Actualités du marché des devises

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déc. 15, 2020 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Pandémie et croissance : les facteurs de risque se multiplient

Tendance de la journée

A la veille de la décision monétaire de la banque centrale américaine (FED), l’élection de J. Biden par le collège électoral acte officiellement son arrivée à la présidence des Etats Unis le 20 janvier et tue dans l’œuf toute tentative de contestation. Toujours Outre-Atlantique, les négociations se poursuivent au Congrès pour tenter de faire adopter un nouveau plan de relance d’ici vendredi et l’échéance d’un vote impératif d’une nouvelle loi de financement pour éviter un shutdown ou une fermeture des agences fédérales. Faute d’accord trouvé la semaine dernière sur la dernière proposition de 908 Mds$ faite par un groupe de travail bipartisan, les dernières discussions poussaient pour un plan scindé en deux, un de 748 Mds$ incluant des mesures aides sur lesquelles il y a un consensus et un autre de 160 Mds$ sur lequel plusieurs points de divergences subsistent entre démocrates et républicains.  

Sur le front sanitaire, les nouveaux confinements se multiplient en Europe. Après l’Allemagne, les Pays-Bas ont annoncé un nouveau confinement de 5 semaines tandis que Londres passe à l’approche des fêtes de fin d’année au niveau 3 (le plus élevé) de restrictions. Sur le continent nord-américain, les campagnes de vaccination s’organisent peu à peu, le Canada emboitant le pas de son voisin américain et organisant lui-aussi la distribution du vaccin auprès de la population.

Dans cet environnement mitigé, qui commence toutefois à voir les facteurs négatifs se multiplier, les indices boursiers mondiaux enregistrent un coup d’arrêt. Hier, les indices américains S&P500 et Dow Jones cédaient près de 0,60%, pendant que les valeurs technologiques du NASDAQ progressaient de 0,50%. Ce matin, les indices européens ont ouvert dans le rouge, et plus particulièrement l’indice britannique FTSE100 dont les contrats à terme suggèrent un repli de -1%. Le spectre d’un Brexit dur plane toujours malgré le bref sursaut d’enthousiasme observé hier sur la livre sterling. Toutefois les indices européens sont repassés en territoire positif peu de temps après l'ouverture de la séance.

La hausse des indices de volatilité couplée à celle des bons du trésor américains suggèrent des signes avant-coureurs d’une possible aversion au risque des marchés et d’une correction à venir.

Côté devises, la tendance de l'euro est plutôt à la baisse ce matin. Toutefois, on observait hier un rebond correctif de l’euro face aux devises émergentes comme le rouble (+1,40%) et le real brésilien (1,30%). La paire EUR/USD reste pour le moment toujours orienté à la hausse mais plafonne sous le seuil de 1,22 $. Après un fort rebond la veille (+0,5% en clôture et plus de 1% en séance), la livre sterling reste stable ce matin à plus de 0,91 £ face à l’euro et suit attentivement les développements sur le Brexit. Le yuan poursuit sa phase corrective amorcé au milieu du mois dernier et teste ce matin ses plus bas niveaux depuis 2 mois et la barrière de 7,94 ¥ consécutivement aux nouvelles injections monétaires opérées ce matin par la banque centrale chinoise.

Multiplication des mesures de confinement en Europe : une reprise menacée

A l’approche de Noël, synonyme d’un brassage important de la population, les mesures de restriction sanitaire se multiplient ces derniers jours en Europe. À l’échelle européenne, la dynamique de l’épidémie est en décélération avec hier 200 000 nouveaux cas recensés, contre 329 000 atteints au pic de novembre dernier. La situation sanitaire est en réalité très hétérogène dans le bloc européen.

Après l’Allemagne il y a quelques jours, c’est au tour des Pays Bas d’annoncer un confinement strict de 5 semaines, soit les mesures les plus radicales adoptées depuis le début la pandémie par le gouvernement. En Espagne, afin d’éviter un reconfinement national, un couvre-feu a été instauré et les déplacements entre régions sont désormais interdits. Pour finir, on apprenait hier que Londres va repasser dans la nuit de mardi à mercredi au niveau d’alerte maximal impliquant notamment une fermeture des bars, restaurants et des lieux culturels. Une mutation du virus identifiée au Royaume Uni pourrait être associée à la diffusion plus rapide du virus dans le pays d’après le ministre britannique de la santé. 

