Aperçu de l'actualité des marchés

Séance du 19 novembre 2018 – Sommaire :

  • L’échec du sommet de l’APEC ravive un peu de tensions sur les marchés et impacte les devises « cycliques » (AUD & NZD), la livre sterling rebondit après avoir sa déconvenue de la fin de semaine dernière.
  • L’EUR/USD est stable ce matin et se maintient à plus de $1,14. De nouvelles tensions entre Bruxelles et Rome, ou des commentaires prudents en provenance de la BCE pourraient néanmoins tester le redressement de la paire.
  • Correction de la paire EUR/GBP d’un peu plus de -0,3% sur fond de soulagement des investisseurs face au fait que le seuil de signatures déclenchant un vote de défiance contre Theresa May n’aurait pas encore été atteint. La paire retombe à £0,8870.
  • Paire EUR/JPY relativement stable ce matin qui se maintient aux portes du seuil de ¥129.
  • Rebond technique des paires EUR/AUD et EUR/NZD à A$ 1,56 et NZ$ 1,67 alors que ressurgissent au grand jour de nouvelles distensions entre Pékin et Washington après l’échec des membres de l’APEC à convenir ce weekend d’un accord commun.
  • Fort rebond du prix du pétrole de plus de 1% ce matin après l’annonce par l’Arabie Saoudite de réduire dans les prochaines semaines ses exportations de pétrole. Pas d’influence cependant sur les devises dites « pétrolières ». Le cours EUR/CAD se maintient à plus de C$1,50 tandis que le cours EUR/RUB reste stable à plus de RUB 75,0

Les actualités « chaudes » du weekend :

  • Tensions commerciales : Le sommet de la Coopération Economique en Asie Pacifique (APEC) qui se tenait cette année en Papouasie Nouvelle-Guinée s’est soldé par un échec. Pour la 1ière fois de son histoire, les dirigeants politiques présents à cet évènement n’ont pas réussi s’entendre sur un communiqué commun, la faute à l’observation de nouvelles divergences commerciales et politiques entre la Chine et les Etats Unis.
  • Brexit : Alors que le Sunday Times évoque une tentative de plusieurs responsables politiques conservateurs de pousser Theresa May vers la sortie, le journal britannique indique que selon plusieurs sources le seuil nécessaire – 48 signatures au sein du groupe parlementaire conservateur - pour déclencher un vote de défiance contre la première ministre n’a pas encore été atteint.

Moment clé de la séance de vendredi 16 novembre  : L’EUR/USD soigne ses plaies et revoit $1,14

On avait laissé l’EUR/USD à un plus bas depuis plus de 16 mois en début de semaine à presque $1,12 après le refus de Rome d’ajuster ses projections budgétaires sur les conseils de la Commission Européenne, or vendredi la paire de change s’est nettement redressée (+0,8%) et atteint un pic de 6 séances à plus de $1,14 sur fond de repli du dollar américain en réaction aux propos du vice-président de la Fed questionnant l’impact du ralentissement général de l’économie mondiale sur la politique de resserrement monétaire de la banque centrale américaine.

USD

En venant appuyer l’idée soulevée mercredi soir par Jerome Powell selon laquelle l’économie américaine pourrait prochainement faire face à des vents contraires extérieurs, le vice-président de la réserve fédérale américaine ; Richard Clarida ; a envoyé le signal aux marchés que la banque centrale pourrait être amenée à ajuster son calendrier monétaire si d’aventure le ralentissement général de l’économie mondiale, comme il l’est actuellement observé, avait des répercussions significatives sur le cycle d’expansion de l’économie américaine. Si un scénario de nouvelle hausse de taux au mois de décembre n’est pas pour le moment remis en cause, l’agenda de trois resserrements monétaires l’année prochaine pourrait être quant à lui révisé à la baisse. Alors que la Fed ne semblait pas jusqu’à présent réellement prêter attention aux dynamiques économiques externes, le fait que deux hauts responsables s’en émeuvent publiquement laisse à penser que la banque américaine pourrait être très sensible à ce nouveau facteur dans ses futures prises de décision. Ces nouveaux doutes d’une éventuelle pause de la Fed dans son cycle de normalisation monétaire en 2019 ont eu d’importantes répercussions sur le dollar vendredi et ainsi offert l’occasion à l’EUR/USD d’accentuer un peu plus son redressement après ses déconvenues du début de semaine, et ainsi atteindre un pic depuis 6 séances à plus de $1,14. Doit-on y voir les prémisses d’un rebond durable ? Il n’en est pas certain au regard des incertitudes économiques et surtout politiques qui demeurent en Europe. La question budgétaire italienne reste une source de turbulence majeure pour la région, tout comme la perspective, de plus en plus probable, d’un échec des négociations du Brexit.

