Actualités du marché des devises

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nov. 26, 2020 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

L'EUR/USD franchit la barre des 1,19$

Tendance de la journée

L’environnement global de marché reste optimiste, malgré les publications statistiques décevantes aux Etats Unis. On assiste à une pause dans la progression des différents indices bousiers en Europe et aux Etats Unis. Pas de quoi toutefois remettre en cause la tendance haussière de ces dernières semaines. Le pétrole continue de progresser pour dépasser les 30% de gains sur le mois-ci et toucher hier un pic de 8 mois (48 $ pour l’indice Brent).

Le dollar poursuit sa baisse et a touché un nouveau creux de 2 mois face à l’euro à plus de 1,19 $. Orienté à la baisse une grande partie de la journée, le franc suisse, que l’on a vu touché mercredi en séance un nouveau creux de presque 3 mois face à l’euro à 1,0870 ₣, a fini par retracer ses pertes pour finir la journée dans le vert à 1,0820 ₣.

Pour les devises cycliques, la tendance est mitigée. Portée par la hausse du prix du pétrole et l’appétit au risque des investisseurs de ces dernières semaines, la couronne norvégienne poursuit sa progression et a gagné encore 0,80% face à l’euro, ce qui porte ses gains à 1,75% sur les deux dernières séances. Le taux EUR/NOK est en chute libre et oscille désormais à son plus bas niveau depuis près de 12 semaines à proximité du seuil de 10,50 NOK. Le dollar australien a connu une légère correction après son escapade mardi à un pic de 4 mois face à l’euro à moins de 1,6120 A$.

Concernant les devises émergentes, le peso argentin s’enfonce inlassablement à des plus bas historiques alors qu’une crise de la dette fait rage dans le pays. Le real brésilien a progressé pour sa part de 0,75% face à l’euro et se rapproche ainsi du niveau support des 6,30 BRL.

Ce matin, la tendance est franchement à la hausse pour l'euro face à à une grande majorité de devises. On notera la progression de 0,16% de la paire EUR/USD qui lui permet de s'affranchir de la résistance des 1,19$. La tendance haussière de l'EUR/USD pourrait reprendre dans les jours et semaines à venir, après une pause de 4 mois.

Peu d’attentes sur cette fin de semaine, mis à part des développements sur le Brexit. Jeudi et vendredi risquent d’être plutôt calmes sur les marchés, étant donné que les marchés américains seront fermés aujourd’hui à l’occasion de la célébration des festivités de Thanksgiving. La séance américaine de vendredi sera quant à elle écourtée. 

Inquiétudes sur l’emploi et la consommation aux Etats-Unis

Le marché du travail américain commence à ressentir les effets de la seconde vague de coronavirus dans le pays. Pour la seconde semaine consécutive, le nombre de nouveaux bénéficiaires aux allocations chômage a progressé aux Etats-Unis, une tendance à l’opposé de ce qui était anticipé par le consensus. Au 21 novembre, on a recensé 778 000 inscriptions supplémentaires dans le recueil de demande d’aide à l’emploi, soit le plus haut niveau observé depuis 5 semaines.

Tout aussi inquiétant, la dégradation de la consommation des ménages, ainsi que de leur moral. Les revenus sont ressortis en contraction de -0,7% en octobre par rapport au mois dernier alors que le consensus anticipait une croissance nulle. Quant aux dépenses personnelles, elle restent positive mais progressent très mollement (+0,5% M/M vs. +1,2% en septembre). L’indice Michigan de confiance des ménages a légèrement été révisé à la baisse (76,9 vs. 77,0) par rapport à sa première lecture préliminaire et confirme une baisse de moral à un plus bas depuis 3 mois.  Ce sont là des signes de mauvaise augure en ce qui concerne l’un des principaux catalyseurs de l’économie américaine, la consommation étant clairement susceptible de connaître un coup d’arrêt sur cette fin d’année.

Ces mauvaises nouvelles ont toutefois été contrebalancé par la confirmation du rebond de la croissance américaine au troisième trimestre. Sans surprise, la croissance a atteint le niveau sans précédent de 33,1 % en rythme annualisé au troisième trimestre. La première économie mondiale s'était contractée de 31,4 % au deuxième trimestre.

