Actualités du marché des devises

Retrouvez les dernières informations sur le marché des devises telles que EUR/USD, EUR/GBP, USD/JPY, GBP/USD.

août 28, 2017 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Points clés (séance asiatique/ouverture de la séance européenne) :

  • L’euro efface une partie des gains enregistrés vendredi à l’issue des interventions de Mario Draghi et Janet Yellen à Jackson Hole.
  • Nouveau pic depuis janvier 2015 atteint ce matin en séance asiatique par la paire EUR/USD à $1,1963. Le cours a corrigé par la suite pour osciller ce matin en Europe autour du niveau de $1,1930.
  • Devises émergentes à haut rendement en léger en recul ce matin alors que les nouveaux tests militaires de la Corée du Nord ce samedi font craindre de nouvelles tensions avec les Etats Unis
  • Le franc suisse est ce matin le plus gros performeur au sein de l’univers du G10 : +0,2% vs EUR. Le volume d’emplois en Suisse au second trimestre refait son retour sur ses plus hauts niveaux historiques (4,915Mln vs 4,884Mln au T1 2017).

 Les trois faits marquants de la séance de vendredi 25 août / du week-end  : #1 La politique monétaire, le grand oublié de Jackson Hole , #2 La Corée du Nord reprend ses tests militaires  et #3  Londres attend plus de flexibilité de la part de l’Europe, le parti travailliste se découvre un penchant europhile

#1 – Fed & BCE à Jackson Hole :   Elles étaient très attendues par les acteurs marchés des changes, mais les interventions de la présidente de la réserve fédérale américaine ; Janet Yellen ; et de son homologue européen ; Mario Draghi ; ont fortement déçues. Attendus sur le volet monétaire à l’approche des réunions programmées en septembre, aucun des deux responsables monétaires n’a au final abordé ce thème, ces derniers préférant axer leur intervention sur les risques économiques inhérents à tout projet de dérégulation bancaire et financière et à la remise en cause du libre-échange dans le commerce mondial. On peut y voir là une attaque portée à Donald Trump et son agenda économique prônant à la fois dérèglementation et protectionnisme.

Le dollar américain a ainsi été pénalisé à la fois par l’absence de nouveaux signaux de la part de la Fed concernant le timing de la prochaine hausse de taux, mais également l’incertitude qui entoure un éventuel changement de gouvernance à la tête de la Fed en février prochain. Il ne va sans dire que cette pique indirecte adressée à Donald Trump ne va pas jouer en sa faveur quand viendra l’heure pour le président américain d’étudier les dossiers des principaux candidats au poste.

Du côté des investisseurs européens, alors que l’on craignait un discours prudent de Mario Draghi pointant du doigt les risques sous-jacents à une revalorisation rapide et importante de l’euro telle que celle à laquelle on assiste depuis quelques mois, il n’en fut rien. En l’absence d’arguments soutenant une possible baisse à venir de l’euro face au dollar, les investisseurs ont accru leurs positions acheteuses sur la devise européenne, ces derniers assimilant le mutisme de Mario Draghi comme une certaine complaisance de ce dernier à l’égard de la revalorisation récente de l’euro . Le cours EUR/USD a ainsi atteint vendredi soir son plus haut niveau depuis janvier 2015 à $1,1940. Ce pic a été à nouveau dépassé ce lundi en séance asiatique, la paire EUR/USD atteignant un sommet à $1,1963.

#2 – Corée du Nord :  L’accalmie aura été de courte durée. La Corée du Nord a procédé à trois nouveaux tirs de missiles à courte portée ce samedi en mer du Japon. Une action qui a aussitôt été qualifiée de « nouvelle provocation » par le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson. Néanmoins, on espère toujours, du côté des diplomates américains, de pouvoir convaincre Kim Jong-Un de venir à la table des négociations pour y discuter les termes d’un accord de paix et ramener le calme dans la péninsule coréenne. Le cours EUR/JPY efface lundi matin une partie des gains enregistrés vendredi soir après l’intervention de Mario Draghi à Jackson Hole durant laquelle fut délivrée aucune contre-indication à l’égard de l’important rebond de l’euro en 2017. La crainte de nouvelles tensions entre les Etats Unis et la Corée du Nord limite une extension du rallye du cours de change vers ses points hauts de l’année, au-dessus du niveau de  ¥131 (pic en 2017 recensé à ¥131,39).  

