l’euro

Dans son discours d’hier en marge d’un événement organisé par l’agence de presse Reuters, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a fait part de son optimisme sur la capacité de l’économie européenne à atteindre l’objectif de 3,9% de croissance en 2021 estimé par la banque lors de la réunion de décembre. Elle a justifié son propos en se référant à la dissipation des incertitudes présentes l’année dernière autour des sujets tels que les élections américaines, les négociations commerciales sur le Brexit ou encore le lancement des premières campagnes de vaccination. Ne négligeant pas la présence de risques sanitaires en Europe, Lagarde a tenu à réaffirmer que le scénario de base sur laquelle les projections de la banque centrale s’appuient tablait en décembre sur un maintien des restrictions sanitaires au sein des économies européennes jusqu’à la fin du 1er trimestre. Au-delà, elle reconnaît que les anticipations de reprise pour cette année pourraient être réévaluées à la baisse comme le présument déjà certaines banques d’investissement. Du fait du durcissement des mesures sanitaires dans certains pays européens depuis le début d’année – décision hier du Portugal de reconfiner – les banques JP Morgan et UBS tablent désormais sur une contraction de l’économie au 1er trimestre de respectivement -1% et -0,4% alors qu’elles tablaient initialement sur un rebond d’au moins 2% sur les trois premiers mois de cette année.

Christine Lagarde a aussi expliqué que la BCE serait à l’avenir « extrêmement attentive » à l’appréciation de l’euro et ses impacts sur les prix sachant que la Zone Euro est pour la première fois depuis 2016 sujet à des pressions déflationnistes (inflation générale recensée à -0,3% en décembre). Si la banque centrale n’a pas officiellement dans son mandat d’objectif en matière de taux de change, elle peut par sa communication ou par ses actions influer sur le cours d’une devise, notamment comme aujourd’hui en marquant son inconfort à l’égard de la valorisation actuelle de l’euro qui a sur ce début d’année bondi à un pic de 32 mois face au dollar à plus de 1,23 $ alors même que le contexte économique européen reste très fragile compte tenu des risques sanitaires et de la lenteur des campagnes de vaccination due à de multiples facteurs de production, logistique et confiance. Point positif, on a appris hier que l’entreprise pharmaceutique américaine Johnson & Johnson devrait déposer une demande d’autorisation de son vaccin auprès de l’Union Européenne en février pour une distribution possible en mars.

L’intervention de Christine Lagarde a pu générer certaines pressions baissières sur la devise européenne, notamment face aux devises refuges telles que le yen japonais et le franc suisse. Ces deux devises ont effet engrangé +0,3% de gains en séance face à l’euro et ainsi enchaîné une 4ième séance de hausse pour un gain cumulé de +0,9% pour le yen et de +0,7% pour le franc. La paire EUR/CHF a d’ailleurs chuté hier sous le seuil de 1,08 ₣ clôturant la séance à un plus bas depuis presque 1 mois (1,0790 ₣), et reste ce matin sur la défensive. Ce n’est pas le cas de la paire EUR/JPY qui se reprend légèrement et consolide ce jeudi sa position au-dessus du seuil de 126 ¥. Outre l’aspect sanitaire, on peut également citer le retour d’incertitudes politiques en Italie où la coalition menace de voler en éclat après le départ hier gouvernement des ministres de la formation de l’ancien premier ministre Matteo Renzi pour cause de différends sur la distribution des aides européennes. D’éventuelles nouvelles élections générales en Italie (possibles si aucun accord trouvé pour former une nouvelle coalition stable) dans un contexte de pandémie viendrait accentuer la défiance naissante des marchés à l’égard de l’euro. 

 

Des perspectives plus aussi claires pour le dollar ?

