Actualités du marché des devises

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déc. 11, 2020 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

L'euro pas effrayé par la BCE & des devises de l'Est toutes sourires face à l'accord sur le budget européen

Tendance de la journée

La situation sanitaire aux Etats-Unis est toujours aussi catastrophique, avec de nouveau plus de 3000 décès hier. Toutefois, un espoir perce puisqu’une nouvelle étape a été franchie hier en faveur d’une autorisation du vaccin produit par Pfizer/BioNTech après l’avis positif délivré par un groupe d’experts indépendants pour le compte des autorités de santé américaines (Food & Drug Administration). Une officialisation pourrait venir dans les prochains jours, ce qui permettra de lancer les premières campagne de vaccination. Si les vaccins suscitent beaucoup d’espoir, on observe toujours beaucoup de prudence sur les marchés financiers cette semaine en raison des incertitudes que soulèvent l’absence de progrès majeurs sur le dossier du Brexit en Europe et du plan de relance aux Etats-Unis.

Ainsi, on est témoin ce matin d’une nouvelle séance de repli des indices boursiers asiatiques qui laisse présumer d’un mouvement similaire à l’ouverture de la séance en Europe. Du côté des indices américains, on se stabilise sur des niveaux bas de la séance de baisse de mercredi dernier. La hausse de l’indice de volatilité VIX mais aussi des taux d’intérêt des bons du Trésor américains depuis le début de la semaine laisse transparaitre une certaine prudence de la part des intervenants de marché. On notera la progression de 2,55% du prix du baril de Brent hier, lequel poursuit sur son élance ce matin et gagne près de 0,75%.

Côté devises, la paire EUR/USD se replie très légèrement ce matin en Europe après s’être rapprochée très près hier de son pic annuel de 1,2180 $ mais reste solidement accrochée au-dessus de la barrière de 1,21 $. L’effet de l’annonce hier d’un accord trouvé sur le budget européen semble se dissiper et laisse sa place à un petit sentiment de déception après la communication ce matin que le projet de vaccin franco-britannique de Sanofi et GSK ne sera pas prêt avant la fin d’année 2021.  La paire EUR/JPY cède près de -0,2% et revient se rapprocher de la barrière de 126 ¥, tandis que de son côté la paire EUR/CHF est à l’équilibre à hauteur de 1,0760 ₣. La paire EUR/AUD poursuit son repli malgré la mise en vigueur aujourd’hui des droits de douane chinois sur le vin australien. La devise australienne enchaîne une 3ième séance de hausse face à l’euro et titille ce matin ses plus hauts niveaux de l’année à moins de 1,61 A$. Du côté des devises émergentes, on notera la progression hier du real brésilien de plus de 2% face à l’euro après la publication au Brésil de ventes au détail supérieures aux attentes. La paire EUR/BRL repasse ainsi sous le niveau des 6,20 BRL, laissant la porte ouverte à une baisse en direction du seuil de 6,0 BRL. 

Sortie de crise sur le budget européen

C’est un nuage noir qui a disparu hier dans le ciel européen. Après plusieurs semaines de blocage sur le budget, consécutivement au véto apposé par la Pologne et la Hongrie avec le soutien de la Slovénie, les 27 membres de l’Union Européenne réunis ce jeudi à Bruxelles à l’occasion du dernier Conseil de l’UE de l’année ont trouvé un accord. C’est un grand ouf de soulagement qui est poussé à travers cette annonce puisque l’adoption du nouveau budget septennal couvrant la période 2021-2027 débloque mécaniquement le plan de relance européen de 750 Mds€ censé venir en aide aux pays de la Zone Euro les plus touchés par la crise sanitaire.

Un compromis a finalement été trouvé concernant la clause de la discorde qui veut que le versement des fonds de soutien soit conditionné au respect des règles de l’Etat de droit. Considérée par plusieurs membres dont les Pays Bas comme une ligne rouge à laquelle il ne faut pas toucher, cette clause est maintenue. Néanmoins la Pologne et la Hongrie ont obtenu la garantie qu’elle ne s’appliquera qu’à partir du 1er janvier prochain (pas de rétroactivité), qu’elle concernera uniquement les engagements pris dans le nouveau plan budgétaire et surtout qu’elle s’appliquera le cas échéant de manière objective sans visée politique. Par ailleurs, les deux pays de l’ancien bloc de l’Est ont eu l’assurance qu’aucune sanction ne pourra être appliquée contre un membre de l’UE sans une consultation et une approbation préalable de la Cour de justice européenne (CJE), ce qui peut prendre plusieurs mois avant d’aboutir.