#3 – Royaume-Uni : En amont du troisième tour de négociation sur le Brexit qui débutera lundi après-midi à Bruxelles, Londres a interpellé la Commission Européenne en lui priant de ne pas « traîner des pieds » dans les négociations et de faire preuve de plus de flexibilité. Le temps presse pour le gouvernement britannique, l’économie subissant de plein fouet le flou qui entoure les conditions de sortie du pays lorsque la période de négociation de 2 ans prendra fin en mars 2019. La pression du résultat est d’autant plus forte pour Theresa May et son gouvernement que l’action du parti conservateur est de plus en plus remis en cause par les citoyens comme le démontre la perte de la majorité absolue au parlement lors des élections législatives de juin dernier. Le parti travailliste ;  principal parti d’opposition mené par Jeremy Corbyn ; dont la popularité ne cesse de grandir depuis des mois, s’est déclaré favorable au maintien du Royaume-Uni au sein du marché commun européen pendant une période de transition dont la durée reste à déterminer. Flou concernant sa position à l’égard du Brexit, les travaillistes envoient ici le signal qu’ils refusent toute rupture brutale avec leur voisin européen.

Les trois évènements clés à suivre cette semaine – #1 Salve de chiffres clefs aux Etats Unis (Emploi, révision du PIB et indices PCE) et intervention de Trump sur la réforme fiscale sont attendus, #2 Derniers chiffres d’inflation en Europe avant la réunion de la BCE du 6-7 septembre, et #3 Reprise des négociations sur le Brexit dans un climat d’incertitude générale

#1 – Etats Unis  : Muette sur les questions monétaires, Janet Yellen a indirectement confirmé à Jackson Hole que la Fed n’a actuellement toutes les cartes en mains pour envoyer un quelconque nouveau signal au sujet de son calendrier monétaire, celui-ci demeurant étroitement lié à l’évolution des conditions économiques et financières aux Etats Unis, et plus précisément à la trajectoire prise par l’inflation dans le pays. Citée à nouveau à Jackson Hole par plusieurs responsables monétaires, la faiblesse de l’inflation aux Etats Unis apparait un frein majeur à toute nouveau resserrement monétaire. C’est donc à une stratégie d’attente et d’observation que devrait s’atteler la Fed. De nombreux chiffres clefs publiés cette semaine devraient offrir de nouveaux détails sur la santé actuelle de l’économie américaine, et son éventuelle capacité à digérer une nouvelle hausse de taux dans les prochains mois. Ce mercredi sera publiée la seconde estimation des chiffres de croissance au second trimestre qui pourrait être très légèrement révisée à la hausse d’après le consensus d’économistes sondés par Reuters (consensus 2,7% T/T vs 2,6% initialement dont on attend un volume toujours important de créations d’emploi (consensus : 180k vs 209j en juillet) mais une croissance modeste des salaires (consensus : 0,2% M/M vs 0,3% en juillet). L’autre point fort de la semaine qui sera particulièrement suivi par les marchés des changes, le discours de Donald Trump mercredi dans la Missouri durant lequel ce dernier devrait réaffirmer son engagement à accélérer le dossier de la réforme fiscale avant la fin de l’année (cf : entretien de Gary Cohn au Financial Times lors de l’édition de vendredi).

Le dollar américain chute ce lundi à son plus bas niveau depuis mai 2016 face à un panier de devises, mais pourrait chuter encore bien plus bas si l’économie déçoit ou Donald Trump peine à convaincre les investisseurs sur sa capacité à redynamiser l’économie du pays et à atteindre l’objectif de 3% de croissance qu’il s’est fixé.

