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mars 12, 2020 | International (Global) Strategies

Le coronavirus et ses impacts

Une économie mondiale en danger ?

Plus de quinze ans après l’épidémie de SRAS, la Chine est à nouveau secouée par une crise sanitaire de grande ampleur. C’est à Wuhan, ville située dans la province de Hubei et considérée comme un centre industriel et d’innovation majeur en Chine, que furent identifiés les premiers cas infectieux de coronavirus en 2019 et depuis laquelle s’est propagée le virus, d’abord sur le territoire chinois puis très rapidement à l’international. En l’espace de moins de deux mois, le virus a déjà fait plus de 3 200 morts à travers le monde, soit un bilan humain déjà quatre fois supérieur à celui du SRAS qui avait fait 774 victimes en 2002-2003 [1].

Pourtant, ce coronavirus – officiellement appelé Covid-19 – est à ce jour bien moins mortel que les précédentes épidémies de virus similaire observées ces vingt dernières années, son taux de létalité étant à ce jour évalué à 3,4% par l’OMS ; soit un ratio 3 fois moins important que celui officiel du SRAS (9,6%) et 10 fois moins que celui du MERS (35%). Si l’on qualifie à ce jour la propagation du virus de simple « épidémie », sa présence géographique dans plus de 80 pays des cinq continents du monde pourrait pousser les responsables de l’OMS à le requalifier prochainement en « pandémie mondiale ». C’est cette perspective d’escalade de la gravité du virus qui effraie actuellement les marchés financiers et incite les économistes à revoir à la baisse leurs projections de croissance pour 2020.

Evaluer les risques n’est jamais facile

S’il est relativement simple et direct de mesurer l’impact humain d’une épidémie, il est bien plus difficile d’en évaluer les répercussions économiques, surtout lorsque celles-ci sont globales. Le jeu des comparaisons avec l’épidémie de SRAS n’est pas pertinent, puisqu’en 2003 le poids de la Chine dans l’économie mondiale était de seulement 4%, contre 16% aujourd’hui [2]. La contribution actuelle de la Chine à la croissance globale (32% en 2018-19[3]) et la situation de dépendance de l’économie mondiale à la demande chinoise qui en découle – notamment via l’intégration du pays comme maillon incontournable au sein des chaînes de valeur de nombreuses entreprises internationales telles que l’américain Apple ou le constructeur automobile Nissan - font craindre un double choc économique. Un choc au niveau de la demande, mais aussi de l’offre.

Cette situation inédite qui diffère de la crise financière de 2008 (choc sur la demande uniquement) pourrait, si elle se prolonge dans le temps et s’étend à d’autres pays, avoir des répercussions bien plus importantes que prévu sur l’économie mondiale. Dans ses dernières projections publiées début mars - les premières qui intègrent l’impact du coronavirus - l’OCDE a significativement réduit ses projections de croissance pour 2020, de -0,8% pour la Chine (4,9% vs. 5,7% en novembre 2019), de -0,5% pour l’économie mondiale (2,4% vs. 2,9%) et de -0,3% pour la Zone Euro (0,8% vs. 1,1%). Malgré l’ampleur de la révision, il est envisageable d’assister à de nouveaux ajustements à la baisse des anticipations de croissance dans les prochains mois si la situation venait à se dégrader. La qualification par l’OMS du virus en tant que pandémie pourrait ainsi déclencher une vague de panique des acteurs financiers et chambouler les équilibres économiques en place. Nous verrons dans un second temps de quelle manière les banques centrales tentent par tous les moyens de contenir cette menace.

Qui est exposé à ce risque ?

Plusieurs groupes de travail planchent actuellement sur un vaccin contre le Covid-19 mais les dernières informations révèlent que ce dernier pourrait ne pas être prêt avant l’année prochaine. Aussi, en l’absence de traitement efficace, la meilleure option à ce jour pour limiter l’avancée du virus reste la mise en place de politiques de confinement et de quarantaine, aussi bien appliquées aux particuliers qu’aux professionnels. De telles mesures restrictives impliquent une fermeture temporaire des usines pour les acteurs du secteur manufacturier et une large baisse d’activité pour ceux du secteur du tourisme et du voyage. Une limitation imposée des déplacements conduirait également à une réduction significative de la consommation domestique, principalement dans les postes de dépense considérés non-essentiels, comme les loisirs.

