Devenir client

Actualités du marché des devises

mai 07, 2021 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Le dollar attentif aux chiffres de l emploi / La livre sterling à nouveau impactée par les tensions géopolitiques

   

Tendance du jour

Après son beau rebond de la veille (+0,6% face au dollar et +0,4% face au yen), l’euro est à l’équilibre ce matin et continue de surfer sur les signaux de forte reprise de l’économie mondiale, et en premier lieu des économies européennes. Cette dynamique est renforcée ce matin par les bons chiffres de production industrielle (rebond de +2,5% M/M) et statistiques commerciales en Allemagne. Si les exportations progressent plus que prévu, la surprise ce matin se situe au niveau des importations allemandes qui enregistrent un rebond de +6,5% en mars (pic de 7 mois), qui sous-tend l’idée d’une demande en forte hausse et donc d’une économie qui redémarre.

Oscillant à nouveau au centre du couloir étroit de 1,20-1,21 $, l’EUR/USD sera très attentif aux chiffres de l’emploi publiés cet après-midi aux Etats-Unis (14h30) où l’on attend près de 1 million de créations d’emploi (pic de 8 mois). Hier les bons résultats sur l’emploi outre-Atlantique (plus faible niveau d’inscriptions aux allocations chômage depuis le début de la pandémie) n’a pas eu de répercussions positives sur le dollar.

Le dollar canadien suivra attentivement les chiffres de l’emploi au Canada en avril (14h30). Des résultats décevants, comme il l’est attendu par le consensus (-175k) pourraient faire descendre le loonie de son piédestal, lui qui a de nouveau atteint hier un sommet d’un an face à l’euro à moins de 1,4650 C$.

La livre sterling se remet doucement de ses tumultes de la veille (-0,6% à 0,8690 £) et semble rassurée par les premiers résultats aux élections locales britanniques où en Angleterre la formation de Boris Johnson ressort renforcée et remporte certains bastions historiques des travaillistes. On suivra avec attention les premières tendances concernant le scrutin en Ecosse.

On observe très peu de mouvements ce matin sur les devises émergentes. Il semblerait que l’on assiste à une certaine inertie des positions avec les chiffres de l’emploi américains dont on sait qu’ils pourraient avoir d’importantes répercussions sur les marchés de taux.

   

Une volatilité influencée par de bons résultats économiques (USD, JPY)

La séance de jeudi a été marquée par la publication de données macroéconomiques en Europe et aux Etats-Unis au-delà des attentes du marché qui viennent ainsi renforcer convictions autour d’un scénario de forte reprise cette année. Les commandes industrielles en Allemagne ont enregistré en mars leur plus fort rebond en 5 mois (+3,0% M/M), soit une performance quasiment deux fois plus importantes que l’estimation du consensus (1,7%). La Zone Euro a pour sa part enregistré un rebond de 2,7% des ventes au détail en mars et vu l’estimation de février significativement révisé à la hausse de 3,0% à 4,2%. C’est un bon signe de voir la consommation domestique repartir malgré les restrictions sanitaires qui subsistent dans la région. Une accélération encore plus importante sur fond de rattrapage pourrait ainsi s’observer au second trimestre. Au Royaume-Uni, le secteur des services a enregistré sa plus forte expansion depuis 2013 rapporte l’enquête d’activité PMI, une performance qui s’explique très amplement par la réouverture des bars, restaurants et autres commerces non-essentiels le 12 avril dernier. Aux Etats-Unis, les inscriptions aux allocations chômage lors de la semaine du 1er mai ont reculé à leur plus bas niveau depuis mars 2020 et se sont révélées être bien inférieures aux estimations du consensus de marché (+498k Vs. consensus 540k). La productivité outre-Atlantique a enregistré quant à elle un rebond plus important que prévu de +5,4% au 1er trimestre contre 4,3% anticipé. Le coût du travail s’est lui légèrement contracté de -0,3% sur le premier quart d’année, une donnée importante qui vient donner du crédit aux banquiers centraux américains qui considèrent que les pressions inflationnistes actuelles sont temporaires. Un argument avancé depuis plusieurs semaines sur lequel se base la décision actuelle de la Fed de maintenir sa politique de soutien massif inchangée. Ce vendredi, la Chine a publié des statistiques commerciales au mois d’avril très largement au-dessus des estimations du consensus. Les exportations exprimées en dollar ont bondi de +32,3% sur un an, soit bien plus que le rebond de +24,1% anticipé. Si un effet de base certain justifie un tel chiffre, cette performance reflète également une hausse de la demande extérieure et une appétence toujours très forte des économies comme les Etats-Unis ou celles de l’Union Européenne pour les produits chinois. Les importations ont quant à elle progressé de +43,1% sur un an grâce également à un effet de base mais aussi la hausse des coûts des matières premières. Plus tard dans la journée, les marchés anticipent près de 1 million de créations d’emplois aux Etats-Unis sur le mois d’avril (chiffres publiés à 14h30), ce qui serait le meilleur rapport enregistré depuis 8 mois.

