Actualités du marché des devises

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nov. 24, 2020 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

La politique et l'économie américaine portent les marchés

Tendance de la matinée 

Retombée vendredi à un creux depuis une semaine, la bourse américaine s’est timidement reprise lundi, portée par le flux de bonnes nouvelles sur le front de l’économie, du vaccin mais également les rumeurs de nomination de l’ancienne présidente de la réserve fédérale américaine, Janet Yellen, au Trésor dans le nouveau gouvernement de Joe Biden. Les valeurs technologiques et le NASDAQ font toujours grise mine, en cause la dynamique de rotation sectorielle davantage bénéfique en ce moment aux secteurs cycliques (banques, énergie, industrie). L’indice de volatilité VIX poursuit son repli et est désormais à hauteur de ses plus bas niveaux depuis 3 mois. Sur le marché des devises, la volatilité est restée relativement calme en séance européenne, du moins jusqu’à la publication en milieu d’après-midi des premiers résultats des enquêtes PMI du mois de novembre aux Etats-Unis.

Ce matin, les futures des indices boursiers européens et américains sont portés par l’optimisme des intervenants de marché. Les marchés européens devraient ainsi ouvrir en hausse. Sur le marché des devises, l’EUR/USD se reprend légèrement de 0,10% après une journée de la veille assez volatile. Sur les devises cycliques, la tendance est à la hausse face à l’euro. A noter le dollar néo-zélandais en progression de 0,65% face à l’euro. Les marchés semblent accueillir favorablement l’annonce du ministre des finances néo-zélandais : il a demandé au président de la banque centrale d’inclure dans la stabilité du prix de l’immobilier dans les prérogatives de la politique monétaires afin de faire face à la hausse rapide des prix de l’immobilier dans le pays. Le dollar australien profite lui aussi de l'optimisme de la journée et progresse de 0,65% face à la devise européenne. Les deux devises océaniennes franchissent ainsi ce matin leur support face à l'euro en place depuis deux semaines, ouvrant peut-être la porte à un mouvement baissier plus important des paires EUR/AUD et EUR/NZD.

Le dollar profite des résultats économiques encourageants aux Etats Unis

Les marchés anticipaient un léger ralentissement de l’économie américaine par rapport au mois d’octobre, aussi quel ne fut pas leur surprise à la lecture de chiffres en nette progression montrant en novembre la plus forte expansion de l’activité dans le secteur privé américain depuis plus de 5 ans et demi.

Cette surprise a généré une volatilité notable sur le marché des devises. À la publication et dans l’heure qui a suivi, les intervenants de marché ont massivement acheté du dollar. L’indice dollar (DXY) a progressé de près de 0,60% en moins d’une heure. La paire EUR/USD a elle aussi cédé 0,60% dans le même laps de temps. À noter aussi que la paire EUR/CAD a elle aussi cédé 0,40% peu de temps après la publication de ces chiffres. Une bonne nouvelle pour l’économie américaine en est une également pour le Canada, très dépendant de l’économie américaine.

L’euro est apparu comme une victime collatérale de ce mouvement. Plus tôt dans la journée, les PMI européens étaient ressortis en contraction par rapport au mois dernier. À la lecture de ces statistiques, les intervenants de marché semblent avoir réalisé un arbitrage entre l’euro et le dollar. Face à de nombreuses devises, l’euro a ainsi effacé ses gains de la matinée.

Si ces chiffres démontrent certes une résilience encourageante de l’économie américaine au mois de novembre malgré la forte dégradation de la situation sanitaire ce mois-ci, toutefois ils ne rendent pas compte pour le moment de l’intégralité de l’impact des mesures sanitaires restrictives récemment instaurées dans certaines grandes villes ou Etats fédéraux américains. Pour cela il faudra s’armer de patience et attendre les données de décembre pour avoir une évaluation plus complète de l’état de santé de l’économie.

