Actualités du marché des devises

janv. 19, 2022 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

La remontée des taux rend nerveux les marchés : le dollar redonne de la voix, le yen grimpe et la couronne suédoise s'écroule

 

Tendance du jour : l'euro tente de relever la tête après une séance cauchemardesque durant laquelle la devise commune a subi sa plus forte chute depuis 4 semaines face au dollar américain et au yen japonais, et depuis 5 semaines face au dollar canadien. La séance de la veille a été principalement marquée par la nouvelle forte poussée des rendements obligataires au sein des principales économies développées, laquelle a vivement heurté la confiance des marchés actions. Les fortes secousses subies hier par les marchés américains (-1,8% pour l'indice S&P 500 / -2,6% pour l'indice Nasdaq et clôture à un creux de 3 mois) se sont propagées en Asie mais ne semblent néanmoins pas gagner les marchés européens (-0,1% pour l'indice Stoxx 600 à l'ouverture). L'aversion au risque reste prédominante d'où l'orientation à la hausse du yen et du franc suisse, mais demeure pas assez forte pour justifier un nouveau décrochage de l'euro qui tente de retracer une partie de ses pertes de la veille. La livre sterling corrige modestement face à l'euro mais reste fortement valorisée (0,83 £) après la publication ce matin au Royaume-Uni de chiffres d'inflation à un pic de presque 30 ans de 5,4%. La couronne suédoise reste sur la défensive et tutoie ses plus bas niveaux de l'année dernière (10,37 SEK). Au sein des marchés émergents, les devises asiatiques sont sur la défensive ce matin face à l'euro tandis que le rand sud-africain tutoie ses plus hauts niveaux depuis 2 mois face à l'euro (17,50 ZAR) après la publication ce matin d'une hausse de l'inflation en Afrique du Sud à un niveau plus haut que prévu de 5,9%, ou un plus haut depuis mars 2017. Les marchés spéculent sur une possible hausse de taux à venir très prochainement en Afrique du Sud.

 
EUR/USD - Le dollar se réveille (-0,7% hier) : alors que l'on s'inquiétait du début d'année timide du dollar, celui-ci a redonné de la voix hier. Et de forte belle manière puisque la devise américaine a enregistré hier sa meilleure séance en 4 semaines face à l'euro (+0,7%). Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce sursaut qui s'est principalement intensifié en début d'après-midi à l'ouverture des marchés boursiers américains qui revenaient d'un weekend prolongé de 3 jours après les célébrations lundi de la naissance de Martin Luther King. Le retour aux affaires des investisseurs américains a été fracassant, c'est le moins que l'on puisse dire. Face à la nouvelle forte remontée des taux souverains américains, la bourse américaine a connu d'importantes pertes, et notamment l'indice de valeurs technologiques Nasdaq qui a cédé -2,6% et clôturé à son plus bas niveau en 3 mois. Les marchés continuent de largement spéculer sur une intervention précoce de la part de la réserve fédérale américaine, et une première hausse de taux qui pourrait intervenir dès le mois de mars. Les investisseurs commencent à se projeter sur la réunion monétaire qui aura lieu dans une semaine (25-26 janvier) et s'attendent à ce que la banque américaine envoie un signal clair quant à ses intentions concernant une possible hausse de taux en mars. Contrairement à la semaine dernière, le contexte baissier sur les marchés financiers américains (double repli des cours des obligations et des actions) n'a pas desservi le dollar. Au contraire, la hausse significative des rendements obligataires américains moyen et long terme sur leur niveau d'avant crise - taux 5 ans et 10 ans à un pic depuis janvier 2020 à respectivement 1,67% et 1,88% - a stimulé le dollar. Le renforcement du dollar est à mettre en perspective avec le manque de répondant de l'euro, lequel a cédé du terrain face à une majorité de ses pairs d'économies développées. S'il est difficile d'isoler un seul facteur à l'origine du coup de moins bien de l'euro, on peut penser que les fortes pressions sanitaires en Europe (record de cas hier recensés dans plusieurs pays dont la France, l'Italie, le Portugal, la Belgique et le Danemark / Source : Reuters) mais aussi la hausse des prix de l'énergie ou encore les tensions palpables autour de l'Ukraine qui reste sous la menace d'une attaque russe ont pesé sur la demande en devise européenne. Après sa déroute de la veille et sa chute à un creux de plus d'une semaine à 1,13 $, la paire EUR/USD tente de se reprendre ce matin. Néanmoins, le contexte global d'aversion au risque qui s'est répandu ce matin sur les marchés asiatiques et qui pourrait se propager en Europe risque de freiner les capacités de rebond de la paire de change. Ce sont néanmoins lors de séances comme celle qui vient aujourd'hui que l'on va pouvoir mesurer le réel degré d'attractivité de l'euro et voir si son bon début d'année est un feu de paille ou non.

