Actualités du marché des devises

janv. 18, 2022 | Analyse du marché des devises

Thèmes globaux

La vive remontée des taux américains et les tensions géopolitiques aux Emirats dominent les échanges : dollar, yen & devises pétrolières prisés

 

Tendance du jour : l'actualité est ce matin dominée par la nouvelle poussée significative des rendements américains, lesquels font craindre de nouvelles turbulences cet après-midi sur les marchés actions. Les marchés des changes sont également sensibles aux nouvelles tensions aux Proche-Orient après les attaques lundi d'un groupe rebelle yéménite aux Emirats Arabes Unis. L'aversion au risque remonte, tout comme le pétrole d'ailleurs qui grimpe ce matin à un pic de 2014. Le dollar et le yen prennent le dessus sur l'euro dans ce climat où l'on réduit les prises de risque tandis que le dollar canadien se voit lui poursuivre son ascension. Les devises cycliques (AUD et NZD) et nordiques (NOK et SEK) sont vivement pénalisées ce matin et cèdent du terrain à l'euro. Une grande majorité des devises émergentes sont également sur la défensive face à l'euro, à l'exception notable des devises sud-américaines.

 
EUR/USD - Le dollar prolonge son rebond malgré l'absence des investisseurs américains (-0,1% hier) : l'absence hier des acteurs de marché américains en raison des célébrations de la naissance de Martin Luther King n'a pas empêché le dollar de prolonger le rebond amorcé vendredi dernier. Si le taux EUR/USD est tout de même parvenu hier à se maintenir au-dessus du seuil de 1,14 $, il retombe sous ce niveau ce matin alors que l'on observe une nouvelle forte poussée des taux américains. Le taux souverain 2 an franchit ce matin la barre symbolique de 1% pour la première fois depuis février 2020 tandis que les taux souverains à 5 et 10 ans tutoient ce mardi un pic de 2 ans à respectivement plus de 1,60% et 1,80%. Pénalisé la semaine dernière par la vente massive d'actifs américains, le dollar semble cette semaine stimulé par le net regain d'attractivité des rendements obligataires américains. Selon la perspective où l'on se place le verre peut apparaître à moitié-plein ou à moitié-vide. Dans le cas présent, cette semaine c'est la première option qui apparaît privilégié. On surveillera néanmoins la réaction cet après-midi de la bourse américaine à cette nouvelle poussée des taux d'intérêt, une correction des valorisations n'étant pas à exclure. Dans ce cas précis, le dollar pourrait à nouveau déchanter. En attendant, l'euro sera attentif aux résultats en fin de matinée de l'indice ZEW de sentiment des investisseurs allemands, lequel est attendu en légère hausse.

 
EUR/GBP - L'emploi n'emballe pas la livre sterling (+0,2% hier) : la publication ce matin des nouveaux chiffres de l'emploi au Royaume-Uni n'a pas suscité beaucoup de réactions. Le recul surprise du chômage à un plus bas depuis 17 mois de 4,1% (vs. 4,2% en octobre) permet néanmoins à la livre d'effacer une partie des pertes subies la veille face à l'euro. On attend désormais la publication des chiffres d'inflation au Royaume-Uni, lesquels réussiront peut-être à faire sortir le taux EUR/GBP de l'état de léthargie dans lequel il se trouve depuis 2 semaines, enfermé dans un couloir de prix étroit de 0,8320-0,8370 £. Sur le plan politique, les révélations de l'ancien conseiller de Boris Johnson, Dominic Cummings, qui accuse ce dernier d'avoir menti aux députés la semaine dernière en prétendant qu'il pensait que la fête auquel il a participé durant le premier confinement au printemps 2020 était une réunion de travail, ne viennent pas renforcer la cote de popularité du chef de l'Etat britannique. C'est un euphémisme. Mais pour le moment, les spéculations politiques autour d'un éventuel changement de gouvernance n'a pas de réels impacts sur la livre sterling.

