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Au-delà du coronavirus : volatilité des changes et perspectives

Les marchés et les entreprises du monde entier sont actuellement confrontés à la pandémie de COVID-19. Cette volatilité du marché est-elle temporaire ou est-ce la nouvelle norme?

On ignore quand la forte incertitude va se dissiper, mais même si les marchés finissent par se calmer, l’accalmie ne perdurera pas.
On ignore quand la forte incertitude va se dissiper, mais même si les marchés finissent par se calmer, l’accalmie ne perdurera pas.

Questions essentielles :

  1. L’ère des devises à faible volatilité est-elle terminée?
  2. La volatilité est-elle pire aujourd’hui que par le passé?
  3. La couverture du risque de change a-t-elle un effet bénéfique ou néfaste?

Le premier trimestre de 2020 a été marqué par de fortes fluctuations du marché, une incertitude à l’échelle mondiale et l’arrêt des activités quotidiennes normales, ce qui a entraîné l’annulation de conférences, des exigences de travail à domicile et même la mise en quarantaine de nations entières. Dans ce contexte de panique, les chefs d’entreprise se demandent quand et si les marchés reviendront à la normale. Cette question est particulièrement préoccupante pour les PME et les grandes entreprises ayant une composante internationale. Non seulement le comportement des consommateurs est modifié, mais les chaînes d’approvisionnement mondiales et les devises étrangères sont également impactées.

On ne sait pas encore quand la crise se résorbera, alors que les professionnels de la santé du monde entier s’efforcent de trouver une solution et que les gouvernements et les entreprises prennent des mesures pour limiter la propagation du virus. En raison de la menace qui pèse sur les vies humaines dans le monde entier, il faut espérer que la crise prendra fin rapidement.

Perspectives du Forex : prévoir l’imprévisible

La valeur de la devise d’un pays est étonnamment délicate, car variant en fonction de l’inflation, des taux d’intérêt et des performances économiques, entre autres facteurs. Si la volatilité des changes a généralement été plus régulière ces dernières années grâce à la baisse des taux d’inflation et des anticipations, des fluctuations – même légères – peuvent affecter les entreprises ayant une composante internationale, comme les fournisseurs ou le personnel à l’étranger. Par ailleurs, l’histoire récente montre que les longues périodes de faible volatilité des changes sont généralement suivies d’une grande instabilité. Bien que cela reste à voir, la pandémie du coronavirus a manifestement fait des ravages dans l’économie mondiale, notamment en provoquant des changements sur les marchés obligataires et le marché des changes. On ignore quand la forte incertitude va se dissiper, mais même si les marchés finissent par se calmer, l’accalmie ne perdurera pas.

Pourquoi faut-il s’attendre à une plus grande volatilité des marchés?

Le COVID-19 est sans aucun doute la cause de l’incertitude accrue qui a déstabilisé les marchés mondiaux. Il ne faut pas perdre de vue que les cas continuent de se multiplier dans le monde entier et plusieurs secteurs, allant des voyages au commerce de détail, sont profondément impactés. Pourtant, à certains égards, une plus grande volatilité peut être la nouvelle norme. Certains affirment que même si le COVID-19 ne s’était pas répandu, il est probable que la volatilité aurait augmenté en raison de l’incertitude liée à la prochaine élection présidentielle américaine et du nombre d’années écoulées depuis la dernière récession. Bien que les États-Unis soient entrés dans l’année 2020 sur le marché haussier le plus long de tous les temps, cela ne peut pas durer éternellement.

Les événements mondiaux et les enjeux géopolitiques sont également liés aux fluctuations du marché. Depuis 2000, des événements comme l’épidémie d’Ebola en 2014, le Brexit en 2016, la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine en 2019 et le conflit iranien de janvier 2020 ont tous provoqué de l’incertitude sur le marché. Les économies d’aujourd’hui sont plus connectées au niveau international que par le passé, les chaînes d’approvisionnement mondiales, les voyages dans le monde entier et d’autres facteurs augmentant la probabilité que des incidents dans un pays en affectent un autre.

Est-il possible d’anticiper les taux de change?

À l’instar du marché boursier, de nombreuses théories ont été émises quant à la possibilité de prévoir les fluctuations des taux de change. Compte tenu des récentes tendances en matière de volatilité, il est logique que même les professionnels chevronnés tentent de comprendre où ce marché pourrait se diriger. Pourtant, le marché des changes est presque impossible à anticiper avec certitude. Peut-être plus important encore, il ne s’agit pas d’un sujet sur lequel les entreprises devraient concentrer leur temps et leurs ressources. Bien que la gestion de l’exposition au risque de change soit vitale pour toute entreprise de taille ayant des liens internationaux, tenter de prévoir les transactions est inefficace, pour ne pas dire futile.

Quels sont les effets de la volatilité des devises sur vos bénéfices?

Comme le sait tout chef d’entreprise, il est pratiquement impossible de prévoir avec précision les ventes pour une période donnée. Bien que les entreprises les plus anciennes aient une idée générale de leurs résultats en fonction de leurs performances passées, de la saisonnalité et d’autres facteurs, il existe tellement d’éléments dynamiques qui influencent les ventes et dont les propriétaires doivent tenir compte dans les fluctuations. Cet exercice est rendu encore plus compliqué avec les devises étrangères. De nombreux approvisionnements proviennent de fournisseurs et de partenaires internationaux, ce qui signifie que le coût réel des matériaux peut varier considérablement d’un mois à l’autre.