Face à de telles perturbations, certaines économies apparaissent plus vulnérables que d’autres.  En raison de leur proximité géographique et économique avec la Chine, les pays du continent asiatique (principalement le Japon, la Corée du Sud, Singapour et la Thaïlande) et océanien (Australie et Nouvelle-Zélande) sont les premiers à subir les dommages collatéraux du ralentissement de l’économie chinoise. L’Europe n’est pas épargnée non plus, bien au contraire. Hautement fragilisée l’année dernière par les incertitudes liées au Brexit et aux tensions commerciales sino-américaines - contraction de la croissance au T4 2019 en France et en Italie, croissance nulle en Allemagne - l’Europe voit l’arrivée du coronavirus comme un nouveau défi majeur à gérer et une potentielle tempête à surmonter.

La Chine est aujourd’hui le premier partenaire commercial de l’Allemagne [4] (3ième destination des exportations mais 1ère source d’importation), d’où une forte exposition de la 1ère économie européenne à une baisse de la demande chinoise, mais aussi aux perturbations des chaînes d’approvisionnement sur place. Le puissant secteur automobile allemand y est principalement exposé, puisqu’aujourd’hui les principaux constructeurs tels que BMW, Daimler et Volkswagen réalisent respectivement 30% et 40% (pour VW) de leurs revenus avant impôt en Chine [5]. Si les autres économies européennes comme la France paraissent moins exposées à la Chine (= 4% des exportations françaises [6]), il n’en demeure pas moins un risque d’effet « boule de neige ». En effet, en raison des fortes interconnexions commerciales entre l’Allemagne et ses voisins européens [7], c’est l’ensemble de la Zone Euro qui risque de dérailler en cas de coup de frein brutal de la locomotive allemande.

Un choc sur l’offre et la demande

Si on jette un coup d’œil aux secteurs qui risquent d’être les plus impactés par cette crise sanitaire, il convient de distinguer deux catégories : ceux pénalisés par un choc sur la demande et ceux par un choc sur l’offre.   Concernant le premier aspect, nous observons déjà un premier impact immédiat sur le secteur du voyage et du tourisme. L’Asie est sans surprise la région la plus impactée puisque qu’en dehors de Chine, la Corée du Sud (près de 7500 cas confirmés au 9 mars), l’Iran (6570) et le Japon (500) sont lourdement touchés par l’épidémie. Pour ce dernier, l’annulation éventuelle des Jeux Olympiques cet été a été évoquée, ce qui serait un important manque à gagner pour le pays.  L’Europe n’est pas non plus en reste puisque l’Italie (près de 7400 cas recensés) fait l’objet d’une politique de confinement dans les régions de Lombardie et de Vénétie (= 25-30 % du PIB italien à elles deux [8]). Les compagnies aériennes font également partie des principales victimes collatérales de cette crise et pourraient subir une perte de revenus cette année estimée à 29,3 Mds$, selon les projections préliminaires réalisées par l’Association Internationale de Transport Aérien (AITA). 

La réduction très significative des déplacements des touristes chinois, qui sont sans conteste les plus dépensiers au monde (258 Mds$ en 2018 = 17% des dépenses totales réalisées par les touristes étrangers dans le monde [9]) représente une lourde perte de revenus pour les acteurs du secteur de l’hôtellerie et de la restauration. En Europe, la France - dont la capitale seule a accueilli en 2019 plus de 950 000 touristes chinois, pour un revenu estimé de 1,1 Mds$ devrait être très impactée. Les entreprises spécialisées dans l’énergie et l’extraction de matériaux bruts devraient également souffrir d’un net ralentissement d’une économie chinoise où l’industrie est très énergivore. Les pays exportateurs nets de matières premières comme l’Australie (métaux de base) sont à risque.

