Actualités du marché des devises

Retrouvez les dernières informations sur le marché des devises telles que EUR/USD, EUR/GBP, USD/JPY, GBP/USD.

déc. 10, 2020 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

BCE & Sommet européen : l'Europe au centre des attentions

Tendance de la matinée 

La tendance des dernières semaines marque le pas ce matin. Malgré l’optimisme ambiant, les nouvelles du front sanitaire ne sont pas réjouissantes. Les Etats-Unis ont notamment atteint le nouveau record de 3000 décès journaliers liés au coronavirus. Le Royaume-Uni a de son côté rencontré de premiers écueils dans ses campagnes de vaccination après les réactions indésirables observées hier auprès de deux personnes souffrant d’allergies.

Cette nuit les indices asiatiques continuent à marquer le pas, sans toutefois montrer de signes d’alerte d’un retournement de la tendance haussière. On attend une ouverture légèrement dans le rouge des bourses européennes, mais aussi des indices américains qui connaissent depuis hier quelques mouvements correctifs dont notamment le NASDAQ qui a cédé près de -2% plombé par le titre Facebook. Si la tendance haussière de ces indices n’est pas encore remise en cause, les risques de correction ne doivent pas être sous-estimés au regard des risques sanitaires toujours omniprésents. Sans toutefois baisser fortement, on pourrait aussi assister à une pause et une évolution horizontale des indices dans les jours à venir.

Sur le marché des changes, l’euro se reprend légèrement face aux devises refuges et tentent d’inverser la dynamique baissière observée depuis le début de semaine en amont de la réunion de la BCE programmée en début d’après-midi. La paire EUR/JPY progresse ce matin de +0,4% et consolide sa position au-dessus du seuil de 126 ¥, tandis que les paires EUR/USD et EUR/CHF enregistrent un gain plus modeste de +0,1% et oscillent respectivement à hauteur de 1,20 $ et 1,0750 ₣. La livre sterling chute lourdement au lendemain du diner infructueux  entre Ursula von der Leyen et Boris Johnson. Si les négociations se poursuivent, le spectre d’un accord s’amenuise à mesure que le temps défile. La paire EUR/GBP revient ce matin à hauteur du seuil de 0,91 £. Face aux devises émergentes, la tendance de l’euro est clairement à la hausse. On notera ce matin la progression de 0,2% de l’euro face au rouble russe et au peso mexicain. Pour finir, la tendance de l’euro face aux devises cycliques est plutôt à la baisse ce matin. Le dollar australien poursuit notamment sa progression face à l’euro et gagne encore +0,3% alors même que les taxes chinoises (taxe anti-dumping de 107% à 212%) sur les importations de vin australien entrent en vigueur demain.

Un optimisme à tout épreuve

Si la pandémie continue de sévir, et plus particulièrement sur le continent nord-américain, les marchés font preuve d’un optimisme à tout épreuve que rien ne semble pouvoir affecter. Le déploiement rapide de vaccins et le maintien de soutien massif à l’économie de la part des banques centrales et des gouvernements nourrissent cette confiance. Et cela se répercute sur la volatilité des marchés des changes qui reste, malgré quelques mouvements correctifs sur ce début de semaine, très largement marquée par un large regain d’appétit au risque des acteurs financiers. Il reste à savoir jusqu’à quel point ce sentiment d’optimisme peut perdurer dans le temps.

Côté banques centrales, ce n’est ni plus ni moins que la somme de 5600 milliards de dollars qui a été injecté cette année par le BIG 4 des banques centrales (Etats-Unis, Zone euro, Japon et Royaume Uni). Ce large soutien a permis de maintenir des coûts de financements très faibles pour soutenir à la fois l’investissement et permettre aux Etats de financer à très bas coût la hausse des dépenses publiques. Engagée dans une politique de taux bas et rachats massif d’actif, les banques centrales ont déjà écumé une large part de leur arsenal monétaire. S’il n’est pas question d’imaginer une réduction du soutien à court et moyen terme, on peut se demander si elles auront la volonté mais aussi la capacité d’opérer à de nouvelles mesures accommodantes sur cette fin d’année pour atténuer les dommages causés par la nouvelle vague de contamination observée cet automne. Ce sera l’enjeu des réunions monétaires à venir sur cette fin d’année : 10 décembre pour la BCE, 16 décembre pour la Fed, 17 décembre pour la Banque d’Angleterre et 18 décembre pour la Banque du Japon.