Malgré un repli marqué des rendements obligataires américains mercredi – recul notamment du taux 10 ans de 1,14% à 1,09 % - le dollar reste sur la pente ascendante et a même réussi à effacer la totalité des pertes subies lors de la séance de mardi face à l’euro pour revenir hier se positionner à hauteur de ses plus hauts niveaux depuis un mois matérialisés par le seuil de 1,2150 $. L’accélération plus importante que prévu de l’inflation aux Etats-Unis en décembre (1,4% A/A vs. consensus 1,3% et 1,2% en novembre) qui atteint son plus haut niveau sur les 9 derniers mois (niveau similaire déjà atteint en septembre) revient nourrir les débats sur un éventuel début de réduction du soutien de la Fed d’ici la fin d’année. Plusieurs membres de la Fed ont cette semaine repoussé cette idée estimant que ce n’est pas le moment de discuter de cette éventualité au regard des risques pandémiques persistants. Le fait que la question soit posée aussi tôt dans l’année signifie que l’attention des marchés se porte actuellement davantage sur une problématique de normalisation monétaire que de nouvelles mesures de soutien. Une repentification de la courbe de taux (ie. hausse des taux longs) pourrait donc progressivement se former si comme anticipé l’économie américaine se redresse significativement cette année.

Outre la forte hausse des taux longs américains depuis une semaine, le dollar bénéficie également d’un début de changement de sentiment de la part des observateurs de marché. En effet, alors qu’à la fin de l’année dernière on relevait un fort consensus misant sur un repli continu du dollar en 2021, les banques américains Morgan Stanley et Wells Fargo viennent de retirer leur recommandation à la baisse sur le billet vert, les deux justifiant leur choix par la levée des incertitudes autour de la politique monétaire et fiscale américaine et un renforcement anticipé des perspectives de croissance et d’inflation dans le pays. Ces projections plus optimistes à l’égard du dollar ne sont pour le moment pas majoritaires mais pourraient peu à peu le devenir si jamais l’économie américaine venait à gagner la course à la reprise face à la Zone Euro. À ce titre, il sera important d’observer les réactions de marché au dévoilement ce jeudi des grandes lignes du plan de relance que souhaite mettre en place Joe Biden lors de son arrivée à la Maison Blanche le 20 janvier prochain et qui selon certains médias américains pourrait avoisiner les 2000 Mds$.

Une forte hausse des dépenses publiques via de larges projets d’investissement en infrastructure pourrait venir accentuer la hausse des anticipations d’inflation et des taux longs via une augmentation des émissions de dette. Il reste à savoir comment ce dernier compte financer son ambitieux programme, via une hausse des impôts sur les sociétés comme il l’avait évoqué durant la campagne ou avec l’aide de la Fed. Il n’est pas certain que les marchés actions apprécient la première option.

Les marchés seront également attentifs à l’intervention en fin de journée du gouverneur central Jerome Powell à l’Université de Princeton (18h30). Cela sera l’occasion de recueillir son sentiment et de connaître de sa position dans les débats en cours en matière de normalisation monétaire mais aussi sur la hausse récente des taux d’intérêt réel alors que les perspectives économiques aux Etats-Unis restent étroitement liées au succès des campagnes de vaccination qui pour le moment s’avèrent plus lentes que prévu. L’observation récente de fractures sur le marché de l’emploi (première contraction en 8 mois des créations d’emploi en décembre) pourrait également justifier un optimisme nuancé de la part du banquier central américain.

Les banquiers centraux font passer une séance difficile à la couronne suédoise et au zloty

Séance compliquée mercredi pour la couronne suédoise qui a cédé -0,9% face à l’euro qui a ainsi connu sa pire journée depuis plus de 2 mois. Cette chute a été déclenchée par les commentaires de la banque centrale suédoise détaillant sa nouvelle stratégie de ne plus recourir à des sources extérieures mais de financer elle-même ses réserves de changes en devises étrangères via le marché des changes. Ainsi à partir du mois de février et cela jusqu’en 2023, la Riksbank va procéder chaque mois à la vente d’environ 5 Mds de couronnes suédoises (477 Mln€ sur la base du cours moyen EUR/SEK en 2020) sur les marchés des changes, et par ce biais participer au fléchissement de la devise ou du moins freiner son ascension actuelle qui l’a vu s’apprécier de 10% face à l’euro depuis son point bas touché en mars 2020.

