Actualités du marché des devises

Retrouvez les dernières informations sur le marché des devises telles que EUR/USD, EUR/GBP, USD/JPY, GBP/USD.

avr. 15, 2020 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Coincé entre deux chaises : rêver à l'après ou penser au présent ?

  • Après une période d'accalmie observée la veille sur fond de débats de plus en plus nombreux autour d'un déconfinement en Europe et aux Etats-Unis d'ici le mois de mai/juin, le sentiment des marchés se grippe légèrement ce mercredi alors que les Etats-Unis ont subi mardi la journée la plus meurtrière depuis le début de la crise sanitaire et recensé plus de 2400 décès du Covid-19. Bien qu'il existe des raisons d'espérer, le combat contre le coronavirus est loin d'être gagné et c'est ce sentiment qui affecte ce matin l'appétit au risque des acteurs de marché. À cela s'ajoute, l'annonce de la Maison Blanche de couper ses financements auprès de l'Organisation Mondiale pour la Santé (OMS), ce qui dans le contexte actuel de pandémie apparaît peu approprié. Les valeurs dites "refuges" telles que le dollar, le yen et le franc se renforcent légèrement ce matin tandis que les devises cycliques, pétrolières et émergentes se replient.
  • Dans ses projections de printemps ; les premières qui prennent en compte l'impact du Covid-19 sur l'économie mondiale ; le Fonds Monétaire International prédit en 2020 "la pire récession depuis la Grande Dépression" des années 30 et une contraction de la croissance globale de -3% sur l'année. Selon l'organisation, l'Europe est le continent qui risque d'être le plus fortement impacté économiquement par cette crise, l'organisation tablant sur une contraction de -7,5% de l'économie en Zone Euro cette année et de -6,5% au Royaume-Uni. Sans réelle surprise, l'Italie (-9,1%) et l'Espagne (-8,0%) devraient être plus impactés que la France (-7,2%) et l'Allemagne (-7,0%). Aux Etats-Unis, la contraction devrait approcher les -6% tandis qu'au Japon elle sera supérieure à -5%. Ces projections sont néanmoins à prendre au conditionnel car elles présupposent que la pandémie soit stoppée d'ici la fin juin et que les mesures de déconfinement soit levée dès le début du second semestre. Si l'on observe bien depuis plusieurs jours des signaux optimistes de ralentissement du virus en Europe et aux Etats-Unis et que les gouvernements s'organisent actuellement autour de plan de déconfinement, il est encore bien trop prématuré de prédire un retour à la normale d'ici juillet. Quand bien même si le déconfinement national est levé et que l'économie repart, le redémarrage pourrait se faire en douceur sachant que le spectre d'une seconde vague continuera de planer au-dessus du monde en l'absence de vaccin et d'atteinte d'une immunité collective de la population. La mise en exergue d'un choc économique important en Europe a quelque peu réveillé le franc suisse, lequel a testé hier ses plus hauts niveaux de l'année face à l'euro et la barrière de ₣1,0530 . Ces pressions haussières n'ont néanmoins pas persisté, probablement grâce au soutien de la BNS qui veille à ce que la devise helvète ne s'approche pas trop près du seuil de ₣1,05.  
  • Malgré le constat froid du FMI d'une crise économique qui s'annonce bien plus dommageable que la précédente crise financière de 2008-2009, les investisseurs préfèrent ne pas ressasser le passé mais plutôt se projeter dans l'avenir. La multiplication des débats autour du déconfinement et la mise en place de premières mesures en Europe (Autriche, Danemark) soutiennent l'idée que l'on entrevoit désormais la lumière au bout du tunnel et que le pire est probablement passé. Cela se matérialise sur les marchés des changes par un regain d'appétit au risque des investisseurs qui profite à l'euro ($1,0980), au dollar australien (A$ 1,7050) et aux devises émergentes aux valorisations les plus dégradées comme le rand sud-africain, la livre turque ou encore les devises d'Europe de l'Est. Le dollar et le yen (¥117,7) pâtissent au contraire de ce regain d'optimisme des acteurs de marché. Les débats autour de l'après-crise devraient se poursuivre ce mercredi puisque la Commission Européenne doit dévoiler aujourd'hui sa feuille de route pour organiser un déconfinement efficace et ordonné en Europe, tandis qu'en Allemagne le gouvernement doit discuter aujourd'hui des mesures d'allègement des restrictions.
  • Aux Etats-Unis, les annonces hier de résultat trimestriel des banques JP Morgan et Wells Fargo ont très largement déçu, la faute de l'insertion au bilan d'importantes provisions de pertes potentielles sur prêt de respectivement 6,8 Mds$ et 4,0 Mds$. Outre l'impact comptable qui se reflète sur le résultat final, cette décision très précautionneuse souligne quelques tensions sur les marchés du crédit et un risque croissant de défaut aux Etats-Unis d'entreprises dont les sources de revenus ont été sévèrement impactées par la pandémie. Si la volatilité du dollar reste globalement guidée par le degré d'appétit/aversion au risque des investisseurs, on surveille néanmoins les risques systémiques aux Etats-Unis. Ce mercredi, l'attention se portera sur les statistiques de production industrielle et surtout de ventes au détail (14h30) dont on attend une contraction historique de -8% en mars (consensus).