La crise économique n’est peut-être pas encore terminée aux Etats Unis. La consommation des américains pourrait en effet se dégrader, d’autant plus que de nouvelles mesures sanitaires restrictives pourraient être considérée par les autorités (au moins au niveau local) pour freiner la hausse vertigineuse des contaminations dans le pays. Hier, le nombre de nouveaux cas de Covid s’est élevé à 178000 aux Etats Unis.

La publication de ces chiffres a généré une légère volatilité sur le dollar. La tendance de la devise américaine est toujours clairement orientée à la baisse et pourrait accélérer dans les jours ou semaines à venir si une détérioration du contexte sanitaire et économique s’observe de l’autre côté de l’atlantique. 

La santé des banques européennes menacées ?

Dans sa dernière revue de stabilité financière, la banque centrale européenne (BCE) a averti que la profitabilité des banques européennes pourrait rester faible dans les années à venir et qu’il faudra probablement attendre 2022 avant que les profits du secteur bancaire ne reviennent sur leurs niveaux pré-pandémie.

Déjà affaiblies par un environnement durable de taux bas, les banques européennes ont vu la qualité de leur bilan se dégrader durant la crise sanitaire. Cette tendance pourrait se prolonger et s’intensifier en 2021 sachant que de nombreuses entreprises menacent de faire défaut dès lors que les aides gouvernementales seront réduites. La hausse de la dette durant cette période de crise pourrait fragiliser de nombreux acteurs si jamais la reprise de l’activité ne génère pas assez de revenus pour assurer le remboursement des crédits. L’autre risque qui plane sur le secteur bancaire, c’est la possible correction des prix de certains actifs dont la valorisation apparaît aujourd’hui très élevée comme dans l’immobilier pour particulier et professionnel.

Tirant sur la sonnette d’alarme, la BCE en appelle aux banques à prendre des mesures et augmenter leurs provisions de défaut pour anticiper tout scénario de vague de faillites en Europe, lesquelles apparaissent aujourd’hui « trop optimistes » d’après le vice-président de la Banque centrale européenne Luis de Guindos. Les provisions ont fortement chuté au 3ième trimestre sous l’impulsion d’un fort rebond de l’économie à la fin du premier confinement, néanmoins certains modèles de prédiction réalisés par la BCE pointent du doigt un risque de hausse additionnelle des prêts non-performants de l’ordre de 1400 Mds€ dans le scénario le plus pessimiste. Le lobby des banques en faveur de la levée de l’interdiction de distribuer des dividendes aux actionnaires pour l’année prochaine peut aussi expliquer cet « optimisme » des acteurs du secteur.

La faible profitabilité des banques européennes couplée à l’incertitude globale autour des perspectives économiques et la hausse des risques de crédit dans la région constitue un problème à ne pas minimiser. Si elle ne s’améliore pas significativement alors ce sont les capacités de crédit des banques, et donc l’ensemble de l’économie qui pourrait en subir les répercussions.  

La hausse des risques systémiques en Europe pourrait rappeler de mauvais souvenirs aux investisseurs européens sur la période trouble de 2008-2009. L’euro reste pour le moment sur son nuage et continue de surfer sur le sentiment d’optimisme général autour de la possible arrivée d’un premier vaccin sur le marché, l’atténuation des risques sanitaires en Europe et la dissipation des craintes de turbulence politique aux Etats-Unis. La devise touche un pic de 2 mois à plus de 1,19 $ face au dollar.

Des dépenses record pour une récession historique au Royaume Uni

En guise de réponse à l’une des plus importantes récessions de son histoire, le Royaume-Uni a dévoilé par la voix du ministre des Finances, Rishi Sunak, un programme de dépenses publiques massif de 280 Mds £. Malgré cet effort conséquent, le gouvernement britannique ne table pas sur de retour à la normale de l’économie avant la fin d’année 2022. En dépit de la montée récente des espoirs autour d’un vaccin, la reprise s’annonce lente et incertaine tant que les risques sanitaires persisteront. C’est ce qui se dégage des nouvelles projections de croissance réalisées par l’organisme public OBR en charge des prévisions économiques servant de cadre au budget. Si la projection pour 2020 est légèrement revue à la hausse de -12,4% à -11,3% par rapport aux estimations réalisées en juillet, celle pour 2021 indique un rebond bien plus modeste de l’économie britannique l’année prochaine de 5,5% contre 8,7% préalablement anticipé.

