Actualités du marché des devises

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déc. 07, 2020 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Brexit, bientôt le dénouement de quatre années de négociation ?

Tendance de la journée

Si l’optimisme lié aux développements d’un vaccin contre le COVID, aux relances budgétaires et monétaires domine toujours, quelques facteurs de turbulences viennent ce matin quelque peu altérer l’enthousiasme général : progression de la pandémie et tensions sino-américaines.

La tendance haussière des indices boursiers mondiaux continue de ralentir. Les indices asiatiques ont clôturé la séance en territoire négatif (-1,24% pour l’indice japonais Hang Seng). Les indices européens sont en retrait à l’ouverture ce matin, sans toutefois remettre en question pour l’instant leur tendance haussière. A noter ce matin la baisse de 1,50% du prix du baril de brent.

Sur le marché des devises, il y a des premiers signes de correction de l’euro face aux devises refuges, notamment face au dollar (EUR/USD -0,17%). Correction observée aussi sur la paire EUR/CNY (-0,27%) après deux semaines de progression. Face aux devises cycliques, la tendance est plutôt à la hausse, notamment face à la couronne norvégienne (+0,80%). Pour finir, les devises émergentes progressent ce matin face à la devise européenne. La paire EUR/INR (roupie indienne) cède ce matin par exemple -0,18% après avoir accusé une baisse de 1,50% sur les deux dernières semaines. 

Un sentiment d’urgence sur le Brexit

Les négociations autour du Brexit se poursuivent ce matin sur fond d’urgence. Après un échange téléphonique entre Ursula Von der Leyen - présidente de la Commission Européenne - et Boris Johnson - premier ministre britannique – les deux camps ont repris les négociations dimanche et se sont donnés 48 heures pour tenter de trouver un compromis.

Car à moins d’un mois de la fin de la période de transition, ce sont toujours les mêmes points de divergences qui subsistent. Ils sont au nombre de trois : la pêche, les aides d’Etat et la régulation de la frontière en Irlande. Ce sont deux approches qui s’opposent, la vision britannique qui promeut à travers le Brexit le retour de sa souveraineté et la vision européenne qui défend ses intérêts et son modèle économique. Les discussions bilatérales vont s’accélérer ces dernières 24 heures et à l’issue de la journée, Johnson et Von der Leyen tireront un bilan pour savoir s’il est nécessaire ou non de poursuivre les négociations.

Les européens auront également un œil sur les pourparlers et un autre sur le résultat du vote de cette après-midi à la Chambre des communes du projet de loi sur le marché intérieur. Véritable pomme de la discorde entre les deux camps, ce texte donnerait le droit au gouvernement britannique d’outrepasser ses engagements pris dans l’accord de sortie et de réécrire à sa convenance les règles concernant la gestion frontalière en Irlande. Si ce texte venait à être approuvé, il est fort probable que cela réduirait les chances d’un accord commercial sur le Brexit.

L’histoire nous a montré que les échéances était souvent repoussées et qu’elles servaient surtout de moyens de pression pour accélérer les échanges et tenter d’aplanir les divergences. Il est certain que si un début de compromis perce à l’issue de cette journée, les négociations seront à nouveau prolongées. Il ne faut préjuger de rien sur ce volet aux multiples rebondissement. Comme l’évoquait dimanche Micheal Martin, premier ministre irlandais, la probabilité qu’un accord soit trouvé est désormais d’une chance sur deux.

Face à l’impasse des négociations ce week-end, la probabilité d’un Brexit sans accord augmente et impacte négativement la livre. La hausse des inquiétudes se matérialise par un rebond de la paire EUR/GBP de plus de +1% ce matin. Le niveau des 0,9070 £ qui faisait office de résistance a été franchi ce matin par la paire de change, du coup cette dernière pourrait rapidement venir tester le seuil de 0,9150 £ qui n’a plus été touché depuis 2 mois et qui constitue le dernier obstacle majeur avant la barrière de 0,93 £ (plafond rarement franchi depuis 2016).

La BCE au chevet de l’économie européenne

La banque centrale européenne (BCE) tiendra sa dernière réunion monétaire de l’année ce jeudi (communiqué officiel publié à 13h45). Sans nul doute – Christine Lagarde l’a explicitement évoqué lors de la réunion d’octobre – celle-ci devrait opérer de nouvelles mesures accommodantes en guise de soutien à une économie européenne qui a connu un nouveau coup d’arrêt cet automne sous l’impact d’une seconde vague de contamination en Europe. Les pressions déflationnistes qui perdurent, la hausse du chômage mais aussi les tensions de trésorerie des entreprises observées à travers de multiples enquêtes d’opinion sont d’autres défis majeurs auxquelles la BCE n’est pas insensible et doit tenter de trouver une réponse via sa politique monétaire.

Vouloir intervenir est clairement justifié mais on peut néanmoins questionner les capacités réelles de la banque centrale à le faire. Au regard des communications récentes entendues de certains membres du directoire, les responsables monétaires européens devraient donner la priorité à deux outils monétaires : 1) les rachats d’actif via son programme d’urgence PEPP, et 2) les programmes de prêts à taux préférentiels auprès des établissements bancaires (TLTRO). Pas de baisse de taux envisagée, mais pas aussi probablement de mesures de grande ampleur à attendre ce mois-ci. Du moins en terme de taille. L’aide devrait être ciblée et prolongée dans le temps, la qualité et la temporalité prenant le pas sur la quantité à laquelle les investisseurs ont jusqu’ici été très sensibles.

