Actualités du marché des devises

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déc. 14, 2020 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Brexit, banques centrales et vaccins : un optimisme teinté d'inquiétudes sur la situation sanitaire et économique

Tendance de la journée

Malgré une situation sanitaire qui ne cesse de se dégrader à l’échelle mondiale et un confinement strict annoncé en Allemagne, de nouveaux facteurs d’optimisme viennent nourrir les espoirs des marchés. Premièrement, le feu vert délivré par l’agence sanitaire américaine (la FDA) au vaccin Pfizer/BioNTech va permettre le lancement dès lundi d’une large campagne de vaccination aux Etats-Unis.

Toujours outre-Atlantique, la proposition bipartisane d’un plan relance de 908 Mds$ sera présentée et votée aujourd’hui au Congrès. Malgré les impasses des derniers jours, la fragmentation de ce plan en deux textes distincts pourrait favoriser l’adoption d’une partie de ce plan, amputée des propositions les plus controversées. Rien n’est toutefois encore joué.

Pour finir, la décision hier de Boris Johnson et de la présidente de la commission européenne de prolonger une fois de plus les négociations sur le Brexit a ravivé l’espoir d’un accord commercial entre les deux partenaires d’ici la fin de la période de transition programmée au 31 décembre.  

Face à cela, les indices européens sont en forte progression ce matin. L’indice français CAC40 et allemand DAX30 progressent de près de 1%. Du côté du marché des devises, l’optimisme ambiant porte l’euro. La paire EUR/USD  progresse ainsi de 0,25%. La tendance est globalement la même face aux autres devises, on notera toutefois la baisse de 0,90% de la paire EUR/NOK. Pour finir, les espoirs autour du Brexit font progresser la livre sterling de 1,00% face à l’euro.

Brexit et décision monétaire : une volatilité exacerbée de la livre

 Une fois de plus, la date butoir de dimanche dernier a été repoussé. Européens et britanniques désirent en effet continuer les négociations autour d’un accord commercial jusqu’au bout, jusqu’au dernier espoir.

Les négociations se poursuivent ainsi ce matin avec la volonté de trouver un compromis à moins de deux semaines de la fin de la période de transition. Même si l’espoir survit, les chances qu’un accord soit finalement trouvé restent minces. On apprenait ce matin de Michel Barnier, négociateur européen, que l’impasse persistait toujours autour des questions de la pêche et de la concurrence. Alors que les négociations bloquent depuis des mois sur ces deux sujets, il faudra qu’un des deux camps revoit ses ambitions à la baisse pour qu’un compromis puisse émerger.

Les résultats des négociations sur le Brexit ne sont toutefois pas les seules attentes de la semaine aux Royaume Uni. La banque d'Angleterre naviguera en eaux troubles jeudi prochain à 13h lors de sa dernière réunion de l’année. Le gouverneur de l’institution monétaire Andrew Bailey devra éviter les écueils d’une crise sanitaire et économique historique ainsi qu’une sortie tout aussi historique du Royaume Uni de l’Union européenne.

La panoplie monétaire de la banque centrale (injections de liquidités, reprise de l’assouplissement quantitatif et baisse de taux à un niveau record) n’aura pas permis cette année d’éviter une récession de près de 11% d’après ses propres prévisions. Malgré un rebond de 7,25% attendu l’année prochaine par l’institution, la situation économique britannique restera très précaire. Tellement précaire et préoccupante qu’Andrew Bailey étudie sérieusement la question de taux négatifs avec les banques de l’île. Cet outil monétaire non-conventionnel pourrait être utilisé « si besoin » d’après les propres mots du gouverneur.

Contrairement à la Banque centrale européenne, la Banque d’Angleterre n’a pas communiqué sur sa future décision monétaire. Les analystes sondés par Reuters tablent toutefois sur un statu quo sur les taux et le programme de rachat d’actifs. Si la question des taux négatifs reste très présente, il y a toutefois très peu de chance que cet outil soit déployé jeudi prochain tant ses implications peuvent être négatives pour le système bancaire.