La prolongation de la pandémie ne sera pas sans dégâts mais risque au contraire d’impacter la reprise en Zone Euro, au moins sur la première partie d’année prochaine le temps d’opérer de larges campagnes de vaccination permettant d’atteindre le seuil d’immunité collective. Dans ses dernières projections publiées jeudi dernier, la Banque centrale européenne (BCE) mise sur une contraction du PIB de -2,2% au T4 et un rebond modeste de +0,6% au T1 2021 pour un rebond annuel attendu à 3,9% l’année prochaine, soit une performance bien en-dessous des 5% initialement anticipé en septembre dernier.

Pour le moment l’euro n’est pas réellement impacté par ces annonces et l’horizon qui s’assombrit autour de l’économie européenne. Au contraire, l’EUR/USD se porte bien et continue de tutoyer ses plus hauts niveau de l’année à plus de 1,21 $, tout comme le taux EUR/JPY qui reste stable à plus de 126 ¥. L’optimisme général autour de la distribution rapide de vaccins et d’un rebond soutenu de l’économie mondiale continue de dominer les échanges. En sera-t-il toujours le cas ? Il y a de multiples raisons qui pourraient faire enrayer la confiance des acheteurs d’euro (faible croissance, hausse des défaillances, Brexit dur) mais pour le moment cela tient. Finalement, c’est la paire EUR/CHF qui apparaît, comme souvent, la plus sensible à la dégradation de la situation sanitaire et économique en Zone Euro. Malgré un rebond correctif observé sur la fin de semaine dernière, celle-ci est sur la défensive depuis le début de semaine et se rétracte pour reprendre la direction de 1,0740 ₣ qui est la barrière sur laquelle le taux a récemment buté.

 Brexit : un peu d’espoir au soutien de la livre sterling

Les négociations autour de la future relation commerciale entre le Royaume Uni et le bloc européen se poursuivent dans une attente devenue insoutenable. Il reste moins de trois semaines d’ici la fin de la période de transition et pour le moment il n’y a aucun signe d’accord à l’horizon. Si les marchés ont positivement accueilli ce lundi (rebond jusqu’à plus 1% en séance face à l’euro), le choix des deux camps de prolonger à nouveau les négociations au-delà de la date butoir initialement fixée à dimanche dernier, rien n’est encore joué. Car le plus frappant sur ce volet c’est l’absence d’avancées majeures sur les principaux points de blocage. Ce sont toujours les mêmes qui retardent depuis des semaines l’échéance finale et freinent la conclusion d’un accord, à savoir la pêche et les subventions publiques. Deux enjeux aussi bien économiques que politiques.

Le premier revêt une importance plus politique qu’économique. La France, pour qui le secteur de la pêche représente moins de 1% du PIB et des emplois, a fait un point d’honneur depuis le début des négociations à défendre bec et ongle ses intérêts et refuser l’idée de quota dans les eaux britanniques afin de ne pas détériorer davantage un climat social dans le pays déjà très dégradé. Du côté britannique, il est impensable de faire des concessions sur la pêche, ce qui reviendrai à remettre en cause l’essence même du Brexit, à savoir un retour d’une souveraineté politique.

Le second a un réel enjeu économique. Les 27 membres de l’Union Européenne veulent éviter toute forme de dumping économique de la part du Royaume-Uni une fois celui-ci sortie définitivement du marché commun, via des subventions publiques ou des mesures aux normes moins rigides que ses voisins européens . La question est d’autant plus épineuse qu’un des arguments phares des partisans du Brexit en 2016 était de créer un « Singapour sur la Tamise », c’est-à-dire une économie tirant son attractivité d’un régime fiscal peu contraignant et d’une réglementation réduite.

