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Actualités du marché des devises

févr. 24, 2021 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

J. Powell repousse les risques inflationnistes / La révision du PIB allemand fait sourire l euro

Tendance du jour

Cette nuit, les marchés asiatiques ont connu une séance quelque peu agitée, à commencer par l’indice de la bourse de Hong Kong qui a reculé de plus de -3% consécutivement à l’annonce d’une hausse des taxes sur les opérations boursières par les autorités locales. Les marchés chinois et japonais cèdent eux -2% sur fond de préoccupations persistantes autour de l’inflation et d’une possible correction importante des valeurs technologiques après la nouvelle déconvenue hier de l’indice américain Nasdaq (-0,5%) que l’on a vu clôturer à un plus bas depuis 3 semaines. La déconvenue des marchés asiatiques n’a pas de résonnance sur ses homologues européens qui ouvrent dans le vert, très probablement portés par la bonne nouvelle de ce matin d’une révision à la hausse des chiffres de croissance en Allemagne au T4 2020.

Sur le marché des changes, la paire EUR/USD reprend sa marche en avant en direction du seuil de 1,2180 $ qui lui barre le chemin depuis 6 semaines. Les paires EUR/JPY et EUR/CHF continuent quant à elles leur tendance haussière (+0,35% et +0,10% respectivement), en particulier l’EUR/CHF qui a connu mardi une de ses plus fortes hausses journalières (+1,0%) des dernières années. La paire a ainsi allègrement dépassé le niveau des 1,10₣, ce qui constitue une première depuis décembre 2019, en raison notamment d’un débouclage des positions à l’achat sur la devise suisse.

On notera également ce matin la bonne performance des devises cycliques, sensibles à l’appétit au risque des marchés. La couronne norvégienne progresse de plus de 0,25% et retourne s’installer sous le niveau des 10,3 NOK face à l’euro. Le dollar néo-zélandais n’est pas non plus en reste avec une nouvelle progression de +0,40% ce matin. Il signe ainsi une hausse de près de 2% en moins de deux semaines. La paire EUR/GBP est également en forte baisse ce matin et cède -0,40% qui lui permet de franchir pour la première fois en presque un an le seuil de 0,86 £.

Pour finir, certaines devises émergentes continuent de rebondir après la séance très baissière de lundi dernier. C’est le cas du rouble russe en hausse de +0,30%, au même titre que le peso mexicain (+0,35%). Le yuan retrouve également des couleurs et progresse de +0,12% après avoir buté sur ce début de semaine sur le niveau des 7,86¥.

Jerome Powell repousse les inquiétudes autour de l’inflation, un euro étonnement fort

Grandement attendue, l’audition de Jerome Powell, président de la Réserve fédérale américaine (FED), devant la commission bancaire du Sénat a offert un peu de répit à des marchés actions très tendus depuis le début de la semaine face à la hausse importante des taux longs. Comme lors de ses précédentes sorties, le gouverneur central américain a réaffirmé que la banque centrale n’était en aucun cas prête à retirer son soutien à l’économie malgré les signes d’amélioration de la conjoncture et les débats actuels autour d’une flambée à venir de l’inflation aux Etats-Unis. Balayant d’un revers de main les craintes autour de la hausse récente des rendements obligataires de long terme, Powell a appuyé l’idée que les perspectives étaient toujours « hautement incertaines » et que les objectifs en matière d’inflation et d’emploi fixés par la banque sont pour l’heure hors de portée, et loin d’être atteint.

Un fois de plus, la FED tente de calmer les spéculations des marchés autour d’une normalisation monétaire prématurée que beaucoup d’observateurs redoutent. On n’en attendait pas moins de la part du banquier central américain que d’éteindre un début d’incendie qui menaçait d’embraser les marchés financiers. Pas de réelle surprise donc mais du soulagement ressenti par les acteurs de marché. Les taux 10 ans américains semblent faire marquer une pause et plafonner à 1,40% (pic d’un an) tandis que la bourse américaine et l’indice principal S&P 500 a clôturé dans le vert et mis fin à 5 séances consécutives de baisse (perte cumulée de -1,5%). Après avoir chuté hier en séance à un creux de 4 semaines face à l’euro à presque 1,2180 $, le dollar s’est repris et a lui aussi fini la journée en territoire positif sous la barrière de 1,2150 $. La hausse un peu plus importante que prévu du moral des ménages américains à un pic de 3 mois observée à travers les résultats de l’indice Conference Board publié mardi ont très certainement aidé la devise américaine à relever la tête, elle qui restait sur trois séances consécutives de recul face à l’euro (perte cumulée de -1%).

