Actualités du marché des devises

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déc. 14, 2017 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Points clés (séance asiatique/ouverture de la séance européenne) :

  • La couronne norvégienne enregistre un rebond de 1% face à l’euro ce matin (NOK 9,74) après la déclaration du gouverneur central norvégien indiquant qu’il projetait une 1ière hausse de taux fin 2018 (vs anticipations de marché tablaient sur le  S1 2019).
  • La Banque Nationale Suisse opte pour un statu quo monétaire et conserve sa rhétorique de franc « hautement valorisé » (voir Focus #3 du jour). Le cours EUR/CHF enregistre un rebond de 0,2% et regarde à nouveau en direction de ₣1,17.
  • L’EUR/USD consolide ses gains de la veille ($1,1830) acquis suite en marge de la réunion de la Fed qui mis en exergue la présence de membres dissidents au sein du comité exécutif et le maintien d’une approche graduelle en matière de hausse de taux malgré un plus grand optimisme à l’égard de l’économie américaine (voir Focus #1 de la veille).
  • La livre sterling se renforce ce matin et retombe sous £0,88 en réaction à un fort rebond des ventes au détail en novembre (+1,1% M/M vs consensus 0,4%) avant la réunion de la Banque d’Angleterre cette après-midi (voir Focus #2 du jour). Les investisseurs semblent prêter peu d’attention au revers parlementaire subit par Theresa (voir Focus #3 de la veille) alors que débute aujourd’hui à Bruxelles un nouveau Sommet européen.
  • Solide rebond de la couronne suédoise de 0,6% (SEK 9,89) en réaction à la forte chute du chômage en novembre (5,8% vs 6,3% en octobre).

Les trois faits marquants de la séance de mercredi 13 décembre 2017 : #1 La Fed réhausse (sans surprise) son taux directeur mais ne modifie pas ses plans pour 2018, #2 Accord trouvé entre le Sénat et la Chambre des représentants américains sur la réforme fiscale, et #3 Premier revers parlementaire pour Theresa May…Les partisans d’un « Brexit souple » exulte

#1 – Fed (USD) :  Comme il l’était très largement anticipé, la réserve fédérale américaine a décidé hier de rehausser une 3ième fois cette année ses taux directeurs, ceux-ci passant de 1,25% à 1,50% (ils oscillent dans une fourchette de 1,25-1,50% pour être précis) et retournant à leur plus haut niveau depuis 9 ans (octobre 2008). La petite surprise de la soirée fut tout de même l’observation au sein du comité exécutif de la banque de deux membres dissidents (Charles Evans de la Fed de Chicago et Neel Kashkari de la Fed de Minneapolis) opposés à ce nouveau resserrement monétaire ; une première depuis novembre 2016 ; qui ont voté mercredi pour un statu quo. Une preuve s’il en est que malgré un marché du travail solide (taux de chômage à son plus bas niveau depuis 17 ans) et une croissance supérieure à 3% depuis deux trimestres certaines interrogations subsistent toujours autour de l’économie américaine. L’absence de pressions haussières sur les prix, comme il l’a été à nouveau illustré mercredi à travers le recul surprise en novembre de l’indice d’inflation de base à son plus niveau depuis 2 ans (1,7% A/A en novembre vs 1,8% en octobre), ou encore la forte valorisation actuelle des actifs américains (les marchés actions ne cessent de battre des records historiques) peuvent être motifs d’inquiétude. Outre la décision monétaire, la publication des nouvelles projections économiques et monétaires des membres de la banque centrale américaine constituait l’évènement majeur de la soirée alors que certains observateurs imaginaient déjà une possible accélération du rythme de hausse de taux dans le futur en cas de rehaussement des projections économiques. S’il y a bien eu une réévaluation significative des projections de croissance – par rapport à septembre la projection médiane de croissance pour 2018 a été réhaussée de 2,1% à 2,5%, celle de 2019 de 2,0% à 2,1% et celle de 2020 de 1,8% à 2,0% - néanmoins la Fed maintient son approche graduelle et laisse son agenda monétaire inchangé pour 2018 (3 hausses) et 2019 (2 hausses). On peut voir dans cette stratégie une part de prudence de la part des responsables monétaires américains alors que l’inflation ne montre toujours aucun signe d’accélération – projections d’inflation sur la période 2018-2020 laissées inchangées par rapport à septembre dernier – et que la réforme fiscale censée stimuler l’économie lors des prochaines années n’a toujours pas été adoptée et n’offre aucune réelle certitude. On peut également avancer un autre argument à ce choix qui peut de prime abord surprendre : si la Fed ne communique pour le moment pas en ce sens, il est néanmoins possible que dans le contexte actuel les taux directeurs approchent peu à peu d’un plafond. Le taux de long terme étant fixé à 2,8%, cela ne laisse finalement à la banque centrale américaine qu’une latitude de 5 nouvelles hausses de taux. Exactement ce qui est programmé sur la période 2018-19.

