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Actualités du marché des devises

nov. 27, 2020 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

Des marchés attentistes face à des fondamentaux dégradés

Tendance de la matinée 

Les principaux indices boursiers sont à l’équilibre ce matin. Après deux séances de baisse, les indices européens devraient ouvrir la séance en légère baisse, preuve s’il en faut que l’optimisme général des dernières semaines s’estompe peu à peu à l’approche de la fin du mois, période traditionnelle de rééquilibrage des portefeuilles financiers et d’échéance de nombreux contrats options. Cette après-midi, la séance américaine sera écourtée de 2h30.

Sur le marché des devises, la paire EUR/JPY confirme ses pertes de la veille après avoir buté sur la résistance des 124,5 ¥ et cède -0,10% ce matin. Perché sur des plus hauts de plusieurs mois, l’EUR/USD est ce matin à l’équilibre. On notera la hausse de plus de 1% de la livre turque face à l’euro. La livre tente de panser ses plaies après une correction de trois jours. Pour finir, la paire EUR/CNY progresse de 0,30% ce matin et oscille désormais à son plus haut niveau ce mois-ci à presque 7,85 ¥.

Point global : les marchés digèrent, l'appétit au risque demeure

L’optimisme est quelque peu retombé ce jeudi sur les marchés financiers en l’absence durant cette séance des investisseurs américains en raison des célébrations de Thanksgiving. Sans nouveaux catalyseurs positifs, les marchés ont été rattrapés par une réalité sanitaire et économique qu’il est difficile d’occulter. Le présent, c’est une pandémie qui continue de faire rage et contamine près de 600 000 nouvelles personnes chaque jour et dont le bilan de victimes s’élève désormais à 1,42 millions. Habitués aux bonnes nouvelles au sujet d’un vaccin, les investisseurs ont été quelque peu échaudés par la communication d’AstraZeneca concernant de probables failles dans le processus de réalisation des tests cliniques sur son projet de vaccin. Grandement attendu par une majorité de pays car plus facile à stocker et moins onéreux, le vaccin de l’entreprise pharmaceutique britanno-suédoise pourrait prendre un peu plus de temps que prévu avant d’être distribué à grande échelle. Un retard dont se serait bien passés les marchés qui restent néanmoins confiants quant à la possibilité que les projets de vaccin des américains Pfizer et Moderna soient commercialisés dès le mois prochain.

Dans ce contexte, les principaux indices boursiers comme le DAX30 ou le S&P500 fluctuent désormais dans un étroit couloir de prix. Cette tendance traduit un certain attentisme des intervenants de marché. Autre signe d’une prudence de ces derniers, les obligations souveraines, considérées comme très peu risquées, se maintiennent sur des niveaux historiquement élevés. La hausse de la demande pour le yen et son statut de valeur refuge est un autre indice. Ainsi après trois séances consécutives de repli face à l’euro et une perte totale de -1%, le yen s’est légèrement repris pour se repositionner au niveau du seuil de 124 ¥. La paire EUR/CHF fait quant à elle les montagnes russes. Après avoir atteint un pic de 12 semaines mercredi à 1,0870 ₣, le taux de change a été aperçu hier sous le seuil de 1,08 ₣.

Lorsque les devises refuges rient, généralement les devises dites cycliques versent une larme. Si le dollar australien et son homologue néo-zélandais ont tenu leur rang, cela n’a pas été le cas de la couronne norvégienne qui a subi un mouvement correctif l’écartant du sommet de 12 semaines atteint face à l’euro mercredi à presque 10,50 NOK. Autre devise nordique en difficulté hier, la couronne suédoise a cédé un peu de terrain face à l’euro en marge de l’annonce d’un statu quo de la banque centrale suédoise. Un repli qui a également des airs de mouvement correctif naturel sachant que le taux EUR/SEK venait d’enchaîner deux séances consécutives de perte (-0,9% en cumulé) et d’atteindre mercredi un creux de plus de 2 ans à 10,12 SEK.

Plusieurs devises émergentes que l’on a vu récemment engranger d’importants gains comme le rand sud-africain et le peso mexicain ont subi également un mouvement correctif jeudi. Ce n’est pas le cas néanmoins du réal brésilien qui vient d’enchaîner trois séances consécutives de hausse face à l’euro pour un gain de près de 2% sur la période.

Les mouvements correctifs s’apparentent à une simple pause relative à une actualité moins chargée et à des volumes réduits sur cette fin de semaine en raison de l’absence des investisseurs américains. Il n’est pas impossible que cette dynamique baissière se prolonge quelques jours encore. Car au regard de la volatilité unilatérale et très significative observée en novembre, notamment sur les devises liées au pétrole (NOK, RUB) et certaines devises émergentes (ZAR, BRL), il est fort possible que l’on assiste à des prises de bénéfices à l’approche de la fin du mois. Notamment, si la situation sanitaire continue de se dégrader et que des obstacles freinent l’autorisation rapide d’un premier vaccin.

La BCE inquiète des répercussions économiques de la seconde vague

La crise économique et sanitaire n’est pas près de se terminer en Europe malgré la campagne de vaccination qui devrait débuter au mois de décembre. La seconde vague met à rude épreuve les économies européennes comme en témoigne la dégradation des indicateurs d’activité PMI et la forte baisse de moral des entreprises et ménages allemands et français au mois de novembre. Si dans ses dernières projections réalisées en octobre dernier, le Fonds Monétaire International (FMI) tablait sur une contraction de -8,3% de l’économie de la zone euro en 2020 et un rebond de +5,2% en 2021, ces estimations seront probablement revues à la baisse.

