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juil. 17, 2020 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Le test de la BCE passé sans encombre, l'euro surveille avec appréhension les négociations sur la relance européenne

  • Malgré sa bonne dynamique, l'euro sait que les prochaines heures (jours) seront très importantes, pour ne pas dire capitale, pour consolider ses récents gains et poursuivre son ascension. Comme l'a rappelé très justement la présidente de la BCE Christine Lagarde, la reprise en Europe passe par un effort commun et équilibré de la part des autorités politiques et monétaires. On peut dire que la banque centrale a fait la part du travail, aussi la balle est dans le camp des décisionnaires européens qui seront réunis ce vendredi et samedi à Bruxelles pour discuter les termes du projet de nouveau budget européen pluriannuel de 1100 Mds€ et d'une proposition faite par la Commission Européenne d'un plan de relance inédit de 750 Mds€ composé aux deux tiers de subventions et un tiers de prêts. Un accord ce soir ou ce weekend viendrait adouber le regain de confiance des investisseurs envers la devise européenne alors qu'une absence de compromis viendrait au contraire semer le trouble dans l'esprit des acheteurs d'euro. Selon les derniers échos entendus de part et d'autre, un accord apparaît difficile au regard des oppositions vives et réserves affichées par le groupe des quatre "frugaux" (Autriche, Danemark, Pays-Bas et Suède) qui s'opposent à la composition, la taille et la durée de ce plan de soutien. Il ne faudrait pas que ces divergences apparaissent irréversibles et qu'elles se transforment en une lutte idéologique entre le "Nord" et le "Sud" de l'Europe. Sinon quoi, ce serait un nouveau coup de massue adressé à l'euro dont la revalorisation récente repose amplement sur un sentiment renforcé d'une région européenne non plus fragmentée mais unie (en apparence) face à la crise. Le coup d'arrêt enregistré hier par les paires de change EUR/USD et EUR/CHF sont un premier signe annonciateur de la présence d'une pointe d'inquiétude dans l'esprit des acteurs de marché en amont de cette réunion politique à fort enjeu pour l'Europe. De manière générale, l'euphorie du début de semaine observée au niveau des bourses mondiales s'est estompée et l'on voit réapparaître  quelques signaux de doute sur les marchés financiers. Notamment celui d'une possible correction des marchés actions si la pandémie devait se prolonger et venir freiner le rythme de la reprise. N'a-t-on pas été trop haut trop vite ? C'est la question qui se pose alors que le virus ne semble pas montrer de signe d'inflexion et qu'un nouveau record de contamination a été atteint jeudi au niveau global (presque 250k recensé en une journée). Si l'euro est sur la défensive face à un grand nombre de ses pairs avant le Sommet européen, les devises émergentes et pétrolières montrent quelques signes de fébrilité. Au niveau des indicateurs macroéconomiques, on suivra avec attention la publication ce matin des chiffres de production industrielle en Italie (10h00) et les estimations finales d'inflation en Zone Euro (11h00). Aux Etats-Unis, c'est l'estimation préliminaire de l'indice Michigan de confiance des ménages (16h00) qui recueillera le plus d'attention, les marchés seront notamment attentifs aux impacts potentiels de la résurgence du virus aux Etats-Unis sur le sentiment des consommateurs.
  • La Banque Centrale Européenne réaffirme son soutien à l'économie (EUR) : Malgré un rebond significatif de l'économie en mai et en juin, la présidente de la BCE a tenu à rappeler que l'on reste encore bien en-dessous des niveaux pré-crise et que la banque centrale ferait "tout ce que lui permet son mandat" pour soutenir l'économie européenne dans cette préliminaire de reprise. Si la banque a observé un statut quo de sa politique monétaire conservant ainsi ses taux directeurs et la capacité de ses programmes de rachat d'actif (PEPP et PSPP) inchangés, elle n'entend pas pour l'heure relâcher ses efforts mais au contraire pleinement participer à cette phase de reprise. À cet égard, Christine Lagarde a clairement fait savoir que la banque centrale concentrerait ses rachats d'actif vers les pays qui en ont le plus besoin, on pense ici à l'Italie, l'Espagne ou encore la France qui sont les trois pays européens qui devraient subir la plus forte récession cette année (récession à deux chiffres) d'après les dernières projections de la Commission Européenne. Cette dernière déclaration a eu une résonnance sur les marchés obligataires et participé à faire chuter les taux obligataires à 10 ans italiens et espagnols à leur plus bas niveau depuis mars à respectivement 1,24% et 0,41%. Le spread de taux 10 ans entre l'Italie et l'Allemagne ; un indicateur qui par le passé permettait de jauger le degré de confiance/méfiance des investisseurs européens ; se maintient sur ses plus bas niveaux depuis 4 mois (~170 pbs). L'expression d'un soutien indéfectible de la BCE couplée avec une approche attentiste sans aucun effet d'annonce de nouvelles mesures à venir à court terme a particulièrement été bien reçu par les investisseurs et les acheteurs d'euro. La devise a ainsi consolidé sa position à plus de 1,14 $ après la réunion monétaire avant de légèrement retracer sous cette barrière en fin de journée au fur et à mesure de la publication des nouvelles sur l'extension de la pandémie dans le monde (cap franchi des 2 Mln de contamination au Brésil et des 1 Mln de contamination en Inde) mais aussi en raison d'une montée des craintes à l'approche du Sommet européen extraordinaire qui débutera ce vendredi à Bruxelles. C. Lagarde a mis la pression sur les épaules des dirigeants européens et souligné que la reprise en Europe passait également par une politique fiscale expansionniste d'où une certaine urgence pour l'Union Européenne de s'entendre sur son plan de relance pour assurer au plus vite son déploiement. Cependant, au regard des divergences qui persistent il n'est absolument pas certain qu'un compromis soit trouvé à l'issue de ces deux (voire trois) jours de réunion entre les 27 dirigeants européens. Anticipant très largement un accord à court ou moyen terme, les acheteurs d'euro pourraient faire part de leur déception si les négociations sur la relance européenne tombaient dans une impasse.