L’absence d’unité au sein du comité exécutif de la Fed ou encore la déception de voir celle-ci conserver une approche graduelle malgré un optimisme grandissant à l’égard des perspectives de croissance du pays ont laissé les investisseurs sur leur faim, ce qui explique en partie l’affaiblissement du dollar qui a suivi cette décision. On peut également voir dans ce mouvement baissier l’illustration d’une déception des marchés à l’égard de ce qui s’apparente être la version finale de la réforme fiscale sur laquelle les comités des deux chambres parlementaires ont conclu un accord (voir Focus #2). La paire EUR/USD a progressé de plus de 0,7% sur la séance de mercredi et a fait son retour au-dessus du niveau de $1,18.

#2 – Etats Unis (USD) :   La nouvelle a été dévoilée en fin d’après-midi en Europe, les comités républicains des deux chambres parlementaires américaines sont tombé d’accord sur une version finale du texte de loi de réforme du code fiscal, lequel devrait rapidement faire l’objet d’un vote la semaine prochaine. Parmi les grandes lignes de cette nouvelle version, on retient que le taux d’imposition sur les sociétés sera réduit finalement de 35% à 21% contre 20% initialement évoqué par les deux chambres, mais contrairement à la proposition initiale du Sénat cette réduction prendra effet dès 2018. En ce qui concerne le taux d’imposition sur les revenus des ménages, la grande modification de ce nouveau texte est la réduction du plafond fiscal de 39,6% à 37%, soit une baisse bien plus importante de celle initialement évoquée par les deux chambres (38,5% par la Chambre des représentants et 39,6% par le Sénat). Le niveau déduction fiscale des filiales d’entreprises américaines est finalement réduit à 20% contre 23% et 25% initialement proposé par les deux parlements. Enfin, le texte prévoit le maintien de certaines niches fiscales au sein des Etats où le système de taxation est le plus contraignant. Cette version de la réforme fiscale devrait, selon les calculs des comités, coûter en absolu la somme de $1,4Trn sur 10 ans, respectant ainsi le plafond de $1,5Trn fixé par l’accord budgétaire voté cet automne. Il est pour l’heure difficile de mesurer précisément les effets économiques de cette réforme tant les avis divergent à ce sujet. Néanmoins, cette version semble davantage privilégier les hauts revenus plutôt que la classe moyenne et les petits salaires. La théorie du ruissellement économique que semble défendre la Maison Blanche – réinjection dans l’économie réelle des capitaux économisés par les plus riches qui profite aux plus pauvres – n’a jamais fait réellement fait ces preuves et souvent contribué à une montée des inégalités. Certaines voix dissidentes se font déjà entendre, aussi bien chez les démocrates que chez certains républicains. Le texte de loi devrait faire l’objet d’un vote des deux chambres parlementaires dès la semaine prochaine alors que la Maison Blanche presse pour que cette réforme soit adoptée avant la fin de l’année. Du côté des démocrates, on souhaite repousser ce vote alors que le nouveau sénateur démocrate de l’Etat d’Alabama ne prendra officiellement ses fonctions qu’en janvier.

