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Actualités du marché des devises

août 06, 2020 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Deux livres, deux destins : la livre britannique retrouve le sourire après la BoE tandis que la livre turque coule à pic

La livre retrouve le sourire ce matin après la projection par la Banque d'Angleterre de prévisions  bien moins dégradée que prévu pour cette année. La contraction subie cette année ne devrait être finalement "que" de -9,5% et non pas de -14%, soit la pire performance depuis 99 ans et non plus depuis 300 ans. Il y a du mieux, et c'est ce que retienne les investisseurs ce matin. L'euro reste très largement orienté à la hausse et continue de se nourrir des statistiques macroéconomiques positives en Zone Euro qui aliment un scénario de reprise vigoureuse dans la région. Ce matin, c'est le rebond record des commandes industrielles en Allemagne de presque 28% en juin qui enthousiasme les marchés, pourvu que cela dure. Le dollar continue lui au contraire de traîner son spleen dans l'attente d'un accord final sur un nouveau plan de relance. Les inquiétudes persistantes autour de la situation de l'emploi américain ne favorisent pas non plus un rebond. Les déclarations ce matin du ministre des affaires étrangères chinois indiquant que Pékin ne cherche pas à mener de "Guerre Froide" avec les Etats-Unis ressemble à une branche d'olivier envoyé par la Chine à son homologue américain pour apaiser les tensions récentes. Il n'est pas certain que cela calme totalement les ardeurs de la Maison Blanche qui mène actuellement la chasse aux applications mobiles chinoises mais cela a le mérite de rassurer les marchés. Le yen chute ce matin à un plus bas depuis 15 mois face à l'euro (125,5 ¥) tandis que le yuan reste stable autour de 8,25 ¥ face à la devise commune. La roupie indienne stoppe sa chute après avoir approché tout près de ses plus bas historiques face à l'euro alors que la banque centrale indienne a surpris ce matin les marchés en maintenant ses taux inchangés. La  livre turque continue de glisser et oscille ce matin à un plus bas historique à plus de 8,4 TRY face à l'euro.

USD

Pas d'accord sur la relance et des chiffres en demi-teinte affectent le dollar (USD) : Il n'y a rien à faire, le dollar ne parvient pas à relever la tête et reste au contact de ses plus bas depuis 2 ans face à un panier de devises incluant entre autres l'euro, la livre sterling et le yen. La devise américaine attend plus que jamais un signe du Congrès et un accord sur un nouveau plan de relance qui n'arrive pas après plus d'une semaine de pourparlers. La situation urge puisque le programme d'allocations exceptionnelles au chômage est arrivé à terme le 31 juillet dernier et que celui d'aide aux PME arrive lui aussi à échéance ce mois-ci. Les divergences entre républicains et démocrates sont toujours importantes, aucun des deux ne se montrant prêts pour le moment à faire des compromis. Alors que les républicains proposent actuellement une extensions des aides au chômage à hauteur de 400 $ / semaine jusqu'à décembre et une nouvelle enveloppe de 200 Mds$ d'aides auprès des Etats et administrations locales, les démocrates réclament au contraire une allocation chômage maintenue à 600 $ / semaine et une aide régionale de 1000 Mds$. L'écart entre les deux propositions est important et fait craindre une prolongation des pourparlers qui serait à tout point de vue néfaste pour l'économie américaine. Le montant final et la distribution de ces nouvelles aides seront très importants car au regard des importantes divergences bipartites actuelles, il y a de bonnes raisons de penser qu'il pourrait s'agir du dernier plan de relance d'ici le mois de janvier prochain et le renouvellement officiel de la composition des deux chambres du Congrès. L'absence d'accord sur la relance n'est pas sans effet sur la relation actuelle des investisseurs au dollar, laquelle est on ne peut plus froide. La devise américaine n'a pas non plus pu compter sur de bons indicateurs macroéconomiques pour redorer son blason, les inquiétudes autour de l'emploi aux Etats-Unis continuant de très largement dominer les débats. Le rapport ADP publié mercredi a relevé 9 fois moins de créations d'emploi qu'initialement prévu par le consensus en juillet, celle-ci s'élevant à "seulement" 167k contre 1,5 Mln espéré. La hausse plus importante que prévu de l'activité dans le secteur des services à un pic de 16 mois illustrée par l'indice ISM n'a été qu'une bien maigre consolation et au moins permis au dollar de freiner sa chute. Le taux EUR/USD a d'ailleurs été aperçu à plus de 1,19 $ mercredi grâce en partie à la faiblesse du dollar avant de retracer légèrement en fin de journée et de clôturer à hauteur de 1,1860 $. La paire reste orientée à la hausse ce jeudi en amont de la publication cette après-midi des nouvelles statistiques hebdomadaires d'inscriptions aux allocation chômage aux Etats-Unis (14h30), tout en gardant sur les négociations qui se poursuivent outre-Atlantique sur le nouveau plan de relance.