 
EUR/JPY - La Banque du Japon écarte tout ajustement de sa politique monétaire en 2022 (+0,3% hier) : sans réelle surprise, la Banque du Japon a maintenu ce matin ses taux d'intérêt inchangés, ainsi que sa politique d'encadrement de la courbe de taux. Par ailleurs, si la banque a révisé à la hausses ses projections d'inflation pour 2022 et 2023 (de 0,9% à 1,1% et de 1,0% à 1,1%), cela ne devrait pas forcer l'institution monétaire à précipiter une sortie de sa politique de soutien monétaire cette année puisque sachant que les projections restent bien en-dessous de l'objectif de 2% fixé par la banque. Le Japon devrait donc rester à la traîne dans le cycle de normalisation monétaire qui est en train de s'accélérer au sein des économies développées. L'accentuation très probable des divergences monétaires entre le Japon et les autres régions développées et des taux directeurs négatifs devraient conforter le peu d'attractivité du yen auprès des investisseurs qui l'utilise très souvent comme une devise de financement pour acquérir des actifs plus rémunérateurs. Le yen reste sur la défensive ce matin après un mouvement de recul très largement favorisé hier par le rebond des marchés actions. En léger recul ce matin à 130,5 ¥, le taux EUR/JPY n'est pas à l'abri de connaître de nouveaux tumultes si d'aventure l'aversion au risque venait à faire son retour sur les marchés actions américains en écho à la forte poussée ce mardi des rendements obligataires américains.

 
EUR/CHF - Une absence de signes d'activité de la BNS et une échéance politique en Italie qui favorisent le franc (-0,1% hier) : la publication hier des statistiques de dépôts à vue au sein de la Banque Nationale Suisse a laissé un goût amer aux vendeurs de franc. Après la forte hausse de la semaine dernière (+1860 Mds₣), c'est une contraction (-139 Mds₣) qui s'observe cette semaine. Les acteurs de marché ont interprété ce résultat comme le signe d'une absence de volonté de la part des banquiers centraux suisses d'intervenir sur les marchés des changes pour affaiblir davantage la valeur du franc. Cela peut se comprendre dans le contexte inflationniste actuel, une dépréciation de la devise n'aurait d'autre effet que de renforcer un peu plus la hausse des prix via un surcoût des coûts d'import. Le taux EUR/CHF a enchaîné hier une 5ième séance consécutive de repli mais se maintient pour le moment confortablement au-dessus du seuil de 1,04 ₣. Le repli prolongé de la paire de change semble confirmer que la marche de 1,05 ₣ tutoyée la semaine dernière est encore trop haute à gravir, d'autant plus dans le contexte actuel de remontée des rendements américains qui menace d'impacter les marchés boursiers mais aussi au regard du scrutin présidentiel programmé lundi prochain en Italie. Un départ du gouvernement de Mario Draghi pour prendre la présidence - scénario évoqué dans la presse - replongerait la 3ième économie européenne dans une crise de gouvernance. Un tel scénario viendrait saper les efforts de rebond du taux EUR/CHF.

 
EUR/CAD - Le loonie profite de la poussée du pétrole à un pic depuis 2014 (-0,3% hier) : le loonie canadien continue, doucement mais surement, sa progression et teste ce matin ses plus hauts de l'année et depuis un mois face à l'euro à travers le seuil de 1,4250 C$. Le rebond ce matin en Europe du pétrole à un pic de plus de 7 ans à 88 $ le baril soutient les devises de pays producteurs de pétrole comme le Canada. Les spéculations monétaires autour d'une possible première hausse de taux de la Banque du Canada en janvier (réunion le 26 janvier prochain) sont un autre facteur qui soutient le loonie face à l'euro. Les marchés monétaires évaluent ce matin à près de 90% la probabilité d'une hausse de taux en janvier, scénario qui n'a pour l'heure jamais été confirmé par la banque centrale qui, elle, a toujours communiqué sur un ajustement au second semestre 2022. Un statu quo surprise - qu'il ne faut pas exclure compte tenu des risques sanitaires actuels et des tensions persistantes sur les approvisionnements - provoquerait une importante correction du loonie. En attendant, la devise profite du contexte haussier sur les prix du pétrole provoqué par de nouvelles tensions au Proche Orient. En cas de franchissement du seuil de 1,4250 C$, elle pourrait rapidement prendre la direction de 1,42 C$.


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