Actualités du marché des devises

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avr. 13, 2018 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Séance du 13 avril 2018 – Sommaire :

  • Regain notable d’appétence au risque sur les marchés financiers en réponse au recul combiné des tensions commerciale (Etats Unis/Chine & ALENA) et géopolitique (Syrie). Les valeurs refuges (JPY & CHF) sont en difficulté tandis que les valeurs cycliques (AUD & CAD) sont recherchées.
  • L’EUR/USD efface une partie des pertes de la veille et se maintient dans la partie supérieure de sa fourchette de $1,22-$1,24.
  • La paire EUR/GBP accentue son repli (-0,3%) et chute ce matin sous le seuil de £0,8650…un plus bas depuis plus de 10 mois !
  • La paire EUR/CHF reste hautement valorisé et oscille au centre d’un couloir de ₣1,18-₣1,19 tandis que la paire EUR/JPY (+0,3%) prend ce matin la direction de ¥133, un niveau qu’elle n’a plus touché depuis février dernier.
  • Fort recul de la paire EUR/AUD (-0,5%) qui chute ce matin à un plus bas de presque 1 mois (A$ 1,58). L’EUR/CAD bute pour le moment sur son support technique de C$1,55 qu’il n’a plus franchi depuis maintenant 2 mois.
  • Prix du pétrole à un pic de plus de 3 ans (WTI à $67,5) - Le rouble se renforce de 0,8% face à l’euro ce matin et retombe sous le seuil de RUB 76,0. L’EUR/NOK (-0,2%) retombe à un plus bas depuis 2 semaines, tout proche de son support de NOK 9,55.

L’humeur des marchés des changes :                               

La séance de jeudi a été marquée par l’important recul de l’euro en réaction à la publication du compte rendu de la réunion monétaire de la BCE de mars et de chiffres de production industrielle très décevants. Ce repli de l’euro aura surtout impacté la paire EUR/GBP qui, après de multiples tentatives vaines, a enfin réussi à briser le palier psychologique de £0,87. De manière plus générale, les craintes de conflit en Syrie se sont atténuées, au même titre que les tensions commerciales après l’évocation par Washington d’un possible retour des Etats Unis au sein du traité transpacifique et une révision à la baisse des exigences américaines concernant le secteur automobile dans le cadre des renégociations de l’ALENA.

Après un début de semaine tonitruant, l’euro a subi de lourdes pertes jeudi en réaction à de nouveaux signaux illustrant un ralentissement de l’économie européenne sur le début d’année 2018 et la mise en lumière de craintes dans les rangs de la BCE à l’égard des tensions commerciales et de la forte valorisation de l’euro. La journée avait mal commencé pour l’euro puisque en fin de matinée, les chiffres de production industrielle en Zone Euro ont mis en avant une forte contraction de l’activité au mois de février ; pour le second mois d’affilée ; alors que le consensus misait sur un léger rebond (-0,8% M/M vs consensus +0,1% et -0,6% en janvier). Si une brèche avait été ouverte à travers la lecture de ces statistiques, les vendeurs d’euro s’y sont complètement engouffrés après la parution des Minutes de la BCE en début d’après-midi. En effet, le compte rendu de la réunion monétaire du 7-8 mars dernier a non seulement mis en avant les velléités des responsables monétaires européens de poursuivre une ligne de conduite prudente dans leur transition monétaire malgré les récents ajustements de communication (ligne illustrée par la règle « prudence, patience et persévérance » ), mais également les craintes de ces derniers à l’égard de l’accentuation récente des tensions commerciales et la forte valorisation de l’euro, laquelle n’est pas connectée selon eux fondamentaux économiques. Ces deux facteurs pourraient aux yeux de la banque centrale constitués un obstacle au retour de l’inflation vers l’objectif recherché de 2%, et donc par corolaire pourrait décaler le calendrier monétaire de la BCE et la date de la 1ière hausse de taux en Europe.

Après quatre séances de hausse, le cours EUR/USD s’est éloigné du plafond de $1,24 approché mercredi et est retourné sur les niveaux de $1,23 (-0,32% à $1,2315). La paire EUR/GBP aura été plus sensible à la faiblesse de l’euro puisque celle-ci a enregistré jeudi un recul de -0,7% et chuté à son plus bas niveau depuis 10 mois à £0,8661 (point bas recensé en séance à £0,8642). C’est un point marquant puisque depuis juin 2017, le cours EUR/GBP avait constamment échoué à franchir durablement ce palier, c’est désormais chose faite. Outre l’aspect psychologique que représente le passage de ce seuil clé, la magnitude du mouvement paraît aussi découler d’un décalage de cycle au niveau monétaire entre la Zone Euro et le Royaume-Uni. Alors que les Minutes de la BCE de jeudi viennent semer le trouble sur le calendrier monétaire européen, du côté britannique une très large majorité d’acteurs financiers sont convaincus qu’une seconde hausse de taux devrait être opérée le mois prochain (probabilité estimée à 76% vendredi matin d’après la valorisation des contrats à terme sur les taux directeurs de la Banque d’Angleterre).