EUR

La consommation en Europe repart et conforte l'euro dans sa dynamique haussière (EUR) : Bien que le rebond des ventes au détail en juin en Zone Euro se soit révélé légèrement inférieur aux attentes du consensus (+5,7% M/M vs. consensus +5,9%), on retiendra toute de même le "back-to-back" réalisé après un rebond record de plus de 20% (estimation révisée à la hausse car initialement publiée à 17,8%) au mois de mai. Cela conforte l'idée d'un fort redémarrage de l'économie européenne à la sortie du confinement, lequel est porté par une solide consommation domestique. C'est plutôt un bon signe quand on sait que la consommation des ménages est l'un des principaux moteurs de la croissance en Europe. Elle était estimée à plus de 54% du PIB de l'Union Européenne en 2018 d'après l'agence Eurostat. Il est difficile et encore trop tôt pour dire si cette dynamique va perdurer dans le temps ou si elle n'est uniquement le produit d'un simple effet de rattrapage relatif à la période d'inactivité due au confinement. Quoi qu'il en soit ces chiffres viennent pour l'heure consolider un scénario de surperformance économique de la Zone Euro sur ces voisins dans cette sortie de crise. La légère révision à la baisse des estimations d'activité dans le secteur des services en juillet en Zone Euro (54,7 vs. 55,1 en 1ière estimation) ne change rien car il s'agit tout de même de la plus forte expansion observée sur les 22 derniers mois. Si les divergences économiques entre la Zone Euro et les Etats-Unis confortent la trajectoire haussière de l'EUR/USD (voir ci-dessus), elles poussent également la paire EUR/JPY chaque jour vers de nouveaux sommets. Depuis hier, le taux EUR/JPY oscille au-dessus du seuil de 125 ¥, ou tout simplement ses plus hauts niveaux depuis 15 mois. L'euro est ce matin à nouveau stimulé par de nouveaux bons indicateurs macroéconomiques et notamment le rebond record des commandes industrielles en Allemagne au mois de juin (+27,9% M/M). La paire EUR/CHF reste pour l'heure toujours aussi peu sensible au regain de forme de l'euro et continue de se heurter au seuil de 1,08 ₣. Faut-il y voir là un signe d'optimisme contenu de la part des investisseurs européens qui préfèrent rester sur leur garde tant que la menace d'une seconde vague reste présente ? Fort possible, et on le comprend puisque l'on observe une recrudescence de nouveaux cas de contamination en Europe depuis la fin du mois de juillet.

GBP

La Banque d'Angleterre cible des dommages moins importants que prévu durant la crise (GBP) : Comme on s'y attendait, la Banque d'Angleterre a décidé à l'unanimité générale de maintenir son taux directeur inchangé à 0,1% et de conserver un plafond de 745 Mds£ pour ses rachats d'actif. Ce n'est pas une réelle surprise en soi puisqu'aucun des économistes sondés en amont de cette nouvelle réunion monétaire ne prédisait un ajustement sur les taux, ni même sur le programme de rachats d'actif. Les regards étaient tournés ce jeudi sur les nouvelles projections publiées par la banque avec dans l'idée l'espoir d'y trouver quelques indices sur l'orientation future de la part des banquiers centraux britanniques. Cette dernière est moins sévère en ce qui concerne les perspectives pour cette année et table désormais sur une contraction de -9,5% contre -14% estimée en mai dernier, ce qui se révèlerait être la pire performance de l'économie britannique depuis 99 ans. Il s'agit là d'un choc tout de même inédit mais qui devrait laisser une empreinte moins importante que prévu dans l'histoire puisqu'en mai dernier la banque communiquait sur la pire récession jamais vu dans le pays depuis 300 ans. La projection de croissance pour 2021 est à l'inverse significativement révisée à la baisse et ne s'élève plus qu'à 9% contre 15% précédemment estimée. Malgré l'existence de pressions déflationnistes qui pourraient se matérialiser dans les prochains mois, la banque reste optimiste quant à un rebond des prix vers l'objectif de long terme de 2% à horizon 2 ans. Quant au chômage, là encore la banque centrale se montre moins pessimiste qu'au printemps dernier et cible sur un pic à 7,5% à la fin de l'année et non plus 10%. Globalement, la BoE reconnaît des dommages collatéraux causés par cette crise finalement bien moins important que prévu mais reste néanmoins prudente quant au rythme de la reprise qui pourrait s'avérer au contraire un peu moins rapide que prévu. Face à ce constat, il ne semble pas y avoir d'urgence pour la banque à précipiter de nouvelles mesures accommodantes pour soutenir l'économie. Au contraire, le contexte semble favorable à conserver une approche attentiste et garder quelques munitions en réserve au cas où la situation devait à se dégrader de nouveau. Pas de nouveaux ajustements en vue donc, et pas de volonté outre mesure démontrée par la banque à recourir à des taux négatifs. L'option est toujours à l'étude précise la banque dans son communiqué mais elle reconnaît déjà des défauts à cet outils monétaire qui pourrait heurter la profitabilité des banques. La livre réagit plutôt positivement aux commentaires de la BoE qui se révèlent moins pessimistes que prévu et se rapproche à nouveau du seuil de 0,90 £ face à l'euro qui lui barre la route depuis maintenant près de 4 semaines. Face au dollar, la livre remonte à un pic de 5 mois à plus de 1,3150 $.

INR

La banque centrale indienne déjoue les pronostics des marchés (INR) : Alors que le consensus économique misait sur une nouvelle baisse de taux de la banque centrale indienne ce matin de 25pbs sur ses deux principaux taux directeurs, cette dernière a surpris les marchés en opérant un statu quo de sa politique monétaire. Malgré la dégradation des perspectives économiques liée à la pandémie - l'Inde est le 3ième pays le plus touché en nombre de cas derrière les Etats-Unis et le Brésil - la banque a pris le parti de ne pas réduire les taux d'intérêt afin d'éviter de gonfler une inflation déjà très importante dernièrement recensée à plus de 6% en juin. La roupie indienne s'est vivement dépréciée face à l'euro hier sur fond d'anticipation d'une nouvelle baisse de taux en Inde et a notamment touché un creux depuis septembre 2013 à plus de 89,0 INR, non loin de ses plus bas historiques face à la devise commune touchée à cette période. Le taux limite les pertes ce matin malgré les pressions haussières s'exerçant sur l'euro.


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