Actualités du marché des devises

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avr. 12, 2018 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Séance du 12 avril 2018 – Sommaire :

  • Les craintes de guerre commerciale ont cédé leur place aux craintes de guerre militaire. La situation en Syrie est désormais observée de près par les acteurs de marché après l’annonce la veille par Donald Trump de frappes imminentes. Le conflit syrien fait craindre une réminiscence de guerre froide entre Washington et Moscou alors que la situation entre les deux pays n’est déjà pas au beau fixe depuis l’annonce vendredi dernier de nouvelles sanctions de Washington contre plusieurs oligarques et entreprises russes.
  • Volatilité très mesurée ce matin sur les marchés des changes. Les investisseurs semblent en position attentiste et observent l’évolution de la situation en Syrie.
  • Paires EUR/USD, EUR/GBP et EUR/JPY très stables ce matin. L’EUR/USD se maintient aux portes des $1,24, l’EUR/GBP repose sur son support de £0,87 tandis que l’EUR/JPY consolide sa position au-dessus de ¥132.
  • Le cours EUR/CHF apparaît insensible à ce nouveau risque géopolitique et reprend sa marche en avant après avoir marqué une pause en fin de journée mercredi. La paire reprend sa marche en avant en direction de ₣1,19 en amont de la publication des Minutes de la BCE (13h30).
  • Le cours EUR/SEK a touché un nouveau pic de 8 ans à plus de SEK 10,37 en réaction à une accélération moins soutenue que prévu de l’inflation en Suède au mois de mars (1,9% vs consensus 2,0%).
  • Après son rebond de la veille, le rouble russe se renforce à nouveau se jeudi matin face à l’euro. Le cours EUR/RUB vient de tomber sous le seuil de RUB 77,0 après avoir touché un pic de 2 ans la veille à plus de RUB 80,0.
  • Devises émergentes globalement pénalisées par les nouvelles craintes liées à la situation en Syrie. L’EUR/ZAR bondit de 0,3% ce matin et repasse au-dessus du seuil de ZAR 14,80.

L’humeur des marchés des changes :                               

On pensait les conditions de marché plus propices à la prise de risque après les premiers signaux de détente des récentes tensions commerciales entre Chine et Etats Unis, or une peur en remplaçant une autre, l’aversion au risque a regagné les marchés des changes en réaction aux commentaires de la Maison Blanche évoquant des  « frappes militaires imminentes » en Syrie. Des craintes de guerre commerciale, on est passé aux craintes de guerre tout court. Le yen a ainsi été une nouvelle fois recherché par des investisseurs anxieux, tout comme le franc qui, après avoir touché un nouveau point bas depuis plus de 3 ans à presque 1,19, a été sollicité . Le dollar a soufflé le chaud et le froid entre des chiffres d’inflation ressortis globalement en ligne aux attentes et un rapport de la Fed illustrant l’optimisme des responsables monétaires américains.

Après la nouvelle attaque, présumée à l’arme chimique et imputée au régime de Bachar El-Assad, subie par la ville rebelle de Douma en banlieue nord de Damas en Syrie, l’Occident s’organise et réfléchit à une contre-attaque. En premier lieu Washington qui par le biais de son président Donald Trump, lequel tient Moscou et le régime syrien responsables de cette attaque, a prévenu via un message sur son compte twitter que des missiles américains seraient prochainement lancés vers la Syrie. Du côté britannique, la première ministre Theresa May se dit prête à outrepasser le passage traditionnel devant le parlement pour soutenir les efforts militaires américains en Syrie, et prévoit une réunion exceptionnelle de son gouvernement ce jeudi pour convenir d’une action. Du côté de l’Europe, et notamment de la France, on préfère pour l’heure rester prudent et éviter qu’une escalade de tensions conduise à une guerre. Ces nouvelles tensions sont palpables et commencent modestement à se répercuter sur le sentiment général des acteurs de marché et leur comportement.