C’est une épine dans le pied en moins dans la chaussure des européens qui peuvent désormais voir plus sereinement l’avenir. Même constat pour les investisseurs qui voient à travers le plan de relance et l’émission d’une future dette européenne un nouveau marché très attractif en train de prendre forme. L’euro peine toutefois pour l'instant à repartir en direction du seuil de 1,22 $ ce vendredi matin, ou son plus haut niveau depuis avril 2018. Les devises de l’Est ont vivement réagi à cette annonce d’accord. Déjà orientées à la hausse depuis mercredi après l’annonce d’un accord de principe trouvé avec entre les deux pays belligérants et l’Allemagne, le zloty polonais et le forint hongrois ont poursuivi hier sur leur lancée et progressé de respectivement +0,2% et +0,9% face à l’euro. Les deux devises ont par ailleurs touché toutes les deux un pic de 3 mois jeudi à respectivement 4,42 PLN et 354 HUF.

BCE : le soutien à l'économie européenne renouvelé

Au cours de sa dernière réunion monétaire de l’année, la Banque centrale européenne (BCE) n’a pas créé la surprise mais a réaffirmé son soutien dans la durée à une économie européenne très impactée par la crise sanitaire.

La banque a annoncé une augmentation du programme d’urgence de rachats d’actifs (PEPP) de €500 Mds pour une enveloppe totale désormais de 1850 Mds€ et sa prolongation d’au moins 9 mois jusqu’en mars 2022, mais aussi l’extension des programmes de prêts à taux préférentiels auprès des établissements bancaires (TLTRO) jusqu’à la fin d’année prochaine. Les taux directeurs restent sans surprise inchangés ce mois-ci. Ces annonces sont largement conformes aux attentes des marchés et s’inscrivent dans la continuité de la politique monétaire opérée par la BCE depuis le début de la crise. Pour la présidente Christine Lagarde il est nécessaire que de maintenir des conditions monétaires très souples jusqu’à ce que la crise sanitaire soit passée, c’est-à-dire probablement d’ici fin 2021 ou début 2022.

La présidente de la BCE a justifié ces nouvelles mesures de soutien du fait de l’ampleur des dommages économiques causés par la seconde vague de coronavirus en Europe, laquelle s’est avérée bien plus forte et longue que ce à quoi la banque s’attendait. Le soutien monétaire ne doit pas pour autant inciter les gouvernements à réduire leur politique fiscale expansionniste, bien au contraire leurs efforts sont nécessaires et complémentaires aux actions réalisées par la banque centrale, a tenu à rappeler Lagarde durant sa conférence de presse. Malgré l’arrivée anticipée d’un vaccin, les risques sanitaires risquent de perdurer encore un certain temps et de perturber la reprise en Zone Euro.

La seconde vague d’infection a provoqué un net coup d’arrêt de l’activité au 4ième trimestre et le risque d’une troisième vague cet hiver évoqué par plusieurs spécialistes de la santé fait craindre un début d’année sous haute tension et une croissance en dent de scie sur le début d’année 2021. La BCE a ainsi revu à la baisse ses estimations de croissance pour 2021 et table désormais sur un rebond de 3,9% contre 5,0% anticipé en septembre dernier.

Concernant l’inflation de la zone euro, son niveau est trop faible et décevant d’après les propres mots de la présidente de la BCE. Elle devrait en effet s’élever à 0,2% cette année, soit un niveau bien éloigné de l’objectif de long terme fixé à 2% par la banque centrale. Il faut dire que l’appréciation de l’euro cette année (+8% face au dollar en 2020) n’aide pas vraiment à stimuler les prix.  Interpelée sur le sujet durant la session de questions/réponses, Christine Lagarde a rappelé que la politique de la BCE n’était pas d’intervenir sur le taux de change. Ainsi la BCE observe mais n’interviendra pas, laissant toute la latitude à l’euro pour poursuivre sa hausse l’année prochaine.

En effet, la devise européenne a mis fin jeudi à une série de quatre séances consécutives de repli face au dollar en marge des annonces de la banque centrale européenne qui n’ont pas réellement surpris les marchés, ni affecté les acheteurs d’euro. Ainsi l’EUR/USD a consolidé sa position au-dessus de 1,21 $, tout comme le taux EUR/CHF au-dessus de 1,0750 ₣. Cependant l'optimisme tourne court ce matin avec une baisse généralisée de l'euro.

Un contexte qui se détériore aux Etats-Unis, des négociations sur la relance qui piétinent

Le nouveau plan de relance américain prend de plus en plus des allures de serpent de mer. On en parle depuis des mois, mais pour le moment il ne se passe rien. Et pour cause, les divergences bipartisanes observés au Congrès bloquent toujours la mise sur pied d’une nouvelle enveloppe d’aide pour soulager l’économie américaine face à la violente seconde vague de contamination dont elle est la cible actuellement. Malgré quelques rapprochements ces derniers jours entre les représentants au Congrès des deux principaux partis du pays, il y a peu de signes optimistes en faveur d’un compromis.

