Actualités du marché des devises

Retrouvez les dernières informations sur le marché des devises telles que EUR/USD, EUR/GBP, USD/JPY, GBP/USD.

juin 11, 2020 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

La peur d'une seconde vague de contamination éclipse la Fed

  • C’était l’évènement de la journée de mercredi, la réunion de la Fed a confirmé sans réelle surprise l’ambition de la Fed d’inscrire son soutien à l’économie sur le long terme. S’appuyant sur un scénario de reprise lente et graduelle, la banque centrale américaine entend maintenir ses taux directeurs proche de 0% au moins jusqu’à fin 2022 et s’engage dans le même temps à poursuivre ses rachats d’actif à un rythme « d’au moins » 120 Mds$ par mois. Cette approche, qualifiée de prudente par les marchés, a dans un premier temps enfoncé le dollar à un nouveau creux de 3 mois face à un panier de devises étrangères néanmoins les pressions baissières sont restées relativement modeste en l’absence hier de signaux sous-entendant que les banquiers centraux américains envisageaient d’introduire de nouvelles mesures accommodantes. Les acteurs de marché ont eu très peu de temps pour digérer les annonces de la Fed, la faute à l’émergence d’un nouveau nuage noir à l’horizon : le risque d’une seconde vague de contamination aux Etats-Unis. L’observation ces derniers jours d’une hausse préoccupante du nombre de cas de contamination dans plusieurs Etats américains (Arizona, Californie, Floride et Texas) fait craindre un retour du virus sur le territoire. Face à cette menace, l’ensemble des bourses asiatiques ont clôturé la séance de jeudi dans le rouge et aux Etats-Unis l’orientation à la baisse des contrats futurs laissent présager également une séance agitée. Sur les marchés des changes, les valeurs refuges traditionnelles que sont le yen et le franc suisse attirent à nouveau le regard des investisseurs et en profitent pour accentuer le rebond correctif amorcé en début de semaine. Les valeurs cycliques et émergentes enregistrent à l’inverse d’importantes pertes ce matin. Sur une pente ascendante depuis trois semaines, l’euro se contracte dans cet environnement de marché averse au risque. La devise européenne revoit surgir ce matin quelques inquiétudes parmi les acteurs de marché concernant le plan de relance européen alors que se profile ce jeudi une réunion des membres de l’Eurogroupe sur ce thème.
  • Face aux « risques considérables » à moyen terme pour l’économie américaine, la réserve fédérale américaine a décidé hier à l’unanimité de maintenir ses taux directeurs inchangés dans une fourchette entre 0,00% et 0,25% et de poursuivre ses injections de liquidité à un rythme minimal de 120 Mds$ par mois, qui est celui poursuivi actuellement par la banque centrale. Si cette dernière n’entend pas pour l’heure augmenter ou étendre son arsenal monétaire, elle compte néanmoins le maintenir sur une période prolongée de temps puisqu’aucune hausse de taux n’est pour l’heure envisagée avant 2023 d’après les nouvelles projections monétaires publiées ce mois-ci. La reprise s’annonce lente et graduelle – nouvelles projections : contraction de -6,5% en 2020 et rebond de 5,0% en 2021 et 3,5% en 2022 - aussi la banque centrale n’entend pas relâcher les efforts pour faire en sorte que le redressement de l’économie soit significatif et durable. Les effets de la crise sur l’emploi pourraient en effet persister dans le temps a prévenu hier le gouverneur central Jerome Powell durant sa conférence de presse. Les investisseurs avaient besoin d’être rassurés par la Fed et son engagement à poursuivre son soutien à l’économie sur le long terme, ils l’ont été par ces annonces. Si le dollar a glissé à un creux de 3 mois face à l’euro à plus de 1,14 $ en marge des annonces de la Fed, la devise américaine a néanmoins réussi à limiter les dégâts et relever la tête en fin de séance. L’absence de signaux laissant entrevoir de nouvelles mesures accommodantes à court terme mais aussi la montée progressive des inquiétudes autour d’une résurgence du virus aux Etats-Unis ont limité les pressions baissières sur la devise et nourrissent ce matin son rebond. Si pour l’heure, le dollar profite amplement de son statut de refuge, il pourrait vite déchanter si de nouvelles mesures de confinement aux Etats-Unis étaient envisagées.