Evoquées dans l’édition du FX Breakfast de jeudi, les craintes de conflit entre Washington et Moscou sur le dossier syrien ont reflué après que le président américain ait atténué sa menace de frappes militaires en direction de Damas, et que Moscou ait confirmé qu’une discussion avec Washington était menée. Les tensions commerciales se sont également légèrement atténuées, les investisseurs accueillant favorablement le nouvel appel du pied de Washington pour rejoindre le traité transpacifique, plus d’un an après que Donald Trump ait quitté la table des négociations de cet accord de libre-échange. Autre point de satisfaction, la baisse des exigences américaines concernant le secteur automobile dans les discussions de renégociation de l’ALENA. Désormais, Washington fixe une exemption de taxes douanières aux voitures dont la composition est constituée à 75% de pièces nord-américaines, contre 85% précédemment réclamé. Cet ajustement fait déjà suite à l’abandon préalable de la demande d’une composition exclusive à 50% de pièces américaines. Au sein des marchés financiers, l’espoir d’un accord à trois s’en trouve renforcé. Le dollar canadien continue son carton plein et a enregistré jeudi sa 4ième séance consécutive de gains face à l’euro (+0,3% à C$1,5513). Les gains de la devise canadienne face à l’euro s’évaluent à +1,2% sur le début de semaine et +3,8% depuis son point bas touché le 19 mars dernier. Point notable, le cours EUR/CAD a franchi jeudi la barrière de C$1,55 (point bas recensé à C$1,5489), une première en deux mois. De son côté le peso mexicain s’est apprécié de près de +0,6% face à l’euro et l’EUR/MXN est retombée à son plus bas niveau de la semaine sous le seuil de MXN 22,5.

Profitant de cet apaisement des tensions globales, les paires EUR/CHF et EUR/JPY ont bondi jeudi toutes deux de +0,2%. Le cours EUR/CHF a par ailleurs atteint un nouveau pic de 3 ans à1,1889 avant de se rétracter quelque peu en fin de journée (clôture à ₣1,1860). 

La couronne suédoise gagne le trophée de la plus mauvaise performance de la journée face à l’euro au sein de l’univers du G10. Sanctionnée par une accélération moins soutenue que prévu de l’inflation en Suède au mois de mars (1,9% vs consensus 2,0%), la couronne suédoise a chuté jeudi à un nouveau point bas depuis 8 ans face à l’euro à presque SEK 10,40.

Calendrier économique, politique & monétaire de la séance :       

  • Statistiques commerciales en Chine : Les statistiques commerciales chinoises ont mis en lumière un surprenant déficit commercial en mars (-$4,98Mds vs consensus 27,2Mds), le premier depuis le mois de février 2017. Une telle sous-performance s’explique par une contraction inattendue des exportations de -2,7% en année glissante alors que le consensus misait sur une croissance de 10% en cette fin de premier trimestre. Les importations ont à l’inverse enregistré un bond plus important que prévu, ces dernières progressant de 14,4% contre 10% anticipé. À la lecture de ces résultats, on peut être rassuré quelque peu rassuré par la dynamique de l’économie chinoise compte tenu de la demande toujours soutenue. Cependant, on peut s’inquiéter d’une possible intervention des autorités chinoises sur sa devise, la forte valorisation de cette dernière (récent pic depuis août 2015 atteint face au dollar US) pouvant expliquer une perte de compétitivité des exportations chinoises. Un tel résultat pourrait venir atténuer davantage les tensions entre Washington et Pékin et ouvrir la porte à un dialogue entre les deux grandes puissances économiques.
  • Estimation finale des chiffres d’inflation en Allemagne et en Espagne : Pas de surprises ce matin dans la révision des estimations d’inflation en Allemagne et en Espagne au mois de mars. Après avoir chuté à un plus bas depuis 15 mois, l’inflation allemande a accéléré de 1,4% à 1,6%, tandis que l’inflation en Espagne a enregistré son second rebond successif et atteint un pic de 4 mois en mars à 1,2% (vs 1,1% en février).
  • Discours de Mario Draghi (13h00) : Discours du président de la banque centrale européenne à l’occasion d’une cérémonie organisée par la banque centrale récompensant des étudiants européens.  
  • Indice Michigan de sentiment des ménages aux Etats Unis (16h00)  : Confiance impérissable envers la présidence de Donald Trump dans un monde où tensions commerciales et géopolitiques s’entremêlent ? L’indicateur témoignait un pic de confiance des ménages américains en mars qui n’avait plus été observé depuis 2004. Les économistes tablent sur un léger repli au mois d’avril (consensus 100,5 vs 101,4 en mars).
  • Sommet des Amériques (ND) : Lancement au Pérou ce vendredi du sommet des Amériques…qui se fera sans le président américain qui a préféré annuler son voyage pour organiser depuis Washington la réponse adaptée à la situation en Syrie. Alors que l’on pensait que cet évènement pouvait être le théâtre d’une annonce marquante d’un accord préliminaire concernant les renégociations de l’ALENA, cela ne devrait cependant pas être le cas. Bien que relevant de sérieuses avancées dans les négociations, le président américain n’a laissé transparaître jeudi aucune réelle volonté d’accélérer les discussions, faisant planer la menace que celles-ci pourraient se prolonger encore plusieurs mois.