Au niveau sanitaire, les premières campagnes de vaccination attendues ce mois-ci au Royaume-Uni et aux Etats-Unis et probablement à partir de janvier en Zone Euro laissent espérer des perspectives plus réjouissantes et une forte reprise de la croissance en 2021. Après avoir rendu un premier avis favorable mardi, les autorités de santé américaines pourraient délivrer dès ce jeudi une autorisation anticipée pour distribuer le vaccin produit par le duo américano-germanique Pfizer/BioNTech. En Europe, la décision finale de l’agence européenne des médicaments ne sera pas connue au plus tard d’ici le 29 décembre. Cela n’empêche pas d’autres acteurs de faire l’actualité et de bercer d’espoir les marchés, comme mercredi le projet de vaccin chinois porté par l’entreprise d’Etat Sinopharm dont le taux d’efficacité serait évalué à 86% d’après l’analyse des tests cliniques. Le Canada a lui aussi autorisé hier la commercialisation du vaccin Pfizer/BioNTech.

Les volets monétaire et sanitaire devraient demeurer les principaux thèmes auxquels les investisseurs seront sensibles lors des prochains mois. Les marchés des changes sont très largement influencés par ce large regain de confiance des investisseurs, et tout particulièrement les devises cycliques ou devises de pays exportateurs de matières premières qui surfent sur les espoirs de reprise soutenue de l’activité et des échanges commerciaux en 2021. Après avoir marqué le pas en début de mois, les devises cycliques retrouvent une certaine dynamique haussière depuis le début de la semaine face à l’euro. Depuis le 1er décembre, la paire EUR/AUD cède ainsi plus de 1% et flirte à nouveau avec le niveau support des 1,6150 A$. Même constat pour la paire EUR/NZD qui se dirige vers le niveau support des 1,70 NZ$. Les devises nordiques NOK et SEK performent bien également sur ces dernières semaines. Certaines devises émergentes bénéficient également de cette euphorie générale pour venir tester des niveaux clés comme le rand sud-africain (support de 9 mois testé à 18,0 ZAR), le real brésilien (support de 4 mois testé à 6,20 BRL) ou encore le peso mexicain (support de 9 mois testé à 24,0 MXN).

BCE et Sommet européen : l’heure est aux décisions 

La banque centrale européenne (BCE) devrait procéder à de nouveaux ajustements monétaires ce jeudi (communiqué officiel publié à 13h45). Du moins c’est ce que le marché anticipe très largement sachant que la banque a tenu une communication relativement transparente sur le sujet depuis plusieurs semaines. Le maintien de risques pandémiques forts dans la région européenne, le nouveau coup d’arrêt de l’activité cet automne en raison de la seconde vague mais aussi la présence de pressions déflationnistes en Europe justifient amplement une nouvelle action de la banque. En octobre dernier, les analystes tablaient sur une extension d’au moins 500 milliards d’euros pendant 6 mois du programme d’urgence de rachat d’actif de 1350 Mds€ crée en marge de la crise sanitaire (PEPP) et la mise en place de nouveaux programmes de prêts à taux préférentiels auprès des établissements bancaires (TLTRO).

Si une action de la BCE ne fait quasiment aucun doute, un point d’interrogation subsiste néanmoins sur la magnitude du nouveau soutien déployé. Depuis quelques semaines, les responsables monétaires européens se relaient dans les médias pour préparer les marchés à une action qui sera cette fois plus ciblée et à priori moins volumineuse qu’auparavant. La résilience de l’économie européenne durant ce second confinement mais aussi l’arrivée prématurée d’un vaccin en Zone Euro (probablement dès janvier) pourraient lui faciliter la tâche et justifier le choix d’une stratégie moins « sensationnaliste » mais aux effets prolongés dans le temps. Les nouvelles projections publiées ce mois-ci par l’équipe d’économistes de la banque centrale et commentées par Christine Lagarde durant sa conférence de presse (14h30) auront également une influence majeure dans la stratégie finale.