  • Une hausse des ventes au détail aux Etats-Unis à nuancer (USD) : À la lecture stricto sensu du rebond bien plus important que prévu des ventes au détail aux Etats-Unis en juin (+7,5% M/M vs. consensus +5,0%) - le second d'affilée - on ne peut que se réjouir de l'effet de rattrapage provoqué par l'application des mesures de déconfinement sur l'économie américaine. Il ne faut néanmoins pas se réjouir trop tôt, les marchés l'ont bien compris. Il y a en effet deux éléments qui pourraient venir enrayer ce "rattrapage" et peser sur la consommation domestique. Le premier est la recrudescence du coronavirus sur le territoire américain qui oblige certains Etats comme très récemment la Californie à opérer un retour en arrière et réintroduire des mesures de restriction sanitaire tel que la fermeture des bars et restaurants ou encore le port du masque obligatoire dans les espaces clos publics. Le second élément est l'arrivée à terme en août du programme d'aide (CARES act) accordant une enveloppe hebdomadaire de 600 $ en plus des prestations initiales de l'Etat pour toute personne sans emploi, cela pendant une période pouvant aller jusqu'à 6 mois. Une étude publiée aux Etats-Unis et dont les résultats ont été rapportés hier par l'agence Reuters semble indiquer que les ménages américains concernés par le programme d'aide à l'emploi ont tendance à consommer plus que d'ordinaire. Une tendance qui s'oppose à ce que l'on peut observer traditionnellement en période de crise où les comportements se font davantage "fourmi" que "cigale". Cela pourrait ne pas durer si d'aventure un grand nombre de foyers étaient amenés à perdre le mois prochaine ce "coup de pouce" de 600 $/semaine. Pour l'heure, les négociations au Congrès pour une extension de ce programme sont dans une impasse, les républicains et le président Donald Trump n'apparaissant pas favorables à prolonger ces aides qui selon eux freinent un retour des américains au travail. Toutefois, à la lecture des dernières inscriptions hebdomadaires aux allocations chômage qui restent relativement stables (1,3 Mln) et près de deux fois supérieurs à leur niveau pré-crise, il est possible qu'un compromis soit trouvé sur une prolongation, cette fois moins généreuse qu'auparavant, du CARES act. Outre la crise à résoudre, il y a une élection présidentielle qui se joue dans quelques mois et dans tous les sondages le président Donald Trump apparaît très loin (~9pts d'écart selon l'indicateur RealClear Politics) derrière son principal rival démocrate Joe Biden. La reprise apparaît de plus en plus incertaine aux Etats-Unis, et ce ne sont pas les bons chiffres de vente au détail publiés hier qui changent la donne. La publication des résultats trimestriels des grandes banques américaines et le choix de ces dernières d'allouer d'importantes provisions sur perte à leur bilan sur fond d'anticipation d'une vague de faillite dans les prochains mois n'ont pas de quoi rassurer non plus. Le dollar continue de traîner son spleen et reste globalement sur une pente descendante face à ses principaux pairs.
  • La Russie doit-elle craindre de nouvelles sanctions ? Le rouble sur une pente glissante (RUB) : Alors que la Russie a vu le mois dernier l'Union Européenne prolonger de 6 mois les sanctions économiques prises à son encontre en 2014 en marge du conflit en Crimée, le pays est de nouveau la cible de vives critiques de la part de la communauté internationale et notamment du Royaume-Uni qui l'accuse de tentative de vol de recherche sur les projets de vaccin contre le coronavirus. Les Etats-Unis et le Canada se sont joints à cette plainte qui cible des actes de cybercriminalité supposément liés aux services de renseignement russe. Si les faits sont avérés, la Russie pourrait à nouveau être la cible de sanctions économiques et financières, lesquelles seraient mal venues dans le contexte de crise actuel. Le cas échéant, le rouble pourrait en subir les dommages collatéraux. La devise a déjà initié un recul depuis l'annonce de Bruxelles en juin et enregistre un repli de 5% face à l'euro sur les 3 dernières semaines. La paire EUR/RUB oscille actuellement sur ses plus hauts niveaux depuis 2 mois au-dessus de la barrière de 81,0 RUB. Le potentiel haussier de la paire (ou baissier du rouble) reste relativement élevé sur les niveaux actuels car cette dernière a été aperçue à plus de 90 RUB cette année au plus fort de la crise. La bonne tenue des cours du pétrole sur les dernières semaines limite pour le moment un affaissement trop brutal de la devise russe.

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