  • Si l’environnement d’aversion au risque provoqué par le retour du virus aux Etats-Unis vient perturber l’ascension de l’euro, la devise européenne pâtit également d’une hausse d’incertitudes chez les investisseurs concernant le plan de relance européen et son issue. Après une première visioconférence organisée mardi, plusieurs responsables ont exprimé leur réserve concernant les modalités de ce programme d’aide de 750 Mds€ qui est censé de se décomposer en deux tiers de subventions et un tiers de crédit, et dont le financement se fera par de la dette émise au nom de la Commission Européenne. La Finlande et la Hongrie n’apparaissent pas favorables à ce plan en cet état et pourraient donc rejoindre le groupe des « frugaux » composés de l’Autriche, du Danemark, des Pays-Bas et de la Suède qui s’opposent depuis le début à l’idée d’une aide subventionnée sans garantie ainsi qu’à une mutualisation de la dette entre Etats. La pression pourrait monter dans les prochains jours à mesure que l’on s’approchera du Conseil de l’Union Européenne programmé les 18 et 19 juin en marge duquel un vote sur ce plan est prévu. Le maintien de divergences politiques entre Etats européens pourraient retarder le déploiement de ces mesures de soutien pourtant nécessaires, sinon vitales, au redressement des économies les plus impactés. Les dernières projections publiées mercredi par l’OCDE font état d’une contraction de -9% pour l’Europe, ce qui tend à confirmer que face à ce choc inédit, il important qu’une réponse inédite soit apportée par les responsables politiques et monétaires. La BCE a fait les efforts nécessaires, c’est donc au tour des dirigeants européens de se coordonner pour appuyer la reprise. La réunion ce jeudi de l’Eurogroupe va donner le ton et permettre d’évaluer les rapports de force actuels entre pays européens. En cas de divergences importantes entre Etats, les marchés pourraient y voir un risque important de rejet du plan de relance lors du vote programmé la semaine prochaine. L’aval des 27 membres de l’UE est nécessaire pour qu’il soit adopté. L’euro pourrait dans ce scénario voir sa valeur se détériorer et ses récents gains partir en fumée.
  • Les craintes d’une seconde vague de contamination mêlées aux incertitudes autour de la conjoncture européenne nourrissent un redressement du franc suisse. La devise enchaine actuellement une 4ième séance consécutive de hausse face à l’euro pour un gain cumulé de presque +1,5%. Après avoir été aperçu vendredi dernier à plus de 1,09 ₣, le taux EUR/CHF menace ce matin de casser le support de 1,07 ₣.
  • Destins croisés pour le yen et le dollar australien. Le premier enchaîne ce matin une 4Ième séance consécutive de hausse face à l’euro et oscille à un pic d’une semaine à hauteur de 121,5 ¥, tandis que le second cède ce matin -1% face à l’euro et retombe à un creux depuis 8 séances à plus de 1,64 A$.
  • Les dernières projections de l’OCDE publiées mercredi indiquent que parmi les économies développées, le Royaume-Uni est avec la France le pays qui devrait subir cette année la plus forte récession cette année avec une contraction estimée à -11,5% si aucune seconde vague de contamination ne s’observe prévient l’organisation. On savait que l’économie britannique serait parmi les plus impactés par cette crise, ces projections nous le confirment. Face à ce choc inédit, la reprise pourrait se révéler d’autant plus difficile si, comme cela se profile actuellement, le Royaume-Uni et l’Union Européenne échouent à conclure un accord commercial avant la fin de l’année, ce qui impliquerait alors le retour de barrières douanières entre les deux zones économiques dès le 1er janvier 2021. Alors que Londres pousse pour que Bruxelles change le mandat du négociateur européen Michel Barnier pour que celui soit en mesure de faire davantage de concessions, les responsables européens s’y refusent et pressent de leur côté les britanniques à faire davantage d’efforts et prolonger la période de transition. Le gouvernement britannique a jusqu’à la fin du mois pour en faire la requête mais s’y refuse pour le moment. Face à ces perspectives peu réjouissantes et dans un contexte de marché peu propice ce jeudi aux prises de risque, la livre cède du terrain face à l’euro et glisse doucement vers le seuil de 0,90 £ qui fait office de résistance contre laquelle le taux EUR/GBP bute depuis près de 2 mois ½.
  • Au sein des marchés émergents, c’est la soupe à la grimace ce matin. Le sentiment d’aversion au risque qui prédomine pèse sur la demande. On observe tout particulièrement un repli important du zloty polonais (-0,5%) qui tombe ce matin à un creux de plus de 2 semaines face à l’euro à plus de 4,45 PLN. La devise semble voir d’un mauvais œil les incertitudes autour du plan de relance européen sachant que la Pologne est censé être le 3ième plus gros bénéficiaire de ces aides.

Recevez les dernières actualités sur le marché des devises

Publié cinq fois par semaine, ce bulletin d'information présente au quotidien des tendances et des activités qui touchent le marché sous forme d'actualités faciles à comprendre.