Plus tôt dans la matinée, la Zone Euro a publié ses statistiques finales d’inflation au mois de janvier et sans surprise celles-ci ont confirmé l’important rebond des prix observé en première lecture. Après cinq mois consécutifs de contraction, la tendance déflationniste s’inverse et la dynamique annuelle de l’indice principal des prix à la consommation rebondi vivement de -0,3% A/A à 0,9% en janvier, touchant ainsi un pic de 11 mois. S’il n’y a pas lieu encore de voir dans ce rebond un risque de surchauffe ou les prémisses de la montée d’une flambée des prix dans la région sous l’impulsion d’un redémarrage de l’activité économique, ce résultat devrait au moins offrir du répit à la Banque centrale européenne (BCE) en lui retirant la pression d’agir à nouveau pour soutenir l’économie. La banque centrale sera bien entendu attentive aux mouvements monétaires comme l’a rappelé les Minutes de la réunion de janvier publiées la semaine dernière, toutefois comme l’a rappelé récemment le président de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, il n’y a pas au regard du faible niveau affiché par les rendements obligataires européens de long terme de risque perceptible de « surchauffe ».

Bon an mal an, l’euro reste solidement valorisé face aux devises dites refuges. Face au franc, la devise européenne enregistre depuis quelques jours un rallye comme elle n’en a pas connu depuis près de 9 mois et enregistre actuellement un rebond de près de 2% sur les 7 dernières séances (séance de mercredi inclus) qui le voit franchir ce matin le seuil de 1,10 ₣ pour la première fois depuis décembre 2019. Face au yen, l’euro remonte ce matin au-dessus du seuil de 128 ¥ et revient tutoyer avec ses plus hauts depuis 2 ans.

Si les propos de Powell hier ont dissipé les risques de correction à court terme des marchés actions et donc contribué à raviver l’appétit au risque des acteurs de marché, on peut néanmoins s’étonner de la robustesse de l’euro ce matin alors même que l’on apprend que l’entreprise britanno-suédoise AstraZeneca ne devrait pouvoir livrer à l’Union Européenne moins de la moitié des commandes initialement prévues au second trimestre (moins de 90 millions de doses sur 180 millions commandées). Ces retards assombrissent inévitablement l’objectif fixé par la Commission Européenne de vacciner 70% de la population européenne d’ici la fin de l’été. Si les marchés s’en soucient peu, l’euro pourrait à terme subir le décalage de reprise provoqué par les difficultés rencontrées dans le processus de vaccination.

Les banques centrales suédoises et britanniques prêtent à accentuer leur soutien à l’économie

La présidente adjointe de la banque centrale suédoise, Anna Breman, a indiqué mardi qu’elle n’excluait pas la mise en place de nouvelles mesures monétaires accommodantes en cas d’une résurgence de la pandémie dans le pays et d’une baisse des anticipations d’inflation. Dans un tel scénario, la banque centrale pourrait favoriser une augmentation du programme de rachats d’actifs ou encore une baisse de taux en territoire négatif. Plus surprenant mais moins plausible, Anna Breman déclarait hier qu’un recours à un politique de « monnaie hélicoptère » n’était pas à écarter. Cette politique « d’assouplissement quantitatif du peuple », comme elle l’a qualifié, consiste à créditer directement les comptes bancaires des suédois et pourrait s’avérer être un outil efficace afin de raviver la flamme de l’inflation. L’appréciation de la couronne suédoise, dénoncée par la banque centrale comme une force déflationniste, est momentanément en pause depuis le début de la semaine. Hier, en marge des déclarations de la présidente adjointe de la Riskbank, la devise suédoise a enregistré jusqu’à -0,3% de pertes face à l’euro et touché à cette occasion un creux de 7 séances à presque 10,10 SEK avant de retracer progressivement en fin de journée vers son niveau d’ouverture de 10,06 SEK. Après avoir tutoyé lundi ses plus bas niveaux depuis 3 ans et le seuil symbolique de 10,0 SEK, la paire EUR/SEK semble faire une pause dans dynamique descendante et connaît un rebond correctif, pour le moment très modeste.