Le mois dernier, la banque centrale européenne (BCE) s’inquiétait déjà des effets de la résurgence de l’épidémie sur l’économie européenne comme on peut le lire dans les Minutes de la réunion monétaire d’octobre publiées hier. En marge de cette réunion, la présidente Christine Lagarde avait laissé planer peu de doutes sur le fait que la BCE allait très certainement opérer un soutien supplémentaire à l’économie et aux marchés financiers au mois de décembre. Depuis cette réunion, les sorties publiques de membres du conseil de gouvernance de la banque centre se sont multipliées et un message commun se fait entendre, à savoir une ferme intention de désormais privilégier la qualité à la quantité en matière de soutien et une claire préférence pour l’usage de programmes de prêts à taux préférentiels auprès des banques (TLTRO).

Depuis le début de la semaine, on observe un nouveau changement dans la communication de la part des banquiers centraux qui laisse percevoir une montée des inquiétudes du côté de Francfort à l’égard de la situation financière en Europe et plus globalement l’état de santé des banques européennes. Hier, le chef économiste de la BCE, Philip Lane, a mis en garde contre l’émergence de signes de dégradation des conditions de financement en Zone Euro, et le renforcement des anticipations de déflation depuis septembre dernier. Face à ce constat, ce dernier a renouvelé l’engagement de la banque centrale à soutenir l’économie européenne, et ainsi conforté les spéculations autour d’un possible déploiement de nouvelles mesures d’assouplissement monétaire le mois prochain, très probablement ciblées vers les acteurs du secteur bancaire.

Sauf action d’envergure non anticipée par les marchés, il est peu probable qu’une hausse jugée modeste du programme de rachats d’actifs dédié à la pandémie (PEPP) et de nouveaux programmes TLTRO viennent perturber grandement l’euro, et le faire dévier de la trajectoire haussière qu’il poursuit depuis le printemps dernier. Bénéficiant pleinement d’un environnement favorable de regain d’appétit au risque des intervenants de marché, l’euro reste solidement valorisé face aux valeurs refuges comme le dollar (1,19 $) et le franc suisse (1,08 ₣).

Craintes en Chine d'un futur resserrement monétaire

Le marché obligataire chinois est sous pression. Les défauts de paiement d’entreprises d’état se sont multipliés ces dernières semaines, mettant en lumière la dégradation de la santé financière de ces entreprises dites « zombies ». La situation est d’autant plus préoccupante que la banque centrale chinoise laisse entendre qu’elle ne compte pas procéder à d’injections massives de liquidités sur les marchés à l’image de ce qu’a pu faire cette année la Fed aux Etats-Unis ou la BCE en Zone Euro.

Le fort redémarrage de l’économie chinoise, qui devrait croitre de près de 2% en 2020 d’après les dernières projections du Fonds Monétaire International (FMI), ainsi que la maitrise de l’épidémie de coronavirus par les autorités (officiellement 5 nouveaux cas de contamination recensés ce vendredi) plaident en effet pour un support monétaire à minima. La banque centrale chercherait désormais à mettre en place une politique monétaire « flexible et ciblée ».

Il n’est pas question pour autant de parler d’une hausse de taux en Chine dans un futur proche, selon un article récent paru jeudi dans le journal d’état CSJ qui balaye d’un revers de main ce scénario. Si le média ne cite aucune source officielle dans son article, on peut néanmoins y percevoir le signal d’une volonté des autorités de rassurer les acteurs financiers. D’après l’agence de presse Reuters, il y a justement des signes d’un soutien indirect de l’Etat chinois sur le marché de la dette des entreprises à travers des injections de liquidités réalisées par des organes gouvernementaux.

C’est un véritable numéro d’équilibriste auquel se livre la Chine : assurer une politique monétaire plus soutenable à long terme tout en préservant la stabilité financière précaire du marché et des entreprises.

Les inquiétudes sont aussi vives sur le front géopolitique : en plus des tensions sur les dossiers taïwanais et hongkongais, la Chine ne respecte pas pour l’instant ses engagements commerciaux à l’égard des Etats Unis. Dans le cadre de l’accord signé avec les Etats Unis en janvier dernier, la Chine s’était engagée à acheter $172 Mds de biens américains sur l’année 2020. Début novembre, elle avait rempli seulement à 44% son objectif. Au regard de l’année de crise que l’on vient de vivre et du changement de gouvernance en cours aux Etats-Unis, le doute demeure quant à de possibles représailles de la part de Washington.

Le yuan poursuit pour le moment sa revalorisation et reste orienté à la hausse face au dollar et à l’euro. La dynamique haussière de la devise chinoise a toutefois ralenti durant le mois de novembre, laissant penser à une pause momentanée dans son ascension. Le niveau des 7,75 ¥ reste un support majeur pour la paire EUR/CNY.

Publications statistiques 

Au Japon, les chiffres CPI font ressortir ce matin une aggravation de la baisse des prix : baisse de -0,7% contre -0,3% par rapport au mois dernier.

Du côté de la Chine, les profits du secteur industriel sont repassés en territoire positifs et grimpent de 0,7% par rapport à l’année dernière.

En France, les publications sont elles aussi encourageantes : l’inflation se redresse en territoire positif à 0,2% au mois de novembre et la consommation des ménages accélère par rapport au mois dernier bien plus qu’attendu. La croissance du PIB final du troisième trimestre est même revue légèrement à la hausse pour atteindre 18,7%.

Pour finir, les marchés seront attentifs aujourd’hui à la publication de différents indicateurs de sentiment européen à 11h.


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