Actualités du marché des devises

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nov. 19, 2020 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Une séance à haut risque pour la livre turque

Tendance de la matinée 

La situation sanitaire continue d’influencer largement le sentiment de marché. Ce matin la prudence semble de mise sur les marchés actions, au lendemain d’une séance américaine qui s’est terminée dans le rouge (-1,15% pour le S&P500). On attend une baisse appuyée à l’ouverture du marché européen. On n’observe pas de véritable tendance sur la semaine, on se maintient toutefois sur des niveaux élevés. Sur le marché des changes, la tendance est toujours favorable aux devises cycliques et émergentes. On observe toutefois un léger rebond de l’euro ce matin. Face aux devises refuges, la devise européenne est à l’équilibre.

Une pandémie qui ne faiblit pas, des marchés peu sensibles aux teintes d’espoir autour d’un futur vaccin

Malgré quelques teintes d’espoir autour d’un premier vaccin contre la COVID qui pourrait être distribué dès la fin d’année, la pandémie ne faiblit toujours pas et continue de peser sur l’humeur générale des marchés.  La série de restrictions sanitaires adoptée aux quatre coins du monde pour endiguer la seconde vague d’infection fait craindre de nouveaux dégâts sur l’économie.

Face à la progression du virus, de nouvelles régions se confinent comme en Australie ou en Iran qui s’apprête à mettre en place de nouvelles « restrictions draconiennes ». En Hongrie, l’état d’urgence qui implique un couvre-feu et une interdiction de rassemblement a été rallongé jusqu’en février 2021 alors qu’il devait initialement prendre fin le 10 décembre. Le Royaume Uni et la Russie font face à un nombre quotidien record de mort du coronavirus. Aux Etats Unis, la ville de New York a décidé de fermer les écoles pendant que le Minnesota prenait la décision de fermer restaurants, bars et lieux de divertissement pour les quatre prochaines semaines. Le nombre des 250000 décès du coronavirus a été dépassé hier pour la première fois dans la première puissance du monde.

Au milieu de ce marasme, quelques lueurs d’espoirs font leur apparition. Grâce aux mesures de confinement, on commence à observer une amélioration de la situation sanitaire en Belgique et en France, même si pour ce dernier l’heure est « encore loin du déconfinement » d’après le porte-parole du gouvernement. Les Etats Unis ont quant à eux autorisé la mise sur le marché d’un nouveau test covid à usage individuel, une véritable avancée dans la lutte contre la pandémie.

De bonnes nouvelles nous parviennent également des laboratoires pharmaceutiques. Après avoir annoncé un vaccin fiable à 90% la semaine dernière, les laboratoires Pfizer et BioNTech sont revenus hier sur leur déclaration initiale et évoque désormais un taux d’efficacité de 95%. Avec un tel résultat, le vaccin de Pfizer/BioNTech apparaît désormais aussi performant que celui de son principal rival Moderna qui a communiqué en début de semaine sur un taux d’efficacité de 94,5%.

L’optimisme généré par ces avancées sur les vaccins permettent toujours de soutenir les devises cycliques et émergentes, malgré une situation sanitaire préoccupante. Le dollar est quant à lui la principale victime collatérale des perspectives sanitaires positives pour 2021. Il est en baisse de 0,75% face à l’euro et de 1,65% face au yen sur les cinq dernières séances. Ce matin la paire EUR/USD est à l’équilibre malgré des premiers signaux d’une potentielle correction. La paire a échoué à franchir la résistance autour des 1,19$. A noter aussi que la dynamique du yen contrebalance un peu ces dynamiques de détente du risque. La paire EUR/JPY cède en effet -0,65% sur la semaine. On a toutefois rebondi cette nuit sur le support intermédiaire à 123¥. La paire est elle aussi autour de l’équilibre ce matin.

La BCE n’entend plus faire dans le « sensationnel »

Cette semaine, la Banque centrale européenne (BCE) a envoyé un message aux marchés tout sauf anodin. En suggérant que ces derniers devaient davantage se concentrer sur le contenu des mesures de soutien davantage que sur la taille, cette dernière semble vouloir préparer les investisseurs sur le fait qu’ils ne s’étonnent pas si d’aventure les nouvelles mesures de soutien opérées par la banque se révèlent moins « sensationnelles » qu’auparavant.  Aussi, il ne faut probablement pas s’attendre à de larges annonces en décembre. Lors de la dernière réunion monétaire le 29 octobre dernier, la présidente de la BCE avait envoyé un signal clair : la BCE va muscler son dispositif de rachat d’actifs en décembre prochain à défaut d’agir maintenant. La seconde vague de coronavirus frappait déjà durement l’Europe, assombrissant les perspectives du rebond économique de la région. Ce soutien supplémentaire était ainsi acté depuis des semaines. La déclaration de Philip Lane en début de semaine a toutefois poussé les intervenants de marché à revoir leurs attentes à la baisse : « Ce n’est pas tant le chiffre global qui importe ». La BCE tente de souligner que ce n’est pas la quantité de stimulus qui est réellement importante mais bien sa qualité. Depuis quelques jours déjà, la banque centrale axe sa communication sur sa volonté de recourir à un nouveau programme de prêts de long terme à taux d’intérêt faibles auprès des banques européennes (TLTRO). Et cette semaine, Christine Lagarde a mis l’accent sur la durée du soutien plutôt que sa magnitude, ce qui laisse à penser que la banque centrale pourrait réévaluer le niveau de maturité de l’ensemble de son portefeuille d’actifs. C’est donc un véritable numéro d’équilibriste que s’apprête à faire la BCE lors de sa prochaine réunion monétaire en décembre : adapter son intervention aux besoins de l’économie européenne tout en rassurant les intervenants de marché sur le fait que celle-ci est assez efficace dans la durée.