Concernant les secteurs pénalisés par les problèmes de logistique et distribution des produits et pièces fabriqués en Chine, les manufacturiers de produits électroniques et manufacturiers sont les plus exposés.  On pense notamment au géant américain de la télécommunication Apple, qui a revu ses projections de bénéfices à la baisse à cause des perturbations rencontrées dans la chaîne de production de son dernier modèle de téléphone (iPhone 11) provoquées par la fermeture forcée des usines de son principal fournisseur Foxconn. La politique d’isolement préventive mise en place par Pékin et les injonctions de réduction des déplacements ont entraîné une fermeture temporaire des usines dans certaines régions et la désertion des ports et autres centres de distribution des marchandises vers l’étranger. Ainsi, les secteurs du textile et pharmaceutique risquent également de pâtir de cette crise, qui si elle se prolonge pourrait entraîner des situations de pénurie en Europe et dans le monde. En effet, à elle seule la Chine est aujourd’hui le principal producteur de médicaments génériques et produit d’après l’OMS 20% des principes actifs pharmaceutiques du monde [10].

Un vent de panique souffle sur les places boursières

Bien conscientes des risques qu’encourt une économie mondiale fragilisée ces dernières années par les incertitudes autour du Brexit et les tensions commerciales sino-américaines, les banques centrales n’ont pas hésité à revêtir leur costume de pompier et tentent d’éteindre à coup de baisses de taux le début d’incendie observé, avant que celui-ci ne s’embrase. À titre d’exemple, la banque centrale américaine a procédé début mars à une baisse préventive de ses taux directeurs de 0,5% pour soutenir l’économie face aux impacts du virus, une opération que l’on ne l’avait plus vue réaliser depuis 2008 au moment de la crise financière. En Chine, la banque centrale et l’Etat ont multiplié les mesures de soutien aux PME afin de contenir le risque de défaut de paiement qui se profilait à l’horizon pour nombreuses d’entre elles, qui ne disposent pas d’une profondeur de trésorerie assez importante pour palier à une absence prolongée de revenus. Les banques centrales n’ont pas été les seules à réagir, puisqu’en parallèle on assiste depuis la fin du mois de février à une forte correction des places boursières mondiales, similaire à ce que l’on avait vécu en 2018 [11]. Si ce sont d’abord les entreprises qui sont pénalisées par le repli des actions, on pourrait également observer des répercussions au niveau de la consommation domestique notamment dans des pays comme les Etats-Unis où une large part de la population possède des titres [12]. Une réaction en entraînant une autre, un ralentissement des dépenses des ménages, qui est le principal moteur de la croissance au sein de nombreuses économies développées, pourrait forcer les banques centrales à abaisser davantage les taux d’intérêt pour stimuler la demande en crédit. 

Toutefois, même si l’on s’acheminait vers un risque de récession mondiale, la réponse monétaire devrait être bien moins importante que dans le passé, pour la simple et bonne raison que les taux directeurs sont déjà très bas, voire négatifs en Europe et au Japon. Surtout, la variation des taux d’intérêt a seulement un impact sur la demande, et non sur l’offre. C’est la raison pour laquelle il est nécessaire que les gouvernements s’associent aux efforts des banquiers centraux pour contrer la menace du coronavirus. En Europe, la Banque Centrale Européenne presse les Etats qui en ont les moyens à procéder à des mesures de relance budgétaire pour offrir de nouveaux relais de croissance. On pense notamment à l’Allemagne   et son large surplus courant qui pourrait aider la 1ère économie européenne à éviter une récession que beaucoup d’observateurs lui prédisent [13]. 

Des marchés des changes très volatiles

Les incertitudes géopolitiques et la volatilité des taux de change est le plus gros défi auquel feront face les entreprises internationales dans les prochains mois. Selon notre enquête de sentiment [14] menée auprès de 4000 entreprises internationales ayant des besoins de paiement internationaux et de services liés au change, 66% des décideurs estiment que ce sont les deux facteurs les plus difficiles à maîtriser en termes de planification et gestion des risques de change. Dans le cas de l’épidémie de Covid-19, dont les développements sont nombreux et la volatilité des marchés est accentuée et très changeante, ce sentiment est d’autant plus prédominant. Aussi, il est important d’avoir une grille de lecture pour y déceler les opportunités et risques qu’offrent cet environnement économique et financier très particulier.