Une nouvelle action de la BCE viendra-t-elle faire dérailler la dynamique haussière de l’euro ? Pas certain, à moins que la banque centrale surprenne les marchés par des mesures plus accommodantes que prévu ou cible spécifiquement la récente hausse de la devise européenne comme un obstacle à la reprise en Zone Euro. Bien que sur la défensive sur ce début de semaine après son fort rebond au mois de novembre, l’euro reste néanmoins solidement valorisé face à ses principaux pairs (dollar et yen japonais). Elle reste néanmoins sensible aux enjeux politiques qui se jouent actuellement dans la région, à savoir le Brexit et la validation du nouveau budget européen. Sur ce dernier point, on observe une éclaircie puisque l’Allemagne, à la tête de la présidence tournante de l’UE au second semestre 2020, a annoncé avoir trouvé un accord de principe avec la Pologne et la Hongrie pour débloquer le plan budgétaire septennal de 2,2 Trn€ auquel est rattaché le plan de relance de 750 Mds€. Une nouvelle de bon augure en marge du Conseil de l’Union Européenne qui débute ce jeudi à Bruxelles mais qui nécessitera cependant l’aval des 27 membres pour être officialisée. C’est le sujet du Brexit qui crée le plus de crispations sachant qu’on observe encore aucun accord en vue à l’approche de la fin de la période de transition.

La Pologne et la Hongrie étant les principaux bénéficiaires du plan de relance européen, c’est sans surprise que le florin hongrois et le zloty polonais ont enregistré d’importants gains mercredi consécutivement à l’annonce d’un accord de principe trouvé sur le budget européen. La paire EUR/HUF a cédé jusqu’à -1% en séance tandis que la paire EUR/PLN a limité les pertes en séance à -0,70%. Sur la paire EUR/HUF, le niveau des 355 HUF fait toujours office de barrage à une baisse plus importante. La paire EUR/PLN a quant à elle franchi son support des 4,44 PLN, ouvrant peut-être la porte à une baisse en direction des 4,40 PLN.

Brexit : nouvelles prolongations faute d’accord 

Le premier ministre britannique Boris Johnson et la présidente de la Commission européenne se sont longuement entretenus hier soir autour d’un diner de travail de 3 heures, lequel était considéré par beaucoup d’observateurs comme le « diner de la dernière chance » en vue de trouver un compromis final sur le Brexit. Malgré des signes de bonne volonté observés de chaque côté, les divergences restaient hier soir encore trop importantes entre britanniques et européens pour qu’un accord sur leur future relation commerciale puisse émerger. Pas d’accord mais une nouvelle prolongation des négociations jusqu’à dimanche, c’est ce qui a été convenu entre les deux dirigeants à l’issue de cette rencontre. Cette date butoir sera-t-elle pour une fois respectée ? Si d’ici là les négociations restent encore dans l’impasse, il est probable que le scénario de « Brexit dur » tant redouté par les marchés ait finalement bien lieu.

Même si la question des quotas de pêche est épineuse, le véritablement enjeu se joue probablement sur la question de l’encadrement des aides d’Etat afin d’éviter toute concurrence déloyale et dumping de la part de Londres une fois sortie de l’Union Européenne. Afin de se prémunir contre cette menace, Bruxelles préconise la mise en place d’un système de sanction automatique en cas de non-respect des règles de concurrence. Une condition tout à fait inacceptable pour l’administration britannique qui cherche à réaffirmer la souveraineté du pays. À ce stade rien n’est joué mais le temps tourne et la fin de la période de transition se rapproche. Et si les européens semblent ouvert à l’idée de prolonger les négociations en 2021 faute d’accord, cela n’est pas le cas du premier ministre Boris Johnson.