Cette nouvelle approche semble donner du grain à moudre à la thèse selon laquelle les leviers d’action de la BCE sont très limités étant donné qu’elle a déjà écumé une très large majorité de son arsenal monétaire. C’est à court terme, une bonne nouvelle pour l’euro qui voit se dissiper à l’horizon des spéculations baissières que l’on voit très souvent accompagner les anticipations de nouvelles mesures d’assouplissement monétaire. À moyen/long terme, cela pourrait être plus problématique si jamais une perte de confiance sur la capacité de la BCE à soutenir suffisamment l’économie de la Zone Euro venait à s’installer sur les marchés. Pour le moment, ce n’est pas le cas puisque les obligations souveraines restent pour le moment à des plus haut historiques, signe que les marchés ont grandement confiance dans l’action menée par la banque centrale.  

Recep Tayyip Erdoğan met la pression sur la banque centrale avant la réunion monétaire de jeudi

Alors que la banque centrale turque doit rendre sa décision monétaire aujourd’hui à 12h, le président turc a semé hier le trouble avec ses propos. Face à une inflation galopante (près de 12% en octobre) et une livre turque en chute libre de -27% face à l’euro depuis le début de l’année, les analystes anticipent très largement une hausse de taux de la part de la banque centrale. Mercredi, le consensus Reuters tablait sur une forte hausse de 475 pbs des taux directeurs, ceux-ci passant de 10,25% à 15,00% et retrouvant ainsi leur plus haut niveau depuis septembre 2019. Ces anticipations de durcissement « agressif » des conditions monétaires en Turquie sont apparues après la démission il y a un peu moins de deux semaines du président de la banque centrale, laquelle fut interprétée par les intervenants de marché comme le signal d’un potentiel retour vers une politique monétaire plus restrictive. Les spéculations se sont par la suite intensifiées sous l’effet des annonces la semaine dernière du président Recep Tayyip Erdoğan exprimant sa volonté de mettre en place des mesures économiques favorables au marché et de regagner la confiance des investisseurs internationaux. Sur les marchés des changes, nous avons assisté à un réveil brutal de la livre turque et un rebond de près de 10% en une semaine face à l’euro.

Toutefois hier les commentaires du président turc ont semé le trouble sur la future orientation monétaire prise par la banque centrale. Reprenant ses anciens arguments en matière de politique monétaire, ce dernier a déclaré que des taux d’intérêt élevés ne permettaient pas de « soutenir l’investissement, l’emploi et la production ». Une sortie qui met la pression sur les épaules du nouveau gouverneur central et qui ravive sur les marchés les débats sur l’indépendance de la banque centrale. Si jamais cette dernière venait à procéder à la mi-journée à une hausse moins importante, voire décider d’opérer un statu quo sur ses taux d’intérêt, un sentiment de déception générale pourrait s’emparer des investisseurs et provoquer un retour de pressions baissières importantes sur la livre turque. Retombé à 9,0 TRY, la semaine dernière, le taux EUR/TRY pourrait alors reprendre la direction du seuil de 10 TRY. A l’inverse, une hausse de taux conséquente aurait probablement pour effet de faire progresser la livre.

 Ce matin la paire EUR/TRY est à l’équilibre dans l’attente de la réunion monétaire. On peut s’attendre à une séance plutôt volatile pour la livre turque.

Conclusion 

On sera aujourd’hui attentif à la décision monétaire de la banque centrale turque à 12h, et à 14h à celle de l’Afrique du sud. Aux Etats Unis, l’indice d’activité manufacturière Philly pour le mois de novembre sera publié à 14h30 en même temps que les chiffres hebdomadaires du chômage. Ces publications nous donneront le pouls de la reprise économique américaine. Hier, pas de surprise sur l’inflation européenne qui se reprend légèrement à 0,2% comparé au mois dernier à 0,1%. Par rapport à l’année dernière, l’économie européenne fait toujours face à une déflation avec une baisse de -0,3% du niveau général des prix. 


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