Le renforcement du programme TLTRO viendrait soulager des banques européennes menacées par la dégradation de la situation financières de certains de leurs débiteurs et la baisse de leur profitabilité liée à l’environnement persistant de taux bas. Ce soutien supplémentaire est d’autant plus nécessaire que le chef économiste de la BCE, Philip Lane, avait mis en garde il y a quelques jours contre l’émergence de signes de dégradation des conditions de financement en Zone Euro. La capacité de financement des banques impactée, cela serait l’ensemble de l’économie européenne que se trouverait menacée.

De quelle manière les marchés interprèteront ces nouvelles mesures ? La BCE a fait un gros travail de communication en amont pour ne pas prendre les marchés par surprise, aussi si déception il y a face à l’ampleur des mesures de soutien, elle devrait à priori être modérée et temporaire. Ainsi, sauf surprise majeure dans les annonces faites jeudi, les nouvelles actions prises par la BCE ne devraient pas remettre en question à moyen terme la tendance haussière de l’euro, notamment face aux devises refuges. Les principaux risques baissiers pour l’euro sur cette fin d’année se situent davantage à Bruxelles qu’à Francfort, et portent sur le blocage du budget européen qui à ce jour empêche le déploiement l’année prochaine du plan de relance européen dont les principales économies de la région ont grandement besoin pour se redresser.

Tensions sur l’emploi et situation sanitaire inquiétante aux Etats-Unis

Le marché du travail américain a connu un coup de frein au mois de novembre, symptôme d’une seconde vague scélérate de coronavirus qui s’abat sur l’économie.

Les deux enquêtes publiées la semaine dernière sont unanimes, le rythme de création d’emploi aux Etats Unis s’est fortement ralenti au mois de novembre. L’enquête NFP publiée vendredi dernier montre que l’économie américaine a seulement créé 245k emplois en novembre contre 610k en octobre, à la surprise des analystes qui tablaient sur le chiffre bien plus élevé de 455k. Il s’agit tout simplement du plus mauvais rapport sur l’emploi depuis 7 mois. Si le taux de chômage recule un peu plus que prévu de 6,9% à 6,7%, cela reste un niveau encore plus de deux fois supérieur à celui observé avant la crise sanitaire. Des tensions sont perceptibles sur le marché de l’emploi et sont à mettre en corrélation avec la situation sanitaire qui ne cesse de se dégrader dangereusement ces dernières semaines aux Etats-Unis. L’absence pour l’heure de mesures de restriction nationales pour stopper la seconde vague d’infection, et en parallèle de nouvelles mesures d’aide de l’Etat pour soutenir l’économie font craindre de nouveaux dommages économiques importants dans le pays.

De nouveaux records de contaminations, de décès journaliers et d’hospitalisations ont été franchis la semaine dernière : près de 228k de nouvelles contaminations pour la journée de vendredi, soit deux fois plus qu’il y a un mois, 2885 décès et un total de 100k hospitalisations atteint mercredi dernier. Face à l’ampleur de la crise, les mesures restrictives se multiplient ces dernières semaines à l’échelle locale. Par exemple, le gouverneur de la Californie se prépare à demander à la population de 40 millions de personnes de se confiner pour 3 semaines, mettant à l’arrêt toutes les activités « non-essentielles ». Les craintes sont d’autant plus renforcées que la célébration de Thanksgiving la semaine dernière a accéléré la propagation du virus. Malgré une campagne de vaccination qui pourrait débuter dès la fin de semaine aux Etats-Unis en cas d’autorisation délivrée au projet de vaccin Pfizer/BioNTech, la situation sanitaire pourrait rester extrêmement tendue dans le pays lors des prochains mois. C’est du moins l’avis du directeur Centre de contrôle des maladies (CDC) qui évoque le risque d’atteindre les 450k décès (Vs. plus de 280k aujourd’hui) d’ici fin février.

Cette situation à haut risque va probablement pousser le gouvernement et la banque centrale américaine à muscler leur soutien à l’économie. Le projet de plan de relance de $908 Mlds n’est qu’un début pour les démocrates. Sans de réels progrès observés sur le plan sanitaire aux Etats-Unis, ou bien de mouvement de panique soudain sur les marchés actions qui cessent de battre des records, le dollar risque de continuer à traîner son vague à l’âme et glisser vers le bas face à ses principaux pairs dont l’euro. Les divergences sanitaires entre les Etats-Unis et la Zone Euro ainsi que l’enthousiasme général que soulève l’arrivée prochainement d’un vaccin contre le COVID sont deux facteurs favorables à l’euro par rapport au dollar, et donc au maintien de la paire EUR/USD à plus de 1,20 $.

 Publications statistiques 

L’économie chinoise a dégagé un excédent commercial de 75,4 $ Mds en Novembre, soit un pic depuis 1981 et le début de la série statistique. Cette dynamique a été portée par une augmentation record des exportations chinoises (+21% en novembre par rapportà l'année dernière). Le yuan progresse  de 0,27% face à l’euro ce matin.

Bonne surprise sur la production industrielle allemande qui a enregistré un rebond deux fois plus important que prévu (+3,2% M/M vs. +1,6%), laquelle confirme la bonne résilience du secteur manufacturier malgré le second confinement opéré cet automne en Europe.

À l’inverse, les chiffres de la production industrielle norvégienne sont très décevants. Elle se contracte de -5,6% en octobre par rapport au mois dernier, contre des attentes à 0,8%. Après ce véritable raté, la paire EUR/NOK progresse de 0,80% ce matin.

L'indice européen de sentiment des affaires (Sentix) continue de se dégrader pour la période de décembre (-2,7). Toutefois on observe une forte amélioration par rapport au mois dernier (-10). C'est une surprise pour les analystes qui tablaient sur le chiffre de -8,3.

Pour finir, il n’y aura pas vraiment de statistiques importantes publiées cet après-midi. Les marchés seront toutefois très attentifs aux développements autour d’un plan de relance américain, les tensions sino-américaines et les négociations du Brexit.


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