En Asie, le yen japonais et le dollar de Hong Kong ont plutôt bien performé malgré la proximité économique et géographique de ces économies à la Chine. Elles ont au contraire été sollicitées comme valeurs refuges contre les turbulences qui secouent le continent. À l’inverse, le dollar australien et le baht thaïlandais ont subi d’importantes pertes depuis le début de l’épidémie, les marchés anticipant de fortes pertes de revenus pour ces pays très dépendants de la demande chinoise (matière première pour le premier et tourisme pour le second). Malgré les risques qui pèsent sur l’économie chinoise, le yuan a réussi à limiter les pertes. La réactivité et l’ampleur des mesures de soutien opérées par les autorités chinoises ont empêché tout mouvement de panique chez les investisseurs étrangers présents en Chine.

L’euro fait les montagnes russes sur ce début d’année, enchaînant d’abord un repli de -4% face au dollar sur les 7 premières semaines de l’année à 1,08 $, avant de rebondir brutalement de +6% à 1,14 $ (au 9 mars) sous l’impulsion combinée de l’effondrement des bourses américaines, de la lourde chute des prix du pétrole (plus bas depuis 2016 après l’effondrement des cours de -30% observé en séance lundi 9 mars) et des anticipations de nouvelles baisses de taux aux Etats-Unis. Bien que rares [15] et difficilement prévisibles, ces variations imposent aux entreprises d’être réactives pour profiter des opportunités ou limiter les risques qui en découlent.      

Dans ces conditions de marché inédites où la volatilité est très changeante et importante, il est très difficile pour une entreprise cherchant à définir une tendance à long terme de planifier correctement ses risques. Notre baromètre du risque de change nous confirme qu’un quart des entreprises du secteur manufacturier rencontrerait des difficultés financières en cas de mouvement de change défavorable de 10% ou plus.

Comment réagir face aux risques ?

Western Union Business Solutions, grâce à son expérience acquise auprès de 60 000 entreprises à travers le monde et son expertise en gestion des risques financiers et des paiements internationaux, vous propose ses recommandations pour aider votre activité à faire face à cet environnement à risque :

  • Si vous rencontrez des difficultés dans vos chaînes d’approvisionnement dans des régions frappées par le virus, nous vous recommandons de diversifier votre portefeuille de fournisseurs et éventuellement repenser vos circuits logistiques. Vous pouvez vous reportez vers des sites d’informations publiques tels que celui du CNUD (ou de l’OMC (pour plus de conseils. 
  • Si vous êtes exposé à d’importantes fluctuations de trésorerie ou de taux de change et avez besoin de conseils pour établir une stratégie de paiement ou couverture adaptée à votre activité, nous vous recommandons de contacter nos experts en gestion du risque de change au 0 805 980 233. 
  • Si vous êtes à la recherche d’informations officielles sur les derniers développements de l’épidémie de Covid-19, nous vous conseillons de vous reporter au site de l’OMS (. Si vous souhaitez recevoir une expertise sur une évaluation de l’impact de ce virus sur les marchés des changes, nous vous recommandons de vous abonner à nos informations de marché.

Article rédigé par Guillaume Dejean, Analyste Taux de Change Sénior - Western Union Business Solutions


1 : Organisation Mondiale de la Santé

2 : Statistiques du Fonds Monétaire International (FMI)

3 : Données calculées par le Fonds Monétaire International (FMI)

4 : Données 2019 de l’Institut national de statistiques en Allemagne (Destatis)

5 : https://www.dw.com/en/china-slowdown-trade-dispute-hurt-global-carmakers/a-49619299

6 : IMF Direction of Trade Statistics - 2018

7 : 70-80% des échanges commerciaux de l’UE sont réalisés entre membres de l’UE (Eurostat)

8 : https://www.cnbc.com/2020/02/25/italians-under-lockdown-as-coronavirus-spreads.html

9 : https://saisonculturelle.fr/en/partners/regional-tourism-committee

10 : https://www.aljazeera.com/ajimpact/china-coronavirus-outbreak-hurt-global-drug-industry-200220051840577.html

11 : Recul de -13% des marchés actions américains lors de la dernière semaine de février

12 : 55% des ménages américains disent posséder des actions d’après une enquête Gallup réalisée en avril 2019.

13 : https://www.bloomberg.com/news/articles/2020-02-12/germany-faces-recession-risk-on-coronavirus-deutsche-bank-says?sref=IZOhMQuM

14 : Baromètre du risque de change 2020 par Western Union Business Solutions

15 : Plus fort rebond observé depuis l’été 2015