Avons-nous assisté hier à un feu de paille ou résistance réelle du dollar ? Au regard des nombreux défis que soulèvent la transition de gouvernance aux Etats-Unis et les risques sanitaires dans le pays, couplés à un contexte général relativement optimiste quant à la distribution très rapide d’un premier vaccin, il est fort probable que les gains du dollar soient de courte durée et que la devise américaine poursuive dans le temps sa tendance baissière.

Plan de relance américain : républicains et démocrates de retour à la table des négociations

Les risques pour l’économie américaine s’accumulent obligeant le parti démocrate et républicain à tenter de trouver un compromis sur un nouveau plan de relance avant la fin de l’année.

La seconde vague de coronavirus frappe plus durement que jamais les Etats Unis, forçant les autorités nationales et locales à instaurer de nouvelles mesures de restriction. Ces mesures sanitaires vont impacter l’économie américaine, d’où le besoin de mettre en place un nouveau plan de soutien. Or le temps presse car certaines aides exceptionnelles aux ménages américains débloquées au début de l’année prendront fin à la fin de l’année. Les analystes estiment que 12 millions d’américains pourraient perdre les allocations chômages versées par le gouvernement fédéral. Cela mettrait en péril la reprise économique américaine l’année prochaine et ainsi celle de l’économie mondiale.

C’est pour éviter un tel scénario que les républicains et les démocrates sont de retour à la table des négociations après un premier échec observé en amont des élections présidentielles. Les précédents pourparlers n’avaient pas permis l’émergence d’un compromis entre les deux forces politiques en raison de divergences sur la taille du plan de relance et l’allocation des fonds. Pour le leader démocrate au Sénat Chuck Schumer, ce retour à la table des négociations est en soi déjà une avancée importante.

L’élection présidentielle n’étant plus un enjeu, les deux partis pourraient désormais faire des compromis plus importants. D’autant que les républicains, frileux sur l’ampleur des dépenses nécessaires, pourraient bien avoir trouvé une nouvelle manne financière providentielle. Le secrétaire au Trésor américain, Steven Mnuchin, a réclamé à la réserve fédérale américaine (Fed) qu’elle rende au gouvernement 455 milliards de dollars de fonds non utilisés initialement dédiés à des prêts aux entreprises et gouvernements locaux.

Steven Mnuchin considère que ces programmes d’urgence ne sont plus nécessaires mais qu’ils pourraient être de nouveau mobilisés si besoin. La FED de son côté avance qu’ils restent cruciaux et que ce n’est pas le moment de retirer cette aide à des entreprises et des administrations qui ne sont toujours pas sorties de la crise. Les analystes considèrent aux aussi que la décision du secrétaire d’état risque de restreindre les conditions monétaires au pire moment. De plus cela augmente grandement la probabilité que la FED augmente son programme de rachat d’actifs en décembre prochain. Ce programme de quantitative easing pourrait toutefois s’avérer moins efficace que les programmes supprimés, faisant ainsi craindre une augmentation de défauts d‘entreprises en 2021.

Par sa décision, Steven Mnuchin rend ainsi encore plus urgente la nécessité d’un plan de relance d’envergure. On peut donc penser à travers cette décision que les probabilités d’un accord sur de nouvelles aides sont désormais renforcés. Les nouvelles sommes dégagées, l’urgence de la situation et la fin des considérations des partisanes avec l’élection américaine pourraient en effet favoriser l’émergence d’un compromis entre républicains et démocrates. Si tel est le cas, cela se fera au dépens des finances publiques et d’une dette national déjà à un niveau historiquement élevé (130% du PIB vs. 100% en 2019).

La hausse probable des déficits publics et une création monétaire plus importante pourraient donc continuer à pénaliser le dollar en 2021. 

Un pas de plus vers une sortie de la crise sanitaire

Un troisième vaccin prouvant son efficacité est découvert en trois semaines : une nouvelle avancée vers une sortie de la crise sanitaire.

