Actualités du marché des devises

janv. 20, 2022 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

La banque centrale chinoise ramène le calme sur les marchés :  le dollar australien et le réal brésilien retrouvent des couleurs

 

Tendance du jour : on n'observe pas ce matin d'effets de contagion des nouvelles secousses subies hier par les marchés actions américains. Les annonces ce matin de la banque centrale chinoise d'abaisser deux de ses principaux taux directeurs pour la première fois depuis avril 2020 fait office de remède au stress ambiant. L'euro en profite pour rebondir face au dollar (1,1350 $) et au yen (130 ¥), le dollar australien poursuit lui son rebond correctif (1,57 A$) bien aidé il faut le reconnaître par la publication ce matin d'un recul du chômage en Australie à un plus bas de 13 ans. Le pétrole corrige légèrement ce matin et s'écarte de son sommet depuis 2014 touché en début de semaine, ce qui se répercute sur la valeur de la couronne norvégienne (9,97 NOK) et du rouble (87,1 RUB). Ce dernier est par ailleurs à nouveau sensible aux menaces de sanction des Etats-Unis qui ont réitéré leurs craintes de voir la Russie intervenir militairement en Ukraine. On gardera un œil attentif aujourd'hui sur la livre turque qui ne manquera pas de réagir au choix ce jeudi de la banque centrale de mettre sur pause ou non son cycle de baisse de taux. Le yuan est peu impacté par les décisions monétaires prises par la banque centrale chinoise, lesquelles n'ont pour seul effet pour le moment que de stopper la tentative de rebond correctif de la devise face à l'euro (7,20 ¥).

 
EUR/USD - L'euro tient tête au dollar (+0,1% hier) : après avoir subi mardi sa pire séance depuis plus de 4 semaines face au dollar et enchaîné trois séances consécutives de baisse pour une perte cumulée de -1,1%, l'euro a réussi à contenir le regain de forme de son homologue américain et finit la journée dans le vert, cela malgré un contexte toujours baissier sur les marchés actions américains. La pause momentanée de l'ascension des rendements obligataires américains hier mêlé avec la hausse symbolique du taux 10 ans allemand en territoire positif pour la 1ère fois depuis avril 2019 ont offert l'occasion à l'euro de résister au dollar et de consolider sa position au-dessus de 1,13 $. Le taux de change continue ce matin de retracer ses pertes du début de semaine et tente de repasser au-dessus du seuil de 1,1350 $. Alors que la volatilité reste globalement dominée par le volet monétaire et les spéculations des futurs choix des banquiers centraux pour lutter contre l'inflation, on aura un regard attentif ce jeudi sur la révision des statistiques d'inflation du mois de décembre en Zone Euro ainsi que sur le compte rendu de la réunion monétaire de décembre de la Banque centrale européenne (Minutes de la BCE). Si la Fed apparaît en avance sur son homologue européenne en matière de normalisation monétaire puisqu'il y a aujourd'hui un large consensus de marché (et à priori aussi au sein de l'institution monétaire américaine) en faveur d'une première hausse de taux aux Etats-Unis au mois de mars, la BCE pourrait surprendre tout le monde en faisant volte-face. L'inflation en Zone Euro est ressortie en décembre à un pic historique de 5% (depuis 1999) et pourrait rester élevée en 2022 au regard des pressions haussières actuelles sur les prix de l'énergie, sur l'alimentaire mais aussi potentiellement à venir sur les salaires compte tenu de la faiblesse du chômage (7,2%, soit 0,1% au-dessus du plus bas historique observé début 2020 avant la pandémie). La remontée des rendements obligataires européens sur ce début d'année - bien que d'une amplitude moindre que les rendements américains, britanniques ou encore canadiens - est un signal que les marchés ont la conviction que la BCE pourrait ne pas rester totalement hors-jeu dans la course à la normalisation monétaire qui se joue actuellement, et risque de s'accélérer sur 2022.

 
EUR/GBP - Un obstacle majeur freine l'ascension de la livre sterling (+0,0% hier) : sous l'impulsion d'une poussée du taux 2 ans britannique sur ses plus hauts niveaux depuis près de 10 ans - seuil de 0,95% furtivement franchi hier pour la 3ième fois seulement depuis mai 2011 - la livre sterling a grimpé à un nouveau pic de 23 mois face à l'euro à 0,8310 £. La publication hier d'une accélération de l'inflation au Royaume-Uni en décembre à un pic de presque 30 ans a renforcé un peu plus les convictions (comme si cela était nécessaire) que la Banque d'Angleterre devrait très probablement réaliser en février prochain une seconde hausse de taux consécutive après celle réalisée en décembre dernier (+15 pbs à 0,25%). Selon l'indicateur BOEWatch Tool du groupe CME, la probabilité d'une hausse de taux de 25 pbs le 3 février prochain est de 100%. Inutile de dire qu'un statu quo lors de cette réunion serait vécu comme une très mauvaise surprise par les acheteurs de livre sterling. Orientée à la hausse après l'inflation, la livre sterling a tout de même fini par retracer ses gains et terminer la séance dans le rouge. La proximité avec la barrière de 0,83 £, véritable seuil plancher qui n'a été franchi qu'à de très rares occasions depuis le référendum du Brexit de juin 2016, a joué un rôle d'épouvantail et eu raison des velléités haussières de la livre. Cette dernière est légèrement en retrait ce matin au lendemain de l'annonce par le premier ministre britannique Boris Johnson d'un assouplissement des règles de restriction liées au COVID. L'activité économique au 1er trimestre pourrait de ce fait s'avérer peu impactée par la vague Omicron, ce qui est plutôt de bon augure car cela ne devrait pas remettre en cause les projets de normalisation monétaire de la Banque d'Angleterre.