Aucun scénario n’est pour l’instant à écarter sur le volet du Brexit. Le résultat final des négociations sera déterminant dans l’évolution de la livre sterling à court et moyen terme. Après s’être fait une frayeur vendredi dernier et chuté à un creux de près de 3 mois face à l’euro à plus de 0,92 £, la livre sterling s’est légèrement repris lundi et clôturé à hauteur de 0,91 £. La prudence règne et les acheteurs de livre sterling reste pour le moment timide au regard des incertitudes qui demeurent. 

La banque centrale chinoise au soutien du marché du crédit

Les tensions se multiplient sur le marché chinois : la multiplication des défauts d’entreprises chinoises met en danger les banques. Dernier défaut en date, le groupe chinois de textile qui possède notamment la marque Lycra n’a pas pu honorer une échéance de remboursement sur sa dette de 153 Mln$ auprès de ses créditeurs. Une victime de plus au sein d’un marché du crédit d’entreprise évalué en Chine à près de 4 Trn$ (source Financial Times).

Ces défaillances soulèvent une double menace : 1) une hausse des prêts non-recouvrables au sein des bilans des banques chinoises impliquant une réduction de leurs capacités d’emprunt, et 2) une hausse des primes de risque réclamées par les investisseurs en échange du rachat de dettes chinoises c’est-à-dire des taux d’intérêt réels auxquels les entreprises peuvent souscrire leur prêt.

Pour éviter qu’un assèchement de la liquidité provoque une contraction des activités de crédit (credit crunch), la banque centrale chinoise a injecté ce matin sur les marchés 950 Mds¥ (145 Mds$) via son véhicule de facilité de prêt à moyen terme, ou une nouvelle intervention 15 jours après la précédente de 300 Mds¥. Malgré la bonne dynamique de reprise de l’économie chinoise, la banque centrale veille au grain et maintient son soutien au marché du crédit alors que le volume total de défauts d’entreprises sera en 2020 à nouveau supérieur à 100 Mds¥ pour la 3ième année consécutive.

Cette nouvelle intervention a pesé négativement sur la devise chinoise ce matin, laquelle a touché un creux de 2 mois face à l’euro à plus de 7,95 ¥. Ces pressions baissières se sont néanmoins vite estompées et la paire EUR/CNH était à l’équilibre en début de séance européenne à hauteur de 7,93¥. Cette résilience peut s’expliquer par de très bons fondamentaux économiques. En effet, on observe ce matin une hausse de la croissance de la production industrielle sur 12 mois à un pic de 20 mois en novembre (7,0% A/A vs. 6,9% en octobre) et des ventes au détail à un pic annuel (5,0% A/A vs. 4,3% en octobre). Malgré la multiplication des défauts d’entreprises et des foyers de tensions géopolitiques, la Chine devrait incontestablement rester la locomotive de la croissance mondiale dans les années à venir. 

Publications statistiques

Il y a eu hier la confirmation du rebond de la production industrielle en Zone Euro durant le mois d’octobre. Elle a progressé de 2,1% M/M après une contraction de -0,4% en septembre. Par rapport à l’année dernière, la production industrielle est cependant toujours en contraction de -3,8%. Ces résultats sont légèrement meilleurs qu’attendu mais ont eu peu d’impacts sur l’euro durant la séance de la veille.

Aux Etats Unis, les perspectives d’inflation des consommateurs continuent à se redresser lentement. Elles atteignent désormais 2,96% pour le mois de novembre. Les anticipations d’inflation des acteurs économiques sont essentielles dans la dynamique future des prix. Un tel résultat hier est donc plutôt positif, sans toutefois influencer le dollar à court terme.

Au Royaume Uni, les statistiques du marché de l'emploi sont plus rassurantes que prévu : le taux de chômage au mois d'octobre – avant l’introduction des nouvelles mesures de confinement au Royaume-Uni -  a légèrement progressé de 4,8% à 4,9%, bien moins que les 5,1% anticipé par le consensus.

Pour finir, les marchés seront attentifs cet après-midi à la décision monétaire de la banque centrale de Hongrie à 14h00, puis au chiffre de la production industrielle américaine à 15h15. Pandémie, Brexit et plan de relance américain restent évidemment des sujets de fond essentiels sur les marchés.


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