Si la Banque d’Angleterre était finalement tentée d’annoncer de nouvelles mesures monétaires accommodantes, cette annonce aurait un impact fort sur une livre sterling déjà très faible. De plus si un accord sur le Brexit n’est toujours pas trouvé d’ici là, la volatilité de la livre sterling sera encore plus exacerbée. Si le niveau des 0,905£ fait pour l’instant office de support sur la paire EUR/GBP, la volatilité de la livre pourrait tirer aisément la paire EUR/GBP sur le niveau des 0,9£, ou sur le niveau des 0,915£. Prudence donc durant cette semaine où aucun scénario n’est à écarter pour la livre sterling.

La FED au centre des attentes de la semaine

La banque centrale américaine (FED) concentrera les attentes des marchés mercredi prochain à 20h00 dans un contexte de ralentissement de l’économie américaine et de crise sanitaire devenue incontrôlable.

Un ralentissement économique qui plombe l’inflation et met sous pression le marché du travail et une absence de plan de relance aux Etats Unis ; voilà les enjeux qui se présentent à la FED cette semaine. Si l’intégralité des analystes sondés par l’agence de presse Reuters table sur un statu quo sur l’action de la FED, l’attention sera focalisée sur les orientations futures qu’elle donnera. Jusqu’à quand les conditions accommodantes seront-elles maintenues ? Quels seront les facteurs qu’elle prendra en compte pour un retour à la normale de sa politique monétaire ?

Une impasse sur l’élaboration d’un plan de relance au Congrès américain pourrait bien aussi pousser la FED à annoncer des programmes de soutien supplémentaires aux entreprises en difficulté. En tout cas, le discours de la banque centrale sera très probablement accommodant étant donné les perspectives économiques de l’année prochaine assombries par une crise sanitaire hors de contrôle.

Ce discours accommodant de la FED est largement attendu et ne devrait donc pas trop impacter le dollar. Toutefois une annonce surprise pourrait donner une dynamique haussière nécessaire à l’EUR/USD pour dépasser le niveau résistant des 1,2176$. D’ici mercredi, les intervenants de marché seront probablement peu tentés de se positionner sur le marché et l’on pourrait ainsi observer un certain attentisme avant cette décision monétaire tant attendue. Ce matin, l’indice dollar (DXY) cède encore 0,40% et flirte de nouveau avec son support des 90,5.

 Covid-19 : le pire est peut-être encore à venir

Après un an de lutte contre la pandémie de coronavirus, la situation sanitaire à l’échelle mondiale n’a jamais été aussi dégradé qu’en ce moment. On recensait environ 760 000 nouveaux cas rien que vendredi dernier, un record depuis le début de la pandémie. Les scientifiques tablent sur une « immunité collective » d’ici la fin de l’année 2021, faisant craindre une aggravation de la pandémie dans les mois à venir, malgré la mise en place de campagnes de vaccination à grande échelle. 

Les Etats Unis sont de loin le pays le plus touché avec 15,6 Mls de cas depuis le début de la pandémie et près de 300 000 nouveaux cas vendredi dernier. La situation sanitaire ne cesse de se dégrader, et les prochaines semaines pourraient être cruciales d’après le Dr. Michael Osterholm, membre de l’équipe du futur président J. Biden. La période de Noël sera en effet à haut risque étant donné l’absence totale de mesures de distanciation imposées par le gouvernement fédéral. Différents états tentent toutefois d’atténuer l’incendie : la Virginie a entre autres imposé un couvre-feu jusqu’au 31 janvier, la Pennsylvanie et l’Ohio ont eux aussi renforcé les mesures sanitaires restrictives. L’arrivée de J. Biden à la présidence des Etats-Unis le 20 janvier prochain pourrait toutefois changer la donne. Si la situation sanitaire ne s’est pas améliorée d’ici là, certaines mesures restrictives pourraient être prises par le gouvernement fédéral.

En Europe la situation n’est pas franchement meilleure avec un peu moins de 200 000 nouveaux cas vendredi dernier, malgré un reflux depuis le mois de novembre. Avec 21 Mls de cas depuis le début de la pandémie, l’Europe est de loin la région la plus touchée au monde. La situation sanitaire est cependant très hétérogène entre les différents états membres. Alors que l’Allemagne atteint un record de contaminations journalières, la France retrouve une moyenne observée en septembre dernier. Les mesures sanitaires les plus restrictives semblent les plus efficaces pour freiner la progression de la pandémie. Ainsi en Allemagne, après avoir tenté de limiter l’impact économique avec un confinement « allégé », la première économie européenne est désormais forcée d’introduire la fermeture des activités « non-essentielles » et des écoles dès mercredi prochain. La Suisse, pays relativement peu touché, a annoncé elle aussi vendredi dernier de nouvelles mesures sanitaires comme des limitations de rassemblement.