 
EUR/GBP - La livre se fait peur avant que les divergences monétaires reprennent le dessus (-0,3% hier) : on a vu hier la livre sterling chuter en cours de séance à son plus bas niveau depuis 2 semaines face à l'euro à 0,8380 £ mais la proximité avec le seuil de 0,84 £ et le manque d'engouement général pour l'euro lui ont donné l'occasion de retracer ses pertes et de revenir se positionner à proximité de 0,83 £. Sous l'impulsion de la remontée des taux souverains américains et de focalisation des débats hier sur le volet monétaire, la livre sterling a pleinement profité du contexte de divergences entre le Royaume-Uni et la Zone Euro lequel se matérialise par un écartement des écarts (ou spreads) de taux souverains. Le spread 2 ans entre le Royaume-Uni et l'Allemagne a atteint hier un nouveau pic de plus de 3 ans à 143 pbs tandis que le spread 5 ans est revenu titiller ses plus hauts niveaux depuis le T4 2018 à 137 pbs. On reste toujours dans la thématique monétaire à l'occasion de la publication ce matin des nouvelles statistiques d'inflation au Royaume-Uni. La croissance des prix à la consommation sur 12 mois a accéléré à un rythme plus fort que prévu en décembre et atteint un pic de presque 30 ans de 5,4%. Même constat pour l'indice sous-jacent qui grimpe au-dessus du seuil de 4% pour la 1ière fois depuis 1992. Après de tels résultats, la conviction de voir la Banque d'Angleterre intervenir et remonter à nouveau ses taux d'intérêt en février (réunion le 3 février) se voit encore un peu plus renforcée. Sur les marchés monétaires, on anticipe à 92% la probabilité d'une annonce d'un resserrement monétaire de +25 pbs à 0,50% le mois prochain. Si la livre sterling semble s'être accommodée de ce scénario qui apparaît aujourd'hui déjà très largement intégré dans sa valorisation actuelle, elle dispose tout de même d'un avantage monétaire qui lui permet de tenir la dragée haute à l'euro et de rester à proximité de ses plus hauts niveaux depuis février 2020 malgré le mouvement correctif de ce matin. Le seuil de 0,83 £ est toujours à surveiller en raison qu'il constitue un obstacle majeur sur la route ascendante de la livre sterling et n'a plus été franchi depuis près de 23 mois.

 
EUR/JPY - La contraction des marchés boursiers fait rugir le yen (-0,7% hier) : sur courant alternatif depuis le début de l'année en raison des multiples "up and down" des marchés financiers, le yen a, comme le dollar, enregistré sa meilleure séance depuis 4 semaines face à l'euro et a très largement profité de son statut de valeur "refuge" dans un contexte de contraction des indices boursiers américains. La forte remontée des rendements obligataires sur fond d'anticipation d'une action cette année plus rapide et plus forte que prévu de la part des principales banques centrales mondiales - et notamment de la réserve fédérale américaine - pour contrer l'inflation donne des sueurs froides à des marchés actions aux valorisations historiquement hautes. Pour la 1ère fois en 3 semaines, le taux EUR/JPY a clôturé hier sous le seuil de 130 ¥. Si la paire reste sur la défensive en raison de la propagation de la nervosité de la veille sur les autres places boursières, néanmoins la paire EUR/JPY se heurte au seuil de 129,5 ¥.