#3 – Royaume-Uni (GBP) : La Chambre des communes britannique a voté à 309 voix contre 305 un amendement lui assurant une consultation de l’accord final de sortie conclu entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne avant son éventuelle adoption. Malgré les efforts déployés par Theresa May pour convaincre les membres de son parti de ne pas soutenir ce projet, la fronde de 11 conservateurs fut suffisante pour faire subir à la première ministre britannique son premier revers parlementaire depuis le Brexit. Si les partisans d’un « Brexit souple » peuvent exulter après ce vote, ces derniers ayant gagné hier le pouvoir de s’opposer à l’accord de sortie si celui-ci est jugé injuste, l’étau se resserre autour de la chef du gouvernement britannique. Non seulement, cette dernière voit son pouvoir de négociation face aux responsables européens grandement réduit, mais ce vote illustre également la défiance grandissante dont elle fait l’objet et son manque de leadership pour rassembler les membres du parti conservateur derrière sa stratégie de sortie. Si le vote de cet amendement semble positif car apparaissant comme un garde-fou à un éventuel accord défavorable pour l’économie britannique, néanmoins celui-ci vient jeter une zone d’ombre en cas de rejet de l’accord final par les membres du parlement. Malgré ce revers, la livre sterling est restée assez muette mercredi, les investisseurs apparaissant davantage concentrés sur la réunion monétaire de jeudi et les déclarations faites en marge de cet évènement.  

Les trois évènements clés à suivre de la séance de jeudi 14 décembre – #1 Réunion de la BCE (décision à 13h45)…Les investisseurs surveillent les nouvelles projections économiques, #2 Réunion de la BOE…Ajustement de l’agenda monétaire ? (décision à 13h00) & #3 Nouveau statu quo de la BNS…La banque centrale suisse considère toujours le franc suisse comme « fortement valorisé »

EUR

Il ne faut pas attendre d’annonces majeures cette après-midi de la part de la Banque Centrale Européenne, cette dernière ayant déjà dévoilé en octobre sa stratégie monétaire pour l’année prochaine et annoncé une réduction de ses rachats mensuels d’actifs de €60Mds à €30Mds à partir de janvier prochain et jusqu’à septembre. L’intérêt de cette réunion repose sur la publication des nouvelles projections économiques de la banque et notamment le dévoilement des premières estimations de croissance et d’inflation en 2020. Les investisseurs avaient été déçus en octobre de voir la BCE ne pas statuer sur la date définitive de son programme quantitatif, cette dernière se laissant l’opportunité de le prolonger et de l’augmenter si le besoin s’en ressentait. Si à première vue la banque ne devrait pas donner davantage de détails à ce sujet, néanmoins une réévaluation à la hausse des projections de croissance et d’inflation viendraient renforcer l’idée que l’on se rapprocherait malgré tout de la fin de cette politique non conventionnelle et alimenter par la même occasion les anticipations de première hausse de taux en Zone Euro, laquelle ne devrait pas être observée avant la moitié d’année 2019 si l’on s’appuie sur la dernière enquête menée en début de mois par l’agence Bloomberg auprès d’économistes. Une réévaluation significative des projections économiques et/ou l’envoi de signaux confortant le scénario de fin définitive du programme quantitatif en septembre prochain constitueraient un bon argument pour les investisseurs de reprendre des positions d’achat en euro. À cet égard, le cours EUR/USD pourrait faire son retour tester la barrière haute de sa fourchette actuelle de $1,17-$1,19. La décision monétaire sera dévoilée à 13h45 mais ne devrait pas offrir de grands mouvements sur les marchés des changes, sauf changement majeur dans la communication (pas le scénario central). Comme souvent, il faudra très certainement attendre la conférence de presse de Mario Draghi, programmée à 14h30, et l’analyse par ce dernier des nouvelles projections économiques pour voir les marchés s’agiter.