Évolution de la volatilité

La volatilité est, dans une certaine mesure, normale. Le Dow Jones, qui a débuté en 1896, a connu de nombreux hauts et bas au cours de sa longue histoire. La volatilité s’aggrave-t-elle? Oui et non. Même avant l’émergence du COVID-19, le marché a connu ces dernières années de nombreuses baisses spectaculaires du point en une journée. En fait, les dix plus grandes baisses jamais enregistrées ont eu lieu dans les années 2000, dont beaucoup lors de la récession de 2008. Pourtant, comme l’indice augmente en valeur, même une baisse importante du point il y a quelques années serait beaucoup moins inquiétante aujourd’hui. Du point de vue du pourcentage, des baisses plus importantes ont été observées pendant la Grande Dépression.

Cependant, l’avènement des médias sociaux a apporté un nouveau facteur contribuant à la volatilité. Les spéculations, les annonces et les inquiétudes peuvent se propager instantanément, déclenchant d’énormes fluctuations sur le marché. Les microbillets sur Twitter des PDG et des responsables gouvernementaux ont à la fois fait gagner et perdre des milliards de dollars aux entreprises cotées en bourse après un seul message en ligne.

Ce n’est pas le seul changement récent. Alors que le populisme continue de progresser dans le monde entier, les changements de normes politiques se produisent de plus en plus régulièrement. Le vote britannique sur le Brexit et les résultats des élections américaines de 2016 ne sont que deux exemples de ce mouvement qui a causé de l’incertitude alors que les marchés ont du mal à fixer les prix dans ce contexte, ce qui peut forcer des prises de décision réactionnaires.

Quelles sont les conséquences pour les devises étrangères?

Alors que les marchés s’effondrent sous l’effet des craintes liées au coronavirus, les devises mondiales peuvent elles aussi s’effondrer. Pire encore, on n’a aucune idée précise de la date à laquelle la pandémie prendra fin. Les devises étrangères connaîtront donc probablement des fluctuations plus importantes à court et moyen terme.

La couverture du risque de change est-elle utile ou dommageable?

En général, la plupart des personnes qui gèrent des dettes ou des créances internationales peuvent être exposées aux fluctuations des taux de change. Si une entreprise s’approvisionne dans un autre pays ou paie son personnel à l’étranger chaque mois, elle peut disposer d’un montant fixe budgétisé pour ces coûts. Pourtant, ce montant doit souvent être amorti pour tenir compte de toute fluctuation entre les paires de devises. Non seulement cela empêche de faire des prévisions précises, mais cela bloque aussi des flux de trésorerie qui pourraient être utilisés à d’autres fins. Les opérations de couverture peuvent contribuer à alléger une partie de cette pression, car, d’un point de vue commercial, elles éliminent l’incertitude et permettent une planification budgétaire plus précise.

Néanmoins, certains hésitent à envisager cette option pour gérer l’exposition aux devises. Naturellement, l’environnement peu volatil d’avant le COVID-19 a rendu cette question moins cruciale. De plus, il se peut que certaines entreprises aient hésité à passer à côté d’éventuels gains si les marchés évoluaient en leur faveur. Bien sûr, comme aucun des deux scénarios n’est garanti, il est impossible de prédire quels seront ces gains éventuels.

Les organisations sont souvent prises au dépourvu par des fluctuations monétaires inattendues ; une entreprise américaine sur cinq et près d’un quart des entreprises canadiennes ont tout bonnement absorbé les coûts supplémentaires dans ce cadre au cours de l’année écoulée. Cette réaction, bien que compréhensible, ne peut pas perdurer et peut assécher la trésorerie d’une entreprise.

Il est important de tenir compte de l’objectif d’une entreprise en ce qui concerne son exposition aux devises. Pour beaucoup d’entre elles, il s’agit simplement de réduire les risques et de mieux maîtriser leurs coûts à l’étranger. Cet objectif précis est très répandu en raison de sa simplicité : quelle que soit la taille de l’entreprise, aucune organisation ne veut fonctionner avec ses bénéfices à la merci des fluctuations du marché des devises. Les opérations de couverture constituent une solution pratique dans ce cas commun.

Et maintenant?

Si la pandémie mondiale actuelle est sans précédent, les périodes de volatilité économique ne le sont pas. Les ralentissements sont des phénomènes réguliers, bien que le degré de gravité constaté au cours du premier trimestre de 2020 ne soit pas caractéristique. Dans l’immédiat, les entreprises et les investisseurs devront simplement attendre que les perspectives concernant le virus s’améliorent, car les mesures gouvernementales telles que les plans de relance et autres efforts de soutien stimulent temporairement les marchés jusqu’à ce que la pandémie se dissipe, mais ces mesures n’auront pas d’effet pérenne. Par conséquent, les entreprises ont tout intérêt à considérer une certaine volatilité comme faisant partie intégrante de leurs prévisions et à commencer à planifier en conséquence.