Ainsi, le yen japonais a une nouvelle fois été prisé par les investisseurs mercredi et a accusé un rebond de presque 0,3% face à l’euro, le cours EUR/JPY se maintenant néanmoins au-dessus de la barrière de ¥132 franchie mardi. Après avoir touché dans la matinée de mercredi un nouveau pic depuis janvier 2015 à1,1880, le cours EUR/CHF a progressivement effacé une partie de ses gains et est retombé sous le seuil de1,1850. La hausse de la demande en franc de la part d’investisseurs anxieux a jugulé les pressions haussières sur la paire de change résultant de nouvelles spéculations monétaires en Europe.

Le cours EUR/USD a échoué une nouvelle fois à sortir de son couloir de $1,22-$1,24, même s’il faut le reconnaître qu’il n’en était pas loin mercredi, celui-ci ayant enregistré à un pic de $1,2395 en cours de séance. Les bons chiffres d’inflation aux Etats Unis – accélération comme attendu de la dynamique annuelle de l’indice général de 2,2% à 2,4% et de l’indice de base de 1,8% à 2,1% - et les commentaires optimistes des responsables monétaires américains observés dans le compte rendu de la réunion du 20-21 mars (Minutes de la Fed) publié en début de soirée ont soutenu la valorisation du dollar et ainsi freiné la tentative d’ascension de la paire EUR/USD au-delà de $1,24. Le rapport révèle que les membres du comité exécutif de la réserve fédérale américaine étaient tous unanimes en mars et tablaient sur une accélération de la croissance et de l’inflation aux Etats Unis dans les prochains mois. On notera toute de même la reconnaissance explicite par la Fed, pour la première fois publiquement, du risque négatif pour l’économie américaine que représente de possibles représailles commerciales à l’égard de Washington.

La livre sterling a vécu une séance en demi-teinte, la faute à des statistiques économiques mitigées. La bonne nouvelle est venue de l’important recul du déficit commercial global qui, chutant de £12,2Mds à £10,2Mds, est retombé à son plus bas niveau depuis 5 mois. À l’inverse, l’activité du secteur industriel britannique a quelque peu déçu. La production industrielle a enregistré un rebond bien plus modeste que prévu (+0,1% M/M vs consensus +0,4%) tandis que la production manufacturière s’est étonnement contractée (-0,2% M/M vs consensus +0,2%). Résultat, le cours EUR/GBP est resté ancré au-dessus de £0,87.

Dynamiques inverses pour les devises nordiques mercredi. La couronne norvégienne a effacé ses pertes de la séance de mardi (+0,4% à NOK 9,5984) tandis que la couronne suédoise a accusé un recul de -0,4% face à l’euro en amont de la publication des nouveaux chiffres d’inflation et s’est rapprochée du seuil de SEK 10,30.

Après quatre séances successives de recul face à l’euro et une perte globale de presque 11% , le rouble russe a stoppé quelque peu l’hémorragie et rebondi de 0,9%, le cours EUR/RUB retombant sous le seuil de RUB 78,0. Le rand sud-africain a également repris des couleurs après un récent recul de 3% face à l’euro et s’est apprécié de 0,7% mercredi à ZAR 14,76.

Calendrier économique, politique & monétaire de la séance :       