La livre sterling a connu un petit coup de chaud mardi mais la barrière de £0,87 a semble-t-il eu raison de ses velléités d'ascension. À moins que ce soit les prédictions pessimistes de l'institut public OBR qui dans un de ces scénarios prédit une possible récession historique au Royaume-Uni de -13% cette année en cas de période de confinement de 3 mois assortie d'une levée progressive des restrictions sur une autre période de 3 mois. Si cette annonce a fait les gros titres de la presse, elle intervient au moment où le gouvernement britannique doit se prononcer dans les prochains jours sur une extension de sa période de confinement initiale de 3 semaines alors que l'on n'observe toujours pas, ou très peu, de signes de ralentissement de la pandémie dans le pays où l'on compte selon le dernier bilan plus de 90 000 cas confirmés d'infection et plus de 12 000 décès du Covid-19. Alors que le pays tout entier est occupé à gérer une crise sanitaire sans précédent, cela en l'absence du premier ministre Boris Johnson qui procède à une période de convalescence après son combat contre le coronavirus, on observe ce mercredi une reprise officielle des discussions entre britanniques et européens sur la question du Brexit. Le temps presse puisque Londres a jusqu'à fin juin pour réclamer si elle le souhaite une extension de la période de transition censée se terminer à la fin de l'année. Si ce scénario n'était pas dans un premier temps envisagé par Boris Johnson, le passage d'une crise économique mondiale pourrait changer la donne.

  • Le pétrole a de nouveau connu une journée noire mardi et cédé près de -7% en Europe (Brent sous $30) et plus de 10% aux Etats-Unis (WTI à $20). Les efforts réalisés par l'OPEP et ses alliés semblent bien insuffisants pour compenser le déficit de demande globale d'où ces pressions baissières incessantes sur les cours du baril. Le dollar canadien (C$ 1,5250) et la couronne norvégienne (NOK 11,3) ont une nouvelle fois été tous les deux grandement pénalisés par la chute des prix pétroliers. La devise canadienne pourrait enregistrer de nouveaux remous ce mercredi en marge d'une nouvelle réunion de la Banque du Canada dont on surveillera d'éventuelles nouvelles annonces de mesures de soutien à l'économie (communiqué officiel publié à 16h00).
  • Le dollar australien chute vivement ce matin de plus de 1% et s'écarte du pic de 5 semaines touché la veille face à l'euro pour revenir à plus de A$1,72 après la publication d'une enquête mensuelle montrant une contraction historique du sentiment des ménages en Australie au mois d'avril (-17%). La vigueur démontrée par le dollar australien au cours des dernières semaines (rebond de 10%) pourrait être remis en cause par la réalité économique dans le pays qui subit lui-aussi les impacts de la pandémie mondiale. La baisse de taux opérée ce matin par les autorités monétaires chinoises à quelques jours de la publication des chiffres officiels de PIB au 1er trimestre en Chine (vendredi matin) a également été perçue par les marchés comme un signal suggérant un résultat plus décevant que prévu, ce qui tend à renforcer les pressions baissières sur la devise australienne. Si le yuan perd du terrain face au dollar (¥7,0550), il demeure ce matin très stable face à l'euro (¥7,74).



Recevez les dernières actualités sur le marché des devises

Publié cinq fois par semaine, ce bulletin d'information présente au quotidien des tendances et des activités qui touchent le marché sous forme d'actualités faciles à comprendre.