#2 – Europe :  L’évènement majeur à suivre cette semaine en Europe sera la publication des nouvelles statistiques d’inflation en Allemagne et en Zone Euro, respectivement ce mercredi et ce jeudi. Ce seront les derniers chiffres d’inflation à la disposition des responsables monétaires européens quand viendra l’heure de débattre début septembre de l’orientation à donner à la politique monétaire à partir de 2018. Malgré une dynamique encore éloignée de l’objectif de long terme de 2%, la BCE et son président Mario Draghi semblent assez confiant sur sa capacité d’accélération dans les mois à venir sous l’impulsion d’un renforcement soutenu et continue de la dynamique de croissance économique en Zone Euro. Une nouvelle décélération observée dans les premières estimations d’août pourrait venir altérer cet optimisme. L’inflation générale est attendue en légère hausse (consensus : 1,4% vs 1,3% en juillet) tandis que l’indice de base est attendu en léger recul (consensus : 1,2% vs 1,3% en juillet). Le chômage est quant à lui attendu stable à son plus bas niveau depuis février 2009 (9,1%). Une confirmation de la bonne santé de l’économie américaine viendrait nourrir l’enthousiasme actuel des marchés à l’égard de l’euro. Sur la base des récentes intervention des responsables monétaires, la voie semble libre pour la BCE pour commencer à dévoiler les premières esquisses de sa stratégie monétaire en 2018, et potentiellement évoquer une réduction de son rythme de rachat d’actifs comme de nombreux observateurs l’anticipent.

À l’heure où l’on parle, les contre-indications à un tel scénario se sont fortement réduites et rien ne laisse présager un discours prudent de la part de la BCE…à moins que les chiffres d’inflation ne l’y oblige. Le niveau de $1,20 est à portée de mains et pourrait être atteint dès cette semaine.

#3 – Royaume-Uni : C’est l’incertitude la plus totale que débutera ce lundi à Bruxelles le 3ième tour des négociations sur le Brexit. Malgré la succession de rapports publiés par le gouvernement britannique ces dernières semaines, dans lesquels sont explicités ses exigences et objectifs sur une série de thèmes clés (accords douaniers, régulation, cadre juridique, …), les analystes restent confus quant à savoir quelles sont les dossiers prioritaires pour Londres. En effet, aucune précision n’a été offerte sur la manière de régler les différends actuels à l’origine de la lenteur actuelle des pourparlers, à savoir la protection des droits des citoyens résidant sur le sol britannique, le montant de la facture de sortie et le statut juridique. Sur le dernier point, le gouvernement de Theresa May a suggéré qu’il ne voulait pas de frontière physique entre la république d’Irlande et l’Irlande du Nord avant d’éviter le réveil de relents nationalistes. Un souhait qui ne semble pas être partagé par les membres de l’Union Européenne. Le temps ne joue pas en la faveur du Royaume-Uni et l’absence à nouveau d’avancées concrètes cette semaine viendraient accréditer le scénario d’un report dans le temps de la seconde phase de négociation qui doit servir de cadre à la conclusion d’un accord commercial entre européens et britanniques. Ce week-end, Londres a mis la pression sur l’Europe pour ne pas laisser les négociations trainées, le ministre britannique du Brexit, David Davis, interpellant la Commission européenne à être plus souple. Maigre éclaircie du côté de Londres, c’est une Union Européenne quelque peu divisée qui se présentera ce lundi à la table des négociations. Une fracture semble en effet s’installer entre les autorités européennes et certains pays de l’Est, dont la Pologne qui reste sous la menace de sanctions pour non-respect des prérogatives de l’Etat de droit (indépendance de la justice) dans le pays.