Les investissements seront principalement dirigés dans le secteur de la santé, les infrastructures et à destination des programmes sociaux. L’aide à l’emploi est également une priorité de ce nouveau budget puisqu’un pic de chômage est attendu au second trimestre 2021 à 7,5% contre 4,8% aujourd’hui.  Pour financer ce programme d’aide, le gouvernement britannique comptera grandement sur l’aide des marchés financiers au sein desquels il prévoit de réaliser l’année prochaine un montant record d’emprunt de presque 400 Mds£ équivalent à 19% de son PIB.

Malgré ces chiffres inédits, ce nouveau plan de dépenses a eu son lot polémique. Car il a fallu faire des choix pour ne pas faire grossir la dette, laquelle dépasse aujourd’hui au Royaume-Uni la barre symbolique des 100% du PIB pour la première fois depuis près de 60 ans. Ainsi le gouvernement a décidé de réduire les financements pour des politiques qu’il estime « difficiles à justifier » durant cette période comme une augmentation des salaires dans le secteur public ou encore les aides à l’étranger. C’est principalement sur ce dernier point que se sont concentrées les critiques, un ministre n’hésitant pas à donner sa démission en guise de mécontentement.

Sur le front du Brexit, on observe peu de changements. Le camp européen reste toujours optimiste et croit en l’émergence d’un compromis, mais relève néanmoins des divergences qui persistent sur les questions de pêche et l’encadrement des aides publiques. Les prochains jours qui précèderont le prochain Sommet européen programmé les 10 et 11 décembre prochain risquent d’être cruciaux dans le dénouement heureux ou non du Brexit.

Les annonces du ministre des finances britannique et les réactions qu’elles ont occasionné ont provoqué quelques tensions sur la livre sterling. Le taux EUR/GBP a ainsi temporairement touché un pic cette semaine à presque 0,8940 £ avant de retracer au niveau de 0,89 £. La tendance reste toutefois négative pour la paire de change qui cède près de -4% le début du mois de septembre mais qui continue de buter inlassablement sur le support de 0,8860 £. Ce matin, la tendance est à la hausse pour la paire EUR/GBP malgré les déclarations optimistes sur le Brexit du ministre des finances britannique.

CAD et NOK : des destins divergents

Le pétrole n’en finit plus de grimper et vient de toucher hier en Europe (indice Brent)  un plus haut de presque 9 mois à 49 $. Sur le mois de novembre, les prix du baril de brut ont progressé de 30%, soit la 5ième performance mensuelle la plus importante depuis 1990, sous l’impulsion d’un éclaircissement des perspectives économiques en 2021 depuis la série d’annonces autour d’un vaccin. Une anticipation d’une reprise soutenue de l’activité grâce à la dissipation des risques sanitaires font espérer une hausse de la demande et de la consommation d’énergie.

La hausse du prix du pétrole est un véritable catalyseur positif pour de nombreuses pétro-devises. Enfin pas toute. Au sein des devises du G10, on observe effectivement une importante différence de dynamique entre deux devises de pays exportateurs de pétrole, à savoir la couronne norvégienne et le dollar canadien. Si la première connaît un fort rebond en novembre (+5% vs. EUR) comme elle n’en a plus connu depuis 2009, le dollar canadien reste pour le moment muet (+0% vs. EUR).

Comment expliquer une telle différence de performance ? Premièrement, l’économie norvégienne est bien plus dépendante au pétrole que ne l’est celle du Canada. La vente de pétrole pèse un peu moins de 50% des exportations totales en Norvège (47% en 2019) contre un peu plus de 20% au Canada. Le secteur de l’énergie (pétrole et gaz) pèse ainsi 18% du PIB en Norvège (chiffres 2018, Commission Européenne) contre un peu plus de 6% au Canada (chiffres 2019, CAPP).  