Volatilité sur les marchés des changes – Dynamique de l’euro face à ses pairs :

EUR/USD

Après être revenu au centre de son couloir de $1,22-$1,24 jeudi sur fond de déception à la lecture des Minutes de la BCE de la réunion de mars, le cours EUR/USD efface ce matin une partie de ses pertes et reprend sa route en direction de $1,24. Les chiffres d’inflation publiés ce matin en Zone Euro n’ont laissé transparaître aucune surprise mais bien confirmé une modeste accélération des indices de prix en Allemagne et en Espagne au mois de mars. La déception de la veille ne semble pas se prolonger sur la paire qui profite plutôt du regain d’appétit des investisseurs eu égard un reflux des tensions commerciales et géopolitiques. On gardera néanmoins un œil attentif à la situation en Syrie, tandis que du côté du calendrier économique et monétaire l’attention se focalisera sur le discours à la mi-journée du gouverneur de la BCE Mario Draghi et des indices préliminaires Michigan de confiance des ménages publiés cette après-midi aux Etats Unis. Concernant les paliers clés de la paire de change, le seuil de $1,24 reste un cap important à franchir tandis que le seuil de $1,23 se dressera, comme ce fut le cas jeudi, sur le chemin de l’EUR/USD en cas de nouveau mouvement baissier de l’EUR/USD.

EUR/GBP

Elle l’a fait ! La paire EUR/GBP a réussi à briser son support de £0,87, au-dessus duquel elle avait fluctué de manière continue depuis le mois de juin 2017, et oscille désormais sur ses plus bas niveaux depuis 10 mois.  Cela se faisait pressentir depuis plusieurs séances tant la paire EUR/GBP multipliait les tentatives de retour sous ce seuil clé. Sous couvert d’un nouveau repli de l’euro et d’une confiance progressivement retrouvée à l’égard de la devise britannique, la paire de change a réussi à passer ce cap. La question est de savoir s’il s’agit d’un signe précurseur d’un mouvement de revalorisation plus important à venir de la devise britannique ou d’un repli temporaire en réponse à la réception de signaux décevants en provenance de la BCE ? La poursuite ce matin du mouvement de recul de la paire EUR/GBP laisse penser que la première hypothèse est la bonne, notamment si l’on tient compte du fait que la livre profite actuellement de divergences de cycle monétaires entre le Royaume-Uni et la Zone Euro alors que l’on se prépare du côté de Londres à une possible nouvelle hausse de taux en mai, néanmoins les incertitudes politiques liées au Brexit ne sont jamais très loin. Bien qu’actuellement en sommeil depuis l’annonce fin mars d’un accord sur une période de transition de 21 mois, celles-ci peuvent ressurgir à n’importe qu’elle moment.     

EUR/CHF

La volatilité récente du franc suisse, devise traditionnellement considérée par les investisseurs comme une valeur refuge, a de quoi causer de sérieux maux de tête. Malgré un net repli de l’euro observé hier et un contexte global relativement dégradé, la paire EUR/CHF a accentué ses récents gains et a même touché un nouveau pic annuel  - également un pic depuis janvier 2015 par la même occasion – à presque 1,19. Il est difficile d’expliquer ce mouvement vendeur sur la devise suisse. Ce matin un rapport de l’agence Bloomberg évoquait l’hypothèse d’un possible mouvement de sortie de capitaux d’importants investisseurs russes au sein de compagnies suisses suite aux récentes sanctions adressées par Washington à l’égard de plusieurs oligarques et entreprises russes. L’EUR/CHF reste ce vendredi sur des très hauts niveaux de valorisation, au sein d’une fourchette de 1,18- 1,19. Un regain d’appétit au risque sur les marchés financiers pourrait offrir l’opportunité à la paire de change de consolider ses récents gains, et limite le risque d’un fort mouvement de repli sur fond de prises de bénéfices.

 

EUR/JPY

Profitant d’une dissipation globale des tensions géopolitiques (atténuation de la menace américaine de frappes militaires en Syrie) et commerciales (déficit commercial surprise en Chine, volte-face de Washington sur l’accord transpacifique et baisse des exigences américaines concernant l’ALENA), les investisseurs se détournent des valeurs refuges telles que le yen. Le cours EUR/JPY accentue son rebond et s’approche ce matin du seuil de ¥133 qu’il n’a plus atteint depuis le 21 février dernier.


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