La livre sterling pourrait poursuivre sa chute actuelle, notamment sous la pression d’un nouveau renforcement de l’euro, si l’absence d’avancées dans les négociations renforcent les craintes d’un échec du gouvernement de Theresa May à conclure un accord économique et commercial préférentiel avec l’UE avant la fin de la période de négociation en mars 2019. Un nouveau pic depuis octobre 2009 a été atteint par la paire EUR/GBP vendredi dernier à £0,9270. À l’heure où l’on parle, les niveaux de £0,93-£0,94 apparaissent atteignables. Un bon résultat de l’enquête PMI du secteur manufacturier britannique (veendredi), des chiffres décevants d’inflation en Europe (mercredi/jeudi) et/ou de premiers accords conclus entre Londres et Bruxelles pourraient toutefois offrir un peu de répit au cours de change et d’effacer un partie du gain de 1,7% enregistré par la paire lors des 6 dernières séances (période 19-25août).

La paire à suivre ce lundi 28 août: EUR/GBP – Ouverture du troisième tour de table sur le Brexit sur fond de défiance…Seuil de £0,93 dans le viseur.

USD

Le mutisme des deux responsables monétaires européens a finalement conforté les investisseurs dans la stratégie devenue très (trop ?) populaire ces dernières semaines : Achat d’euro / Vente de dollar USD. Les positions actuelles sur les marchés à terme américains confirment un maintien d’un volume net de contrats achat euro / vente dollar US autour de ses plus hauts niveaux depuis 2011. À moins d’un décrochage de l’inflation en Europe, la BCE semble être enclin à franchir un nouveau pas dans la voie qui la mène à une future normalisation de ses conditions monétaires dès le mois de septembre. Sensible à ne pas emballer les marchés de manière injustifiée, l’absence de signaux prudents de la part de Mario Draghi à Jackson Hole ; qui a servi de tribune à ce dernier dans le passé pour  communiquer sur sa stratégie ; semble confirmer l’idée que la revalorisation récente de l’euro n’est pas considéré pour l’heure comme un handicap assez important pour changer les plans de la banque centrale. Le niveau de $1,20 est désormais tout proche et pourrait être atteint dès cette semaine, notamment en cas de chiffres économiques américains décevants (voir focus de la semaine). Néanmoins, le cours ne devrait vraisemblablement pas s’éloigner trop loin de ce niveau clef d’ici le 7 septembre prochain. Le positionnement concret de la BCE devrait être attendu avant que ne soit prises d’éventuelles nouvelles positions à l’achat sur l’euro. Outre les chiffres de l’emploi et de prix PCE, les investisseurs seront particulièrement sensibles aux annonces faites pas Donald Trump ce mercredi en matière de réforme fiscale. Si de nouvelles promesses – notamment sur le montant de la réduction du taux d’imposition actuel sur le revenu des sociétés (actuellement à environ 35%) – pourraient soutenir un petit rebond du dollar américain, elles ne devraient néanmoins pas susciter un nouvel enthousiasme démesuré à l’égard de la devise américaine. Les investisseurs sont devenus au fil des mois, et des déceptions, plus exigeants à l’égard du gouvernement américain. Des résultats concrets sont attendus avant de considérer un réengagement d’intérêt et de capitaux dans la devise américaine.

CAD

Un support autour de C$1,4750 semble s’être formé sur la paire EUR/CAD et limite une extension du mouvement baissier auquel le cours a été sujet ces dernières séances. Les relativement bons indicateurs économiques récemment observés au Canada (inflation, ventes au détail,…) ont provoqué quelques mouvements de spéculation temporaires sur la devise canadienne, celle-ci demeurant à ce jour très sensible à la crédibilité adressée par les acteurs de marchés à un scénario d’une seconde hausse de taux d’intérêt par la banque centrale avant la fin de l’année. Pour l’heure, aucun resserrement monétaire n’est espéré avant 2018, néanmoins la question pourrait être discutée par les responsables monétaires canadiens si la croissance et l’inflation sont au rendez-vous et donnent des gages de confiance. Les statistiques de croissance du PIB au second trimestre publiées ce jeudi au Canada pourraient être l’opportunité de raviver ces débats et d’offrir l’opportunité à la paire EUR/CAD de venir à nouveau tester le support des C$1,4750.


Recevez les dernières actualités sur le marché des devises

Publié cinq fois par semaine, ce bulletin d'information présente au quotidien des tendances et des activités qui touchent le marché sous forme d'actualités faciles à comprendre.