La dégringolade hier de la couronne suédoise a poussé la paire EUR/SEK à s’écarter du seuil de 10,0 SEK et de ses plus bas niveaux depuis 2 ans pour clôturer à son plus haut niveau depuis près de 4 semaines au niveau de 10,15 SEK.

La banque centrale chilienne a elle aussi annoncé hier sa volonté de d’acheter jusqu’à 12 Mds$ de devises étrangères afin d’augmenter ses réserves de changes. L’annonce a provoqué une chute du peso chilien de plus de 2,50% face à l’euro en cours de séance (gain finalement de +1,3% sur la journée), lequel a clôturé à un creux d’un mois face à l’euro à 896 CLP.

Sans réelle surprise, la banque centrale polonaise (NBP) a décidé hier de maintenir ses taux directeurs inchangés à un plus bas historique de 0,1%. Si le consensus (19 économistes sur 21) anticipait un statu quo, les marchés quant à eux étaient attentifs à la communication officielle de la banque et aux possibles signaux de nouvelle baisse de taux à venir puisque l’on sait depuis décembre que la banque centrale polonaise n’est pas à l’aise avec la forte valorisation du zloty. Dans un entretien réalisé le mois dernier, le gouverneur central Adam Glapinski avait même évoqué une possibilité de réduire les taux d’intérêt au premier trimestre 2021, ce qui à l’époque n’avait pas manqué de surprendre les observateurs de la devise polonaise. Rien dans la communication hier de la banque ne laissait présager d’une baisse de taux à venir, néanmoins cette dernière n’a pas écarté la possibilité d’intervenir sur les marchés des changes pour affaiblir la devise. Le zloty n’est pas resté insensible à cela et cédé hier -0,4% face à l’euro et le taux EUR/PLN a clôturé la séance à un pic depuis 6 séances à un peu moins de 4,54 PLN. Après un rebond correctif de plus de 1% enregistré sur les premières séances de l’année, le zloty est à nouveau sujet à des pressions baissières depuis le début de semaine qui coïncide à la hausse des incertitudes à l’égard des perspectives économiques en Zone Euro en raison du durcissement des restrictions sanitaires.

Publications statistiques

La production industrielle en Zone Euro poursuit son rebond et enregistré en novembre un 8ième mois consécutif de croissance positive. Par ailleurs, la progression ce mois-ci fut très largement aux attentes du consensus (2,5% M/M vs. consensus 0,2%), ce qui traduit la bonne résilience de l’industrie malgré le retour de restrictions sanitaires dans la région à cette période. On reste toutefois dans une situation de rattrapage car sur un an la production reste en contraction (-0,6% A/A).

Aux Etats-Unis, l’indice général de prix a progressé de 0,4% M/M et de 1,4% A/A durant le mois de décembre, soit un résultat légèrement supérieur aux attentes en ce qui concerne la dynamique annuelle (consensus : 1,3%). La dynamique annuelle de l’indice sous-jacent reste quant à elle stable à 1,6%.

Cette nuit, les statistiques chinoises montrent une dynamique solide d’exportation avec une progression de plus de 18% A/A durant le mois de décembre. Cette performance intervient après un mois record en novembre (+21,1%) et dans un contexte de hausse des restrictions sanitaires en Europe. Aussi, cette bonne performance du commerce extérieur chinois apparaît comme un point positif venant confirmer la solide reprise de l’économie.

Aujourd’hui, l’Allemagne publiera à 10h00 les chiffres de PIB de l’année 2020, avant la publication des minutes de la BCE à 13h30. À 14h30, les statistiques d’inscriptions aux allocations chômage seront publiées aux Etats-Unis. En fin d’après-midi (18h30), le président de la banque centrale américaine s’exprimera publiquement lors d’un évènement organisé par l’université de Princeton.


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