GBP

Les marchés tablent sur un statu quo de la Banque d’Angleterre cette après-midi, cependant l’intérêt de ce dernier rendez-vous de l’année de la banque centrale britannique est ailleurs. L’accélération de l’inflation générale au-delà du niveau de 3% en novembre ; une première depuis mars 2012 ; a fait émerger l’idée que la Banque d’Angleterre pourrait revoir ses plans et considérer une hausse de taux prématurée l’année prochaine, bien avant la fin d’année comme il l’est actuellement anticipé sur les marchés à terme. Comme pour la BCE, le dévoilement du communiqué officiel à 13h00 devrait avoir un impact très modeste sur les marchés des changes. Les investisseurs scruteront davantage les commentaires en début d’après-midi du gouverneur central Mark Carney et les éventuels signaux suggérant que la banque centrale est prête à intervenir si les pressions sur les prix se font trop fortes et menacent l’économie. Malgré la hausse observée hier sur les salaires (croissance du salaire de base : +2,5% A/A vs +2,2% en septembre), leur croissance reste bien moins inférieure à celle des prix ce qui à un impact direct sur le portefeuille des ménages britanniques et leur propension à consommer. La faible volatilité observée depuis le début de la semaine sur le cours EUR/GBP (fourchette de prix de £0,8780-0,8845 entre lundi et mercredi), cela malgré une actualité dense autour du Brexit, laisse suggérer que les investisseurs sont actuellement en position d’observation et attendent cette réunion avant de se positionner. Nous pourrions donc voir la paire s’agiter fortement dans l’après-midi, à la hausse si la Banque d’Angleterre maintient sa position et ne se montre pas perturbée par cette nouvelle hausse des prix, ou à la baisse si Mark Carney réaffirme un inconfort de la banque à l’égard d’une inflation supérieure à 3,0% et laisse sous-entendre une intervention si la dynamique se maintient dans les mois à venir. Dans le second cas, nous pourrions à nouveau voir la paire EUR/GBP tester le support de £0,87 au-dessus duquel elle évolue depuis 6 mois.

CHF

À l’occasion de sa dernière réunion monétaire de l’année, la banque centrale suisse a décidé de maintenir son taux directeur principal inchangé à -0,75%, une décision qui ne constitue pas une réelle surprise en soi tant celle-ci était très largement anticipé par les marchés. Les observateurs restaient néanmoins attentifs aux nouvelles projections économiques publiées par la banque et à sa communication, notamment son analyse de la valorisation du franc suisse. Le franc suisse s’est déprécié de plus de 9% face à l’euro cette année et la paire EUR/CHF a franchi au 4ième trimestre à plusieurs reprises le niveau de ₣1,17, seuil qui n’avait plus été atteint depuis janvier 2015 et l’abandon par la BNS du taux de plancher de ₣1,20. Malgré cela, les responsables monétaires helvètes considèrent toujours le franc comme étant « fortement valorisé ». Si cette communication peut surprendre, il s’agit là d’un outils de langage destiné à justifier la politique monétaire non-conventionnelle actuelle qui mélange taux négatifs et interventions régulières sur les marchés des changes. Si la dépréciation récente du franc face à l’euro est bénéfique à l’économie suisse qui demeure très largement dépendante de son activité extérieure (ie. exportations), les progrès sont jugés pour l’heure trop fragiles pour justifier un changement soudain de positionnement. La banque a laissé sa projection de croissance pour 2017 quasiment inchangée (légèrement au-dessus de 1% vs légèrement en-dessous de 1% en septembre) et table sur une croissance d’environ 2% pour 2018. Si les projections d’inflation pour 2017 et 2018 ont été significativement révisées à la hausse (0,5% vs 0,4% pour 2017 et 0,7% vs 0,4% pour 2018), la projection pour 2019 reste inchangée à 1,1%, bien loin de l’objectif de 2% ciblé par la banque. Si l’économie helvète est sur la bonne voie, celle du redressement, il s’agit pour les responsables suisses de ne pas la faire dérailler de cette route en envoyant aux marchés des signaux qui pourraient être mal interprétés. Fort de constat, la BNS devrait prolonger pendant une période prolongée sa politique monétaire très accommodante, un choix qui devrait peser sur la valorisation du franc suisse face à l’euro alors que la BCE entend dès janvier prochain réduire progressivement sa politique de soutien monétaire. Le franc suisse recule de 0,2% face à l’euro ce matin. Ces pertes pourraient s’accroître dans l’après-midi, et le cours EUR/CHF reviendrait tester le seuil de ₣1,17, si la BCE affiche une analyse optimiste de l’économie de la Zone Euro et révise à la hausse ses projections.


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