Le laboratoire pharmaceutique AstraZeneca en partenariat avec l’Université d’Oxford a confirmé que son vaccin était efficace en moyenne à 70%. Les deux partenaires avaient déjà partagé leurs premières avancées la semaine dernière sans toutefois préciser le taux d’efficacité de leur vaccin.

Un taux d’efficacité de ce dernier se révèle néanmoins bien plus modeste que celui de ses principaux concurrent Pfizer/BioNTech et Moderna, lesquels ont tous les deux communiqué la semaine dernière sur un niveau d’efficacité de leur projet de vaccin de près de 95%. Toutefois, le nouveau vaccin présente certains avantages indéniables. Premièrement sa température de stockage est comprise entre 2 et 8 degrés Celsius et peut être conservé pendant au moins 6 mois, simplifiant drastiquement la logistique nécessaire à sa distribution. Deuxièmement son prix est pour l’instant bien moindre que celui des autres vaccins : environ 3-4 dollars contre 25-37$ la dose de vaccin de Moderna et environ 20$ pour celui de Pfizer. C’est surtout son prix qui rend le vaccin AstraZeneca attractif étant donné que le vaccin du laboratoire Moderna présente des conditions de stockage similaires.

Son prix abordable et son mode stockage font pour l’instant de ce vaccin le plus convoité par les pays en voie de développement et émergents comme le Brésil, l’Inde et l’Indonésie. Le laboratoire envisage d’augmenter sa capacité de production jusqu’à trois milliards de vaccin pour l’an prochain afin de répondre à la demande.

L’annonce d’AstraZeneca aura eu un impact très limité sur les marchés. Depuis l’annonce initiale faite par Pfizer deux semaines auparavant, les marchés semblent davantage focalisés sur la date de distribution d’un premier vaccin et les défis logistiques pour assurer des campagnes de vaccination à grande échelle. Par ailleurs, au regard des hautes attentes autour du projet de vaccin d’AstraZeneca, les marchés ont possiblement été un peu refroidis par le niveau de performance démontré par celui-ci.

Pour l’instant, les marchés sont toujours partagés entre une situation sanitaire de court terme extrêmement dégradée et des perspectives plus encourageantes pour 2021. Globalement, les avancées sur le front sanitaire sont négatives pour les devises refuges et positives pour les devises cycliques et émergentes.

Liste noire des entreprises chinoises : la tension monte entre Washington et Pékin

Même à l’approche de la fin de son mandat, Donald Trump ne peut pas s’empêcher d’envoyer quelques piques à son ennemi préféré, à savoir la Chine. Après avoir prononcé en début du mois une interdiction pour les entreprises américaines d’investir au sein de sociétés chinoises ayant des liens avec l’armée, la Maison Blanche devrait fournir très prochainement plus de détails sur ce volet. En effet, plusieurs médias ont révélé que l’administration américaine serait sur le point de publier une liste noire de 89 entreprises avec lesquelles il sera désormais défendu de travailler ou de financer sans demande d’autorisation au préalable. Dans cette liste, on retrouve des acteurs du secteur aéronautique ou par exemple technologique comme l’entreprise Huawei.

Le porte-parole du ministère des affaires étrangères chinois a dénoncé une violation des lois commerciales internationales et défendu la bonne foi des entreprises chinoises. Cette annonce du gouvernement Trump risque de détériorer des relations sino-américaines déjà tendues, offrant en quelque sorte un cadeau empoisonné à son successeur Joe Biden qui héritera de la situation une fois en poste en janvier prochain. La Chine n’a pas encore annoncé de mesure de rétorsion, toutefois ce genre de décisions pourraient entrainer une nouvelle escalade des tensions. D’autant plus que d’après certaines sources proches du dossier, Donald Trump ne compte pas s’en arrêter là.