La livre sterling est toujours aussi volatile. Après avoir cédé -0,5% hier, la paire EUR/GBP efface ce matin l’ensemble de ses pertes et progresse de +0,7%. La volatilité ne fera probablement qu’augmenter d’ici la fin de la semaine et la date butoir de dimanche prochain. Depuis un peu plus d’une semaine, la paire évolue au sein du couloir de prix 0,8980-0,9150 £ (+/- 1,9%), néanmoins il n’est pas impossible de la voir sortir de ces bornes (par le haut ou le bas) dans les prochaines heures/jours selon les nouveaux développements sur le Brexit.

Les statistiques d'inflation américaine à l'agenda du jour

Les marchés auront un œil attentif cet après-midi sur les nouvelles statistiques d’inflation aux Etats-Unis (14h30), lesquelles donneront de nouveaux indices sur la dynamique actuelle des dépenses des ménages et donc plus globalement sur la consommation domestique. Le consensus table sur un léger repli de la dynamique annuelle de l’indice principal de 1,2% à 1,1% et un niveau stable à 1,6% par rapport au mois dernier concernant l’indice de prix sous-jacent excluant l’énergie et les produits alimentaires.

Après un fort rebond à la fin du printemps qui coïncide avec la fin de la première vague en Europe et aux Etats-Unis, la croissance des prix à la consommation montre des signes d’essoufflement et semble marquer un ralentissement de la demande des consommateurs américains. Le regain de vigueur de la pandémie cet automne et la dégradation des risques sanitaires à travers tout le pays ne semblent pas être étranger à cela. On peut même s’attendre à observer davantage de pressions baissières sur les prix en décembre sous l’influence des restrictions sanitaires récemment introduites dans certains Etats et villes américaines. Le repli du moral des ménages américains et les récentes tensions sur le front de l’emploi observés ces dernières semaines font effectivement craindre des dommages collatéraux sur la consommation domestique.

Alors que se joue actuellement au Congrès une intense bataille pour mettre sur pied un nouveau plan de soutien, de son côté la réserve fédérale américaine devrait conforter en décembre sa politique ultra-accommodante et son objectif de maintenir ses taux directeurs inchangés au moins jusqu’à fin 2023. La pandémie et un niveau d’inflation très éloigné de son objectif de long terme de 2% justifieraient même de possibles ajustements monétaires. Un repli marqué des prix cet après-midi pourrait en effet augmenter la probabilité d’une nouvelle action de la Fed lors de la réunion du 16 décembre prochain, et par conséquent justifier de nouveaux mouvements baissiers sur le dollar. Sur la défensive depuis le début de la semaine, le taux EUR/USD pourrait se voir offrir l’opportunité de revenir s’approcher du niveau de 1,22 $. À l’inverse, de bons résultats conforteraient la dynamique en cours renvoyant la paire de change en direction de 1,20 $. 

Publications statistiques 

Hier, statu quo sur les décisions monétaires des banques centrales canadienne et brésilienne. On a donc observé très peu de volatilité sur les paires EUR/CAD et EUR/BRL.

À l’image de la dynamique européenne et américaine, l’indice d’inflation sous-jacent norvégien ralentit franchement par rapport au mois d’octobre (-0,4% M/M et 2,9% A/A en novembre contre 0,1% M/M et 3,4% A/A). Outre-Manche, les estimations du PIB d’octobre sont en ligne avec les attentes des analystes sondés par Reuters (0,4% M/M et -8,2% A/A). Du côté de la production industrielle et manufacturière d’octobre, les résultats sont meilleurs que prévus et montrent même une accélération par rapport au mois de septembre.

Cet après-midi est une journée chargée pour les marchés : réunion monétaire de la BCE à 13h45, statistiques d’inflation et inscriptions hebdomadaires aux allocations chômage aux Etats Unis à 14h30. Ce jeudi s’ouvre également un sommet européen de deux jours à l’agenda très dense avec notamment des discussions attendues sur le plan de relance, le Brexit, la validation du nouveau budget européen ou encore de possibles sanctions contre la Turquie. On sera aussi attentif aux nouvelles autour d’un nouveau plan de relance américain. 


Recevez les dernières actualités sur le marché des devises

Publié cinq fois par semaine, ce bulletin d'information présente au quotidien des tendances et des activités qui touchent le marché sous forme d'actualités faciles à comprendre.