 
EUR/CHF - le franc poursuit sa remontée dans un contexte d'aversion au risque (-0,3% hier) : et de 6 à la suite ! Après sa lourde chute la semaine dernière à 1,05 ₣, le franc suisse enchaîne les séances de hausse face à l'euro. La devise suisse vient d'engranger plus de 1% de gains sur les 6 dernières séances et profite amplement d'un contexte de marché peu propice aux prises de risque sur ce début de semaine. La paire EUR/CHF est retombée depuis hier sous le seuil de 1,04 ₣ et continue de glisser ce matin alors que les secousses de la veille sur les marchés boursiers américains se propagent en Asie et en Europe.

 
EUR/CAD - Le loonie tutoie ses plus hauts niveaux depuis 2017 (-0,8% hier) : quel début de semaine pour la devise canadienne qui en l'espace de deux séances a enregistré plus de 1% de gains face à l'euro. Soutenu par le pétrole dont les prix ne cessent de grimper et sont actuellement à leur plus haut niveau depuis 2014 (88 $ pour l'indice Brent) mais aussi par la poussée des rendements canadiens qui, à une semaine d'une réunion monétaire au Canada, remontent sur leur niveau d'avant crise, le dollar canadien tutoie ses plus hauts niveaux de l'année dernière face à l'euro. Il s'agissait d'ailleurs à l'époque de point culminant que la devise canadienne n'avait plus atteint depuis 2017. De retour sous le seuil de 1,42 C$, le taux EUR/CAD a tenté ce matin une percée sous la barrière de 1,4150 C$ - une première depuis avril 2017 - mais il se heurte pour le moment à cet obstacle. On sera attentif cet après-midi à la publication au Canada des nouvelles statistiques d'inflation, lesquelles pourraient déclencher un nouveau rallye du loonie en cas de surprises positives.

 
EUR/SEK - L'aversion au risque et les divergences monétaires assomment la couronne suédoise (+0,6% hier) : la devise suédoise fut la seule devise du G10, avec son homologue norvégienne, à céder du terrain face à l'euro hier, et a subi une vive correction qui l'a renvoyé à proximité de ses plus bas niveaux de 2021 non loin du seuil de 10,35 SEK (pic de 7 semaines). Le regain de nervosité sur les marchés financiers couplé à la hausse des prix de l'énergie dont l'économie suédoise est sensible en tant qu'importatrice nette de pétrole et de gaz demeurent des facteurs négatifs pour la couronne. Les déclarations par ailleurs du gouverneur central suédois sur l'inflation, dans un contexte actuel où de plus en plus de pays ont déjà ou s'apprêtent à remonter les taux d'intérêt pour calmer la hausse fulgurante des prix, n'ont pas franchement aidé la devise suédoise. Ce dernier estime en effet que la hausse des prix n'est que temporaire car principalement liée à l'énergie, ce qui présume aucune sensation d'état d'urgence pour relever les taux directeurs en Suède. L'impression que le pays nordique devrait être à la traîne dans la course à la normalisation monétaire pénalise la devise. Le taux EUR/SEK reste orienté à la hausse ce matin alors que l'aversion au risque reste prédominante sur les marchés financiers. Le taux EUR/SEK flirte avec ses plus hauts niveaux de 2021 recensés en novembre dernier à près de 10,37 SEK.


Recevez les dernières actualités sur le marché des devises

Publié cinq fois par semaine, ce bulletin d'information présente au quotidien des tendances et des activités qui touchent le marché sous forme d'actualités faciles à comprendre.