Cette floppée de bonnes nouvelles de la conjoncture mondiale a redonné de l’allant à l’euro qui jusqu’à présent connaissait une semaine un peu compliquée. La devise européenne a ainsi progressé hier de +0,5% face au dollar (1,2060 $) et de +0,4% face au yen (131,6 ¥). Malgré le léger recul des prix du pétrole (WTI à 65 $ / Brent à 68,5 $), le dollar canadien a poursuivi son ascension et a surfé sur l’optimisme ambiant sur les marchés financiers. La devise a enchaîné une 3ième séance consécutive de hausse face à l’euro (gain cumulé de +1%) et a clôturé hier à un nouveau pic d’un an à 1,4660 C$. Le dollar australien n’a pas réellement du fort rebond des prix du minerai de fer côté au port chinois de Tianjin à presque 200 $ et est resté hier quasiment à l’équilibre face à l’euro au niveau du seuil de 1,55 A$. Les déclarations d’un arrêt du dialogue économique entre Pékin et Canberra a possiblement joué dans le manque d’entrain de la devise habituellement très sensible aux prix des métaux.

   

La livre sterling plus sensible au conflit sur la pêche qu’à la Banque d’Angleterre (GBP)

C’était l’un des évènements majeurs de la journée de jeudi, la Banque d ’Angleterre a sans surprise décidé de conserver inchangé son taux directeur à 0,1% et son programme de rachat d’actifs de 895 Mds£. Sous couvert d’une large révision à la hausse de sa projection de croissance pour 2021 préalablement publiée en février dernier de 5% à 7,25% - ce qui serait la plus forte expansion connue par la région en 80 ans – la banque centrale britannique a annoncé qu’elle allait réduire entre mai et août son volume de rachat d’actifs hebdomadaire de 4,4% à 3,4 Mds£ (-23%). Toutefois la banque précise que cette action ne doit pas être interprétée comme un changement de positionnement de sa part, celle-ci demeurant toujours accommodante. D’ailleurs, le gouverneur central britannique n’a pas délivré de réels signaux sur la trajectoire des taux d’intérêt, ce dernier se gardant bien de s’avancer au regard des risques qui subsistent sur le plan sanitaire et de l’inconnu autour de l’inflation. Si la banque centrale reconnaît l’existence de vives pressions haussières sur les prix qui pourraient envoyer l’inflation au-dessus de l’objectif de long terme de 2% sur la seconde partie de l’année, celle-ci ne juge pas pour le moment cette dynamique comme durable et mise sur un niveau d ’inflation moyen de 2% à horizon 2022 et 2023. Si la BoE justifie sa décision de jeudi comme un simple ajustement technique, force est de reconnaître qu’elle juge aujourd’hui que l’économie va mieux et que le contexte global est propice à réduire la voilure. En faisant cela, elle pose la première pierre d’un changement de cycle monétaire vers un durcissement progressif des conditions de crédit qui se matérialisera à un moment donné par une première hausse de taux. La question maintenant est de savoir quand, ce qui laisse place à de nombreuses spéculations.

Les marchés avaient globalement anticipé une réévaluation des perspectives économiques et probablement également les ajustements réalisés en matière de rachat d’actifs à en juger par le mutisme de la devise britannique hier aux annonces. On en attendait probablement plus et le peu de détails donnés par la BoE sur sa future stratégie monétaire a semble-t-il généré un peu de frustration chez les acheteurs de livre. La devise britannique, que l’on avait vu enchalner avant la réunion monétaire trois séances consécutives de hausse face à l’euro, s’est repliée hier de -0,6% et est à nouveau à proximité du seuil de 0,87 £. Les nouvelles tensions politiques entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne autour de la pêche ont très certainement rappelé de mauvais souvenirs aux investisseurs. À l’origine du conflit demeure la question de l’accès aux zones de pêche situées dans les eaux territoriales britanniques. Les pêcheurs français se plaignent de la lenteur de Londres à délivrer les licences permettant d’accéder à ces zones (seulement 41 accès accordés sur 344 demandes à ce jour) d’où la gronde qui monte chez les pêcheurs français et la menace proférée en début de semaine par Paris de menaces de rétorsion et d’une possible « coupure de courant » sur l’lle de Jersey (lle alimentée par des câbles sous-marins en provenance de la France). Depuis, on assiste à une escalade de tension entre les deux camps sur ce sujet épineux, et un point culminant a été atteint hier avec la présence de bateaux militaires britanniques au large de Jersey. C’est probablement cela qui a fait réagir les marchés qui craignent que la situation dérape et se transforme en conflit diplomatique avec d’importantes répercussions économiques en retour.