Deuxièmement, la Norvège est bien moins impactée que le Canada par la pandémie de coronavirus, et surtout ne fait pas pour le moment l’objet d’une seconde vague de contamination. Le pays nordique a enregistré hier 540 nouveaux cas, contre plus de 5000 pour le Canada. Ce dernier connait un fort regain de vigueur de la pandémie depuis le mois octobre, le nombre de nouvelles infections ayant quasiment quadruplé en l’espace de 2 mois (30k en septembre vs. 113k au 25 novembre).

Pour finir, la dépendance économique du Canada à l’égard des Etats Unis crée une certaine corrélation entre la devise canadienne et l’état de santé de l’économique américaine et de sa politique commerciale. À cet égard, l’élection récente du candidat Joe Biden à la tête d’un programme économique promouvant les achats locaux (« buy American») soulève quelques craintes parmi les exportateurs canadiens.

La tendance de la couronne norvégienne reste clairement haussière face à l’euro et pourrait même s’accélérer si la paire EUR/NOK brise le support de 10,50 NOK au-dessus duquel cette dernière oscille de manière constante depuis début mars.  Le dollar canadien pourrait poursuivre sa sous-performance face à l’euro dans les semaines à venir si la situation sanitaire venait à se dégrader davantage au Canada et mettre en danger l’économie. Dans un tel scénario, nous pourrions alors voir le taux EUR/CAD se rapprocher du seuil de 1,57 C$ qui fait figure de seuil de résistance depuis plus de 3 mois.

Décisions monétaires en Corée du sud et en Suède

Comme l’anticipait le consensus, la banque centrale coréenne a décidé cette nuit de laisser son taux directeur inchangé pour le 5ème mois consécutif à son plus bas historique de 0,5%. Cette décision a été motivée par les risques liés à la troisième vague de contamination de Covid 19 qui frappe le pays, des pressions inflationnistes très faibles et une dette immobilière des ménages très élevée.

La banque centrale a aussi revu ses prévisions de croissance à la hausse. Cette année, la récession coréenne devrait s’élever à seulement -1,1% de PIB. En 2021, la richesse nationale devrait quant à elle gonfler de 3% et ainsi revenir dès l’année prochaine sur les niveaux pré-pandémie.

Si les marchés ont positivement réagi aux projections plus optimistes de la banque centrale coréenne, la won coréen n’a pas su conserver les gains acquis ce matin en Asie et la paire EUR/KRW était à l’équilibre en début de séance européenne à hauteur de 1320 ₩. Ce matin la paire est à l’équilibre. Depuis début septembre, le won engrange plus de 7% face à l’euro, mais la tendance baissière de la paire commence peu à peu à montrer des signes de fatigue à l’approche du niveau support des 1310 ₩. 

En Suède, la banque centrale a maintenu sans surprise son taux directeur à 0%, en place depuis le début de l'année. L'insitution monétaire a toutefois décidé d'augmenter son programme de rachat d'actifs de 200 milliards de couronne jusqu'à la fin de l'année 2021. La banque centrale ne voit pas le taux inflation revenir durablement au-dessus de la barre des 2% avant 2023, laissant présager un maintien des conditions monétaires accomodantes dans les années à venir. Pour finir, la possibilité de baisser les taux en territoire négatif n'a pas été écarté.

Cette décision fait violemment chuter la couronne, la paire EUR/SEK progresse de 0,50% à la publication.

Publications statistiques

Hier, on a pu observer une décrue du chômage en France en octobre. Le nombre de demandeurs d’emploi à baissé d’un peu plus de 56000 mais se maintient toujours bien au-dessus des niveaux pré-pandémie.

La confiance du consommateur allemand et français est ressortie ce matin en baisse par rapport au mois dernier. Cette baisse est plus forte que prévu par les analystes : 90 contre des attentes à 92 en France, -6,7 contre des attentes à -5 en Allemagne. Cette tendance de baisse du sentiment des consommateurs se confirme un peu partout dans le monde et laisse présager une activité économique dégradée pour la fin de l’année.

Pour finir, les intervenants de marché seront attentifs à la publication des minutes de la BCE à 13h30, fournissant les détails de la dernière réunion monétaire.


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