 
EUR/JPY - La bonne dynamique du yen remise en cause par les mesures de soutien de la banque centrale chinoise (-0,1% hier) : après son fort rebond de mardi, le yen a enchaîné hier une seconde séance consécutive de hausse face à l'euro en raison principalement du maintien d'un contexte baissier sur les marchés actions américains qui souffrent de la vive et rapide remontée des taux d'intérêt. Plusieurs médias ont relayé le fait que l'indice de valeur technologique Nasdaq est officiellement entré en phase corrective puisqu'après sa nouvelle chute subie hier il cumule plus de -10% de pertes par rapport au point haut enregistré en novembre dernier. Le yen en a profité pour clôturer la journée à un nouveau pic de 3 semaines face à l'euro à moins de 130 ¥. L'ascension aurait pu être plus importante mais la devise japonaise a buté hier sur le seuil de 129,4 ¥ et retracé légèrement. Contrairement à hier, les nouvelles secousses subies par les marchés boursiers américains ne se propagent en Asie où l'on observe ce matin un solide rebond des bourses japonaises et surtout hongkongaises (plus de 3% de gains pour l'indice principal Hang Seng). Le choix de la banque centrale chinoise de réduire de 5pbs deux de ses taux directeurs principaux pour la 1ère fois depuis avril 2020 - taux d'emprunt à 1 et 5 ans - en guise de soutien à l'économie rassure les investisseurs. En écho à ces décisions et au retour au calme momentané sur les marchés, le taux EUR/JPY tentait ce matin de faire son retour à 130 ¥.

 
EUR/CHF - le franc poursuit sa remontée (-0,1% hier) : doucement mais sûrement, le franc suisse se rapproche de ses plus hauts niveaux depuis 2015 touché en début d'année à presque 1,03 ₣. La devise helvète a enchaîné une 7ième séance consécutive de hausse face à l'euro ; sa plus longue série observée depuis juillet 2021 ; et clôturé hier sous le seuil de 1,04 ₣ pour la 1ère fois depuis 2 semaines. Malgré la poussée des rendements obligataires européens et le retour furtif du Bund 10 ans en territoire positif pour la 1ère fois depuis près de 3 ans, le maintien d'un contexte de marché baissier couplé aux fortes pressions sanitaires et géopolitiques en Europe continuent de tirer le franc vers le haut. Si la paire EUR/CHF est assez stable ce matin, elle restait orientée à la baisse et ne montrait pas de signes de rebond. Cependant, on observe un support situé à 1,0380 ₣ sur lequel le taux EUR/CHF se heurte. Si cette barrière tient, cela pourrait servir de prétexte au retour d'acheteurs sur les marchés et ainsi favoriser un rebond correctif au-dessus de 1,04 ₣.

 
EUR/AUD - Une baisse surprise du chômage et une détente des bourses asiatiques tirent l'Aussie dollar vers le haut (-0,2% hier) : à la surprise générale, le chômage en Australie a chuté plus fortement que prévu au mois de décembre, de 4,6% à 4,2%, et est désormais à son plus bas niveau depuis 13 ans. Un tel résultat pourrait donner du crédit aux spéculations de marché qui misent sur une possible hausse de taux en Australie dès cette année, mais encore faut-il que le durcissement du marché du travail débouche sur une hausse significative et durable des salaires, conditions sine qua non à une intervention de la banque australienne. Le taux souverain 2 ans australien remonte vivement ce matin et touche un nouveau pic de 2 ans à 0,91%. Le dollar australien enchaîne ce matin une 3ième séance de hausse face à l'euro et teste ce matin ses plus hauts niveaux depuis 2 semaines à 1,57 A$.

 
EUR/BRL - Le réal brésilien bondit à un pic de 4 mois grâce aux matières premières (-2,2% hier) : le réal brésilien a vivement réagi à la hausse des prix des matières premières, et notamment du prix du minerai de fer provoqué par l'annonce de nouvelles mesures de soutien de la part de la banque centrale chinoise (double baisse de taux). La perspective également d'une signature en fin de semaine du budget 2022 par le président Jair Bolsonaro devrait également éliminer de l'incertitude, et a possiblement contribué au large rebond hier du réal. La devise brésilienne a clôturé hier à son plus haut niveau depuis 4 mois face à l'euro à 6,17 BRL mais a échoué à franchir ce seuil contre lequel il avait déjà buté au mois de novembre dernier. Un rebond correctif modeste du taux EUR/BRL s'observe ce matin.

 
EUR/TRY - Fin temporaire du cycle de baisse de taux en Turquie ? (-0,8% hier) : en baissant les taux directeurs de -500 pbs entre septembre et décembre, la banque centrale de Turquie a pris le contrepied de la tendance globale d'une remontée des taux directeurs pour faire dégonfler l'inflation, et a ainsi été l'un des principaux acteurs de la crise de défiance dont a souffert la livre turque sur la fin d'année dernière. Sachant que les effets combinés de la baisse des taux directeurs et de la forte dépréciation de la livre turque ont contribué à faire remonter l'inflation à un pic de 9 ans de plus de 36%, il est fort possible que l'institution monétaire turque décide de faire une pause dans son cycle de baisse de taux. C'est du moins l'avis du consensus économique qui veut donner du crédit aux récentes sorties du président turc Recep Tayyip Ergodan et ses velléités de stabiliser les prix dans le pays. Un statu quo ce jeudi aurait probablement pour effet de rassurer un peu les marchés et d'offrir l'occasion à la livre turque de rebondir. Le taux EUR/TRY reste très fortement valorisé à plus de 15,0 TRY.  Un repli sous ce seuil n'est pas à exclure après la décision monétaire programmée à la mi-journée.


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