Cet après-midi à 15h30, le discours du président de la Banque d’Angleterre (BoE), Andrew Bailey, sera particulièrement scruté par les marchés au regard des divisions qui semblent s’accroître au sein du comité directeur de la banque centrale britannique en matière de politique monétaire. En témoigne les récentes sorties publiques de membres éminents de la banque qui apparaissent à contre-courant du message général délivré jusqu’à présent par le gouverneur central. Le premier, Gertjan Vlieghe, s’est déclaré favorable au recours de taux négatifs en cas de besoin de soutien, une option qui pourtant ne semble pas avoir les faveurs de Bailey à en juger par ses plus récentes communications cette année. Le second, Dave Ramsden, s’est déclaré davantage favorable à une augmentation du programme quantitatif comme levier de soutien à l’économie, ce dernier jugeant que la BoE avait encore de la marge pour accroître davantage son volume de rachat d’actifs. Cette option peut faire sens pour permettre d’infléchir la récente hausse des taux longs. Si les débats monétaires sont nombreux concernant les outils monétaires les plus adaptés pour soutenir l’économie, il reste à savoir si la banque a réellement dans l’idée d’augmenter son aide à court terme au regard des signaux rassurants récemment observés. Si l’économie britannique devrait vraisemblablement connaître une contraction assez importante au premier trimestre (projection de -4% de la BoE), un rebond pourrait s’observer dès le T2. Le déconfinement graduel de l’économie à partir de mars rendu possible par une politique de vaccination massive laisse augurer des perspectives plus réjouissantes de l’autre côté de la Manche. Le taux EUR/GBP poursuit sa dynamique baissière et passe ce matin sous la barrière de 0,86 £ pour la première fois depuis près d’un an. La paire enregistre actuellement un repli de plus de -5% en 7 semaines et pourrait encore accentuer ses pertes sachant qu’on est encore éloigné des plus bas observés avant la crise (0,83-0,84 £).

Baptême du feu pour le budget sud-africain

C’est un périlleux numéro d’équilibriste qui attend cet après-midi le ministre des finances sud-africain Tito Mboweni lors de la présentation du nouveau budget au Parlement (13h00). Ce dernier devra en effet jongler entre mesures de soutien à l’économie et mesures visant à encadrer une dette qui ne cesse de grimper. D’après la projection faite par le Trésor dans sa dernière planification de budget publié en octobre dernier, le déficit budgétaire devrait s’élever à 14% du PIB sur l’année fiscale 2020/2021 (année clôturant en mars 2021) et la dette nationale devrait quant à elle atteindre un nouveau record et dépasser les 80% de PIB. Dans un pays où le taux de chômage est à un niveau record de 32,5% (derniers chiffres au T4 publiés mardi) et le taux de pauvreté est en hausse, le gouvernement peut difficilement recourir à de nouveaux impôts pour assurer un train de vie comme le sien et financer ses dépenses. La hausse de la dette en Afrique du Sud est à ce point préoccupante que de plus en plus d’acteurs de marché évoquent aujourd’hui un risque de défaut de la première économie africaine. Le risque est d’autant plus à prendre au sérieux dans le contexte actuel de remontée des taux longs dans le monde qui accentue le coût de financement à long terme.

Il revient donc à Tito Mboweni la primeur de tenter de rassurer les marchés sur la capacité de l’état sud-africain à accompagner la reprise du pays sans aggraver plus qu’elle ne l’est déjà la situation financière du pays. Si le risque systémique n’est pour le moment pas réellement pris au sérieux par les marchés, il pourrait le devenir et alors mettre en péril la récente ascension de la devise sud-africaine que l’on a vu atteindre ce mois-ci un pic de 11 mois face à l’euro à 17,5 ZAR. Hier, dans la foulée des commentaires rassurant de la part du gouverneur central américain concernant la montée de l’inflation, la paire EUR/ZAR a cédé -0,8% et ainsi effacé près de la moitié des gains enregistrés depuis le 15 février (+1,7% sur la période). Oscillant depuis deux semaines dans un couloir étroit de 17,50 – 17,90 ZAR (+/- 2,3%), la paire EUR/ZAR avance sans direction et semble attendre un signal pour amorcer un nouveau virage, à la hausse ou à la baisse.

Publications statistiques

En zone euro, l’inflation au mois de janvier a progressé de 0,9% A/A (-0,3% A/A en décembre). L’indice principal excluant l’énergie, la nourriture, l’alcool et le tabac a même progressé à 1,4% A/A et ainsi atteint un pic de plus de 5 ans.

Sans réelle surprise la banque centrale hongroise a opté pour un statu quo sur son taux d’intérêt directeur qui est conservé à un niveau historiquement bas de 0,60%. Cette décision était anticipée par les marchés et n’a donc pas provoqué de grands mouvements de volatilité sur le forint hongrois (358 HUF). La banque centrale se dit néanmoins préoccupé par la hausse de l’inflation dans les mois à venir.

Au mois de février, la confiance des ménages américains se redresse. L’indice s’établit à 91,3 au mois de février (88,9 au mois de janvier) mais n’a toujours pas récupéré depuis la chute de février-avril.

La croissance du PIB allemand a été révisée à la hausse au 4ème trimestre 2020. Elle augmente finalement de +0,3% T/T contre des estimations précédentes à 0,1% T/T. Cette annonce ne laisse pas l’euro insensible, lequel se renforce vivement ce matin face au franc suisse et au yen.

Cet après-midi, les marchés seront également attentifs à la publication des statistiques des ventes au logement aux Etats Unis (16h00), ainsi qu’au second jour d’audition du gouverneur central Jerome Powell devant le Congrès (16h00).


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