On peut bien apercevoir la lumière au bout du tunnel mais la route sera encore longue, d’autant plus que les prochaines semaines seront les plus dures. Le maintien des mesures sanitaires restrictives l’année prochaine en Europe ou aux Etats-Unis aurait un impact très négatif sur l’activité économique mondiale. Si la reprise économique tant attendue par les marchés est contrariée l’année prochaine, les devises refuges comme le yen ou le franc suisse seraient probablement favorisées par les intervenants de marché. 

Des matières premières qui flambent entrainent les devises cycliques

Les espoirs d’une reprise économique vigoureuse l’année dope le marché des matières premières. Les devises cycliques les plus sensibles à l’environnement de marché et au prix des matières premières en profitent largement depuis novembre dernier. L’indice Dow Jones des matières premières progresse de près de 13% depuis le mois de novembre et retrouve ainsi des niveaux de 2014. 

Premièrement on notera la forte progression de près de 43% du prix de baril de brent depuis le 1er novembre. La légère hausse de production (500 000 barils par jour) des pays de l’OPEP et de la Russie ne devraient pas trop impacter les prix de l’or noir dans les semaines à venir. Le baril de brent pourrait ainsi se maintenir sur des niveaux élevés autour des 50$.

Cette dynamique profite notamment à la couronne norvégienne et au dollar canadien. Face à l’euro, les deux devises se maintiennent sur des niveaux de support majeurs (10,5 NOK et 1,54 CAD). Une poursuite haussière du prix du pétrole pourrait ainsi catalyser un basculement des paires EUR/NOK et EUR/CAD sous ces niveaux clés.

L’énergie n’est toutefois pas la seule matière première à connaitre une hausse fulgurante ces dernières semaines. Les prix des minerais fer connaissent eux aussi une hausse de plus de 40% depuis le 1er novembre. Cette fois c’est bien le dollar australien et le real brésilien qui profitent à plein de cette progression. Les paire EUR/AUD et EUR/BRL flirtent avec des niveaux de support majeurs à 1,61 AUD et 6,2 BRL. Respectivement les paires cèdent près de 3% et 9,5% depuis le 1er novembre.

L’évolution du prix des matières premières et des devises cycliques reste fortement corrélée à l’appétit au risque des marchés. Tant que ce dernier persistera, ces deux types d’actifs resteront recherchés par les intervenants de marché. Les perspectives économiques de la Chine, premier consommateur de matières premières au monde, seront-elles aussi déterminantes pour l’évolution future du prix de ces deux types d’actifs. Evidemment l’appétit au risque des marchés et les perspectives de croissance de la Chine seront déterminées par la progression de la pandémie et la capacité de la croissance mondiale à rebondir l’année prochaine. 

Publications statistiques

Vendredi dernier aux Etats Unis, l’indice préliminaire de sentiment des consommateurs de l’Université du Michigan faisait part d’une étonnante résilience du moral des consommateurs malgré la pandémie et le ralentissement économique. Il est ainsi ressorti à 81,4 et s’améliore par rapport au mois dernier (76,9). Malgré tout, l’indice est bien inférieur au niveau d’avant-crise et à la moyenne des dernières années.

Cette nuit au Japon, les indices Tankan d’activité économique montraient une nette amélioration par rapport au mois dernier des conditions des affaires au quatrième trimestre. Cette amélioration est meilleure qu’attendue par les analystes, toutefois l’environnement économique japonais reste dégradé, comme en témoigne un indice Tankan négatif.

Pour finir, les marchés seront attentifs à 11h à la publication du chiffre de la production industrielle européenne pour le mois d’octobre, attendue en amélioration par rapport à septembre. Les négociations du Brexit et le vote au Congrès américain du plan de relance concentreront aussi l’attention des machés pour le reste de la journée.


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