La réaction de l’EUR/USD à ce « coup de chaud » de fin de semaine sera le fil conducteur de cette semaine qui devrait être principalement influencée par l’évolution des tensions politiques en Europe. En effet, ce mercredi la Commission Européenne publiera son rapport sur les finances publiques italiennes et devrait vraisemblablement ouvrir une procédure de de mesures disciplinaires contre Rome et sa politique de déficits excessifs. La perspective de possibles pénalités de la part de Bruxelles contre l’Italie, sous la forme d’amendes ou réduction des subventions européennes, pourrait faire renaître de nouvelles tensions sur les taux italiens et raviver la défiance des acteurs financiers à l’encontre des actifs européens et donc de l’euro. L’observation d’une tentative de dialogue entre les deux parties pourrait inversement quelque peu rassurer les investisseurs, et déclencher de nouvelles prises d’achat d’un euro actuellement très faiblement valorisé. Le passage de la barrière de $1,1450 sera un test important pour savoir si la paire EUR/USD sur une pente ascendante, celle-ci se révélant au moins de novembre un seuil difficile à franchir pour la paire de change. Parmi, les autres points clés de la semaine, on surveillera également l’évolution global du sentiment des investisseurs face à la résurgence de possibles nouvelles tensions entre les Etats Unis et la Chine en amont de la réunion du G20 qui se tiendra en fin du mois à Buenos Aires (30 novembre – 1er décembre) et la publication vendredi des premiers indices PMI européens du mois de novembre qui s’ils se révélaient mauvais pourraient raviver les spéculations avant la dernière réunion monétaire de l’année (13 décembre) que la BCE pourrait ajuster sa communication et laisser entrevoir un décalage dans le temps de la date d’une première hausse de taux en Europe (biais négatif pour l’euro).

Perf 2018 =-5,17% / Moyenne 2018 = $1,1897 / Point haut 16 novembre 2018 = $1,1421 / Point bas 16 novembre 2018 = $1,1318 / Clôture 16 novembre 2018 = $1,1418

GBP

Après son rebond spectaculaire de jeudi (plus de 1,8%), le cours EUR/GBP a accentué son rebond vendredi et titillé la barrière de £0,89 sans toutefois réussir à la franchir durablement (clôture à £0,8899). La livre sterling reste sous l’état de choc subit par la démission jeudi de quatre ministres, dont celui en charge des négociations de sortie hors de l’Union Européenne, en guise de contestation contre le plan de sortie soutenu par la première ministre Theresa May. Alors que l’on aurait pu croire à un rebond technique de fin de semaine (ce qui fut observé dans un premier temps avec un repli vers £0,8820), les pressions baissières sur la devise britannique se sont à l’inverse renforcées après que plusieurs médias aient évoqué le fait qu’une fronde contre la première ministre britannique s’organisait au sein du parti conservateur et que le seuil nécessaire de signatures pour activer un vote de défiance à son égard (48 signatures) avait été atteint. Un départ prématuré de May, pour le moment balayé d’un revers de main par cette dernière, pourrait remettre en cause l’accord conclu avec Bruxelles et faire échouer les négociations, mais également déclencher une élection anticipée qui pourrait se solder par le retour au pouvoir du parti travailliste, lequel ne serait pas vu d’un très bon œil par le milieu des affaires britanniques. Pour le moment la barrière de £0,89 tient bon mais de nouvelles secousses politiques au Royaume-Uni pourrait rapidement la faire céder.