Selon le média américain Politico, le cabinet du président du groupe républicain au Sénat Mitch McConnell a fait savoir hier aux autres représentants du Congrès que le parti républicain ne soutiendrai pas le plan de 908 Mds$ proposé par un groupe de travail bipartisan et soutenu par les leaders démocrates. Un peu plus tôt cette semaine, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, avait rejeté la proposition de la Maison Blanche d’un plan de 916 Mds$ en raison de l’absence dans celui-ci de fonds dédiés à l’assurance chômage. Par ailleurs les divergences entre les deux camps portent toujours sur le souhait des républicains d’inscrire dans le plan une règle interdisant les poursuites judiciaires contre les universités et les entreprises en cas de contraction du COVID d’un des étudiants et/ou employés, et sur la volonté des républicains d’insérer dans le plan d’aide une enveloppe dédiée aux Etats et collectivités locales.

Les négociations vont se poursuivre au moins jusqu’à la fin de la semaine prochaine et plus spécifiquement le 18 décembre puisque la Chambre des représentants a voté mercredi une extension de budget permettant au gouvernement fédéral de fonctionner jusqu’à cette date. Alors que le Congrès doit voter à l’issue de cette date un nouveau plafond budgétaire pour éviter une fermeture des agences fédérales (« shutdown »), si aucun accord sur un plan de relance n’est trouvé entre-temps alors il faudra attendre la fin de la transition gouvernementale pour espérer voir de nouvelles aides mises en place.

Il y a ainsi une certaine urgence à trouver un compromis, d’autant plus que la situation sanitaire se détériore fortement aux Etats-Unis et que des tensions sur l’emploi refont surface. Les Etats-Unis ont à nouveau enregistré un pic de décès liés au COVID jeudi de plus de 3400 personnes d’après les statistiques de la CDC et ne voient pour le moment aucun signe d’amélioration à l’horizon. Sur le front de l’emploi, il est vital que de nouvelles aides soient déployées sachant que ce sont près de 12 millions d’américains qui risquent de se trouver sans ressource après Noël avec la fin programmée au 26 décembre prochain de plusieurs programmes de soutien. Ce sentiment d’urgence s’est d’autant plus remarqué hier à travers la publication des inscriptions hebdomadaires aux allocations chômage dont les chiffres se sont révélés non seulement bien supérieurs aux attentes mais à un pic de 11 semaines (853k vs. consensus 725k et 712k la semaine dernière).

Un échec des parlementaires américains à mettre sur pied un plan de relance pourrait quelque peu entamer la confiance des acteurs de marché et jeter un petit froid sur les marchés des changes. Cela pourrait donner lieu à quelques mouvements correctifs et offrir une opportunité au dollar de se raffermir un peu. Les devises cycliques (AUD, NZD, SEK) et les devises émergentes dont certaines ont le vent en poupe ces dernières semaines (BRL, ZAR, CNY) pourraient connaître quelques turbulences.

Publications statistiques

La dynamique de progression des ventes au détail s’accélère encore au Brésil au mois d’octobre. Elles progressent notamment de 8,3% par rapport à l’année dernière (contre 7,3% A/A en septembre), soit son plus haut niveau observé depuis février 2014. Cette progression est une surprise pour les analystes sondés par l’agence de presse Reuters qui misaient sur une progression de 6,7%. La paire EUR/BRL a cédé plus de -1,2% en réaction immédiate à ces chiffres, pour finalement terminer la journée avec une baisse de près de -2,4%.

Hier aux Etats-Unis, les chiffres d’inflation sont ressortis stables par rapport au mois précédent provoquant une petite surprise puisque le consensus misait sur un léger affaissement de la dynamique annuelle des prix. L’indice principal se maintient donc à 1,2% en glissement annuel en novembre (vs. consensus 1,1%), tandis que l’indice sous-jacent ressort à 1,6% en ligne avec le consensus.

Comme aux Etats-Unis, les chiffres d’inflation en Allemagne ne suscitent pas de surprises par rapport aux estimations préliminaires publiées fin novembre. L’économie allemande fait donc l’objet de pressions déflationnistes sur cette fin d’année, l’indice principal de prix enregistrant une contraction de -0,3% en glissement annuel.

Cet après-midi, on suivra aux Etats-Unis la publication des indices de prix à la production (14h30) puis un peu plus tard les indices préliminaires de confiance des ménages américains de l’Université du Michigan (16h00). Une journée peu chargée donc, mais qui pourrait être rythmée par les développements politiques sur le Brexit et le plan de relance américain.  


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