  • Minutes de la BCE (13h30)  : En milieu d’après-midi, la banque centrale européenne publiera le compte rendu détaillé des discussions et débats qui se sont tenues lors de la dernière réunion monétaire du 7-8 mars dernier, à l’issue de laquelle la banque a retiré de sa communication officielle la référence à une possible nouvelle augmentation de son programme quantitatif. Une preuve s’il en est qu’elle est bien déterminée à progressivement mettre fin à sa politique de soutien monétaire. La question qui subsiste est : À quel rythme ? Les acheteurs d’euro avaient été quelque peu échaudés par la conférence de presse du gouverneur central Mario Draghi et ses propos « tièdes », ni trop optimiste ni trop pessimiste. Si les investisseurs anticipent actuellement un arrêt du programme quantitatif cette année et une première hausse de taux à horizon mi-2019, les marchés restent versatiles et ces projections ne sont en aucun cas marquées dans le marbre.  L’euro a été sensible aux récents commentaires du membre du directoire Ewald Nowotny donnant son aval à un arrêt du programme quantitatif d’ici la fin de l’année et une première hausse de taux « agressive » dans la foulée (+20pbs du taux de dépôt). Reste à savoir si cet avis est partagé par l’ensemble des membres du directoire.
  • Réunion exceptionnelle du gouvernement britannique (ND) : La 1ière ministre britannique réunira les membres de son gouvernement pour décider d’une intervention ou non du Royaume-Uni en Syrie. Cette dernière semble prête à soutenir les Etats Unis , sans passer par la case Parlement, dans sa volonté de répliquer militairement aux présumés nouvelles attaques chimiques du gouvernement syrien. La montée des craintes de conflit militaire en Syrie pourrait se faire sur fond de réminiscence de « Guerre froide »  entre Washington et Moscou, qui demeure un allié historique du gouvernement syrien de Bachar el-Assad.
  • Inflation en Suède  : La dynamique annuelle d’inflation générale a enregistré en mars une accélération moins importante qu’anticipé (1,9% A/A vs consensus 2,0% et 1,6% en février), échouant à revenir au niveau de 2% ciblé par la banque centrale. Un tel résultat ne fait que renforcer les doutes des investisseurs qui craignent que les responsables monétaires suédois repoussent dans le temps leur projet de normalisation monétaire. La couronne suédoise accuse le coup et recule ce matin de plus de 0,5% face à l’euro. La paire EUR/SEK a franchi le seuil de SEK 10,37 pour la 1ière fois en 8 ans.  

Volatilité sur les marchés des changes – Dynamique de l’euro face à ses pairs :

EUR/USD

Le cours EUR/USD est très stable ce matin et se maintient au-dessus du seuil de $1,2350 en amont de la publication à la mi-journée du compte rendu de la réunion monétaire de la BCE du 7-8 mars dernier. L’euro a été très sensible aux nouvelles spéculations monétaires donnant du grain à moudre à l’hypothèse d’une fin définitive des rachats d’actifs de la banque cette année et d’une première hausse des taux directeurs au 1er semestre 2019. Il convient de savoir si l’ensemble des membres de la BCE sont alignés sur cette stratégie ou s’ils préfèrent rester prudents en l’absence de signes tangibles d’accélération de l’inflation et des nouvelles tensions commerciales mondiales. Des signes de frilosité parmi les membres du directoire pourraient venir faire dégonfler l’enthousiasme récent à l’égard de l’euro. La paire de change sera également très sensible à l’évolution du sentiment général des marchés lequel apparaît désormais très sensible à la situation actuelle en Syrie et aux risques de conflit entre Washington et Moscou.

EUR/GBP

En l’absence de données économiques majeures ce jeudi au Royaume-Uni, la volatilité de la paire EUR/GBP pourrait rester modeste. La paire de change restera néanmoins très sensible aux mouvements de l’euro et éventuelles réactions aux commentaires des banquiers centraux européens lors de la réunion monétaire de mars. Le support de £0,87 continue de jouer son rôle d’épouvantail et refreine les pressions baissières sur le cours de change.

EUR/CHF

Après avoir marqué le pas en fin de journée mercredi, la paire EUR/CHF reprend ce matin sa marche en avant et se rapproche de son nouveau pic annuel de 1,1880 touché la veille. L’aspect monétaire (divergences Zone Euro/Suisse) semble avoir une influence bien plus important sur la paire de change que l’aspect géopolitique pour le moment. Néanmoins, il paraît inévitable qu’en cas d’escalade de tensions en Syrie et montée des craintes de conflit militaire la paire EUR/CHF amorce un recul, et potentiellement retombe sous le seuil de ₣1,18, sous l’effet d’une hausse de la demande des investisseurs pours les valeurs refuges comme le franc.

EUR/JPY

La paire EUR/JPY est très stable ce matin et consolide sa nouvelle position au-dessus du seuil de ¥132. On semble déceler un certain attentisme des investisseurs à l’égard de l’évolution de la situation en Syrie, et la réelle volonté de Donald Trump à lancer des frappes militaires et prendre le risque d’entrer en conflit frontale avec la Russie, un allié indéfectible du gouvernement syrien. La publication des Minutes de la BCE en milieu d’après-midi pourrait renvoyer dans la lumière les divergences monétaires entre la Zone Euro et la Japon, le gouverneur central japonais ayant lui réaffirmé ce jeudi son intention de poursuivre sa politique monétaire très accommodante.


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