Refusant de baisser les bras, Theresa May entend poursuivre contre vent et marée sa croisade pour poursuivre sa stratégie de sortie et ainsi, selon ses propres termes, défendre les intérêts de son pays. Elle a pour cela reçu ce weekend le soutien du milieu des affaires. Seulement, cela ne pourrait pas suffire puisque celle-ci voit monter de toute part les contestations contre sa personne et sa politique, aussi bien dans sa propre famille politique qu’au sein de l’opposition. Si la chef du gouvernement britannique a obtenu un peu de répit vendredi en recevant le soutien de plusieurs de ses ministres partisans du Brexit, dont le ministre de l’environnement Michael Gove et le ministre au commerce international Liam Fox, et tenté ce weekend d’apaiser le courroux des frondeurs en nommant un nouveau ministre du Brexit lui-aussi « Brexiter » des premières heures (Stephen Barclay), son avenir à la tête du Royaume-Uni reste pour le moins flou. Le contexte politique britannique devrait rester le principal facteur de volatilité de la livre sterling cette semaine, notamment en l’absence de chiffres économiques clés dans la région. Si l’on sera très attentif aux échanges tenues en marge de la visite cette semaine de Theresa May à Bruxelles et sa tentative de maintenir l’organisation d’un sommet exceptionnel le 25 novembre prochain afin d’assurer la signature d’un accord avec les européens avant la fin de l’année, l’organisation d’un possible vote de défiance au Parlement contre la première ministre, potentiellement dès mardi comme il l’a été relayé par certains médias, reste une source de turbulence majeure qui pourrait encore un peu plus accentuer la défiance des acteurs de marché à l’égard de la livre sterling.

Perf 2018 =+0,20% / Moyenne 2018 = £0,8836 / Point haut 16 novembre 2018 = £0,8904 / Point bas 16 novembre 2018 = £0,8822 / Clôture 16 novembre 2018 = £0,8899

JPY

Les responsables politiques américains n’ont cessé de souffler le chaud et le froid à l’égard de leur position actuelle à l’égard de Pékin, au point de totalement déboussoler les marchés. Alors qu’une atmosphère de détente semblait s’être installé et que l’on parlait d’une réouverture de dialogue entre les deux principales économies mondiales après près de trois mois de silence, les nouvelles distensions observées entre les deux en marge du sommet de l’APEC auquel participaient le vice-président américain Mike Pence et le président chinois Xi Jinping viennent réveiller les doutes qu’un accord commercial est non seulement loin d’être acquis, mais qu’en plus de nouvelles mesures de rétorsion pourraient être prises dans les jours et semaines à venir. Le fait néanmoins que Donald Trump, véritable « boussole influenceuse » du sentiment des marchés sur ce dossier, ait annoncé vendredi qu’un accord avec Pékin était toujours de l’ordre du « possible » tend à maintenir une certaine once d’espoir et limite pour le moment de nouvelles prises d’achat en yen. Le cours EUR/JPY continue de naviguer sans véritable direction dans un couloir de ¥128-¥130 faute de véritables garanties à laquelle s’accrocher dans ce rapport de force sino-américain. Si les « nuages » politiques au-dessus de l’Europe réfrènent toujours un rebond important de la paire de change, il faut dire aussi que les déconvenues économiques du Japon – nouvelle contraction de l’économie au Japon au T3 après une croissance négative déjà observée au T1 – tend à maintenir un statu quo monétaire entre l’Europe et le Japon (pas d’ajustement monétaire à l’horizon pour la Banque du Japon et sa politique très accommodante).

La pause de l’EUR/JPY dans ce couloir de ¥128-¥130 pourrait ne pas durer encore bien longtemps tant le contexte politique reste brûlant à l’approche du sommet du G20 qui se tiendra à Buenos Aires à la fin du mois. Si la relation entre Pékin et Washington reste un facteur moteur de la volatilité du yen, le volet monétaire pourrait lui-aussi avoir quelques répercussions cette semaine sur la devise japonaise à l’occasion de la publication jeudi des nouveaux chiffres d’inflation au Japon. La perspective d’un maintien prolongé d’une politique accommodante au Japon, si associée à une détente générale des tensions commerciales, pourrait offrir un tremplin à un rebond de l’EUR/JPY.

Perf 2018 =-5,08% / Moyenne 2018 =¥130,79 / Point haut 16 novembre 2018 =¥128,90 / Point bas 16 novembre 2018 =¥128,11 / Clôture 16 novembre 2018 =¥128,82