Pour finir, ces annonces interviennent alors que la Chine condamne fermement la visite non-officielle d’un amiral américain à Taïwan. Pékin voit d’un très mauvais œil les liens étroits et l’influence américaine sur l’île dont elle revendique l’autorité. Ces dernières années, les Etats-Unis ont intensifié leur soutien aux autorités taïwanaises, notamment par la vente d’armes, au grand dam de la Chine.

Ces nouvelles tensions géopolitiques seront à surveiller car si elles venaient à conduire à un conflit commercial ou militaire, cela aurait des conséquences très dommageables pour le yuan. Sur une pente ascendante depuis le milieu du printemps face au dollar et le milieu de l’été face à l’euro, la devise chinoise s’est très significativement renforcée ces derniers mois (+9% vs. USD / +6,5% vs. EUR) jusqu’à atteindre un pic de plus de 2 ans face au dollar et de 6 mois face à l’euro.  Aussi de nouvelles turbulences pourraient la faire chuter de son piédestal actuel. Après avoir flirté avec le seuil de 7,75 ¥ la semaine dernière (plus bas depuis 6 mois), le taux EUR/CNH s’est repris pour revenir ce matin taper à la porte du seuil de 7,80 ¥.

Le sentiment des acteurs économiques en berne 

Les publications ce matin de l’indice de climat des affaires IFO en Allemagne et en fin d’après-midi de l’indice Conference Board de confiance des ménages aux Etats-Unis donneront quelques indices sur l’évolution des perspectives dans ces deux pays. Sans surprise, l’effet de la seconde vague de coronavirus devrait être négatif sur le sentiment des consommateurs et des chefs d’entreprise.

Chez les chefs d’entreprise allemands, le moral se détériore. Les analystes s’attendent à une nouvelle contraction de l’indice Ifo (90,0 contre 92,7 le mois précédent). Ces prévisions pour le mois de novembre assombrissent les perspectives de l’activité économique allemande. Elles montrent en effet des entreprises moins enclines à investir et à créer de nouveaux emplois.

Outre-Atlantique, le sentiment des consommateurs américains n’est pas non plus épargné par la crise sanitaire. Les analystes s’attendent en effet à ce qu’il repasse en territoire négatif (à 98 contre 101 le mois dernier). Le sentiment des consommateurs est américain est logiquement dégradé depuis mars dernier et reste au plus bas depuis 2016. Rien néanmoins de comparable avec le niveau de déprime observé lors de la crise de 2008. Un sentiment des ménages américains en berne est préoccupant car la consommation est le véritable moteur de l’économie américaine et représente à elle seule 70% du PIB américain. De plus, des millions d’américains sont désormais menacés de perdre leurs aides gouvernementales à la fin de l’année si les républicains et démocrates ne s’accordent pas sur un nouveau plan de soutien. Un tel scénario pourrait détériorer encore plus le sentiment des ménages américains et leur propension à son consommer.

La volatilité du marché des devises associée à la publication de ces indicateurs de sentiment est bien souvent très faible. Toutefois, des résultats bien en dessous des attentes des analystes pourrait pousser les intervenants de marché vers des devises refuges telles que le yen ou le dollar. 

Publications statistiques 

Hier sans surprise les résultats PMI en Europe ont montré une contraction de l’activité européenne au mois de novembre. Toutefois la contraction est un peu moins forte que prévu au Royaume Uni (47,4 contre des attentes à 42,5 pour le PMI composite). Le contraste est saisissant avec les résultats américains bien plus positifs.

On fera attention aujourd’hui à la publication des indices de confiance des ménages et entreprises publiés ce mardi en Zone Euro à 10h et aux Etats Unis à 16h, que l’on peut considérer comme des indicateurs avancés de l’activité économique future. L’attention sera aussi focalisée sur le discours de la présidente de la BCE Christine Lagarde (15h00) et en fin de journée du vice-président de la FED Richard Clarida (18h45). Les récentes tensions apparues entre le Trésor et la Fed ont ravivé quelques débats sur la propension de la banque centrale à opérer de nouvelles mesures de soutien.


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