La livre se reprend ce matin (+0,2% face à l’euro) et sera attentive à la publication au fil de la journée des premiers résultats des élections locales et régionales qui se sont tenues jeudi en Angleterre mais aussi en Ecosse et aux Pays de Galles. Les premiers résultats publiés dans le nord de l’Angleterre sont à la faveur des conservateurs, un des bastions historiques du parti travailliste situé dans le nord de l’Angleterre tombe notamment dans l’escarcelle de la formation de Boris Johnson. L’impression d’un pouvoir et d’une unité renforcée dans le pays devrait réjouir des investisseurs qui ont en horreur l’incertitude, surtout quand elle est politique. Néanmoins tous les regards sont tournés sur le dépouillement des votes en Ecosse où l’on craint qu’une large victoire du Parti National Ecossais lors de ce scrutin vienne réveiller des clameurs indépendantistes et ravive des débats sur l’organisation d’un nouveau référendum similaire à celui déjà réalisé en 2014.

   

Première hausse de taux dès cette année en Norvège et en République Tchèque (CZK, NOK)

Contrairement à la Fed, la BCE ou encore la BoE, il y a des banquiers centraux qui ne sont pas frileux à parler ouvertement de normalisation monétaire et de préparer par ailleurs les marchés à une première hausse de taux dès cette année. C’est le cas notamment en Norvège et en République Tchèque. Les deux banques centrales de ces pays tenaient une réunion monétaire ce jeudi et en ont profité pour jouer carte sur table. La Norges Bank en Norvège avait déjà précédemment indiqué en mars qu’elle comptait rehausser ses taux d’intérêt d’ici la fin d’année, elle a réitéré hier cette prédiction. Dans sa communication officielle, elle ne qualifie plus les incertitudes à une reprise de l’économie mondiale comme « significative » et donc paraît plus que jamais parée à être la première économie du G10 à lancer un cycle de normalisation monétaire. Après cette réunion, plusieurs observateurs de marché considèrent même que la banque pourrait procéder à cet ajustement dès le mois de septembre et non pas en décembre comme il l’était majoritairement anticipé. En République Tchèque, la CNB s’est montrée très optimiste sur la reprise et a clairement indiqué qu’elle allait commencer à débattre d’un durcissement monétaire dès la réunion de juin. Sauf nouvelle recrudescence de la pandémie en Europe et coup de frein de l’économie tchèque, il fait peu de doutes qu’une première hausse de taux devrait être effective dès cette année, probablement au second semestre.

Il n’y a pas eu de grands effets de surprise derrière ces annonces qui sont dans la continuité des précédentes sorties mais cela conforte néanmoins les spéculations monétaires qui anticipent depuis plusieurs semaines une normalisation monétaire à venir en Norvège et en République Tchèque. La couronne norvégienne a bien résisté au rebond hier de l’euro et progressé de +0,2% en séance. La paire EUR/NOK reste à proximité de ses plus bas de l’année et depuis un an touché le mois dernier mais éprouve néanmoins toujours d’importantes difficultés à casser le support de 10,0 NOK. Le taux EUR/CZK s’est contracté de -0,3% et clôturé hier à un plus bas depuis 11 semaines à 25,70 CZK.

   

Publications statistiques

Les marchés seront principalement focalisés ce vendredi sur la publication en début d’après-midi des chiffres de l’emploi aux Etats-Unis (14h30). Le consensus table sur +978k créations d’emploi et un repli du chômage de 6,0% à 5,8%.

On suivra également avec attention les chiffres de l’emploi au Canada (14h30) qui sont attendus très décevants (consensus : destruction de 175K emplois et remontée du chômage de 7,5% à 7,8%), ainsi que le dépouillement des résultats aux élections locales et régionales au Royaume-Uni.

Ce matin, les chiffres de production industrielle en Allemagne sont en ligne aux attentes (+2,5% M/M vs. consensus +2,3%) tandis qu’ils déçoivent en France (+0,8% M/M vs. consensus +2,0%). Les exportations allemandes enregistrent un rebond deux fois plus importants que prévu (+1,2% M/M vs. consensus +0,5%) et surtout les importations créent la surprise et enregistrent un rebond de +6,5% sur le mois de mars (plus fort rebond en 7 mois).


Recevez les dernières actualités sur le marché des devises

Publié cinq fois par semaine, ce bulletin d'information présente au quotidien des tendances et des activités qui touchent le marché sous forme d'actualités faciles à comprendre.